Sapiens

Il y a des ouvrages inattendus qui affectent en profondeur votre vision du monde. Je suis pourtant au fait des fantastiques découvertes de ces vingt dernières années, avec notamment l’Homo Fiorensis, véritable Hobbit d’un mètre de haut qui maîtrisait le feu et la fabrication d’outils de pierre, et l’Homo Denisova, qui aurait transmis aux Tibétains le « gène de l’altitude ». Mais j’avoue avoir été captivé par Sapiens, une brève histoire de l’Humanité, un récit fascinant qui met à mal quantité d’idées reçues sur la Préhistoire et l’évolution.

Ainsi, il y a 10.000 ans, le chasseur-cueilleur était un athlète incroyable, qui possédait une dextérité physique aujourd’hui hors de notre portée. Le paléoanthropologue Peter McAllister a étudié des empreintes de pieds fossilisées laissées par des Aborigènes d’Australie au cours d’une chasse, il y a près de 20.000 ans. McAllister pense que ces chasseurs devaient se déplacer à 37 kilomètres/heure. À titre de comparaison, Usain Bolt, détenteur du record mondial, court le 100 mètres à 42 kilomètre/heure. “Si ces chasseurs aborigènes s’entraînaient dans les conditions actuelles, avec des chaussures spéciales et en courant sur une piste d’athlétisme recouverte d’un revêtement synthétique, ils pourraient facilement atteindre les 45 kilomètres/heure”, conclut le chercheur.

Dans nos jours, il est devenu impossible d’atteindre de telles performances physiques. Nous ne pouvons nous permettre de consacrer de longues heures au sport tous les jours, car dès l’enfance nous sommes scolarisés. À l’âge adulte, nous disposons d’encore moins de temps pour des activités physiques, nous travaillons en moyenne 40 à 45 heures par semaine. Dans certains pays en voie développement, la moyenne hebdomadaire peut aller jusqu’à 60, voire 80 heures. Entre le travail et les loisirs, nous pouvons rester huit heures par jours assis derrière un écran, sans parler du temps non négligeable passé en voiture ou dans les transports en commun.

Il y a 30.000 ans, la journée de travail des 30.000 Sapiens qui vivaient sur Terre était totalement différente de la nôtre. Tout commençait à huit heures du matin, sans la sonnerie d’un réveil. Nos ancêtres passaient leurs temps à cueillir des champignons et des racines, à attraper des grenouilles ou des insectes, et à fuir devant les tigres à dents de sabre. La chasse reposait sur une collaboration étroite, qui impliquait un partage du travail et de la nourriture. À 13h00, la journée était terminée ! Il était temps de manger, l’après-midi n’était consacré qu’aux jeux avec les enfants, au farniente, et à la culture. On écoutait les mythes racontés par les anciens et les « shamans ». Il n’y avait pas de vaisselle à laver, d’aspirateur à passer, de trajets à effectuer en voiture ou de supermarchés bondés à traverser. 

Bien sûr, tout n’était pas rose, mais la pollution n’existait pas, et la qualité de vie demeurait élevée : comme le régime alimentaire était le même depuis des centaines de milliers d’années, le corps humain s’y était bien adapté. Les squelettes des chasseurs-cueilleurs montrent qu’ils étaient moins exposés à la famine ou à la malnutrition, et qu’ils étaient généralement plus grands et en meilleure santé que leurs descendants cultivateurs. Les enfants qui franchissaient le cap (très) délicat des premières années avaient de bonnes chances de parvenir à 60 ans, voire, pour certains, à 80 ans et plus, grâce à la diversité de leur alimentation. Ils étaient même épargnés par les carences, les caries et les cancers. Les anciens chasseurs-cueilleurs consommaient régulièrement des douzaines d’autres aliments. Ils pouvaient manger des champignons au petit déjeuner ; des fruits, des escargots et une tortue à midi ; et du lapin aux oignons sauvages le soir ! N’étant pas à la merci d’un seul type d’aliment, ils étaient moins vulnérables si celui-ci venait à manquer.

Tout changea à partir de la naissance de l’agriculture. Certains ​Sapiens se mirent à consacrer la quasi-totalité de leur temps à manipuler la vie d’un petit nombre d’espèces animales et végétales. Ils se mirent à semer des graines de blé, à arroser les plantes, à arracher les mauvaises herbes et à conduire les troupeaux. Un travail qui était censé leur assurer plus de fruits, de grains et de viande.

Si, il y a 10.000 ans, le blé était une plante quelconque du Moyen-Orient, en l’espace de quelques millénaires elle poussa dans le monde entier, au prix d’efforts considérables. Il fallait s’en occuper du matin jusqu’au soir, enlever les cailloux des domaines cultivables, ce qui obligeait les ​Sapiens à se casser le dos pour en débarrasser les champs. Le blé n’aimait pas les autres plantes, si bien qu’hommes et femmes passaient de longues journées à désherber sous un soleil de plomb, à surveiller les vers, car le blé était aussi une plante fragile. Il était attaqué par les lapins et les essaims de sauterelles, ce qui obligeait les cultivateurs à dresser des clôtures et à garder les champs. Ils creusèrent des canaux d’irrigation ou transportèrent des seaux pour l’arroser, recueillirent les excréments des animaux pour fertiliser la terre. Ce sont les genoux, la voûte plantaire, la colonne vertébrale et le cou de Sapiens qui en firent les frais. L’étude des anciens squelettes montre en effet que la transition agricole provoqua des glissements de disques, des arthrites et des hernies. De surcroît, les nouvelles tâches agricoles prenaient beaucoup de temps, ce qui obligeait les hommes à se fixer à côté des champs de blé, dans des maisons. Leur mode de vie s’en trouva changé. Ce n’est pas nous qui avons domestiqué le blé, mais l’inverse ! Or une alimentation fondée essentiellement sur les céréales n’est pas seulement pauvre en minéraux et en vitamines, elle est également difficile à digérer.

La plupart des maladies infectieuses (variole, rougeole et tuberculose) trouvent leurs origines parmi les animaux domestiqués et n’ont été transmises à l’homme qu’après la naissance de l’agriculture. Les chasseurs-cueilleurs qui n’avaient domestiqué que les chiens échappaient à ces fléaux. De plus, dans les sociétés agricoles, la plupart des gens vivaient dans des colonies peu hygiéniques – un lieu idéal pour les maladies. Les chasseurs-cueilleurs, eux, parcouraient leur territoire en petites bandes où aucune épidémie ne pouvait se développer. Certes, l’agriculture augmenta la somme totale de vivres à la disposition de l’humanité, mais la nourriture supplémentaire ne se traduisit ni en meilleure alimentation ni en davantage de loisirs. Elle se solda plutôt par des explosions démographiques. Or, les gens n’avaient pas prévu que le surcroît de blé devrait être partagé entre plus d’enfants. Les premiers cultivateurs ne comprirent pas davantage que nourrir les enfants avec plus de bouillie et moins de lait maternel affaiblirait leur système immunitaire.

Le fermier travaillait plus dur que le chasseur-cueilleur, mais se nourrissait moins bien. Pour l’auteur de Sapiens, « la Révolution agricole fut la plus grande escroquerie de l’histoire ». Le blé n’a pas assuré la sécurité économique. La vie des cultivateurs est moins sûre que celle des chasseurs-cueilleurs. Si ces derniers perdaient certaines de leurs denrées alimentaires de base, ils pouvaient cueillir ou chasser d’autres espèces, voire se diriger vers une autre région plus fertile. Les chasseurs-cueilleurs disposaient de plusieurs douzaines d’espèces pour survivre et pouvaient donc affronter les années difficiles sans stocks de vivres, ils n’étaient pas tributaires d’un seul produit de base. Or s’il pleuvait, s’il y avait une invasion de sauterelles, une sécheresse, ou si un champignon infectait l’une de ces plantes, les cultivateurs mouraient de faim par milliers.

Facteur aggravant, le blé n’assurait pas plus de sécurité contre la violence. Les premiers cultivateurs étaient au moins aussi brutaux, sinon plus, que leurs ancêtres chasseurs-cueilleurs. Ils étaient « propriétaires », possédaient des maisons, et avaient besoin de terre à cultiver, il n’y avait guère de place pour les compromis. Si une bande rivale plus forte attaquait des chasseurs-cueilleurs, ces derniers pouvaient aller voir ailleurs. Si un ennemi puissant menaçait un village agricole, fuir signifiait abandonner champs, maisons et greniers. Ce qui, bien souvent, condamnait les réfugiés à la famine. Les cultivateurs avaient donc tendance à se battre jusqu’à la mort, à construire des murs et à monter la garde…. les prémices des guerres à grande échelle.

La vie villageoise procurait certes des avantages à court terme aux premiers cultivateurs, comme une meilleure protection contre les bêtes sauvages, la pluie et le froid. Mais pour l’individu moyen, les inconvénients l’emportaient sur les avantages. Le « progrès » n’était que collectif. Il est vrai que ce « progrès » permit à l’​Homo sapiens une croissance exponentielle. Environ 13.000 ans avant J.-C., l’oasis de Jéricho pouvait faire vivre, au mieux, un groupe nomade d’une centaine de personnes relativement bien nourries. Vers 8500 avant J.-C., les champs de blé de Jéricho pouvaient faire vivre un village d’un millier d’habitants, mais ces derniers souffraient bien plus de maladie et de malnutrition. C’est le paradoxe de l’agriculture : la faculté de maintenir plus de gens en vie dans des conditions pires. De même que personne, dans les années 2000, n’avait anticipé certains effets pervers des réseaux sociaux, la révolution agricole fut un piège, parce que l’essor de l’agriculture se fit très progressivement, au fil des millénaires. Chaque génération continua de vivre comme la génération précédente, avec de petites améliorations dans la manière de cultiver. Paradoxalement, cette série d' »améliorations », censées rendre la vie plus facile, asservirent ces cultivateurs.

Pourquoi une telle erreur ? Les gens manquaient de recul. Chaque fois qu’ils décidèrent de travailler plus dur, c’était dans le but d’avoir une moisson plus abondante et d’éviter la famine. De la même façon que nous avons pollué progressivement notre planète, il fallut des générations pour s’apercevoir que les petits changements s’accumulaient et transformaient la société. Le problème, c’est qu’à ce moment-là personne ne se souvenait avoir jamais vécu autrement. De plus, les individus qui avaient compris le problème n’avaient pas forcément envie de revenir en arrière. Dès lors que les gens sont habitués à un certain luxe, ils le tiennent pour acquis, et ils finissent par ne plus pouvoir s’en passer. Au fil des dernières décennies, nous avons inventé d’innombrables outils censés nous faire gagner du temps en nous facilitant la vie: machines à laver, aspirateurs, lave-vaisselle, smartphones, ordinateurs, e-mails, réseaux sociaux… et pourtant nous nous plaignions tous les jours de manquer de temps ! Tout va plus vite qu’avant et rend nos journées angoissées et insatisfaisantes. Nous sommes aussi à côté de la plaque que nos ancêtres agriculteurs pris au piège de leur nouveau mode de vie.

Durant la Préhistoire, certaines Sapiens refusèrent de travailler la terre et échappèrent ainsi à ce piège de l’agriculture, mais comme celle-ci créa les conditions d’une croissance démographique rapide, les cultivateurs devinrent plus nombreux. Il ne restait alors aux chasseurs-cueilleurs qu’à fuir, à abandonner leurs terrains de chasse aux champs et aux pâturages ou à se mettre eux-mêmes à retourner la terre. Dans tous les cas, revenir à l’ancien mode de vie était impossible.

L’histoire de ce piège nous enseigne une leçon importante. La recherche d’une vie plus facile a transformé le monde d’une façon que personne n’envisageait ni ne désirait. De même que la Révolution française a totalement dépassé certains aristocrates progressistes partisans de la philosophie des Lumières qui souhaitaient juste une réforme des institutions (et non la guillotine !) personne ne complota une révolution agricole. Personne ne voulut rendre l’humanité tributaire de la culture des céréales.

Le problème, c’est que nos sociétés ont beau avoir profondément évolué au fil des millénaires, que nous le voulions ou non, nous sommes programmés pour marcher plusieurs heures par jour, c’est écrit dans notre ADN. Les légionnaires romains étaient capables de parcourir jusqu’à 80 kilomètres en une journée, tout en portant leur équipement. Encore aujourd’hui, des moines japonais tendai pratiquent le Kaihogyo, une marche méditative ascétique qui peut aller jusqu’à 84 kilomètres par jour… pendant des mois ! Ce rituel se déroule en public, le moine itinérant traverse tout le Japon, l’échec se sanctionnant par un seppuku. Depuis 1584, seuls 46 moines sont parvenus à survivre à cette pratique initiatique qui se termine par 9 jours de jeûne… sans sommeil.

Plus légendaire, selon les témoignages de l’exploratrice Alexandra David Néel* et du moine allemand Anagarika Govinda**, avant que le Tibet ne soit envahi par la Chine, un yoga ésotérique appelé lung-gom-pa permettait à des moines en transe de marcher pendant 48h00 sans dormir, sur près de 320 kilomètres, ce qui donnerait une vitesse moyenne de 6.6 kilomètres/heure.

En réalité, un tel exploit est… possible : Dean Karnazesa a couru plus de 560 kilomètres en 80 heures et 44 minutes sans dormir, qui plus est à une moyenne d’environ 7 kilomètres/heure… donc plus vite qu’un marcheur lung-gom-pa, mais nettement en dessous des 14 kilomètres/heure du champion mondial de marche athlétique, Yohann Diniz ! Puisqu’on parle d’exploit, la plus longue course à pied au monde, la Self-Transcendence 3100 mile, mesure 4989 kilomètresLes coureurs disposent de 52 jours pour terminer la course, en effectuant une moyenne journalière de 95 kilomètres, de 6h00 du matin à minuit.

Ironie du sort, quand j’ai commencé à lire Sapiens en janvier, j’étais parfois essoufflé, oppressé, alors que mon poids était normal. J’ai fini par constater que j’avais une pression artérielle de 14.8, une hypertension modérée causée par ma sédentarité d’auteur. Je me suis alors mis à marcher en forêt, progressivement, jusqu’à atteindre 15 kilomètres par jour comme nos lointains ancêtres chasseurs-cueilleurs, ce qui me prend 3h00 chaque matin. Un temps fou… mais n’est-ce pas encore plus fou de devoir avaler quotidiennement des médicaments pour soigner notre diabète et notre cholestérol, alors que ces mêmes médicaments vont abîmer d’autres organes ? Le professeur Michel Galinier, du service de cardiologie au CHU de Toulouse, expliquait dans cet article très sérieux que « au-delà de quatre heures passées en position assise par jour, chaque nouvelle heure augmente la mortalité de 2 % ; et au-delà de huit heures en position assise par jour, la mortalité augmente de 8 %. Au-delà de dix heures par jour, elle est même majorée de 34 % ».

La bonne nouvelle, c’est qu’on peut très vite inverser cette tendance, pour peu qu’on bouleverse ses habitudes. Comme marcher est devenue mon activité physique quotidienne, j’en profite pour écouter des livres grâce à mon abonnement Audible, et donner des graines aux oiseaux sauvages qui affrontent un hiver « à l’ancienne », nous avons eu en effet beaucoup de neige en janvier et février… même les étangs du Weiherchen ont gelé !

Après seulement quelques matinées passées à crapahuter dans la neige, j’ai réussi à faire baisser ma tension artérielle, ainsi que ma fréquence cardiaque.

 

Au fil des semaines, j’ai senti que mon corps se renforçait, avec cette impression de me « réveiller », au point où une journée sans marche me parait désormais inconcevable.

Aujourd’hui, je m’estime chanceux de pouvoir mener une telle vie, mais je me sens aussi solidaire des milliards de personnes sédentaires qui forment la majorité de l’Humanité. Si une activité aussi naturelle que la marche semble aujourd’hui subversive, c’est bien que notre mode de vie schizophrène atteint ses limites. Après une journée de travail éreintante, nous essayons désespérément de conserver assez de volonté et d’énergie pour, le soir venu, mener une activité sportive indispensable à notre santé, alors même que nous devons encore cuisiner, laver le linge, faire le ménage et nous occuper des enfants. Ironie du sort, alors que nous élevons des animaux en cage, nous nous sommes volontairement enfermés dans des boites, que nous appelons « maison », « bureau », « voiture », « train », dans des villes polluées… Cela ne peut plus fonctionner ainsi, nous avons besoin de sens.

Si nos ancêtres d’il y a plusieurs millénaires semblent être des demi-dieux, ce n’est pas seulement à cause d’un problème de sédentarité, c’est simplement parce que nous avons oublié qui nous sommes vraiment. Il y a 30.000 ans, quand nous avions la chance de trouver des fruits mûrs dans la savane, la seule source de sucre, nous en mangions le plus possible, en prévision des lendemains difficiles. C’est pour cette raison que nous avons tant de problèmes à nous arrêter de grignoter des sucreries… on en revient toujours à notre ADN. Les Grecs disaient Gnothi seautonConnais-toi toi-même… mais nous avons oublié ce principe élémentaire.

En définitive, nous n’avons pas seulement perdu nos racines, nous nous sommes également déconnectés de nos propres corps. À nous de nous les réapproprier, il n’est jamais trop tard 🙂

* Mystiques et magiciens du Tibet, Alexandra David Néel, Plon

** Le Chemin des nuages blancs : pèlerinages d’un moine bouddhiste au Tibet (1932 à 1949), Anagarika Govinda, Albin Michel

Published in: on février 19, 2021 at 1:45  Comments (9)  

Après la pluie

Me voici de retour après plusieurs mois d’absence. Dans son livre la rivière du sixième jour (adapté au cinéma sous le titre Et au milieu coule une rivière), Norman Maclean écrit :

Ceux avec qui nous vivons, qui nous sont proches, et que nous sommes censés connaître le mieux, sont ceux qui nous échappent le plus (…) En fait, si on pense à la vie humaine, on voit bien que la plus grande partie se passe à marcher pesamment au fond de l’eau pour un bref moment d’envol, trop tôt et déjà trop tard.

C’est ce que j’ai pensé quand mon beau-père nous a quittés soudainement, il y a trois mois. Pendant près de quinze ans, il fut mon père de substitution, jamais avare d’encouragements pour mes projets, mais aussi un grand-père affectueux. Nous partagions la même passion de l’Histoire, nous nous intéressions aux héros anonymes, au point de nous rendre un jour ensemble en voiture à Bastogne juste parce que nous avions été touchés par la série Band of brothers. Romain avait beau être un grand gaillard, il était en effet très sensible, il adorait le film Cheval de guerre.

Perdre un tel pilier a été particulièrement douloureux. Ces moments pénibles m’ont poussé à me détacher des réseaux sociaux, à récupérer beaucoup de temps pour l’écriture. À mieux me connaître aussi, j’ai découvert quantité de choses insoupçonnées sur mon mode de fonctionnement. 

Paradoxalement, je suis dans une période d’euphorie créative suite à une (r)évolution dans mon écriture, grâce notamment aux ateliers que j’anime. Ils me permettent de sortir de ma zone de confort, de progresser dans mes techniques via la nouvelle, que je maitrise de mieux en mieux. Je ne me suis jamais senti aussi libre en matière de narration. En fait, après trois romans publiés, j’ai l’impression que je commence seulement maintenant à « écrire ».

Vous vous en souvenez peut-être, après le tome trois des pirates de l’Escroc-Griffe j’avais travaillé sur un roman historique se déroulant pendant l’Antiquité… puis j’ai réalisé que mon synopsis n’était pas assez abouti. Je l’ai laissé mijoter et je me suis lancé dans l’écriture d’une trilogie fantasy se situant sept siècles après les pirates, une histoire très sombre qui se déroule sous terre. J’ai terminé le manuscrit du tome 1, il a été lu et même très apprécié par une bêta-lectrice expérimentée… mais, à mon sens, il manque encore quelque chose à ce roman dans lequel je ne me retrouve pas complètement. Après cette période de confinement et de deuil, cet été j’avais soif de légèreté et de lumière, de grands espaces, de soleil et d’océan. J’avais besoin de ce vent romanesque qui donne envie de naviguer à l’autre bout du monde… et non que mes lecteurs deviennent claustrophobes !

J’en suis alors arrivé à la conclusion que si mon inspiration était toujours bien là, mon imaginaire, lui, ne voulait pas plus d’un roman exclusivement historique que d’une trilogie fantasy trop sérieuse. Créer un univers peut me prendre des années, or je sentais qu’une part de moi aspirait à un processus à la fois différent et similaire, plus court, et surtout plus immersif, mais jusqu’à cet été j’ignorais comment y parvenir.

C’est en écrivant une nouvelle historique se situant en plein désert que j’ai réalisé que cela faisait bientôt près d’une décennie que je lisais, pour le plaisir, quantité d’articles sur l’Asie Centrale. Coïncidence, après différents tests génétiques j’ai découvert que j’avais moi-même des origines orientales significatives du côté de ma mère (pourtant italienne). J’en suis heureux, car j’ai toujours été passionné par les philosophies asiatiques, le désert du Gobi et les grands espaces, quels qu’ils soient. Quand je participais à des fouilles archéologiques en Jordanie, j’adorais contempler le coucher de soleil sur le Wadi Rum, un dédale de canyons, d’arches naturelles, de falaises et de grottes qu’on retrouve dans Lawrence d’ArabieDune et Indiana Jones. Depuis les hauteurs de Pétra, lorsque je prenais des photos telles que celle-ci, j’imaginais les caravanes ramener d’Orient les épices si convoitées.

J’avais le sentiment d’être aux portes d’un monde insoupçonné, aussi lointain que mystérieux. Si un voyageur de notre époque parvenait en effet à remonter le temps jusqu’au Moyen-Âge, et qu’il atterrissait en Asie Centrale, il se croirait sur une autre planète. Il traverserait d’innombrables petits royaumes isolés du reste du monde, rencontrerait des peuples aux coutumes étranges, des pèlerins exaltés adeptes de dieux oubliés. Il visiterait les ruines de cités aujourd’hui englouties par le sable…

À la lumière de ce constat, je me suis rendu compte que j’avais moins besoin d’inspiration, que de rendre hommage à ces cultures disparues dont on parle rarement dans les romans, les films ou les séries. Pourquoi créer un univers de fantasy aride à la Dark Sun, alors que tout était là depuis toujours, au plus profond de moi ?

Après la mer, inconsciemment je crois que je rêvais de retrouver les océans de sable de ma jeunesse qui s’étendaient à perte de vue. C’est ainsi que ce qui devait être une courte nouvelle s’est transformée cet été en un roman d’aventures initiatique avec un soupçon de réalisme magique, un récit influencé par la philosophie orientale et la route de la Soie. Vampirisé par cette histoire, j’ai passé des nuits blanches à voyager sur des cartes, à taper frénétiquement sur mon clavier, comme si j’avais vécu à cette époque, et que ma vie en dépendait. Jamais je n’ai eu autant de plaisir à écrire un roman depuis les pirates… et j’espère que ce récit vous plaira également ! Si tout va bien, je devrais terminer son écriture pour Noël. Cerise sur le gâteau, ce projet m’a donné envie de reprendre plus tard l’autre roman historique en sommeil dont je vous parlais au début de cet article, celui qui se déroule sous l’Antiquité. Plutôt qu’écrire une trilogie ou un cycle, je me dis que ces deux romans autonomes auront des thématiques communes, l’un sera un lointain écho de l’autre…

Dernière satisfaction mais non des moindres, cet été j’ai ressorti du tiroir un vieux projet d’urban fantasy délirant que je devais écrire avec l’autrice qui partage ma vie, Anne-Lorraine. J’ai compris ce qui ne fonctionnait pas dans le synopsis initial. J’ai soumis à Anne-Lorraine une nouvelle version détaillée, qui lui a plu. Elle s’est empressée d’écrire le premier jet, qu’elle pense terminer le 29 décembre. Je reprendrai alors son texte, puis ce sera à son tour d’ajouter son grain de sel, et ainsi de suite, jusqu’à ce qu’on arrive à une version satisfaisante. En 2021, ce ne sera donc pas un mais deux manuscrits qui partiront enfin en soumission éditoriale, deux romans que j’aime profondément, pour différentes raisons. Le temps aura été long, et pourtant je ne regrette pas que ce processus créatif se soit déroulé ainsi. Après avoir écrit trois romans, je n’avais pas seulement besoin de temps, je devais également laisser mon imaginaire s’abreuver de la pluie…

Aujourd’hui, j’ai hâte de partager ces histoires avec vous !

Published in: on septembre 7, 2020 at 10:50  Comments (12)  

Mon cygne noir

Ironie du sort, une semaine avant le début du confinement j’ai lu un livre qui ne pouvait pas être plus d’actualité, un essai de Nassim Nicholas Taleb, ancien trader devenu… professeur de philosophie. Taleb est l’inventeur de la théorie du cygne noir, inspirée de l’expression latine rara avis in terris nigroque simillima cygno signifiant « aussi rare qu’un cygne noir ». Durant l’Antiquité, nos ancêtres estimaient en effet qu’il était impossible que cet oiseau puisse exister, jusqu’au jour où les Européens l’ont découvert en Australie. Le cygne noir est l’illustration qu’une seule observation est capable d’invalider un savoir fragile et limité. Un cygne noir est un événement improbable, brutal, qui parait après coup prévisible, que ce soit le 11 septembre 2001, un krach boursier… ou cette pandémie mondiale qui nous frappe si brutalement. Nous vivons dans l’illusion du contrôle, des statistiques et autres courbes de croissance, comme une dinde avant Thanksgiving. Pendant ses mille jours de vie, cette dinde est très satisfaite de la nourriture qu’on lui donne, elle a l’impression d’être de mieux en mieux traitée au fil des mois et n’imagine pas un seul instant que son destin puisse être funeste…

« Les mille jours de vie d’une dinde », le Cygne Noir

Contrairement à ce que nous pensons avec naïveté, il est impossible de prévoir avec des calculs savants l’avenir ou le cours de la bourse. Comme l’affirmait avec finesse Umberto Eco, même avec la plus grande des bibliothèques, « les livres que l’on a lus comptent beaucoup moins que ceux que l’on n’a pas lus ». Nous pensons savoir... mais il n’en est rien.

Le Cygne noir m’a d’autant plus marqué que pendant ce confinement, le bouddhiste que je suis a traversé une tempête spirituelle : comment ne pas sombrer dans la colère quand des gens meurent parce qu’on leur a demandé d’aller voter, qu’on a doctement assené que porter un masque était « inutile » ? Comment peut-on mentir et se contredire plusieurs fois à la télévision, devant des millions de personnes ?

De nombreuses vies ont été sacrifiées sur l’autel de la politique et de l’économie, en contradiction avec les discours pleins de bons sentiments prônant l’union nationale, alors qu’il y a encore quelques mois, le président lui-même répondait avec condescendance aux « bêtises » du personnel soignant. J’éprouve de la culpabilité à l’idée qu’une amie infirmière continue de travailler malgré le danger…. Et que dire de l’appel à l’aide des hôpitaux du Grand Est, contraints d’envoyer des malades en Allemagne, au Luxembourg, en Suisse et… en Autriche, faute de lits ?

Mon confinement de privilégié est un cygne noir qui m’a profondément changé. En temps normal, je suis quelqu’un de plutôt réservé qui n’aime pas les controverses et qui a tendance, par politesse, à garder ses opinions pour lui, mais du jour au lendemain j’ai eu cette impression que tout devenait politique, avec les conséquences que cela implique sur nos vies : si un proche meurt parce qu’un hôpital manque cruellement de moyens, cela relève du politique. Le premier mois de confinement, ce sentiment de découvrir tous les jours sur Facebook de nouvelles injustices m’a enragé, au point de ne plus me reconnaître… alors que j’avais annoncé ici même que je serai moins présent sur les réseaux sociaux (quel lamentable échec !). Lorsqu’on ne peut vaincre un ennemi, y compris soi-même, il faut fuir, alors j’ai (de nouveau) pris mes distances avec lesdits réseaux, non pas par snobisme ou indifférence, mais parce que je ne peux pas faire autrement.

Il est à la fois douloureux et libérateur d’accepter ses limites, de « trancher » l’objet de sa colère. Mon cygne noir m’a enseigné que je ne contrôle rien, et que la connaissance n’est pas forcément synonyme de sagesse. Être aveugle, métaphoriquement parlant, est parfois souhaitable.

La goze du Japon d’antan était, pour le coup, une musicienne réellement aveugle. Elle voyageait et chantait en jouant au shamisen des mélodies aussi tristes que Kuzunoha no Kowakare, l’histoire d’une mère privée de son enfant, une ballade qu’on retrouve dans Samourai Champloo.

La cécité de la goze lui donnait une légitimité dans son interprétation, qui bouleversait le public, la goze étant source de sagesse. J’ai eu un grand-père non-voyant très pieux et, au risque de tomber dans les clichés sur les personnes privées de la vue, il possédait un recul sur le monde qui l’empêchait de nourrir toute forme de vanité. Comme mon grand-père, la goze était une leçon de vie à elle toute seule, le fait de sublimer son handicap lui permettait d’atteindre une authentique spiritualité, d’ailleurs autrefois les fillettes aveugles du nord du Japon échappaient aux infanticides en devenant également itako, « shamans ».

Celui qui s’évade de ce monde plein de bruit et de fureur accède à une première vérité, celle de sa propre insignifiance.

Dans le taoïsme, qui a influencé le zen, il est question de wuwei, de « non-agir ». Pour être véritablement heureux, il faut céder à une forme de renoncement, ne pas réagir. Au fond, n’est-ce pas illusoire de croire que la politique peut améliorer notre société ? Coluche disait que « si voter changeait quelque chose, il y a longtemps que ça serait interdit ». Platon lui-même affirmait, non sans subversion, que le pouvoir corrompt.

Quand j’ai étudié l’histoire de Rome à l’Université, j’ai été frappé de constater combien nombre de citoyens de cette période n’avaient pas pris la mesure du changement qu’opérait leur république lorsque celle-ci se transforma en empire. Quand Auguste s’empara du pouvoir son but officiel était, ironie du sort, de rétablir les institutions républicaines après des années de guerre civile. Dans son nouveau régime, il avait donc conservé le traditionnel (et rassurant) sénat, la fameuse devise républicaine SPQR, choyé des élites provinciales qui avaient de plus en plus accès à la citoyenneté, « réformé » la justice (déjà à cette époque il fallait réformer...). Pour les citoyens, tout avait l’air d’aller enfin dans le bon sens ! En réalité, une intense propagande était menée pour que le premier empereur soit présenté comme le sauveur de la république.

Aujourd’hui, notre propre république est qualifiée de « démocratique »… a-t-elle seulement existé ? Ne sommes-nous pas semblables aux Romains d’hier, qui ne disposaient pas d’assez de recul pour réaliser que leurs institutions leur donnaient un illusoire sentiment de liberté ?

Mes interrogations paraissent sûrement indécentes quand on observe un tant soit peu la dictature qui sévit en Corée du Nord, mais au moment de voter, avons-nous réellement tant de choix que cela ? Depuis Poincaré, c’est la question très sérieuse que se posent de nombreux mathématiciens, qui ont fini par découvrir le scrutin idéal… fort éloigné de celui que nous utilisons pour les présidentielles.

Si l’on envisage l’hypothèse que nous vivons depuis toujours dans une oligarchie et non une démocratie, ce qu’on appelle avancées sociales ne sont, au final, que des accidents de l’Histoire, des cygnes noirs, comme par exemple la Révolution française. Mettre un terme à la royauté n’était absolument pas l’objectif des bourgeois (qui ont remplacé au pied levé les aristocrates guillotinés, d’autres « dindes de Thanksgiving » qui n’avaient rien vu venir). Plus tard, l’avènement définitif de la République n’a été possible que parce que l’héritier du trône de France, Henri d’Artois, a de manière absurde refusé de régner tant que le drapeau tricolore ne serait pas remplacé par celui à fleurs de lys ! Les congés payés instaurés par l’éphémère Front Populaire, ou la Sécu créée à la Libération, sont des avancées sociales largement attaquées depuis des années, des aberrations pour une oligarchie qui se moque de ce prétendu clivage « droite-gauche ».

Rien n’est jamais acquis.

Cette colère que j’ai éprouvée ces dernières semaines vient peut-être d’un deuil causé par une prise de conscience : quoi qu’il arrive, notre société sera toujours régie par de violents rapports de force. Je le constate quotidiennement quand j’écoute mes amis. Pris dans les affres du télétravail, ils sont contraints d’effectuer, sans compter les heures, des tâches bien plus pénibles qu’avant le confinement. Des « petites mains » qui ne sont, pour le pouvoir, que des variables d’ajustement. Avant d’être démis de ses fonctions, le directeur de l’agence régionale de la santé avait annoncé que 174 lits et 598 postes allaient être supprimés au CHU de Nancy d’ici 2025… Comment peut-on désirer un tel « projet de société » en pleine pandémie, quand nos infirmières s’habillent avec des sacs-poubelle ?

Durant les premiers jours de cette crise, il y a eu pourtant un timide espoir, nous allions tous prendre conscience que notre paradigme économique était à bout de souffle, que derrière chaque crise existait une opportunité. Autour de moi, des proches se sont mis à fabriquer des masques pour la collectivité ou à aider les personnes en difficulté, le bénévolat des « gens qui ne sont rien », palliant, une fois de plus, les défaillances de l’État. Immédiatement, « la Matrice » a repris le dessus en imposant le télétravail effréné. Le début d’une nouvelle ère faite de fractures profondes et d’inégalités béantes, comme le prouve cet article glaçant des Echos qui commence ainsi, je cite :

Le confinement a envoyé les Français au pays des rêves. Comme souvent, un Etat riche et généreux y tient une place centrale. Mais le réveil finira par venir…

Nietzsche écrivait que l’État est « le plus froid des monstres froids ». Fort de ce constat, je me refuse d’en devenir moi-même un. Ce n’est pas parce que nous sommes gouvernés par des personnes pour qui la vie humaine n’a aucune valeur que nous devons sombrer dans le cynisme et perdre notre humanité, bien au contraire. Si ce n’est pas déjà fait, il est urgent de donner du sens à nos existences éphémères et fragiles. Aimer et aider, être heureux, parce qu’il faut vivre pour la mémoire de ceux qui ne sont plus.

Ci-joint, à écouter au casque, le magnifique chant de Ikue Asazaki dédié à toutes les grands-mères confinées qui pleurent leurs petits-enfants, et à une grand-mère en particulier ❤

Le mois d’après

Un mois après ce confinement qui nous a propulsés du jour au lendemain en pleine Science-Fiction, j’espère que vous allez bien. De mon côté, le travail a été bouleversé, mes ateliers d’écriture sont devenus… numériques. Les participants de mon atelier se sont habitués à la visioconférence, ils ont même créé une ville post-apocalyptique dans un futur proche, chaque auteur raconte l’histoire d’un habitant de cette cité rétro-futuriste… Un projet passionnant.

Mercredi soir, j’inaugure un tout nouvel atelier qui aura lieu de 20h00 à 21h30. Si le sujet vous intéresse, j’ai créé un site, sur lequel j’explique ma méthode dite de l’écriture progressive (pour l’instant, le site n’est pas « responsive », il n’est accessible que sur des ordinateurs ou des grosses tablettes style iPad Pro). Si écrire vous démange, la toute première séance d’essai, gratuite, se déroulera sur Skype.

À côté de ça, je continue à écrire des romans, plus que jamais. On raconte que la réalité dépasse toujours la fiction, et le moins que l’on puisse dire, c’est que l’un de mes projets est devenu un formidable exutoire, la métaphore d’une société où la vie humaine n’a pas la moindre valeur et peut être sacrifiée sur l’autel de l’économie. Je vous rassure, mon bouquin ne sera pas un livre de confinement… et pourtant, plus rien ne sera comme avant.

Prenez soin de vous !

Vers un nouvel âge d’or de la Fantasy ?

Je viens de terminer le dernier épisode de la série télévisée OCS His dark materials : à la croisée des mondes, les larmes aux yeux et le cœur serré. Quelle fantasy douce-amère, à mi-chemin entre le monde des enfants et celui, bien plus cruel, des adultes… Servi par un générique flamboyant, une jeune actrice prodigieuse révélée dans Logan et des « Panserbjørnes » (ours en armures !) enragés, le cycle basé sur la trilogie de Philip Pullman ne ménage jamais le spectateur : personnages non manichéens, critique frontale du christianisme, enfance sacrifiée… Cet « anti-Narnia » doit donner des cauchemars aux dirigeants de Disney ! Et fait largement oublier le demi-échec du long-métrage (trop) familial de 2007, la Boussole d’Or.

La semaine dernière, une autre saga me faisait chavirer, celle de The Witcher, et c’est peu de le dire : moi qui n’avais pas accroché au jeu vidéo sur PlayStation 4, je n’ai désormais qu’une envie : rallumer ma console afin de retrouver Geralt de Riv et la sorcière Yennefer, LE personnage charismatique de cette magnifique série Netflix, inspirée des romans de Andrzej Sapkowski. The Witcher, c’est un peu le lointain héritier de Conan et de la culture pulp façon sword and sorcery : beaucoup d’action et d’humour, à des années-lumière du réalisme pessimiste de Game of Thrones, et c’est tant mieux, car il aurait été suicidaire d’imiter la recette du mythique programme d’HBO.

Comme si cela ne suffisait pas, j’ai aussi eu un coup de cœur pour Carnival Row, une série qui se déroule dans un monde urban fantasy inspiré de l’époque victorienne, les créatures féériques étant les victimes d’une ségrégation raciale. Loin d’être un copié-collé de la Grande-Bretagne du XIXe siècle, la série d’Amazon Prime dispose d’un gigantesque background :  un univers à l’histoire très ancienne, une riche mythologie celtique, des rues qui grouillent de faunes, de kobolds et de trolls, des machines steampunks impressionnantes… et une Cara Delevingne qui obtient enfin un rôle intéressant.

Après avoir été émerveillé par toutes ces histoires, je me demande si nous ne sommes pas en train de connaître, vingt ans après le triomphe du film la Communauté de l’Anneau, un nouvel âge d’or de la fantasy tant je suis sidéré par la qualité d’écriture de ces trois séries féministes contemporaines. Des séries qui possèdent une profondeur abyssale en matière d’univers, à l’image du poétique prequel de Dark Crystal : Le Temps de la résistance.

Alors que les deux trilogies de Peter Jackson n’ont pas engendré de mode cinématographique durable autour de la fantasy, il en va autrement du petit écran. Le succès mondial de Game of thrones a en effet convaincu les networks qu’il existe un vrai public amateur du genre. Avec les progrès des effets spéciaux, et la hausse des budgets*, ce qui relevait du domaine du rêve il y a encore quelques années devient une réalité sur Netflix, Amazon Prime, HBO ou la BBC. Il faut dire qu’adapter un roman en série télévisée est plus facile qu’au cinéma, il y a beaucoup moins de censure, et surtout une marge de manœuvre quasi infinie pour les scénaristes. Un livre nécessite une intrigue dense de dix heures avec des personnages fouillés ? Aucun problème, il suffit d’écrire une saison ! J’en viens presque à regretter que le futur Dune de Denis Villeneuve ne soit pas une série télévisée… Cerise sur le gâteau, toutes ces œuvres attirent une horde de réalisateurs à qui Disney Hollywood refuse de confier des longs-métrages, des artistes talentueux qui ont soif de cinéma, et qui se retrouvent aux commandes de programmes ambitieux comme le prochain Seigneur des Anneaux d’Amazon.

Si la Fantasy n’est plus un sous-genre de l’imaginaire gettoïsé réservée aux geeks adeptes de jeux de rôle, va-t-elle enfin prendre ses lettres de noblesse en France** ? En attendant d’obtenir la réponse à cette question, on ne peut que se réjouir d’une telle variété au niveau de ces shows de premier plan***. Cette situation me donne l’impression de redevenir un ado des années 90, quand n’importe quel fan de SF n’avait que l’embarras du choix entre Star Trek, Babylon VStargate et autre Farescape… bien que la qualité des scénarios et des CGI d’aujourd’hui soit sans commune mesure avec cette période faste. Quel bonheur de savoir que The Witcher serait le plus gros carton de l’histoire de Netflix ! J’ai comme l’impression qu’il se passe en ce moment quelque chose d’incroyable en matière de Fantasy, un engouement planétaire qui me donne le sourire… et une envie folle d’écrire.

En conclusion, ce mème conçu par votre serviteur.

Bonus, cette magnifique reprise qui tourne en boucle sur mon ordinateur :

* On parle d’un budget d’un milliard de dollars pour les 5 saisons du Seigneur des Anneaux, soit 200 millions de dollars par saison… À titre comparatif, la dernière saison de GOT a coûté « seulement » 90 millions de dollars.

** Selon le Figaro, Bragelonne a vendu 80.000 exemplaires de The Witcher… juste pour les fêtes de fin d’année.

*** Sans parler du fait qu’une nouvelle génération de lecteurs découvre les romans de Philip Pullman et Andrzej Sapkowski, la preuve que différents médias ne sont pas forcément en concurrence.

Un article qui explique pourquoi j’ai raison

Un petit message pour vous rassurer après plusieurs mois d’absence sur ce blog, je continue d’écrire des romans… même si je ne suis plus trop sur les réseaux sociaux. Je ne veux pas vous faire le coup du « j’ai quitté Facebook », mais je me suis juré d’y être beaucoup moins présent, car je suis lassé, non pas des gens, mais des polémiques, souvent violentes.

 

Les échanges de la vraie vie me manquent, comme mes amis d’ailleurs ! Je privilégie désormais les rencontres dans le monde réel, avec ce que cela comporte de nuances… Quel bonheur retrouvé ! Et quel plaisir de revoir des copains/copines auteurs/autrices avec le sourire dans des festivals comme celui de Mancieulles, sans parler des ateliers d’écriture… Dans la vraie vie, on se querelle moins que sur Facebook, alors que nous sommes pourtant tous différents, peut-être parce que nous ne sommes pas tout à fait les mêmes personnes sur ces réseaux. Nos murs (qui portent si bien leurs noms) ne sont que les ersatz de nos vraies personnalités, des simulacres caricaturaux qui finissent par nous dresser les uns contre les autres.

 

J’ai l’impression que l’architecture de Facebook est conçue pour rendre les débats binaires, qu’on poste un message ou qu’on le commente, et je ne veux plus être piégé dans des controverses sans fin qui ne changeront rien, ni personne. Nous avons beau partager 90% de choses en commun, un beau jour nous allons forcément nous quereller sur les 10% qui ne « collent pas », et tout ça à cause d’un message, parce que sur Facebook on se définit en fonction d’un sujet qui nous tient à cœur. Or, dans la vraie vie, nous sommes beaucoup moins autocentrés : si j’invite des amis à la maison, ce n’est pas pour leur faire signer des pétitions, critiquer leurs idées politiques, leur prouver que j’ai bon goût en matière de cinéma ou les convertir au bouddhisme. S’ils viennent chez moi, c’est pour que nous passions un bon moment en nous concentrant sur ce qui nous relie, et non sur ce qui nous oppose. Lors d’une soirée, mon désir de donner un avis sur tout est relegué au second plan, car l’essentiel est de faire en sorte que cette soirée demeure conviviale.

 

Sur Facebook, ce désir est au cœur de tout, pour une raison bien simple : se défouler réagir à l’actualité est le principe même de ce média qui fonctionne à la dopamine, dixit ce petit documentaire Arte.

Un mur Facebook n’est rien de moins qu’un concentré d’égocentrisme, une « vitrine » a priori rassurante qui nous persuade que notre cercle « d’amis » a  les mêmes valeurs que vous, ce qui amène inévitablement des phénomènes de groupe sur d’innombrables sujets de société, ce qu’on appelle la bulle de filtre : à cause de Facebook, nous sommes tous devenus des donneurs de leçons, des moralistes en puissance… et donc des trolls polémistes, persuadés que notre opinion est majoritaire : c’est le concept d’auto-propagande.

Vous allez me répondre que les gens intelligents évitent les controverses (et vous aurez raison, je connais de véritables « moines zen » qui ne se sont jamais disputés sur Facebook, je les admire), mais le problème est plus profond que ça. Quand quelqu’un écrit un commentaire ou un post a priori modéré et argumenté, c’est un leurre, car il s’en suit souvent un échange qui va progressivement polariser, pour ne pas dire binariser, les points de vue. Et ce phénomène psychologique s’applique aussi bien à la politique, qu’à l’écologie, la laïcité, l’éducation, l’économie, le sport, l’éthique, la recherche scientifique… Facteur insidieux, plus on a « d’amis », plus il est difficile de fédérer : on écrira forcément un statut qui ne sera pas consensuel (sauf si l’on ne met que des photos de chatons mignons). On aura beau prendre « soin » de s’entourer de personnes qui ont les mêmes opinions que nous (une forme de narcissisme loin d’être souhaitable), on risque de se « radicaliser » à partir du moment où il y aura des divergences.

Or qui peut se targuer de posséder un ami disposant exactement des mêmes convictions que lui sur la peine de mort, l’avortement, l’euthanasie, le végétarisme, la justice, l’Art, l’Histoire, le féminisme, l’anti-racisme, les grèves ou les relations internationales ? C’est strictement impossible, il y aura toujours au moins des nuances dans chacun de ces points de vue, et c’est tant mieux. Le problème, c’est que Facebook n’est pas du tout pensé pour nous réunir, nous sommes au contraire ghettoïsés dans des bulles qui « éclatent » à la moindre polémique, des bulles qui nous poussent à nous replier toujours plus sur nous-mêmes et nos supposés « amis ». À la prochaine crise, il suffira juste de virer de notre cercle le « facho » qui n’est pas d’accord avec nous, et le problème sera réglé… en apparence, car en réalité, nous sommes tous le facho d’un autre, sans exception. Les réseaux sociaux nous rendent intolérants, puisque nous construisons notre propre prison, une chambre d’échos qui nous enferme dans une certaine vision du monde confortant nos convictions.

Facebook, c’est un peu le café bourré de monde dans lequel on trouve des activistes portant plein de pancartes issues de toutes les causes possibles. Imaginez-vous une seule seconde aller dans la rue en brandissant continuellement une série de panneaux affichant vos convictions personnelles sur tout et n’importe quoi ? On vous regarderait bizarrement… Et pourtant il existe une véritable tyrannie de l’émotion en rapport avec l’actualité, qui est presque toujours dramatique, ce qui rend les commentaires extrêmement casse-gueules… et toutes nos interactions entièrement conditionnées par cette même actualité, puisqu’il faut « absolument » se positionner, être « pour » ou « contre ». Dénoncer et juger. Dans ces conditions, Facebook tend à rendre les échanges amicaux de plus en plus superficiels : pourquoi se voir dans la vraie vie alors que de toute façon on se « suit » sur Internet ? Pas besoin de s’investir dans une quelconque amitié, il suffit de mettre un « J’aime »de temps en temps sur un statut… J’ai l’impression que cette paresse conformiste cause des dégâts.

 

Pour le dire plus simplement : je pense que Facebook rend fou. C’est pour cette raison que je ne réagis plus sur des sujets brûlants et que je me suis beaucoup détaché de ce média. Je suis persuadé que Facebook est un outil pratique pour rester en contact avec des proches dispersés aux quatre coins du monde (ce qui est le cas de ma famille), échanger quelques mots avec des gens passionnants qu’on n’aurait jamais croisé dans la vraie vie et, bien sûr, faire découvrir ses créations artistiques, sans parler de la joie de communiquer avec ses lecteurs ou d’organiser des ateliers d’écriture… Mais je pense également que Facebook est moins un « réseau social » qu’un terrain de football virtuel qui nous enferme dans nos préjugés, qu’on soit de droite ou de gauche, croyant ou athée, vegan ou régime carné, OM ou PSG, pardon, je m’égare… Toutes ces polémiques ne sont que des prétextes pour projeter nos colères, nos peurs, et en définitive nos névroses. Des matchs idéologiques qui ne sont en réalité que des querelles d’ego, et qui ne m’intéressent plus du tout, la vie est tellement courte… Communiquer dans le monde réel est déjà suffisamment difficile en soi, par écrit cela devient mission impossible, il n’y a pas assez de nuances. Les Grecs l’avaient d’ailleurs bien compris en privilégiant l’art de la rhétorique, l’oral étant supérieur à l’écrit.

Ne m’en veuillez donc pas si je préfère désormais vous voir dans la vraie vie plutôt que sur ce ring qu’est devenu Facebook, c’est bien plus agréable. Prenez soin de vous ❤

Published in: on janvier 15, 2020 at 9:22  Comments (12)  

Dix ans

Tempus fugit : à ma grande surprise, WordPress m’a rappelé que le 13 août 2009, je créais ce site. Mon premier roman était alors en cours d’écriture. Je rêvais d’une édition chez Bragelonne, qui venait de publier le Nom du vent. Mon site n’hébergeait qu’une carte rudimentaire des Mers Turquoise, mais on trouvait déjà certains appendices liés à mon univers imaginaire. Quelques années plus tard, http://www.escroc-griffe.com devenait ce blog.

En 2009, Internet était radicalement différent : Facebook n’était pas aussi répandu qu’aujourd’hui, je préférais d’ailleurs Twitter, que je consultais tous les matins sur mon iPhone 3GS. Lire des ebooks était pénible : l’iPad n’était qu’une rumeur, et le Kindle ne se vendait qu’aux Etats-Unis.

En 2009, j’avais un Nabaztag, Barack Obama était président et le monde pleurait la mort de Michael Jackson. Netflix n’existait pas, les séries se trouvaient facilement sur Megaupload.

On regardait Lost, Dexter, Misfits, 24 heures chrono, Community, tandis que Battlestar Galactica s’achevait en fanfare. Je me passais la bande-annonce d‘Avatar entre deux parties de Fuel sur Playstation 3. Le Marvel Cinematic Universe n’était qu’un rêve, et The Dark Knight plus populaire qu’Iron Man.

Internet et le monde ont totalement changé, mais je trouve rassurant que les blogs demeurent des espaces de discussion et de réflexion privilégiés, avec une temporalité plus lente que sur les réseaux sociaux. Pour moi, la blogosphère est un peu la mémoire du Web, car un article est bien plus facile à retrouver qu’un statut Facebook ou un tweet.

Je profite de cet anniversaire pour vous remercier de votre fidélité au fil des ans. Et vous annoncer que les interminables corrections du tome 1 de ma nouvelle trilogie vont bientôt prendre fin : mon manuscrit sera (enfin) prêt d’ici décembre, avant d’être soumis à mon éditeur. J’ai hâte de vous en dire plus…

 

Published in: on août 13, 2019 at 7:58  Comments (12)  

Ces jeux qui nous bouleversent

 

Littérature, cinéma, série télévisée… Jamais les conteurs n’ont disposé d’autant de médias pour susciter de l’émotion. C’est le cas de certains jeux vidéos qui laissent une trace indélébile, plus mémorables que certains films, et pour cause : dans une salle de cinéma on ne peut pas influer sur une histoire. C’est le constat que j’ai eu ce lundi en terminant (pour la seconde fois !) un chef d’œuvre, le premier volet de la trilogie Mass Effect. Dans cet épisode on incarne le commandant John Shepard (ou son homologue féminin). En 2183, l’Humanité est désormais capable de se déplacer à travers l’univers grâce à l’effet cosmodésique, connu des autres espèces sous le nom de « Mass Effect », suite à la découvertes de technologies extra-terrestres sur Mars.


Dans ce space opera grandiose, Shepard devra effectuer des choix cornéliens qui auront des répercussions immenses, pour la galaxie… ainsi que ses proches. C’est d’autant plus impressionnant que le jeu vidéo dispose d’un énorme avantage immersif comparé à un long-métrage : on peut facilement passer une centaine d’heures avec des personnages à explorer des planètes… Shepard peut même vivre des histoires d’amour !* Ce qui rend certaines décisions d’autant plus cruelles…. Vers la fin du premier Mass Effect, il faut résoudre un dilemme : lors d’une bataille désespérée, deux membres de l’équipe, situés à deux lieux différents, se retrouvent en danger, or le vaisseau spatial ne peut se déplacer qu’à un endroit à la fois… Après de longues hésitations, lorsque j’ai finalement annoncé par radio à l’officier Kaidan Alenko que je ne pourrais pas le rejoindre, celui-ci m’a répondu qu’à ma place il aurait agi de la même façon.

Kaidan Alenko

Bien sûr, il a fallu consoler le soldat survivant que j’ai choisi de sauver et qui était bouleversé, lui dire que c’était ma décision et non la sienne… Plus tard, en passant devant les casiers de mes personnages (afin d’organiser leur équipement), je n’ai pu m’empêcher de culpabiliser en voyant celui de Kaidan, fermé pour toujours. Je me suis demandé si mon avatar n’aurait pas dû mourir à sa place ! Kaidan m’accompagnait depuis le début, il m’avait même sauvé la vie lors d’une mission délicate, sans parler du fait qu’on avait eu l’occasion de discuter longuement de son passé (Kaidan m’avait un jour confié qu’il souffrait de migraines à cause d’implants cybernétiques de seconde génération, gosse il avait en effet servi de cobaye contre son gré dans un laboratoire peu scrupuleux…). Faire naitre dans le cœur du joueur la culpabilité du survivant est une prouesse incroyable de la part des scénaristes ! Un autre moment fort de mon expérience sur Mass Effect : une mission prise d’otages qui consistait à perdre le moins de civils possible. Bien qu’il s’agissait d’une intrigue secondaire, j’ai passé au moins une heure à faire en sorte qu’il n’y ait aucune victime innocente. Après l’heureux dénouement, j’ai été contacté par l’amiral en personne, qui m’a avoué « être impressionné ». J’avais plusieurs réponses possibles à formuler et j’ai choisi « je n’ai fait que mon travail ». Il se trouve que le jeu a pris en compte non seulement cette réplique, mais aussi le résultat de la prise d’otage, avec cette réaction de l’amiral sur un ton admiratif : 

Dans mon armée, j’aimerais avoir plus de soldats qui ne font « que leur travail », Shepard, vraiment. Cinquième flotte, terminée. 

Chair de poule assurée ! 

Les créateurs de jeux vidéos ne sont plus seulement des conteurs, mais également des psychologues archi-talentueux, comme le prouve The Last of Us, dont l’intrigue démarre le jour d’une apocalypse zombie. On incarne Joel, un père de famille qui tente de sauver sa fille, Sarah, lors de l’introduction. Hélas, Joel échouera lors d’une séquence tragique absolument poignante. Lorsque le jeu reprend après une ellipse de vingt ans, Joel a désormais la cinquantaine fatiguée. Il est devenu un survivant qui a appris à se battre dans un monde post-apocalyptique où règne la loi du plus fort. Sa routine est chamboulée le jour où on lui confie Ellie, une ado qui a grandi dans un bunker et qu’il doit escorter dans le cadre d’une mission ultra-secrète déterminante pour l’avenir de l’Humanité. Le problème, c’est qu’en tant que joueur, vous avez déjà été traumatisé par le décès de la fille de Joël, et vous n’avez aucune envie de vous attacher à nouveau à une gamine qui peut mourir à chaque instant ! Mais il se trouve qu’Ellie est une adolescente adorable qui n’a jamais connu le monde extérieur, encore moins celui d’avant l’apocalypse. Une ado qui ressemble à la fille de Joel si celle-ci vivait encore… Peu à peu, vos défenses émotionnelles tombent une par une, notamment quand Ellie découvre avec émerveillement des girafes au milieu des ruines de Pittsburgh…

Les scénaristes arrivent à vous manipuler à un degré rarement atteint dans un jeu, en vous faisant vivre la dernière étape d’un deuil virtuel ! Avec un tel enjeu, impossible de lâcher la manette car on veut bien évidemment connaitre la fin de l’histoire et savoir si Joel et Ellie vont survivre.

Dans Horizon Zero Dawn, c’est un peu la situation inverse : alors que l’Humanité est revenue à l’âge de pierre depuis que les machines dominent la planète, vous incarnez Aloy, une orpheline ostracisée qui vit en marge d’une société tribale, et qui ne peut compter que sur elle-même. Un beau jour, Aloy découvre un artefact technologique qui permet de pirater les robots, et qui lui donne accès à des informations concernant le monde d’il y a mille ans. Aloy part alors à la recherche de ses origines… Odyssée émouvante, récit initiatique épique servi par une musique mélancolique, Horizon Zero Dawn est le seul jeu dont la fin m’a fait pleurer.

En tant qu’auteur de romans, je ne peux qu’être admiratif devant le travail accompli par ces artistes. Ces trois œuvres sont moins des jeux que des histoires qui changent le regard qu’on porte sur le monde. À la manière d’un grand film, il y a un avant et un après Mass Effect, The Last of Us et Horizon Zero Dawn, parce qu’il s’agit avant tout de récits universels qui posent des questions philosophiques sur ce qui nous définit en tant qu’être humain, que ce soit la justice, le droit à la différence ou l’altruisme… Des questions aussi vieilles que l’Humanité, et malheureusement toujours d’actualité.

Cet article est dédié à la mémoire de l’officier Kaidan Alenko.

* Mass Effect est même l’un des premiers jeux vidéos à avoir permis au joueur de choisir une romance homosexuelle.

 

 

Published in: on juillet 9, 2019 at 8:30  Comments (9)  

L’audiobook, un art de lire

Il y a quelques semaines, j’ai eu l’heureuse surprise d’apprendre qu’Orange offrait jusqu’en janvier un audiobook par mois à ses abonnés.

Capture d_écran 2018-07-18 à 18.46.38

Une annonce qui tombait à point nommé : même si ces œuvres étaient courtes, j’avais adoré l’adaptation de l’Appel de Cthulhu, ainsi que celle de certaines lettres de Lovecraft. Depuis longtemps je voulais tester des audiobooks plus longs avec ce « nouveau » mode de lecture qui remonte en réalité… à l’Antiquité. Les Romains pratiquaient déjà les recitationes, des lectures « publiques » en fait destinées aux privilégiés. Jusqu’au Moyen-Âge, l’immense majorité de la population n’avait pas accès aux livres… sauf quand un lettré lisait devant une assemblée. La littérature a fini par se démocratiser avec l’école publique vers la fin du XIXe siècle, tandis que la lecture à haute voix restait, plus qu’un luxe, un art réservé à une élite. Le lecteur devait en effet savoir lire, comprendre le contexte social et culturel de l’œuvre, mais aussi posséder une bonne diction… et l’adapter à l’auditoire selon un principe « je vois, je prononce, j’écoute ». Un art plutôt difficile : quand Jorge Luis Borges perdit la vue, il choisit le grand écrivain Alberto Manguel afin qu’il devienne, excusez du peu, son lecteur officiel !

Aujourd’hui, grâce aux progrès de la technologie, n’importe qui peut s’offrir ce luxe et écouter un acteur célèbre lire un roman, quand il ne s’agit pas l’auteur lui-même. Une innovation fabuleuse pour les personnes non-voyantes, ainsi que les lecteurs qui manquent de temps. À une époque où la lecture est concurrencée par Netflix, les tablettes, les jeux-vidéos et les réseaux sociaux, je me suis demandé si l’audiobook n’avait pas enfin trouvé sa place. J’ai donc téléchargé l’application Kobo by FNAC.

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Avant d’aller plus loin, je dois vous faire une confession extrêmement choquante qui risque de changer à jamais la perception que vous avez de moi. Bon, allez, je me lance.

Il y a encore un mois, je n’avais jamais lu le Trône de fer*.

Hill.gif

Voilà, je me sens mieux.

J’ai commencé à écouter Game of thrones… en faisant la vaisselle, un casque bluetooth sur les oreilles. Ne me jugez pas : au début, j’avais moi-même peur de désacraliser cette œuvre en procédant ainsi mais dès les premières minutes, l’émotion est au rendez-vous grâce à l’impressionnant travail de Bernard Métraux, un comédien totalement impliqué dans cette adaptation pour le moins titanesque. Homme ou femme, il donne vie à chaque personnage, et gagne en finesse au fil des chapitres : si au début je trouvais son interprétation « paysanne » de Robb Stark un peu rustique, par la suite il a « corrigé le tir ». Il a même réussi à m’émouvoir lorsque Catelyn Stark veille sur son fils Bran, plongé dans le coma, et qu’elle dit froidement adieu à John Snow.

Snow.jpg

 

L’audiobook m’a ouvert les portes d’un nouveau monde insoupçonné : je peux découvrir un livre sans perdre mon temps lors d’une activité physique rébarbative comme le ménage ou la vaisselle. Grâce à ce format particulier, l’audiobook me donne envie de m’attaquer à de longues multilogies, ce que je n’aurais pas forcément fait avec une « lecture-papier » un peu plus fatigante. Il y a également une vraie valeur ajoutée car j’écoute la performance d’un acteur qui va livrer sa vision du texte. C’est, bien sûr, à double tranchant : on peut être allergique au timbre de voix d’un artiste… mais, pour moi en tout cas, le charme a opéré.

J’ai tellement aimé vivre cette expérience que je vais profiter de l’opération d’Orange et continuer à télécharger d’autres romans du Trône de fer jusqu’en janvier. Ensuite, si cette opération se termine, je pense passer sur Audible à cause d’un dernier avantage, et non des moindres : le prix. Ainsi avec le tome 1 du Trône de fer, pour 22 euros, soit l’équivalent de deux places de cinéma, vous avez 17 heures de lecture… ce que je trouve déjà bon marché tant le travail accompli pour l’adaptation est conséquent. Audible va encore plus loin en proposant des abonnements résiliables à tout moment : après 30 jours gratuits, pour 10 euros par mois, vous avez le droit de télécharger mensuellement un audiobook parmi un catalogue de 250.000 titres pour le moins fourni. On trouve du Bragelonne (Carbone Modifié, les douze rois de Sharakhaï, la voix du sang, Légende, Seul sur Mars…) mais aussi bien d’autres œuvres emblématiques comme la Tour Sombre, American Gods, la forme de l’eau, les guerriers du silence, Hypérion, Même pas mort, Gagner la guerre, le Seigneur des Anneaux, l’Assassin Royal, Harry Potter, Hunger Games… Et si on n’a vraiment plus du tout le temps d’écouter des audiobooks, il est possible de mettre en pause l’abonnement ou de l’arrêter à tout moment, on conserve cependant les livres téléchargés. L’application fonctionne sur n’importe quelle plate-forme (ordinateur, smartphone, tablette, lecteur MP3, Amazon Echo…).

Et les pirates de l’Escroc-Griffe dans tout ça ? Pour l’instant une adaptation n’est pas d’actualité, mais un jour qui sait…

* Je sais, c’est extrêmement décevant, mais j’avais tiqué sur le fait qu’il s’agissait d’une saga en plusieurs tomes qui n’était pas encore achevée. Depuis la Tour Sombre, j’avoue avoir du mal avec les histoires qui s’étalent sur plusieurs décennies, je voulais lire Game of thrones d’une traite, juste après avoir vu la fin de la série télévisée. D’ailleurs, est-ce que vous pensez que George Martin terminera un jour le Trône de fer ? Pour ma part j’ai des doutes…

Published in: on juillet 19, 2018 at 9:09  Comments (8)  
Tags:

En bref

Fight Club2.gif

Je n’ai pas réussi à terminer mon premier jet avant le 31 décembre, mon histoire souffrant de gigantisme aïgu, mais cela ne m’empêchera pas de vous souhaiter une belle fête de fin d’année. Prenez soin de vous et à bientôt !

Published in: on décembre 31, 2017 at 1:16  Comments (16)