Qu’est-ce qu’un bon remake ?

Après avoir écrit un article sur RoboCop pour le Daily Teaser, je me suis à nouveau posé l’éternelle question : qu’est-ce qu’un bon remake ? Une question d’actualité quand on sait que depuis une quinzaine d’années, la Science-Fiction est particulièrement touchée par ce fléau cette mode. Rollerball, Total Recall, Spider-Man… autant de films ratés mais toujours plus d’annonces de la part d’Hollywood (dire que Starship Trooper est au programme, j’en tremble d’avance).

Pourtant, avec The Thing (la version 1982, hein !), la Mouche, Vanilla Sky, Solaris, on peut dire que les réussites sont possibles. Mais alors qu’ont-elles de commun ? Voici à mon humble avis la recette :

Être dans l’ère du temps

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

Quand la Mouche a été réalisé dans les années 50, un masque de latex était le summum de l’horreur. David Cronenberg a profité des années 80, pour s’inspirer de ce classique et aller plus loin. Si, sur la forme, son long-métrage fiche la nausée (personnellement, certaines séquences m’ont traumatisé : franchement, est-ce que vous avez vu quelque chose de pire que la scène du vomi blanchâtre acide, à la fin ?), sur le fond le film diffère quelque peu de la version des années 50 : à la critique de la modernité se substitue celle de la génétique. Dans les années 80, le grand public s’inquiète de l’avancée d’une science qui affecte de plus en plus son quotidien : la Mouche répondait à un besoin du spectateur.

Prendre son temps

Patienter plusieurs décennies avant de réaliser un remake est toujours profitable. Avant 2002, qui savait que Solaris était d’abord un film russe de 1972 ? Attendre que l’œuvre originale tombe dans l’oubli permet un point de vue différent sur une thématique donnée, et donc d’obtenir une légitimité artistique. Une légitimité qui fait cruellement défaut au dernier reboot de Spider-Man, sorti seulement 5 ans après… Spider-Man 3. Attendre le bon moment permet aussi aux effets spéciaux de progresser : dans la Guerre des Mondes de 1953, il était impossible d’animer les tripodes martiens, ce qui explique pourquoi le réalisateur les a transformés en véhicules volants. Dans sa version 2005, Spielberg revient au livre d’H.G. Wells avec des tripodes absolument terrifiants qui se livrent à un génocide planétaire.

Un "tripod" de 1953

Un tripod de 2005
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

Briser le temps

Changer l’époque du film original peut amener une certaine fraicheur. La Guerre des Mondes version 1953 sort en pleine guerre froide, alors que la perspective d’un conflit nucléaire est réelle. Une Troisième Guerre mondiale entre les Etats-Unis d’Amérique et l’U.R.S.S. scellerait le sort de l’Humanité, et l’angoisse d’une apocalypse se sent clairement dans cette invasion martienne. Dans la version de Spielberg, les personnages se demandent d’abord si l’Amérique n’est pas attaquée par des terroristes : le 11 septembre est passé par là. On peut changer d’époque, mais aussi d’espace : Terry Guilliam s’inspire de la Jetée, le film expérimental de Chris Maker, pour transposer l’action de L’Armée des douze singes aux Etats-Unis, et livrer une œuvre culte.

Malgré tous ces beaux exemples, on ne peut que regretter qu’à Hollywood, la facilité l’emporte sur le bon sens. Il n’y a qu’à voir les projets en chantier : Starship Troopers, L’âge de cristal, Soleil vert, Mondwest, New York 1997, Planète Interdite, Highlander, le Trou noir… On évoque souvent un manque d’audace des producteurs pour la Science-Fiction, mais que devrait-on dire de la Fantasy ? Le succès incroyable du Seigneur des Anneaux et d’Harry Potter n’a pas inversé la donne. Les grands romans jamais adaptés ne manquent pourtant pas : L’Assassin Royal de Robin Hobb, toute la saga du Champion Eternel de Michael Moorcock, la Tour Sombre de Stephen King, autant de succès planétaires assurés ! Mais les décideurs d’Hollywood préfèrent lancer des remakes, reboots, et autres suites. Ils n’ont peut-être pas le temps de lire…

Published in: on février 14, 2014 at 7:20  Comments (28)  
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28 commentairesLaisser un commentaire

  1. Ce n’est qu’une question de gros sous, de droits tombés en désuétude, et de paresse intellectuelle !

  2. C’est vrai, mais il y a aussi un problème générationnel : dans les années 90, des réalisateurs européens comme Paul Verhoeven savaient imposer à Hollywood des films sans concessions comme RoboCop ou Starship Troopers. Aujourd’hui, on a trop souvent des « yes man » incapables d’imposer leurs visions, c’est bien triste. J’ai lu aujourd’hui que le nouveau Total Recall a rapporté moins d’argent que la version des années 90, ce qui a bien fait rire Paul Verhoeven, dans une interview…

    • Le souci, c’est aussi que ces « blockbusters » doivent être calibrés pour plaire au plus grand nombre, à tout le monde… Et que donc, il n’y a plus aucunes prises du moindre risque. Et que donc un remake est cette moindre prise de risque. Plus d’effets spéciaux, plus d’explosions, plus de violence, mais au final, tout est aseptisé. Pas de transgressions, même pas un semblant de « message », il faut juste divertir.

      La liste des projets prévus est effrayante ! Ça promets de belles bouses sans saveur (ce qui est paradoxal). Quant à imaginer un Elric le nécromancien, hélas… Vu l’audace actuelle d’Hollywood, c’est peut-être mieux. Essaye d’imaginer un Elric transformé en héros positif !

      Non, n’imagine même pas ! 😦

      • J’oubliais aussi, un remake évite l’effort de trouver des idées nouvelles, et donc de créer !

      • Un Elric hollywoodien me donnerait des cauchemars, c’est certain 😦 Mais je pense que malheureusement tout est possible : on parle en ce moment d’une adaptation de Sandman avec Joseph Gordon-Levitt dans le rôle-titre (un acteur à qui j’ai envie de mettre des claques en plus…).

      • Ceci dit, Elric est en train d’être adapté en BD. J’en ai feuilleté quelques pages seulement, mais ça avait l’air plutôt pas mal.

        Pourtant, l’exercice me semble difficile. Moorcock, c’est quand même un sacré style.

        Peut-on vraiment transposer son univers dans un film sans le trahir?

      • J’ai toujours peur des adaptations BD aussi ! Il n’y a qu’à voir le ratage en BD (à mon humble avis) du cycle de Tschaï de Jack Vance.
        Et de toute manière, une adaptation est forcément une trahison. Ce qui compte, c’est la qualité de cette trahison. Pour Moorcock, j’avoue, j’aurai quand même plutôt peur !

  3. Visiblement, une adaptation de « La Tour sombre » est prévue, en films ET en série.

    Et pour ce qui est des remake à la pelle dont on nous gave en ce moment (et là tu ne cites que des oeuvres de SF), c’est qu’il existe chez de nombreux amateurs cinéphages une phobie des vieilleries, sous prétexte que les effets spéciaux (qu’on nomme à présent plus facilement effets visuels ou CGI) des films de l’époque (jusque, en gros, la fin des années 80) sont dépassés. Pour ma part, après avoir comparé le « The Thing » de Carpenter (1982) à la bouse qu’on a osé faire passer pour une prequel, il n’y a vraiment pas photo.

    A.C.

  4. Effectivement, pas de comparaison possible… Le plus triste, c’est de se dire que ces CGI vont encore plus mal vieillir que les films des années 80. Preuve en est avec l’affreux Jabba numérique de la version restaurée de la Guerre des Etoiles, épisode IV. Je ne supporte plus le tout numérique, et j’espère vraiment le retour de cinéastes-artisans comme le fut autrefois Peter Jackson.

    • Tu fais bien de dire « autrefois ». Même s’il n’est pas exempt de défaut, un film comme « Real Steel » avec Hugh Jackman, méttant en scène des combats de robots, a fait le pari d’utiliser de « vrais » robots animé en animatronic, et peu de CGI. L’effet est saisissant de réalisme. Les FX à l’ancienne ont le mérite de donner du corps aux créatures animées. Il n’y a qu’à voir ce que faisait un génie tel que Ray Harryhausen.

      A.C.

  5. Bien d’accord pour Real Steel ! C’est tellement mieux, des vrais robots… Ray Harryhausen for ever ! 😉

  6. Bravo, très bien résumé ! Hollywood va à ce qui lui est essentiel : un succès obligatoire qui lui revient directement dans les poches.

  7. Merci ! 😀 Oui, le cynisme suprême…

  8. Hello ! J’ose à peine le dire mais… à quand tes extraits à toi plutôt que des articles (certes très intéressants) sur les autres ?
    C’est un peu du remake nan ? :-p

    Missing your style… ♥

    • Coucou ! En ce qui concerne mon roman, je ne mets pas d’extraits car je compte bien être publié, et ils peuvent gêner mon futur éditeur 😉 Mais il n’est pas exclu que je remettre un jour des annexes et autres appendices en rapport avec le bouquin, sans parler du projet de bande-originale qui n’est pas mort, loin de là 😉

      Après c’est vrai que j’écris beaucoup plus de critiques sur la littérature ou le cinéma, que de billets sur mon univers, mais dès que j’aurai une bonne nouvelle éditoriale à annoncer, attends-toi à découvrir plein d’articles sur les pirates de l’Escroc-Griffe 😉

      • J’attends ce jour avec autant d’impatience que toi ! 🙂

        • 😀

  9. Bon j’arrive un peu après la bataille, donc l’essentiel a déjà été dit : manque d’audace, pas de prise de risque, utilisation de franchises déjà installées assurant une certaine rentabilité, formatage du public (qui veut en prendre plein la tête donc on mise tout sur les effets spéciaux, le scénario c’est secondaire), pas de réalisateurs capables d’en imposer aux studios (même James Cameron a oublié d’engager un scénariste dans Avatar…).

    Alors on a des trucs sympas quand le réalisateur n’est pas un simple tâcheron et quand effectivement le remake vient longtemps après l’original (tu me donnes vraiment envie de revoir « Le guerre des mondes » version Spielberg que j’ai quasi complètement oublié. D’autant plus que j’ai lu le roman il y a peu). Mais le peu de prise de risques rend le tout bien souvent trop fades. Même problème pour les adaptations d’œuvres littéraires bien souvent édulcorées pour plaire au plus grand nombre…

    Monde ingrat !^^

    • « La Guerre des Mondes » n’était pas le film de l’année, mais j’ai adoré les tripodes, ils correspondaient vraiment à l’idée que je m’en faisais (et je suis un fan du roman d’H.G. Wells que j’ai lu plusieurs fois…).

      Sinon je suis bien d’accord, monde ingrat ^^

  10. Et ne parlons pas des remakes américains de films asiatiques ou autres ! J’ai encore du dégout et du remords d’avoir regardé The Ring et Dark Water version US, des navets à ras les paquerettes en comparaison des versions asiatiques.
    Et je n’imagine même pas à quoi ressemble le Old Boy américain comparé à sa version coréenne absolument génialissime !!

  11. Je suis bien d’accord sur l’idée que les films d’horreur asiatiques sont indépassables, ne serait-ce que pour l’ambiance… En plus, le folklore japonais est terrifiant ! Je me souviens que lors d’un voyage à Kyoto, j’étais passé devant un temple réputé hanté. Selon la légende, des siècles auparavant un moine du temple avait accidentellement tué une femme enceinte. En signe de pénitence, il aurait découpé la peau du cadavre pour s’en vêtir, et c’est pour cette raison qu’on l’apercevrait de temps en temps errer dans le temple… Et bien cette histoire, je l’ai découverte sur le panneau destiné aux touristes ! 😀 Là-bas, elle est tout ce qu’il y a de plus banale tant il y a des histoires de fantômes… Brrrr ! 😀

    • Ouah ! Kyoto !!
      Je suis allée au Japon il y a six ans mais on n’était resté qu’aux alentours de Tokyo… Kyoto, ce sera pour notre prochain séjour là-bas…d’ici une dizaine d’années ! Je te redemanderai le nom du temple ! 😉

      • Après recherche dans mes photos, j’ai retrouvé le nom du temple ! 😀 Il s’agit du temple Gyoganji 😉

  12. Toujours pertinent, Amiral… Article très intéressant (je connais en particulier les deux versions de la Mouche, qui ont de l’intérêt l’une et l’autre, par contre je ne connais que le « vieux » Robocop). Je ne me souviens plus qui disait que le cinéma de SF avait cinquante ans de retard sur la littérature, cela ne va pas s’arranger s’ils font des remakes de films des années 80 !

  13. Tu n’as vraiment rien raté avec le nouveau Robocop… Oui, espérons qu’il y aura davantage de nouveautés comme « la Stratégie Ender » (Hypérion ?) 😉

  14. Il y a une chose qui me frappe dans la conclusion du billet et dans certains commentaires : vous êtes plusieurs à dire « dommage qu’il y ait tant de remakes alors qu’on pourrait adapter des romans inédits au cinéma ». Ce n’est pas interdit non plus d’inventer à partir de zéro pour le cinéma, y compris en sf !

    • Je pense que c’est évident. Un film comme Avatar en est le parfait exemple, même si l’histoire n’est pas forcément très originale.

    • Tout à fait d’accord ! Et ça ne rend que la conclusion plus amère…


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