The OA (attention, légers spoilers)

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Prairie Johnson, une jeune fille aveugle adoptée, réapparaît brusquement sept ans après avoir été enlevée. La disparition de sa cécité ainsi que son silence provoquent bien des questionnements.

Cela fait plus d’une semaine que j’ai fini la série événement de Netflix, et je suis encore en état de choc. The OA est LE tsunami qui divise la geekosphère. Série fantastique ratée pour les uns, chef d’oeuvre expérimental pour les autres, en ce qui me concerne j’ai été très touché par cet OVNI porté par des personnages profondément attachants, mention spéciale à celui jouée par la charismatique Brit Marling, qui crevait déjà l’écran dans I Origins et Another Earth.

Des personnages ordinaires qui sonnent vrai, confrontés à des événements extraordinaires, si loin des stéréotypes du cinéma hollywoodien. Et des idées toutes plus folles les unes que les autres sur fond d’expériences de mort imminente…

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Alors c’est vrai qu’il y a ce fameux épisode 5, et ce passage un peu embarrassant dingue avec le « mouvement » (je ne peux pas en dire plus sans déflorer l’intrigue), mais la suspension de crédulité a fonctionné sur moi car j’ai immédiatement pensé aux moudras tibétains. En fait j’adore cette ambivalence entre fantastique et réalisme. Alors que bon nombre d’auteurs de séries et de films auraient massivement employé des effets spéciaux numériques, les créateurs de The OA ont préféré un registre plus intimiste, avec une touche fantastique très sobre pas si simple à mettre en œuvre. Pour l’anecdote, les acteurs ont réellement porté ces horribles casques remplis d’eau !

L’ambiance rappelle un peu Sense8, Man from earth ou encore Incassable de Shyamalan, avec des « super-héros » ordinaires qui s’illustrent moins par leurs pouvoirs que par le courage dont ils doivent faire preuve.

L’épisode final, émouvant et énigmatique, a laissé certains fans sur leur faim, mais il se suffit à lui-même et pourrait servir de belle conclusion si d’aventure il n’y avait pas de saison 2.

Quoi qu’il arrive, le monde se divise désormais en deux catégories : les fans de Sense8, et ceux de The OA. Pour ma part, j’ai choisi la facilité d’aimer ces deux expériences radicales. Après les réussites que sont House of cardsStranger Things, Dardevil et The Get Down, Netflix rattrape le HBO de la grande époque, avec des séries originales plus géniales les unes que les autres.

Merci Netflix !

Published in: on janvier 23, 2017 at 12:39  Comments (8)  

Westworld

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C’est bien la première fois qu’une série m’enthousiasme… à partir du dernier épisode. Mais quel épisode !

J’ai commencé à la regarder suite à un article du Monde qui présentait Westworld comme la série qui allait détrôner Game of thrones… Sceptique, je me suis vite rendu compte que la comparaison n’était guère pertinente : excepté le fait d’être deux super-productions HBO, les deux shows n’ont pas grand chose en commun. Westworld est un parc d’attraction dans lequel de riches joueurs s’amusent à jouer aux cow-boys.

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Le drame, c’est que les figurants sont des « hôtes » inconscients d’être des machines, des robots capables de saigner réinitialisés régulièrement. L’idée intéressante de la série, c’est d’avoir fait de ce parc un gigantesque GTA. Comme dans un jeu vidéo à monde ouvert, les « guests » (les invités) peuvent obtenir des quêtes auprès des hôtes pour accomplir des missions, mais aussi « juste » tuer, violer, et ainsi assouvir leurs fantasmes. C’est un peu le point noir des productions HBO, à chaque fois les scénaristes ne peuvent s’empêcher de tomber dans une surenchère de violence et de sexe qui n’apporte pas grand chose au récit. Mais passé ce constat, la série amène doucement des questions philosophiques intrigantes. Y a-t-il d’autres formes de conscience que la nôtre ? Avec les progrès de l’intelligence artificielle, ne sommes-nous pas en train de perdre notre humanité ? Une conscience émergente aura-t-elle tendance à nous considérer comme des dieux ?

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En SF, ces questions ont déjà été abordées depuis longtemps mais la série a l’intelligence de nous faire partager le point de vue des robots, ainsi que leurs angoisses métaphysiques notamment, face à la question du libre-arbitre. Quelles en sont les limites ? C’est une interrogation d’autant plus intrigante que ces robots reviennent sans cesse à la vie et participent à des scénarios redondants, habilement filmés grâce à des points de vue différents. Par un effet de miroir troublant, cette problématique du libre-arbitre concerne également les êtres humains et leur désirs insatiables. Ne sommes-nous pas des machines biologiques ignorantes conditionnées par la colère, la peur et l’attachement, des consommateurs enfermées dans notre propre labyrinthe, celui du divertissement ?

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C’est en substance ce qui rend l’opposition entre les deux scénaristes du parc passionnante. Alors que le vulgaire Lee Sizemore, directeur de la narration, souhaite des scénarios toujours plus violents et outranciers, le Docteur Robert Ford, le fondateur du parc, (Anthony Hopkins) réclame au contraire plus de subtilité, de réalisme et d’émotion dans les intrigues, afin que Westworld devienne pour les joueurs une expérience initiatique inoubliable leur permettant de découvrir leur vraie nature.

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Anthony Hopkins, plus pervers que jamais

Série non dénuée d’un certain humour (le piano bastringue du saloon joue de la musique délicieusement anachronique), Westworld prend enfin son envol dans un dernier épisode glaçant digne de Blade Runner, avec un cliffhanger qui place la barre très haut. En espérant que la saison 2 confirme cette bonne impression et aille encore plus loin.

Published in: on janvier 12, 2017 at 10:39  Comments (6)  

Game of thrones, l’hiver est arrivé (attention spoilers)

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ATTENTION, JE SPOILE SANS VERGOGNE

L’année dernière j’avais signé cet article désabusé, traumatisé par les destins atroces de certains personnages de la saison 5… Aujourd’hui, force est de reconnaître que je suis heureux d’être resté fidèle la série ! Cela ne veut pas dire que David Benioff et D. B. Weiss ont édulcoré le show, loin s’en faut, mais je trouve qu’il y a moins de surenchère et de violence gratuite. Plus important encore, j’ai retrouvé l’émotion qui faisait parfois défaut à Game of thrones, surtout depuis les Noces Pourpres de la saison 3 : quel plaisir de retrouver John et Sansa à Winterfel ! J’ai été ému par le sacre du nouveau « King of the north » même si, malheureusement, le clan Starck paie encore un lourd tribu (Rickon, mon pauvre Rickon… Mais quelle idée as-tu eu de courir tout droit ?).

J’ai été conquis par le plan séquence de la Bataille des bâtards, du jamais vu depuis Braveheart

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séduit par la musique de Ramin Djawadi (et ce fabuleux morceau de piano de l’épisode 10, « Light of the sevens »)

touché par l’histoire d’Hodor, et choqué par le don incroyable de Bran, qui n’est pas sans conséquences : Bran peut donc altérer le passé, ce qui implique un univers cyclique… et linéaire (une idée qui m’emballe un peu moins pour le coup, car cela signifie que tout est joué d’avance). Bien sûr, la révélation ultime, c’est celle des origines de John Snow, une information qui aura des répercussions politiques majeures dans les Sept Royaumes…

Cerise sur le gâteau, les femmes gagnent de plus en plus de pouvoir : Arya, Daenerys, Cerseï, Sansa…. C’est vraiment jouissif de voir ces personnages forts peser sur l’intrigue.

Il va être difficile pour David Benioff et D. B. Weiss d’assurer la même qualité pour les deux années restantes mais qu’importe le dénouement, Game of thrones fera date dans l’histoire de la télévision. Après une saison 5 de tous les outrages, les scénaristes ont réussi à s’affranchir des livres de George R.R. Martin, et d’une pression phénoménale, pour livrer une saison 6 d’anthologie. Combien d’auteurs de séries peuvent-ils en dire autant ?

 

Published in: on juin 28, 2016 at 8:38  Comments (16)  
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Game of Thrones, c’est la zone (attention, spoilers)

Je sais que ce billet est tardif mais il m’a fallu un mois pour recoudre mon cœur qui saigne me remettre du dernier épisode de la saison 5 de Game of thrones (comment les scénaristes ont-ils pu nous faire ça ? Je suis quasiment sûr que c’est interdit par la Convention de Genève). Comme chaque année, David Benioff et D. B. Weiss ont réussi leur coup (médiatique), mais je ne sais pas trop quoi penser de cette saison. Je l’avoue volontiers, j’ai adoré la bataille avec les morts-vivants de l’épisode 8, les effets spéciaux toujours plus somptueux. C’est simple : jamais une série télévisée orientée fantasy n’a bénéficié d’autant de moyens. Il y a parfois de (rares) séquences plus contemplatives comme le voyage de Jorah et Tyrion. Durant cette scène aussi courte que frustrante, on assiste à un vrai moment de poésie mélancolique à mesure que se dévoilent les somptueuses ruines de Valyria, vestiges d’un monde perdu.

La fameuse séquence que j'aime tant

La fameuse scène contemplative que j’aime tant

Avec de tels atouts, et des acteurs si talentueux, les scénaristes étaient-il obligés d’avoir recours à une surenchère de violence gratuite, comme s’il fallait brutaliser régulièrement le spectateur pour maintenir son intérêt ? Souvent, on est pas loin du « torture porn », notamment dans l’abominable épisode 9, quand la fille de Stanis meurt brûlée vive sur le bucher. Vous allez me dire que ce n’est pas de la violence gratuite puisque cet acte barbare (filmé hors-champ) nous fait prendre conscience que Stanis est prêt à tout pour s’asseoir sur le trône de fer. Le problème, c’est que cette séquence, ainsi que le viol de Sansa, ne figurent pas dans les livres… Au fil des saisons, cette débauche de sexe et de sang va crescendo, comme on le constate avec Arya et le meurtre sadique de Meryn Trant : à vouloir choquer pour choquer, c’est bien la première fois qu’une scène aussi sanguinolente me laisse de marbre.

Les scénaristes vont plus loin que George R.R. Martin, mais l’écrivain cautionne complètement la démarche de David Benioff et D. B. Weiss, donnant l’impression que les trois auteurs ont sombré dans lhubris. Ils ont enfanté un véritable monstre de Frankenstein, mais cette créature est-elle viable ? George R.R. Martin écrit des pavés de plusieurs milliers de pages difficilement conciliables avec une série orientée adultes qui doit assurer un minimum de suspens entre chaque saison, voir entre chaque épisode… Au final, je ne sais plus quoi penser de Game of thrones : ai-je encore envie de continuer à la regarder après la disparition de Jon Snow ? Pas sûr… mais je me sens à présent comme un type paumé dans un quartier mal famé qui se voit contraint de le traverser, comme bon nombre de fans je suppose.

Game of thrones, c’est vraiment la zone.

D’autres avis : L’Oeil du Lémurien

Published in: on juillet 24, 2015 at 9:43  Comments (30)  
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Les Gardiens de la Galaxie, Daredevil, Ant-Man… Les anti-héros Marvel prennent-ils le pouvoir ?

En tant que fan des Gardiens de la Galaxie, mon grand coup de coeur ciné de l’été 2014, j’ai toujours apprécié les anti-héros fragiles, bien plus que les personnages invincibles dotés de super pouvoirs façon Avengers. Autant dire que j’ai été emballé par le virage pris par Marvel ces derniers temps sur le petit et grand écran. Plus qu’un virage, c’est peut-être à une révolution de palais que nous sommes en train d’assister. Et si les anti-héros avaient pris le pouvoir ?

Avec Sense8, la (violente) série Daredevil est pour moi l’une des plus belles surprises télévisuelles des années 2010, grâce notamment à Mat Murdock, un avocat torturé qui n’a pas d’équivalent dans l’univers Marvel, et un ton adulte. Enfant, Murdock a perdu la vue lors d’un accident. Dans un épisode 2 particulièrement émouvant, on apprend qu’il a été élevé par un père boxeur irlandais catholique qui a connu des démêlés avec la pègre.

Mat Murdock et son père, une relation fusionnelle

Le jour, Murdock est un ténor du barreau, mais la nuit il est Daredevil, un justicier  capable de s’orienter et de se battre grâce à l’authentique technique de l’écholocalisation. Cette double vie est pour lui source de stress, puisqu’il est obligé de cacher à ses proches son activité afin de les protéger. Au fil de la saison 1, Murdock confesse à un prêtre ses angoisses sur les rapports qu’entretiennent justice, morale et éthique. Peut-on épargner un caïd malfaisant quand celui-ci brise les vies de  nombreux innocents et qu’il corrompt toutes les institutions ? À quoi bon se battre contre le crime si cette lutte provoque des dommages collatéraux ? L’ambiance de la série est résolument cynique : dans une séquence mémorable, les malfrats discutent de la chute du prix de l’immobilier depuis la destruction de New York par les aliens Chitauri, et reconnaissent qu’ils sont bien chanceux d’être protégés par les Avengers ! Dans ce climat de corruption généralisé, les plus pauvres n’ont aucune chance d’être sauvés par Iron Man, Thor, Hulk ou Capitaine America, trop occupés à combattre des ennemis de plus grande envergure, ce qui rend la lutte quotidienne de Murdock d’autant plus désespérée.

Hanté par des questions morales, Daredevil symbolise la justice aveugle. Il respecte la vie… au sens strict. Lorsqu’un personnage lui reproche d’avoir jeté un malfrat du haut d’un immeuble, le plongeant dans le coma, Murdock a une réponse laconique : « il est vivant ». À vouloir suivre, de mauvaise grâce, les commandements de la Bible (« Tu ne tueras point »), Murdock se retrouve dans des situations périlleuses car il affronte à armes inégales des criminels dénués de scrupules. Lors de combats au dénouement incertain (mention spéciale au fabuleux plan séquence de l’épisode 2, du jamais vu sur le petit écran), on tremble pour le justicier. Aveuglé par sa morale judéo-chrétienne, il se prend régulièrement des raclées car dans le sinistre quartier de Hell’s Kitchen, faire preuve d’humanité constitue une faiblesse. New York est un personnage à part entière, un environnement sombre très influencé par les comics de Franck Miller. Les rares héros qui osent s’élever contre les injustices sont impitoyablement broyés par la police corrompue du magnat des affaires Wilson Fisk, sans doute le méchant le plus charismatique des films/séries Marvel. Un monstre à visage humain superbement interprété par Vincent D’Onofrio, l’ombre parfaite de Daredevil.

Wilson Fisk s’apprête à commettre un meurtre terrifiant

Capable de commettre des violences inédites dans une oeuvre Marvel (on parle quand même d’une décapitation à l’aide d’une portière de voiture…), Fisk est fragile, émotionnellement parlant. Ce géant aux pieds d’argile a connu une enfance traumatisante et s’est retrouvé contraint de tuer pour survivre dans la jungle urbaine et gagner une respectabilité de façade.

À terme, les scénaristes ont prévu pour les saisons futures que Daredevil rencontre le Punisher, un autre anti-héro atypique… à l’image d’Ant-Man.

Dans ce film de cambriolage, Scott Lang n’est au départ qu’une petite frappe qui, à sa sortie de prison, se voit offrir une seconde chance par le docteur Hank Pym. Ce savant a élaboré un costume capable de faire rétrécir son possesseur et ainsi combattre n’importe quelle menace.

Autant dire qu’on est clairement dans une comédie, avec de surprenantes séquences un peu gores : le méchant prend un malin plaisir à réduire ses victimes à l’état cellulaire avant de les écrabouiller ! Un humour noir familial qu’on avait pas vu depuis les Gremlins de Joe Dante. Puisqu’on parle des années 80, le personnage le plus intéressant ici est celui interprété par Michael Douglas, Hank Pym, un Ant-Man de la Guerre Froide qui cherche un héritier. Cette passation de pouvoir est une belle mise en abyme du Marvel d’aujourd’hui, entre respect du mythe et modernisation avec des effets spéciaux hallucinants, une relecture jouissive du cultissime Chérie j’ai rétréci les gosses. Les scènes d’action sont bourrées d’humour avec un duel au sommet d’anthologie qui se déroule… dans une chambre d’enfants remplie de jouets.

Si les deux premiers volets des Avengers ne font pas partie de mes films préférés pour les raisons évoquées au début de l’article, je suis en revanche enthousiasmé par le fait que ce monde imaginaire ne cesse de se développer, avec des crossovers et des personnages décalés largement inspirés des années 80. Qu’ils soient drôles ou tourmentés, Rocket Raccon, Daredevil et Ant-Man sont des anti-héros modernes qui amènent un brin de subversion au cinéma et à la télévision et laissent espérer des histoires plus excitantes que les insipides remakes hollywoodiens des blockbusters Total Recall, Robocop et autres Mad Max (du moins insipides à mes yeux). Anecdote amusante, James Gunn, réalisateur des Gardiens de la Galaxie, a adoré Ant-Man comme il le dit lui-même sur sa page Facebook :

“Honnêtement, le film est une bombe totale ! J’étais tellement heureux après l’avoir vu. Ce n’est pas ennuyant une seule seconde, et c’est drôle et chaleureux tout au long. Il ne reste pas que dans la science-fiction comme beaucoup de films ces derniers temps, il est simple et élégant. Il fait partie de l’univers Marvel sans en suivre les règles. »

« Ne pas suivre les règles »… Quand je vous disais qu’une révolution couvait chez Marvel !

« Les Gardiens de la Galaxie est la version sale et barrée d’Avengers », aurait dit James Gunn…

Published in: on juillet 16, 2015 at 10:00  Comments (8)  
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Sense8

Un jeune policier qui lutte contre les gangs de Chicago, un chauffeur de minibus kényan passionné par Jean-Claude Van Damme, une femme d’affaire sud-coréenne étouffée par sa famille, une DJ islandaise paumée dans Londres, un acteur mexicain star de telenovelas qui cache un lourd secret, une jeune pharmacienne indienne contrainte de se marier, une hacktiviste transsexuelle sur le point de participer à la gaypride de San Francisco, un cambrioleur berlinois hanté par son passé…

Huit individus qui ne se connaissent pas. Huit individus unis par un lien.

Dardevil, Penny Dreadful… Je n’en finis plus d’être impressionné par les séries Netflix ! Et voilà que les Wachowski créent l’événement avec Sense8. « Evénement » car après Cloud Atlas et Jupiter Ascending, les auteurs de Matrix ont décidé de réaliser une série télévisée. Comme pas mal de geeks, j’étais à la fois enthousiaste et inquiet à l’idée de découvrir le résultat : Cloud Atlas est à mes yeux l’un des plus grands films SF de l’histoire du cinéma, mais les Wachowski ont subi de tels échecs commerciaux que leur carrière cinématographique est menacée. Changer de média donne-t-il plus de liberté ?

D’entrée, on ne peut s’empêcher de penser à Cloud Atlas et ses multiples intrigues à travers différentes époques. Dans Sense8, les protagonistes, séparés géographiquement, réalisent qu’ils sont liés émotionnellement… et même télépathiquement. Une idée sacrément culottée, pour ne pas dire casse-gueule, puisqu’elle impose huit histoires, huit points de vue tournés dans autant de pays ! Contre toute attente, cela fonctionne, en partie grâce à des « hommes de l’ombre » absolument essentiels : le réalisateur allemand Tom Tykwer, déjà aux manettes sur Cloud Atlas, James « V pour Vendetta » McTeiguele scénariste de Babylon V Joseph Michael Straczynski, ainsi que le directeur de la photographie de Cloud Atlas, John Toll, qui a travaillé sur Braveheart, le Dernier Samouraï, et Breaking Bad. C’est donc une équipe de rêve qui est aux commandes de  cette série, une bande de cinéastes talentueux qui ont choisi de faire confiance en l’intelligence du spectateur, ce qui explique pourquoi le premier épisode est aussi déstabilisant qu’exigeant : l’action est éclatée entre Nairobi, Séoul, San Francisco, Mumbai, Londres, Berlin, Mexico et Chicago !

Passé cette octuple introduction un brin complexe, on s’attache très vite à ces personnages que tout semble séparer, qui se heurtent aux valeurs traditionnelles, à l’intolérance, aux préjugés et à la corruption. Les sensitifs ne sont pas seulement des mutants, mais également des individus victimes de leurs orientations sexuelles, politiques, ethniques ou religieuses. Bien qu’on retrouve les thèmes de Cloud Atlas, des personnes ordinaires en quête d’identité luttant contre les conservatismes afin de ne pas être broyé par la société, d’une certaine manière Sense8 va beaucoup plus loin car on peut considérer que ces huit êtres ne forment qu’une seule entité. Ce qui est frappant, c’est que les Wachowski semblent avoir trouvé le média idéal pour véhiculer leurs idées progressistes, déjà présentes dans V pour Vendetta. Qu’ils soient policiers ou voyous, riches ou pauvres, ces personnages isolés vont apprendre à se faire confiance pour gagner en humanité. Pour les Wachowski, le super pouvoir ultime n’est pas de voler dans les airs ou de projeter des boules de feu, mais de faire preuve d’empathie, de sensibilité et de compassion. Un message optimiste qui change radicalement de la SF sombre de ces dernières années !

Comme Cloud Atlas, Sense8 est une oeuvre hybride, un blockuster doté d’un scénario humaniste émouvant très fouillé. Après l’injuste échec commercial de Cloud Atlas, les Wachowski semblent avoir réalisé que le format série télévisé est plus adapté à leur narration axée sur des réflexions philosophiques. Dans une séquence au musée, deux personnages discutent du message politique d’une toile du peintre mexicain Diego Rivera, ce qui serait plus difficile à faire passer dans un long métrage calibré pour durer deux heures… sans même parler des scènes érotiques particulièrement osées. Il y a une dimension intellectuelle dans Sense8, mais aussi émotionnelle, grâce à une bande-originale tour à tour rock (« What’s Up » des 4 Non Blondes) et classique avec notamment la séquence du concert durant laquelle les sensitifs revivent leurs naissances simultanément.

Le montage et la photographie, magnifiques, accentuent cette synchronicité et mettent en avant les personnages. Les Wachowski ont eu l’intelligence de faire appel à de jeunes acteurs charismatiques quasi-inconnus, bluffants de vérité, comme la comédienne transsexuelle Jamie Clayton dont l’histoire est largement inspirée de celle de Lana Wachowski. De la même façon, le personnage de Cepheus, passionné par Jean-Claude Van Damme, est émouvant tant il illustre avec merveille comment peut être vécu la mondialisation dans un quartier pauvre de Nairobi au Kenya.

Sense8 est une fable touchante, mais aussi une une réflexion subversive sur l’identité qui tourne autour d’une question existentielle : qu’est-ce qu’un être humain ? Les sensitifs constituent une humanité augmentée, une métaphore d’Internet dans ce que le réseau des réseaux a de plus noble : mettre en relation des être issus d’horizons différents pour échanger et permettre un enrichissement mutuel. D’un certain point de vue, ces huit sensitifs (« sensates » en anglais) forment un seul être accompli, le « sensei » (« maître » en japonais). Quand on sait que les Wachowski sont passionnés par le Japon et la réincarnation, cette terminologie est tout sauf un hasard.

Vivement la saison 2 !

Published in: on juin 29, 2015 at 9:49  Comments (30)  
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Silicon Valley

 

Attention, HBO nous livre une nouvelle pépite !

Après la somptueuse saison 4 de Game of thrones, voici une comédie corrosive qui s’attaque avec brio au mythe de la Silicon Valley. Mais au lieu de nous proposer une énième success story sur ce pôle high-tech, Mike Judge (l’auteur de Beavis et Butt-Head) nous montre l’envers du décors à travers la (sur)vie d’une startup appelée Pied Piper : des programmeurs asociaux inventent une web application dotée d’un algorithme révolutionnaire permettant des taux de compression jamais atteints dans l’histoire de l’informatique.

Il n’en faut pas plus pour attirer la convoitise de multinationales telle que Hooli, caricature à peine voilée de Google. Tout irait pour le mieux si les membres de Pied Pipper n’étaient pas des développeurs déjantés plus vrais que nature : un drogué aux champignons hallucinogènes qui se prend pour le nouveau Steve Jobs, un sataniste canadien sans-papiers qui ne supporte pas le logo et le nom « Pied Pieper », un leader angoissé incapable d’expliquer son business plan à qui que ce soit…

Silicon Valley est-il un clone de The Big Bang Theory ?

Pas vraiment : les scénaristes, extrêmement documentés, s’attaquent à la culture geek dans toute sa vacuité : lors du fameux concours Tech Crunch qui récompense l’innovation technologique, tous les candidats parlent de rendre « le monde meilleur » en présentant des applications pour le moins… discutables. Les PDG qui s’affrontent à coups de millions de dollars pour racheter Pied Piper sont moins des technophiles que des milliardaires bouffis d’orgueil, prêts à tout pour humilier la concurrence. Dans cet univers virtuel, impossible de savoir quel camp choisir tant les discours pseudo-humanistes façon Apple se heurtent au cynisme ambiant : une entreprise peut être valorisée du jour au lendemain plusieurs centaines de millions de dollars, avant de sombrer comme Chatroulette ou My Space dans l’oubli. « C’est tellement 2009 ! » s’exclame un développeur de la série lorsqu’il découvre un site Internet ringard…

À travers une critique au vitriole du monde de l’informatique et de sa présupposée cool attitude, Mike Judge nous renvoie à l’absurdité de notre société, mais aussi à la gentrification de San Francisco que j’évoquais dans cet article. La jungle du numérique qu’est la Silicon Valley est tournée en dérision avec des scènes à pleurer de rire, à tel point que j’ai regardé deux fois cette série en l’espace de 48h00 ! Certes, il n’y a pour l’instant qu’une saison de 8 épisodes, mais Silicon Valley est promise à un grand avenir. En attendant la saison 2, voici le vrai-faux site conçu par HBO. Et s’il ne suffit pas à vous convaincre, voici un petit extrait d’une scène que j’ai appelée « la séquence qui tue », uploadée rien que pour vous ! (merci de ne pas me dénoncer à l’HADOPI).

PS : pour avoir tous les sous-titres, ne laissez pas le pointeur de la souris sur la fenêtre.

Published in: on juillet 18, 2014 at 6:22  Comments (19)  
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Doctor Who pour les nuls

Je profite du cinquantième anniversaire de Doctor Who pour parler de cet OVNI télévisuel qui est tout simplement l’une des plus grandes séries de tous les temps, et pas seulement pour sa longévité exceptionnelle (le premier épisode date de 1963). Le Net fourmille d’articles bien mieux écrits que celui-ci, mais il me tenait à cœur de contribuer à faire découvrir ce chef d’œuvre de la Science-Fiction méconnu en France, chef d’œuvre qui a traversé les décennies sans cesser de se renouveler. Au fil du temps,cette série a bénéficié de l’apport d’écrivains majeurs : Douglas « H2G2 » Adams, Neil Gaiman, ainsi que d’une horde de scénaristes aussi doués que déjantés.

Mais de quoi parle Doctor Who bon sang ?

Créé en 1963, la saga raconte l’histoire d’un alien, un seigneur du temps qui se fait appeler « le Docteur ». Cet extra-terrestre excentrique voyage à travers l’espace et le temps à bord du TARDIS, un vaisseau spatial vivant en forme de cabine de police. Le génie de la série tient à deux choses. Tout d’abord un banal concours de circonstance : William Hartnell, le premier acteur à avoir incarné le Docteur, a quitté le casting à la fin de la première saison. Pour le remplacer, les scénaristes ont eu l’idée (géniale) de prêter au Docteur une faculté surprenante : la régénération. Chaque fois que le seigneur du temps est gravement blessé, il change d’apparence mais conserve, dans une certaine mesure, ses souvenirs. Ceci explique pourquoi pas moins de treize acteurs (!) ont interprété jusqu’à aujourd’hui ce personnage délirant. L’autre idée géniale, c’est d’avoir fait des budgets serrés de la télévision une force. En 1963, une super-production telle que « Game of trones » relevait du fantasme, aussi les créateurs ont inventé le concept kitsch (et totalement assumé) de « technologie non technologique » (!!) qui donne à la série cette atmosphère complètement barrée : le Docteur utilise un tournevis sonique, visite dans le futur la ville de « New New New New New New New New New York », appelée ainsi car elle a été reconstruite… neuf fois, et affronte une galerie d’aliens déviants dont les plus emblématiques sont sans conteste les Daleks et leur célèbre « exterminate » :

Un de mes Daleks

C’est l’une des rares séries qui m’a fait pleurer de rire (et parfois pleurer tout court) grâce à son ambiance décalée qui n’a rien à envier au Guide du voyageur galactique.

Bon, tout cela est bien beau, mais par quoi commencer ?

À la différence de la série télévisée Star Trek, très difficile à rattraper, Doctor Who est beaucoup plus accessible : après une première diffusion de 1963 à 1989, la saga a subi une interruption. En 2005, elle a été relancée sans qu’il soit impératif de regarder les anciens épisodes. Puisque le docteur a subi une nouvelle régénération, ce n’est donc pas un reboot car, cerise sur le gâteau, les scénaristes sont respectueux de tout ce qui a été bâti auparavant. Il s’agit donc d’une vraie saison 1 pour les néophytes… mais du neuvième docteur pour les passionnés de la première heure ! Cette saison 1 est idéale pour découvrir cet univers baroque extrêmement addictif, servi par des acteurs incroyablement doués : Christopher Eccleston, David Tennant, Math Smith, Karen Gillan, pour ne citer que les plus connus. Du coup, chaque régénération est vécue comme un traumatisme par le Docteur, mais aussi pour les fans qui s’attachent bien évidemment à ces incarnations du seigneur du temps. On peut passer très vite du rire aux larmes, avec des épisodes toujours intelligents : comment réagiraient des aliens du futur s’ils écoutaient « Tainted love » et « Toxic » de Britney Spears ? À quoi ressemblera la télé-réalité en l’an 200.000 ? Que faire quand on sympathise avec Van Gogh et qu’il est censé se suicider ?

Au final, cet humble article ne peut pas à lui seul restituer toute la richesse, la poésie, l’inventivité et la folie de cet univers, mais si vous ne le connaissez pas, j’espère qu’il vous donnera l’envie de découvrir ce monument de la SF. Bonus : cette vidéo dans laquelle je demande à un de mes Daleks ce qu’il pense du Docteur.

Published in: on novembre 25, 2013 at 9:13  Comments (15)  
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Silo (épisode 1)

Silo

 

Dans un futur postapocalyptique indéterminé, quelques milliers de survivants ont établi une société dans un silo souterrain de 144 étages. Les règles de vie sont strictes. Pour avoir le droit de faire un enfant, les couples doivent s’inscrire à une loterie. Mais les tickets de naissance des uns ne sont redistribués qu’en fonction de la mort des autres.
Les citoyens qui enfreignent la loi sont envoyés en dehors du silo pour y trouver la mort au contact d’un air toxique. Ces condamnés doivent, avant de mourir, nettoyer à l’aide d’un chiffon de laine les capteurs qui retransmettent des images de mauvaise qualité du monde extérieur sur un grand écran, à l’intérieur du silo.
Ces images rappellent aux survivants que ce monde est assassin.
Mais certains commencent à penser que les dirigeants de cette société enfouie mentent sur ce qui se passe réellement dehors et doutent des raisons qui ont conduit ce monde à la ruine.

J’ai été intrigué par la belle histoire autour de ce roman : son auteur s’est auto-publié aux Etats-Unis et a vendu « Silo » à 500.000 exemplaires en version numérique, ce qui a conduit Ridley Scott a racheter les droits pour une adaptation à Hollywood ! Alors, phénomène de mode ou coup de génie ? J’ai commencé par télécharger le premier épisode sur mon Kindle touch, que j’ai lu en… une heure. L’intrigue, mystérieuse à souhait, tient ses promesses : qu’est-ce qu’il y a dehors ? C’est la question qu’on ne cesse de se poser au fil de la lecture, très noire. Au delà de cette énigme, je trouve que Hugh Howey fait preuve d’un culot incroyable en ce qui concerne le traitement des personnages (surtout à la fin du premier épisode…). Le style, fluide, va a l’essentiel. Ma seule critique vise un point sur le fond : j’ai du mal à croire qu’au fil des ans tous les condamnés aient accepté de nettoyer ces capteurs, mais l’auteur le justifie dans le texte en mettant en avant la mentalité très routinière des habitants du Silo, une psychologie extrêmement fataliste qui m’a fait penser au Japon. Au final, Hugh Howey place la barre très haut. Trop haut ? Comme toujours avec ce genre d’histoire, j’ai peur que le dénouement soit décevant, mais il m’est impossible de ne pas lire la suite… Quoi qu’il arrive, cet auteur a gagné son pari : « Silo » n’a pas fini de faire parler de lui !

« Silo », Hugh Howey, Editions Actes Sud, format numérique et papier (par épisode ou en intégral), 2.99 euros.

Published in: on octobre 4, 2013 at 1:14  Comments (15)  
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