Valérian et la cité des mille planètes

Résultats de recherche d'images pour « Valerian Pearls »

J’ai toujours entretenu un rapport amour-haine avec le cinéma de Luc Besson. Si dans les années 80-90, j’ai visionné en boucle Subway, le Grand Bleu, Nikita et Léon, par la suite j’avoue avoir été de plus en plus déçu par ses autres œuvres : pour moi le Cinquième Élément était inégal, et Jeanne d’Arc franchement raté. Au cours des années 2000, je me suis peu à peu détaché de ce cinéaste, constatant que le producteur avait dévoré le réalisateur pétri de talent qu’il était autrefois. En 2013 j’ai quand même laissé sa chance à son Malavita, bien mal m’en a pris : je me souviens avoir quitté la salle au milieu de la projection. Ce ratage m’a ôté toute envie de voir Lucy…

C’est donc non sans une certaine crainte que je me suis rendu hier soir à l’avant-première de Valérian et la cité des mille planètes, surtout après que des journalistes américains aient descendu le film. Gosse, j’étais fan de la bande-dessinée de Pierre Christin et Jean-Claude Mézières, et je rêvais d’un long-métrage français à la hauteur de ce monument de l’imaginaire.

Valérian mérite-t-il ces critiques aussi négatives ? Pour moi, la réponse est clairement non. Les premières minutes sont, je pèse mes mots, absolument géniales avec notamment un passage jouissif : l’histoire délirante de la cité des mille planètes, suivie de la séquence poignante sur Mül. Le film de Luc Besson est un hommage vibrant à la culture space opera dans ce qu’elle a de plus exotique : là où Star Wars VII échouait à proposer de nouvelles races extraterrestres mémorables, quelle générosité dans Valérian ! Avec une maestria digne du premier volet des Gardiens de la Galaxie, le cinéaste français n’a de cesse de révéler des créatures toutes plus impressionnantes les unes des autres, que ce soit les fermiers Poulong ou les nombreux robots de la cité des mille planètes.

On a l’impression de découvrir un monde foisonnant de vie qui dépasse largement ce que l’on voit sur l’écran, un univers qui a fortement influencé George Lucas. Le Watto marchand de la Menace Fantôme rappelle les Shingouz… eux aussi commerçants, mais c’est loin d’être la seule analogie.

Capture d’écran 2017-07-26 à 01.22.20.png

Capture d’écran 2017-07-26 à 01.24.46.png

Je le reconnais volontiers, le film n’est pas exempt de défauts : des dialogues banals, un scénario classique, deux héros pas très charismatiques… pourtant, je trouve le french bashing de certaines critiques américaines profondément injuste, surtout quand on se livre à une comparaison avec les sorties de cet été : il y a mille fois plus d’audace et de créativité dans Valérian que dans la suite des Gardiens de la Galaxie et la majorité des Marvel (même si j’ai aimé dernièrement Spiderman Homecoming). N’est-ce pas le comble du cynisme que de s’acharner sur une œuvre qui présente le mérite de ne pas être une suite, un remake ou une préquelle ? Si ce long-métrage peut sembler bizarre, c’est tout simplement parce qu’il nous sort de la zone de confort plutôt lisse imposée par Hollywood et Disney. Avec un ton décalé, parfois satirique, le réalisateur tourne en ridicule les consommateurs d’un supermarché virtuel qui rappelle furieusement Amazon. Véritable bad boy, Valérian n’hésite pas à tirer le premier avec un panache que n’aurait pas renié Han Solo dans Un nouvel Espoir. Il y a de la fraicheur dans cette aventure, mais aussi des vrais moments de cinéma : la séquence du night club dans laquelle on découvre une Rhyana hallucinante, la poursuite aquatique avec un Alain Chabat transformé en pirate…  Si la narration comporte des maladresses, le film est emprunt d’une telle sincérité que pour ma part je suis prêt à tout lui pardonner.

Au-delà du débat sur les qualités et les faiblesses de Valérian, c’est l’avenir même d’un cinéma de genre français à gros budget qui est conditionné par la réussite de ce long-métrage. Un échec au box-office condamnerait durablement d’autres productions de ce type, et conforterait les producteurs de l’hexagone dans leur volonté de ne financer que des comédies franchouillardes comme Bienvenue chez les ch’tisProfs et autres films de Danny Boon/Kev Adams/Christian ClavierUn blockbuster doit-il être forcément américain ? Comme pour Arès que j’avais chroniqué ici, je vous conseille de ne pas écouter les critiques négatives et de vous forger votre propre opinion à propos du space opera  » le plus magique et féérique que j’ai vu ces dernières années, une expérience inoubliable sur grand écran » . Ce n’est pas moi qui le dit, mais Peter Jackson lui-même…

Published in: on juillet 26, 2017 at 9:39  Comments (20)  

Ghost in the shell

Ghost

Au cinéma, il y a des projets d’adaptation qui frisent l’hérésie. Lorsque les geeks ont appris que le mythique Ghost in the shell allait faire l’objet d’un long métrage en prise de vues réelle, qui plus est avec une occidentale dans le rôle titre, certains ont crié au sacrilège. Est-ce une trahison ? Même si l’auteur original, Mamoru Oshii, a défendu Scarlett Johansson, on pouvait légitimement trembler devant ce qui s’annonçait comme un remake.

Dans un futur proche, le major Mira Killian, une femme cybernétique rescapée d’un attentat, lutte contre les plus dangereux criminels. Alors qu’elle s’apprête à affronter un ennemi capable de pirater les esprits, elle découvre qu’on lui a menti : sa vie n’a pas été sauvée, on la lui a volée.

D’emblée, le film est servi par une bande-originale magnifique… qui n’est pourtant pas composée par Kenji Kawai. A la place, on retrouve l’excellent Clint Mansell, connu pour son travail sur Requiem for a dream, The Fountain et Black Swan. Le moins que l’on puisse dire, c’est que le musicien est à la hauteur de son prédécesseur. En s’appropriant certains thèmes, il parvient à distiller une ambiance aussi mystérieuse que cyberpunk. Un cyberpunk qui a forcément évolué depuis le premier Ghost in the shell, sorti en 1995. Avec finesse, le réalisateur dépeint un futur dans lequel les réalité virtuelles et augmentées sont omniprésentes. Une vision fascinante, mais qui donne froid dans le dos avec toutes ces publicités flottantes dans les rues d’un Tokyo revisité à la sauce Hong-Kong. Au milieu de toute cette vacuité numérique, on suit les errances d’une humanité paumée dans un univers technologique qui n’est pas sans rappeler celui du film Avalon. Pourquoi un aveugle devrait se faire greffer de simples yeux alors qu’il existe des dispositifs optiques largement « meilleurs » ?

Batou.jpg

Sans surprise, dans un monde où les limites du corps humain sont allègrement repoussées, les questions transhumanistes constituent le coeur du récit. Quel intérêt à rester sobre quand on a un foie mécanique qui peut encaisser des quantités effarantes d’alcool ? Ne sommes-nous pas définis par nos actions plutôt que par nos souvenirs ? Ce qu’on appelle la mémoire a-t-elle seulement une réalité tangible ? La cybernétique, plus proche de nous qu’elle n’y parait, amènera fatalement des problématiques pour le moins troublantes.

Alors, certes, Scarlett Johnson n’est pas asiatique, mais pour ma part j’ai aimé que le scénario joue intelligemment avec cette ambiguïté : à l’origine le major était la japonaise Motoko Kusanagi, avant que son cerveau ne se retrouve emprisonné dans une enveloppe cybernétique, celle du major Mira Killian. Dans une société aussi multiculturelle que ce Tokyo du futur, cette quête d’identité n’en est que plus perturbante, preuve en est lorsque le major rencontre sa mère biologique pour la première fois… Loin d’être troublé par le casting, j’ai adoré cette atmosphère cosmopolite, le fait que n’importe qui puisse comprendre le japonais, technologie oblige, le rêve !

Le seul reproche que je ferais à ce long-métrage, c’est de ne pas avoir été assez loin dans les réflexions philosophiques, mais je suis convaincu que les scénaristes voulaient garder certaines pistes pour des suites, je pense notamment au personnage en partie inspiré par le Marionnettiste. De ce fait, si Ghost in the shell ne demeure « qu’un » film d’action intelligent, ponctuellement illuminé par le charisme de Takeshi Kitano, c’est déjà un petit miracle en soi que d’avoir réussi à livrer une adaptation qui rende un si bel hommage au matériau original. Une oeuvre complémentaire, désenchantée, et qui a su capter l’air du temps.

Ghost3.gif

Published in: on avril 5, 2017 at 1:14  Comments (4)  
Tags: , ,

Logan

logan

Dans un futur proche, un certain Logan, épuisé, s’occupe de Charles Xavier dans un lieu gardé secret, à la frontière Mexicaine. Les tentatives de Logan pour se retrancher du monde et rompre avec son passé vont échouer lorsqu’une jeune mutante traquée va se retrouver soudainement face à lui…

Après le désastreux X-Men Apocalypse, nombreux étaient les fans qui attendaient ce Logan au tournant. Il faut dire que sur le papier, le film avait tout pour séduire : une interdiction aux moins de 12 ans, et surtout un Hugh Jackman de plus en plus charismatique à mesure que les années passent… La bande-annonce pouvait laisser présager un scénario basique, en réalité il s’agit d’une relecture salutaire du mythe. À la façon de Christopher Nolan pour sa trilogie Batman, James Mangold filme un Wolverine réaliste au possible, dans une mise en abyme savoureuse : Logan peste lorsqu’il découvre les fadaises racontées dans les comics X-Men ! Héros crépusculaire qui n’est pas sans rappeler le Clint Eastwood d’Impitoyable, Hugh Jackman livre une performance d’acteur qui restera dans les annales, grâce à une interprétation bouleversante de son personnage, un écorché vif qui arrive à un tournant de sa vie.

Logan 2.jpg

Il est aidé par un Patrick Stewart émouvant, sans oublier la jeune Dafne Keen qui vole presque la vedette à ses partenaires. Pessimiste comme un western des années 70, Logan est bien plus sombre que les derniers volets de la série. Il n’est guère question de sauver le monde, celui-ci est déjà corrompu par les multinationales qui se livrent à d’affreuses manipulations génétiques dont les OGM ne constituent que la surface de l’iceberg. On n’en saura pas plus sur ce qui est arrivé aux X-Men, et c’est tant mieux : James Mangold se concentre avec justesse sur la fin d’une histoire tragique commencée 17 ans plus tôt. Impossible de ne pas être ému aux larmes quand on sait que c’est la dernière fois qu’Hugh Jackman met les griffes… Logan est, avec les deux premiers X-Men, l’un des meilleurs épisodes de la série.

 

Published in: on mars 7, 2017 at 7:02  Comments (14)  
Tags: ,

Split

split

Par souci d’honnêteté, je tiens tout de suite à donner une précision qui a son importance : depuis 1999, je suis un grand fan de M. Night Shyamalan. Je  l’ai presque toujours défendu contre vents et marées. On peut dire ce qu’on veut de ses scénarios, toujours est-il qu’il est l’un des rares cinéastes a les avoir quasiment tous écrits lui-même ! À titre comparatif Martin Scorsese, que j’admire, a réalisé des remakes (Les Infiltrés, Silence) et la plupart de ses films récompensés aux Oscars sont des adaptations.

Comme beaucoup j’ai adoré Sixième SensIncassable et le Village, bien sûr, mais affirmer que Shyamalan est juste un faiseur de twists, c’est oublier sa faculté à rendre des scènes anodines bouleversantes. Je pense notamment à celle du Sixième Sens, quand Toni Collette sort du supermarché avec Haley Joel Osment assis dans le caddie, les deux acteurs étant filmés en contre-plongée. Pendant ces quelques secondes de complicité, mère et fils oublient le drame terrible qu’ils vivent et profitent du moment présent sous un grand ciel bleu. Pas de suspens dans cette scène, mais un pur instant de grâce digne de Spielberg.

On ne parle jamais de l’élégance de sa photographie, comme celle du Village.

Le Village 2.jpg

À l’époque, j’avais beau avoir deviné la fin de ce film dès les premières minutes, son éclairage m’avait impressionné et rappelé le naturalisme de certaines peintures flamandes… ou le travail de Kubrick sur Barry Lyndon.

Le Village 3.jpg

Pour la petite histoire, pendant le tournage du Village, Shyamalan était tellement obsédé par les détails que pour la figuration, il avait fait engager les frères et les soeurs de certains acteurs pour accentuer l’impression de voir à l’écran les membres d’une même famille…

À l’exception d’After Earth, un navet scénarisé par Will Smith sur lequel le réalisateur était bridé, j’ai aimé tous les autres long-métrages, à différent degré. La plupart des critiques estiment que la jeune fille de l’eau est au mieux un beau ratage, mais comme pour le cas Spielberg, un mauvais Shyamalan est presque toujours un bon film. À mon sens, la jeune fille de l’eau est un chef d’oeuvre incompris. Ce n’est pas seulement une relecture du mythe de la sirène avec sa propre mythologie, mais également de l’urban fantasy engagée ayant pour cadre l’Amérique désenchantée des années W. Bush. Tout le film est résumé en un seule plan iconique, celui de la piscine

la-jeune-fille-de-leau

Si j’ai moi-même détesté le message religieux véhiculé par Signes, le fait que la foi soit subordonnée à des coïncidences censées prouver l’existence de Dieu, le montage de ce film est magistral, Shyamalan se montre encore une fois impressionnant d’un point de vue technique. Une œuvre telle que Phénomènes n’a rien à envier à un Hitchcock, je pense à cette séquence terrifiante, quand la mort se confond avec le vent…  N’est-ce pas la preuve que Shyamalan est un grand maître du suspens ?

Alors, oui, le Dernier Maître de l’air est un long-métrage mineur dans cette filmographie, mais en 2015 le très bon The Visit (un petit budget autofinancé pour retrouver une liberté artistique totale !) laissait entrevoir la lumière après une décennie d’échecs commerciaux et critiques. C’était peu dire que j’attendais ce Split au pitch alléchant, qui est lui aussi un film indépendant :

Kevin a déjà révélé 23 personnalités. Poussé à kidnapper trois adolescentes, Kevin devient le foyer d’une guerre que se livrent ses multiples personnalités, alors que les divisions qui régnaient jusqu’alors dans son subconscient volent en éclats.

Un projet dingue, mais un véritable cadeau que fait Shyamalan à son acteur, James McAvoy. Avec finesse, le comédien s’en tire à merveille et parvient à se montrer aussi drôle que terrifiant, sans jamais tomber dans le grotesque. J’ai adoré cette galerie de personnages inquiétants, notamment son interprétation émouvante d’un enfant de 9 ans, Hedwig ! *

split

On assiste à des échanges passionnants avec une psychiatre fascinée par son – ou plutôt « ses » – patients. La musique, prenante, sert agréablement ce récit fantastique qui pose des questions pertinentes sur ce qui nous définit en tant qu’individu. Récemment, des chercheurs ont fait passer un questionnaire à un groupe de personnes qui avaient déjà répondu dans leur jeunesse… 63 ans plus tôt ! Il s’agit de la plus longue expérience psychologique jamais réalisée. Les réponses étaient si différentes qu’il n’y avait plus de corrélation du tout, comme si ces gens, en l’espace de 63 ans, étaient devenues d’autres personnes. À une échelle moindre, au quotidien ne sommes-nous pas tous des êtres avec des personnalités multiples à mesure que nous nous énervons ou nous angoissons au fil de la journée ? Les esclaves de pensées sans substance, les victimes d’illusions mentales capables de déclencher des maladies malheureusement bien réelles ? L’esprit peut-il influencer la matière ?

Toutes ces réflexions métaphysiques ne doivent pas faire occulter que le film n’est pas exempt de tout reproches. Il y  a de petits deus ex machina, mais aussi à cette volonté de faire passer à coups de marteau un message dans une confrontation finale qui aurait mérité moins de dialogues, et plus d’émotion.

À cause de ces (petites) réserves, Split manque de peu d’être un chef d’oeuvre, mais il reste un excellent thriller intelligent appelé à devenir un film culte. La fin, magnifique clin d’œil destiné aux fans, donne le sourire pour peu qu’on connaisse l’univers du réalisateur… Quand on sait qu’il n’avait que 29 ans lorsqu’il réalisa le Sixième Sens, et qu’il n’en a aujourd’hui que 46, l’âge moyen d’un jeune cinéaste, tout laisse à penser que le maître de Philadelphie entame désormais une seconde carrière.

Shyamalan is back !

* J’espère cependant que ce long-métrage ne contribuera pas à déshumaniser les vrais malades atteints de trouble dissociatif de l’identité, et qui ne sont bien sûr pas tous des criminels.

Published in: on mars 2, 2017 at 1:10  Comments (15)  

Quelques minutes après minuit

a-monster-calls-conor-falling-0

Conor a de plus en plus de difficultés à faire face à la maladie de sa mère, à l’intimidation de ses camarades et à la fermeté de sa grand-mère. Chaque nuit, pour fuir son quotidien, il s’échappe dans un monde imaginaire peuplé de créatures extraordinaires.

Attention OVNI ! Quelques minutes après minuit est un long-métrage à part, à l’image de son protagoniste principal, « trop vieux pour être un enfant, et trop jeune pour être un homme ». Ce drame fantastique est inspiré du livre de Patrick Ness, qui a lui-même repris les premières pages de Siobhan Dowd, emportée par un cancer avant qu’elle n’ait pu écrire cette histoire dont elle avait eu l’idée. Plus tard, Patrick Ness a travaillé sur l’adaptation cinéma de son propre roman dont l’un des thèmes est la narration, comme le souligne le personnage du monstre :

Les histoires sont des créatures sauvages. Quand tu les libères, qui sait ce qu’elles peuvent déclencher ?

Pourquoi raconte-t-on des histoires ? Ou plutôt pourquoi se raconte-t-on des histoires ? En décidant de traiter d’un sujet ô combien casse-gueule, la mort de l’enfance, le réalisateur livre une oeuvre exceptionnelle de sincérité, sans concession, qui rappelle un peu par sa noirceur le Labyrinthe de Pan, le chef d’œuvre de Del Toro. Clouant au piloris toute forme de manichéisme, le film est porté par son très jeune acteur, ainsi qu’une Sigourney Weaver plus vraie que nature en grand-mère à cheval sur les principes, sans parler de la performance de Félicity Jones, déjà émouvante dans Rogue One. Rarement  un long-métrage n’aura aussi bien montré la colère que l’on peut ressentir enfant. Quelques minutes après minuit est, en quelque sorte, la suite spirituelle de Max et les maxi monstres. Cerise sur le gâteau, les contes présents dans le film sont illustrés par de somptueuses aquarelles en animation qui évoquent celles d’Harry Potter et le Prince de sang-mêlé.

a-monster-calls-6

Après l’Orphelinat, et The Impossible, le cinéaste espagnol Juan Antonio Bayona prouve qu’il est un réalisateur à suivre de très près, qu’on se le dise !

Published in: on janvier 13, 2017 at 9:43  Comments (2)  

Passengers

passengers5.jpg

Alors que 5000 personnes endormies voyagent dans l’espace vers une lointaine planète, un passager est accidentellement tiré de son sommeil artificiel 90 ans trop tôt.

Après Arès, Premier Contact et Rogue One, décidément la SF a le vent en poupe !

La bande-annonce laissait entendre qu’on allait assister à une comédie romantique dans l’espace, fort heureusement il n’en est rien ! Enfin, si. Il y a une belle histoire d’amour, mais ce n’est pas le coeur du film. Alors que bien des space opera se concentrent sur l’aventure, Passengers a le mérite de traiter d’un non-voyage. Que se passerait-il si un passager était sûr de mourir seul dans un gigantesque vaisseau spatial ? Peut-on encore avoir un sens moral lorsqu’on est totalement coupé de la civilisation ? Qu’est-ce qui peut motiver un individu à abandonner pour toujours sa famille et ses amis ? Fort de ces questions intéressantes, cette comédie légère façon Un jour sans fin prend progressivement un registre de plus en plus grave qui n’est pas déplaisant, le tout porté par deux acteurs excellents, et une BO de Thomas Newman en grande forme. On regrettera juste certaines facilités au niveau du scénario, on est loin de la hard science… mais c’est un point anecdotique qui ne gâche en rien ce joli conte des étoiles.

Drôle, angoissant et même émouvant, Passengers est une belle fable philosophique sur la solitude, qui vaut le détour. En bonus, cette vidéo dans laquelle Jennifer Lawrence et Chris Pratt se balancent des horreurs…

Published in: on janvier 5, 2017 at 10:16  Comments (6)  

Rogue One

Rogue One.jpg

L’année dernière, j’ai vécu un véritable traumatisme cinématographique avec Star Wars VII. Passé le plaisir éphémère de retrouver Han Solo et Chewbacca, la déception l’a définitivement emporté. Je m’étais juré de ne plus visionner de nouveaux Star Wars, y compris ce Rogue One, un spin-off, véritable OVNI dans l’univers créé par George Lucas. Devant l’insistance d’un ami, j’ai décidé d’accorder une chance à ce long-métrage, le premier Star Wars à ne pas faire partie d’une série. C’est d’autant plus surprenant que le film commence in media res, sans le traditionnel générique ! Passé ce sentiment bizarre de ne pas être devant un Star Wars habituel, s’installe peu à peu une certaine euphorie, avec cette impression de sortir pour de bon des sentiers battus. L’ambiance est beaucoup plus sombre, avec des membres de l’Alliance Rebelle capables… d’assassinats. Oui, vous avez bien lu ! On avait plus vu ça depuis l’épisode IV, avec la scène mythique de Solo et Greedo. Décidément, ce n’est pas un Star Wars habituel… et c’est justement cette originalité qui lui permet de s’affranchir de la saga originelle sans pour autant trahir son esprit. L’auteur de Rogue One a conscience que la génération années 80 a grandi et il en prend acte : en optant pour un film de guerre façon 12 salopards, Gareth Edwards a tout simplement créé les plus beaux personnages qu’on ait vu depuis la trilogie classique, mention spéciale à Chirrut Îmwe, un guerrier aveugle qui croit en la Force.

Chirrut-Imwe-Donnie-Yen-from-Jedha.jpg

Je pense aussi à K2O, le robot volé à l’Empire, d’un cynisme délicieux.

k2so

Aux côtés de ces héros attachants, j’ai retrouvé les parties de jeu de rôle de mon adolescence, quand avec mes amis nous jouions à des scénarios un poil plus matures que ceux imaginés par George Lucas…

Le fan service est présent avec de nombreux clins d’oeil qui donnent le frisson, mais là où J.J. Abrams en abusait dans Star Wars VII, Gareth Edwards fait preuve de parcimonie, prenant bien soin d’introduire doucement mais sûrement l’épisode IV.  À ce titre, les dernières minutes du film sont d’une sauvagerie rarement atteinte dans la saga.

Bien sûr, j’ai regretté la musique de John Williams (même si le célèbre compositeur m’a profondément déçu sur l’épisode VII, vraiment. Mais bon, il s’en remettra), et je trouve le casque de Vader moins beau que dans les autres volets, mais ce ne sont que des broutilles tant la bataille finale m’a transporté, une synthèse épique du Retour du Jedi et de l’Empire Contre Attaque, avec de vraies maquettes ! Et beaucoup d’émotion.

Au final, Rogue One est infiniment plus rafraîchissant, novateur et courageux que le Réveil de la Force, ne serait-ce que pour ces planètes captivantes, au point où j’ai eu envie de partir visiter Jedha. On découvre des aliens vraiment exotiques (la créature ophidienne qui torture psychiquement Bodhi m’a révulsé, berk !) quelques « nouveaux » chasseurs de l’Alliance Rebelle, ainsi que des informations cruciales sur le fonctionnement d’un sabre laser (mais pas que…). Au-delà de ce background extrêmement riche, c’est surtout la philosophie de la Force qui m’a touché : à dix mille années-lumières des midi-chloriens de George Lucas, et des incohérences de J.J. Abrams, Gareth Edwards montre avec subtilité comment l’antique religion Jedi est vécue au quotidien par les habitants de cette galaxie très lointaine.

Lorsque les lumières se sont rallumées dans la salle, je n’ai pas pu m’empêcher de ressentir un peu d’amertume en repensant à ce qu’aurait pu être le Réveil de la Force. La comparaison est d’autant plus cruelle que la nouvelle trilogie, à mon sens partie sur de mauvaises bases, va traîner comme un boulet cet épisode VII qui n’arrive pas à la cheville de l’œuvre jubilatoire de Gareth Edwards.

Rogue One plus fort que le Réveil de la Force, faut-il s’en réjouir ou s’en lamenter ? J’avoue ne pas avoir la réponse et au fond, peu importe…

« Bravo Rogue One » !

Published in: on décembre 21, 2016 at 8:54  Comments (26)  
Tags: ,

Premier Contact (attention, de petites révélations)

premier-contact 2.png

Douze vaisseaux extraterrestres arrivent à différents endroits du globe. L’armée américaine charge la linguiste Louise Banks d’établir dans l’urgence un premier contact avec cette civilisation inconnue. 

J’ai découvert Denis Villeneuve avec Prisoners, un film qui m’avait impressionné de part son scénario labyrinthique, et sa photographie léchée à la David Fincher. Trois ans plus tard, l’auteur de Sicario revient avec un long-métrage extrêmement ambitieux du fait que son thème, la rencontre entre l’Humanité et une civilisation extra-terrestre a été maintes fois racontée au cinéma. Qu’est-ce qu’un jeune cinéaste pouvait bien amener de plus ?

La réponse : intelligence et sensibilité. Intelligence car le réalisateur canadien va à contre-courant de 90% des films de Science-Fiction. Là où Michael Bay livrerait dès les premières minutes des plans spectaculaires d’un véhicule extra-terrestre se posant sur Terre, Villeneuve préfère au contraire donner le point de vue d’une professeur d’université (Amy Adams, parfaite) qui ne réalise pas tout de suite que l’Humanité vit un événement majeur. Ce qui n’empêche pas des images d’une beauté à couper le souffle, mention spéciale aux vaisseaux aliens.

premier-contact-1

Sensibilité car le protagoniste féminin apporte un supplément d’âme extraordinaire dans le film, de part son histoire dramatique. Au départ linguiste complètement dépassée par les événements, elle va peu à peu oublier la terreur qu’elle ressent pour tenter de percer le mystère du langage de ces mystérieux visiteurs. Là où le film est tout bonnement révolutionnaire, c’est qu’il n’y a quasiment pas d’action !  Il faut saluer le travail effectué sur la musique, aussi déroutante qu’inquiétante, composée par l’artiste finlandais Jóhann Jóhannsson, ainsi que sur les effets sonores, anxiogènes à souhait. En privilégiant la tension aux explosions, Denis Villeneuve donne une leçon d’écriture à la plupart des réalisateurs actuels avec une ambiance absolument étouffante. Ici l’arme ultime n’est rien d’autre que… le langage. Le langage permet bien entendu de connaître les motivations de ces extra-terrestres, mais il prend également un sens métaphorique tout particulier dans un monde où les pays ne communiquent plus entre eux. À l’heure où les grandes puissances industrialisées sont incapables de ramener la paix en Syrie, et où fleurissent populismes et théories du complot, Premier Contact est un thriller linguistique dans l’air du temps, avec une atmosphère pessimiste, mais aussi un message porteur d’espoir.

Entre le mysticisme du Contact de Robert Zemeckis, l’humanisme du Rencontre du Troisième Type de Steven Spielberg, et la poésie du Monsters de Gareth Edwards, le thriller de Denis Villeneuve n’oublie jamais d’être intimiste, avec une dimension universelle émouvante. À ce titre j’ai apprecié que le film se termine comme il commence, à la façon des grandes histoires. Toujours ce même labyrinthe que le cinéaste canadien affectionne tant, mais avec un twist final bouleversant qui prend aux tripes.

Après une decennie folle parsemée de joyaux SF tels que Avatar, District 9Gravity et autre Cloud Atlas, on ne peut que rendre les armes devant la classe de ce Premier Contact qui marquera d’une pierre blanche le Septième Art. Du coeur et de l’esprit, cela faisait très longtemps qu’on avait pas vu ça au cinéma, mais que pouvait-on attendre d’autre quand on sait que ce long-métrage, basé sur une nouvelle de Ted Chiang, a été produit par les créateurs de Stranger Things ?

P.S. : Jamais je n’aurais pensé écrire cela, mais pour la toute première fois j’envisage la possibilité que la suite de Blade Runner, la future œuvre de Villeneuve, ne soit pas la catastrophe annoncée. Si le canadien fait preuve d’autant de sincérité que sur Premier Contact, son prochain long-métrage pourrait bien le consacrer comme l’un des plus grands cinéastes des années 2010.

 

Published in: on décembre 10, 2016 at 9:41  Comments (16)  
Tags: ,

Arès

Aresaffiche.jpg

Dans un futur proche, l’ordre mondial a changé. Avec ses 10 millions de chômeurs, la France fait désormais partie des pays pauvres. La population oscille entre révolte et résignation et trouve un exutoire dans des combats télévisés ultra violents où les participants sont dopés en toute légalité et où tous les coups sont permis. Reda, dit Arès, est un ancien combattant qui vit de petits boulots de gros bras pour la police. Tout va changer lorsque sa soeur se fait arrêter et qu’il doit tout mettre en oeuvre pour les sauver : elle et ses filles.

Pour de stupides raisons culturelles, produire un film de SF en France est habituellement un pari quasi-impossible, il n’y a qu’à voir depuis (l’excellent) le Prix du danger combien les échecs commerciaux et/ou artistiques sont légion. C’est donc avec une grande curiosité, et un peu d’espoir, que je suis allé voir cet OVNI cinématographique. OVNI car Arès relève plus de l’anticipation que de la Science-Fiction, l’action se déroulant dans une France dominée par les multinationales. Un sujet dans l’ère du temps tant j’ai l’impression que le Parti Socialiste et les Républicains nous proposent de choisir entre un projet de société libéral… ou ultra-libéral. Fort de ce constat déprimant, le réalisateur pousse cette logique à l’extrême et imagine un futur sombre. Chaque citoyen est libre de disposer de son corps et de servir de cobaye, avec toutes les dérives que cela comporte. Le cinéaste distille tout au long de son film un humour noir qui n’est pas sans rappeler celui de Robocop. Ainsi, dans l’émission trash 1000 euros pour un chômeur, des demandeurs d’emploi gagnent de l’argent s’ils arrivent à vaincre des boxeurs professionnels !

ares-678x381.jpg

Le dopage est complètement rentré dans les moeurs, ainsi que les combats no limit et la télé-réalité la plus crasse, conférant à cet univers désespéré un parfum cyberpunk qui évoque le RanXerox de mon enfance, la cybernétique en moins, mais les personnages déjantés en plus.

Ranx.jpg

Crise oblige, ce monde low tech est d’une laideur sans nom, ce qui le rend d’autant plus crédible. Il faut saluer à ce niveau l’incroyable photographie et les effets spéciaux numériques, qui transforment Paris en un gigantesque squat qui donne froid dans le dos. Imaginez la jungle de Calais autour de la Tour Eiffel.

Ares2.jpg

L’équipe de tournage n’a pas hésité à partir en Chine ainsi qu’à Kiev pour effectuer des prises de rue et créer une capitale cauchemardesque, le tout pour un budget total de seulement 4 millions d’euros. C’est d’autant plus hallucinant que le film n’a pas été tourné, comme tant d’autres, en Europe de l’Est. Le résultat à l’écran est vraiment impressionnant, avec notamment des tours d’ivoire qui contrastent avec le Paris misérable au cœur d’Arès.

ares.jpg

Le casting n’est pas en reste, les comédiens sont excellents. Mention spéciale au personnage de Myosotis, artiste transformiste du Net !

Myosotis.jpg

Faux film d’action, mais vraie satire au vitriol du libéralisme dans ce qu’il a de plus outrancier, Arès est une oeuvre inclassable qui aurait mérité une durée plus longue histoire de développer son propos. Une oeuvre imparfaite mais généreuse, qui prouve qu’en France aussi, des cinéastes de talent savent réaliser de la bonne SF façon Paul Verhoeven. En espérant que le film soit bien accueilli, et qu’il permette l’émergence d’un authentique cinéma de genre, qui plus est engagé. Avec les sinistres élections présidentielles qui s’annoncent, on en a cruellement besoin.

PS : à signaler, Info 34, le (délirant) site officiel du film.

« Le dernier média d’information et d’actualité encore libre et indépendant en France. »
Où l’on apprend que le tour de France 2036 passera par… Vilnius, en Ukraine !

Et le compte Twitter, tout aussi drôle : @Info34France

Published in: on novembre 29, 2016 at 7:25  Comments (7)  
Tags: ,

Les Animaux Fantastiques

Animaux.jpg

Avant de donner sa chance à ce film, je ne me faisais guère d’illusions sur les Animaux Fantastiques car, d’une part, je ne suis pas trop fan de David Yates. Je trouve que les meilleurs Harry Potter sont les trois premiers, surtout Azkaban, un vrai petit bijou d’Alfonso Cuarón. Passé ce troisième chapitre, pour moi la mise en scène des derniers volets s’appauvrit. D’autre part, je redoutais ce que j’appelle le syndrome Star Wars, à savoir la pratique qui consiste à gagner le plus d’argent possible en usant jusqu’à la corde une franchise mythique.

C’est pour cette raison que je suis allé voir les Animaux Fantastiques l’esprit vierge, sans visionner auparavant la bande-annonce, le fléau du XXI siècle. J’avoue avoir de suite frissonné en entendant les premières notes du fameux thème musical de John Williams. Passé des scènes d’exposition assez lentes, j’ai peu à peu été happé par ce long-métrage, je n’avais jamais vu ça sur un grand écran. Imaginez un film historique qui se situe en 1926, avec énormément de costumes et de décors réalistes, puis ajoutez un univers parallèle avec un bestiaire délirant d’une extrême richesse (ah, le niffleur !).

niffleur

Niffleur for ever

Vous obtenez de l’urban fantasy assez jouissive, un background absolument incroyable, mais aussi une mise en abyme vertigineuse quand on sait que l’action se déroule dans le même univers que celui d’Harry Potter ! Les clins d’oeil n’en sont que plus savoureux.

Avec une telle recette, le film aurait déjà été une sympathique réussite, mais c’était sans compter les personnages qui m’ont touché, mention spéciale à l’ordinaire Jacob Kowalski, qui m’a ému aux larmes. En choisissant une nouvelle génération d’acteurs bourrée de talents, David Yates a donné une autre dimension au monde d’Harry Potter, comme si le film s’adressait à des jeunes adultes désenchantés… les anciens lecteurs de J.K. Rowling qui ont grandi ? De part son physique androgyne, le génial Eddie « Danish Girl » Redmayne constituait le choix idéal pour incarner ce personnage d’écologiste naïf au coeur meurtri, confronté à un monde sur le point de connaître la pire crise économique de l’Histoire… et les affres du fascisme. L’ambiance du film est à ce titre lourd de sens avec les discours populistes et autres chasses aux sorcières perpétrés dans les rues de New York. Les personnages féminins ne sont pas en reste avec notamment une Katherine Waterston méconnaissable. Une protagoniste extrêmement moderne, fragile, et mal dans ses pompes, limite « vieille fille », qui ne manque pas de ressources… et qui m’a bouleversé. Comme ça fait du bien de voir un si beau portrait de femme au cinéma !  Vous l’aurez compris, on est face à un film surprenant, mélancolique, peuplé de sorciers capables de réparer les dégâts causés sur la ville et la population : comment ne pas rêver à de tels pouvoirs quand on pense à notre triste actualité ? Avec cette fin résolument douce-amère, crépusculaire, mais aussi pleine d’espoir, David Yates m’a plus impressionné qu’avec ses quatre derniers Harry Potter. Au risque de passer pour un hérétique, j’ai même été d’avantage séduit par ce film que par la Chambre des Secrets.

Vivement la suite !

Published in: on novembre 25, 2016 at 2:53  Comments (16)  
Tags: ,