The Fountain, deux œuvres, un film

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Mother ! m’a donné envie de revoir une œuvre majeure dans la carrière de Darren Aronofsky : The Fountain. J’ai toujours aimé les films de SF mystiques comme Cloud Atlas, The Tree of Life,  ou 2001 Odyssée de l’Espace, et The Fountain s’inscrit clairement dans cette lignée.

Au XVIe siècle un conquistador part en quête de la légendaire fontaine de jouvence, censée offrir l’immortalité.
De nos jours, un scientifique cherche désespérément le traitement capable de guérir le cancer qui ronge son épouse.
Dans un futur lointain, un cosmonaute voyage à travers l’espace et prend peu à peu conscience des mystères qui le hantent.

La vie, l’amour, la mort, tel est le propos de ce film bouleversant qui a bien failli ne jamais voir le jour. La genèse de ce long-métrage mériterait à elle-seule un documentaire ! Ce que peu de cinéphiles savent, c’est qu’il existe deux versions de cette histoire.

À l’origine, The Fountain devait être un blockbuster à 75 millions de dollars… un budget colossal au début des années 2000. En 2002, alors que les décors sont prêts, Brad Pitt annonce à sept semaines du tournage qu’il abandonne le film à cause d’une divergence artistique. Le projet est annulé, ce qui plonge Darren Aronofsky dans une profonde dépression, d’autant plus que sa mère lutte contre un cancer… cruelle ironie pour un réalisateur obsédé par le thème de l’immortalité et de la fontaine de jouvence.

Sachant que The Fountain ne sera probablement jamais tourné, Darren Aronofsky décide de confier l’adaptation du roman graphique au peintre Kent Williams qui s’inspire de la première version du film (bien que l’édition de ce livre soit épuisée, j’ai pu me procurer cette semaine un exemplaire). Au fil des pages on découvre qu’initialement, l’histoire de The Fountain commençait par une scène à grand spectacle, une bataille sur une pyramide, avec des conquistadors affrontant une armée maya.

 

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Pendant que Kent Williams travaille sur cette adaptation du synopsis original, Aronofsky tente de faire le deuil de son ancien projet :

Au fur et à mesure que le boulot avançait, j’avais de plus en plus de mal à dormir. Une nuit, je finis par sauter de mon lit, excédé. Dans mon bureau, j’épluchais toute la documentation dont j’avais eu besoin pour écrire The Fountain. Il devenait clair que je n’arriverais pas à me sortir l’histoire des tripes si je ne la réalisais pas moi-même.  Il me vint alors une idée. Quand j’avais commencé à faire des films, j’écrivais les scénarios avec en tête un budget minimum, un budget de film indépendant. Pourquoi diable avais-je placé celui-là d’emblée dans la catégorie des films de studio ? Je décidais de tout recommencer. De faire de mon histoire un scénario de film indépendant. C’était un vrai défi, ça me plaisait bien. Du coup, si je ne dormais plus, c’était pour écrire. Et ça faisait longtemps que je n’avais plus écrit pour le plaisir. Deux semaines plus tard, j’avais terminé. La même histoire, mais cette fois-ci le film avait une chance de se faire. Pendant des mois, avec Kent (Williams, l’auteur du roman graphique), on a parié qu’on serait le premier à terminer, lui l’album, moi le film. Et bien, c’est match nul. Et c’est impeccable. Avec les mêmes géniteurs, et la même histoire, l’album et le film réunissent l’exploit d’être uniques, chacun dans leur genre.

(The Fountain, postface de l’édition française du roman graphique)

Tandis que Kent Williams termine l’adaptation du premier scénario, Darren Aronofsky se décide à travailler sur une nouvelle version de The Fountain avec un budget divisé par deux. Une approche plus intimiste qui va, contre toute attente, servir le film. Cate Blanchett et Brad Pitt laissent la place à Rachel Weiz et Hugh Jackman, qui forment à l’écran un couple émouvant, magnifié par la caméra d’un cinéaste amoureux… Rachel Weiz étant la femme de Darren Aronofsky !

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Alors que le premier script commençait avec une (coûteuse) bataille entre conquistadors et Mayas, dans la nouvelle version on se retrouve propulsé dans le futur au milieu d’une magnifique séquence spatiale psychédélique. Crâne rasé, l’astronaute interprété par Hugh Jackman est enfermé avec un arbre dans une mystérieuse bulle.

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Pour mettre en images cette séquence contemplative, le responsable des effets visuels, Dan Schrecker, délaisse le numérique et utilise des micro-clichés de minuscules réactions chimiques dans des boîtes de Pétri… de simples collages photos qui ne sont pas sans rappeler les sublimes effets artisanaux de Douglas Trumbell sur The Tree of Life.

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Comme pour Pi et Requiem for a dream, Darren Aronofsky confie la musique à Clint Mansell, accompagné du Kronos Quartet et du groupe rock Mogwai. L’équipe livre une bande-originale mémorable, à la fois épique et mélancolique, tout en sensibilité, qui sert de trait d’union entre les deux versions, que j’ai d’ailleurs réécoutée en feuilletant les pages de l’album.

Au final, impossible de nourrir une quelconque amertume en fantasmant sur ce qu’aurait pu être la première version de The Foutain. Ce que le film a perdu en spectaculaire, il l’a gagné en émotion avec une histoire plus simple que celle du premier script, riche en symboles. L’arbre de vie de l’Ancien Testament est aussi l’arbre de la Bodhi, permettant d’atteindre l’éveil spirituel, la mort n’étant qu’une porte pour accéder à cette illumination. De la même façon, l’inquisiteur qui met à feu et à sang l’Espagne est également la métaphore du cancer qui est en train de tuer Izzi…

Film aussi expérimental que radical, The Fountain fait aujourd’hui partie des œuvres SF qui ont profondément divisé la critique… et les cinéphiles. La marque des oeuvres visionnaires.

Published in: on octobre 17, 2017 at 9:32  Comments (8)  
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Blade Runner 2049

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Avec 2001 Odyssée de l’Espace, Blade Runner est l’un des rares longs métrages de Science-Fiction à être respecté par les critiques hostiles à l’Imaginaire, au point d’être considéré comme un chef d’oeuvre du Septième Art. Film d’auteur visionnaire, Blade Runner est le mètre-étalon de la SF dystopique de ces 35 dernières années : Terminator, Robocop, Total Recall, Akira, Ghost in the shell, Strange Days, Dark City, le Cinquième Élément, Matrix, A.I., Avalon, l’Attaque des Clones, Minority Report, Ex Machina, Arès… difficile de citer tous les films qui ont, de près ou de loin, une filiation avec le long-métrage mythique de Ridley Scott, qui avait déjà sévi en 1979 avec l’iconique Alien. L’héritage de Blade Runner est tel qu’il déborde largement la sphère du cinéma pour toucher aussi les séries avec Real humansWestworld, et même le monde du jeu vidéo avec des titres comme Final Fantasy VII ou Deus Ex.

C’est peu dire que Blade Runner possède une aura de film indépassable.

Et puis, il y a quelques années, j’ai appris qu’une suite allait voir le jour… J’ai alors ressenti une immense méfiance en réalisant qu’Hollywood allait (encore) mettre en chantier la suite d’une oeuvre culte. Comment pouvait-on agir ainsi avec un film si proche de la perfection ? Il est vrai que la fin était ouverte, mais à la manière d’Inception, cette fin faisait tout l’intérêt de l’intrigue, notamment sur la question de savoir si Deckard est un réplicant ou pas. De plus, Ridley Scott n’est plus au mieux de sa forme : pour un Seul sur Mars réussi, il a fallu subir les infâmes Prometheus, Cartel et Alien Covenant…

Dans ces conditions, j’étais peu intéressé par ce sacrilège projet de suite, jusqu’au jour où Denis Villeneuve est arrivé et a livré le fabuleux Premier Contact, véritable « film d’auteur de SF ». Lorsque j’ai appris que le réalisateur canadien allait réaliser Blade Runner 2049, j’ai repris espoir. Je ne m’attendais pas à un chef d’oeuvre, mais je savais que Villeneuve était l’un des rares cinéastes à pouvoir supporter une telle pression, parce qu’il s’agit d’un vrai artiste, intègre et sincère dans sa démarche.

Cette sincérité éclate dès les premières secondes du film à mesure qu’on découvre un univers hallucinant de beauté, qui a évolué dans sa propre ligne temporelle puisque l’action ne se situe plus en 2019, mais en 2049, trente ans plus tard. Bien que très perfectionnée, la technologie garde une touche rétro « années 80 » du précédent film, surtout quand les personnages sont obligés de consulter les « vieilles » archives de 2019… ce qui ne manque pas de donner aux deux films une délicieuse saveur uchronique, la science de ce monde parallèle évoluant beaucoup plus rapidement que la nôtre !

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Pendant tout le film, Villeneuve se livre à un incroyable numéro d’équilibriste : respecter l’oeuvre de Ridley Scott, tout en proposant une nouvelle histoire, avec sa propre identité. Ce souci de cohérence se retrouve particulièrement dans la musique de Hans Zimmer, qui rappelle fortement celle de Vangelis, les chants orientaux en moins. Doucement, on oublie le premier Blade Runner pour s’immerger dans un monde fascinant de vacuité, dans lequel un robot peut entretenir une histoire d’amour avec une I.A. Là où Ridley Scott révolutionnait la SF en remettant en question la nature de son protagoniste principal, Villeneuve a une démarche plus transhumaniste en donnant à un réplicant assumé le rôle le plus important ! Comme dans l’adaptation de Ghost in the shell, on observe une humanité désenchantée qui a de plus en plus de mal à se différencier des machines, preuve en est avec le personnage de Jared Letto, effrayant.

Aussi lent que le premier opus, Blade Runner 2049 est l’antithèse du blockbuster, un film d’auteur qui tourne en ridicule la notion d’action, notamment avec la scène de la « non-bagarre » dans le casino, sur fond d’Elvis Presley… Une façon pour Denis Villeneuve de dire qu’il ne sera pas question d’aller dans la facilité. Pour cette raison, Blade Runner 2049 va forcément diviser car il s’agit avant tout d’un film expérimental, une suite qui se termine, elle aussi, sur une fin ouverte, mais avec un dénouement très émouvant qui donnera le frisson aux fans de la première heure. J’avoue que le scénario m’a bluffé, on sent qu’il a été travaillé. Ryan Gosling, monolithique à souhait, est parfaitement à l’aise dans son rôle, de même que l’ensemble du casting.

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Film sincère, authentique, intègre, respectueux mais audacieux, Blade Runner 2049 n’a probablement pas la force visionnaire du premier film, mais sa réussite incontestable est un vrai miracle. Comme toujours, on regrettera amèrement ces satanées bandes-annonces qui en montrent beaucoup trop… mais peu importe, car comme le dit Roy Batty

tous ces moments se perdront dans l’oubli comme les larmes dans la pluie.

Published in: on octobre 4, 2017 at 6:34  Comments (25)  
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Mother ! (attention, je décortique le film…)

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Une femme vit dans une maison avec son mari, un poète en manque d’inspiration. Le couple voit sa relation remise en question par l’arrivée d’invités imprévus, perturbant leur tranquillité.

Depuis 1997, Darren Aronofsky fait partie d’un cercle très fermé à Hollywood, celui des cinéastes qui écrivent la plupart de leurs scénarios, quitte à proposer des projets expérimentaux visionnaires. Après avoir signé un haletant thriller mathématique (Pi), un drame psychédélique (Requiem for a dream) puis un autre, mystique (The Fountain), Aronofsky s’est imposé comme l’un des réalisateurs les plus doués de sa génération. À la fin des années 2000 son talent a fini par être reconnu par le grand public, grâce à un dytique étonnant, un trait d’union entre le catch (The Wrestler, poignant) et la danse (Black Swan, sulfureux). Après un Noé bancal (je n’ai aimé que la première demi-heure), j’attendais avec hâte que Aronofsky renoue avec un cinéma plus intimiste. C’est le cas de Mother !, un film très risqué.

ATTENTION, JE RÉVÈLE TOUT

Grâce à une galerie d’acteurs sublimes, Aronofsky s’empare d’une intrigue simple (un artiste et sa femme reçoivent des inconnus) pour doucement basculer progressivement dans le surréalisme : pourquoi le personnage du poète se sent-il obligé d’accepter ces visiteurs indélicats ? Qu’est-ce que cette maison cache ? Pourquoi un cœur semble battre dans les fondations ? Avec un humour noir savoureux, le réalisateur s’amuse à brouiller les pistes, pour mieux déstabiliser le spectateur. De prime abord, ces deux personnages irréconciliables semblent être les deux forces qui animent l’Humanité, le yin et le yang, dans un cycle sans fin. La Femme souhaite donner la vie et aimer, quand l’Homme veut être dans l’action et dominer, pour le meilleur (la naissance d’un enfant) et le pire (l’Apocalypse). Seul le pardon permet la libération de la souffrance, à condition de lâcher prise sur le plan matériel (la maison).

Après quelques heures de réflexion, j’ai réalisé qu’en réalité, ce film est surtout une métaphore biblique d’une Mère-Nature vierge, jusqu’à ce que Dieu, artiste démiurge en proie à l’ennui, décide de créer l’Humanité afin d’être vénéré et ainsi retrouver l’inspiration. Le premier invité porte une blessure au niveau d’une côte… tout comme Adam. Dieu permet à sa femme de le rejoindre, une Eve vénéneuse et sensuelle, obsédée par l’atelier de l’artiste, et la connaissance contenue dans son diamant. En brisant ce diamant caché, le couple provoque la fureur de Dieu, qui condamne l’accès à ce jardin d’Eden. Les deux enfants du couple pénètrent alors dans la maison, avant que l’ainé ne tue son frère cadet, reproduisant le meurtre d’Abel par Caïn. La tâche de sang qui imprègne le plancher est le péché originel, qui disparaît au moment où Mère Nature se retrouve enceinte de Dieu : l’artiste a renoué avec l’inspiration et écrit son chef d’oeuvre, un texte émouvant destiné à être partagé avec le plus grand nombre, qui a valeur de testament. Malheureusement, ce bonheur n’a qu’un temps à mesure que l’Humanité entière envahit le logis de Mère Nature et idolâtre Dieu, sans même comprendre le message contenu dans son œuvre. Guerres de religion, pillages… La maison se transforme en un champ de bataille, un purgatoire dans lequel Mère Nature va connaître toutes les souffrances possibles et imaginables à mesure qu’elle s’éloigne de son mari, toujours prêt à pardonner à l’Humanité.

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Dieu n’hésitera pas à lui donner son fils conçu avec Mère Nature, mais le bébé innocent est sacrifié. Folle de douleur, Mère Nature incendie la maison dans une explosion apocalyptique, tuant au passage l’Humanité toute entière. Indemne, Dieu prend dans ses bras Mère Nature, mourante. Elle avoue n’avoir jamais cessé de l’aimer, malgré son égoïsme. Dieu lui arrache le coeur, et fabrique un nouveau diamant à partir des cendres de la maison, qui se répare. Dans le lit conjugal, une nouvelle Mère Nature apparaît…

Drame mystique, cosmique et même écologique, Mother ! risque de déconcerter plus d’un spectateur par sa radicalité, sa fin violente ainsi que sa dimension spirituelle. Ce film sera adoré ou détesté, parce qu’il s’agit d’un chef d’oeuvre sans concessions. Après un tiède été 2017 constellé de blockbusters décevants, la sincérité, le courage et l’audace d’Aronofsky n’en sont que plus respectables, pour ne pas dire admirables. Ce réalisateur est immense…

Published in: on septembre 20, 2017 at 9:59  Comments (5)  
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Ghost in the shell

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Au cinéma, il y a des projets d’adaptation qui frisent l’hérésie. Lorsque les geeks ont appris que le mythique Ghost in the shell allait faire l’objet d’un long métrage en prise de vues réelle, qui plus est avec une occidentale dans le rôle titre, certains ont crié au sacrilège. Est-ce une trahison ? Même si l’auteur original, Mamoru Oshii, a défendu Scarlett Johansson, on pouvait légitimement trembler devant ce qui s’annonçait comme un remake.

Dans un futur proche, le major Mira Killian, une femme cybernétique rescapée d’un attentat, lutte contre les plus dangereux criminels. Alors qu’elle s’apprête à affronter un ennemi capable de pirater les esprits, elle découvre qu’on lui a menti : sa vie n’a pas été sauvée, on la lui a volée.

D’emblée, le film est servi par une bande-originale magnifique… qui n’est pourtant pas composée par Kenji Kawai. A la place, on retrouve l’excellent Clint Mansell, connu pour son travail sur Requiem for a dream, The Fountain et Black Swan. Le moins que l’on puisse dire, c’est que le musicien est à la hauteur de son prédécesseur. En s’appropriant certains thèmes, il parvient à distiller une ambiance aussi mystérieuse que cyberpunk. Un cyberpunk qui a forcément évolué depuis le premier Ghost in the shell, sorti en 1995. Avec finesse, le réalisateur dépeint un futur dans lequel les réalité virtuelles et augmentées sont omniprésentes. Une vision fascinante, mais qui donne froid dans le dos avec toutes ces publicités flottantes dans les rues d’un Tokyo revisité à la sauce Hong-Kong. Au milieu de toute cette vacuité numérique, on suit les errances d’une humanité paumée dans un univers technologique qui n’est pas sans rappeler celui du film Avalon. Pourquoi un aveugle devrait se faire greffer de simples yeux alors qu’il existe des dispositifs optiques largement « meilleurs » ?

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Sans surprise, dans un monde où les limites du corps humain sont allègrement repoussées, les questions transhumanistes constituent le coeur du récit. Quel intérêt à rester sobre quand on a un foie mécanique qui peut encaisser des quantités effarantes d’alcool ? Ne sommes-nous pas définis par nos actions plutôt que par nos souvenirs ? Ce qu’on appelle la mémoire a-t-elle seulement une réalité tangible ? La cybernétique, plus proche de nous qu’elle n’y parait, amènera fatalement des problématiques pour le moins troublantes.

Alors, certes, Scarlett Johnson n’est pas asiatique, mais pour ma part j’ai aimé que le scénario joue intelligemment avec cette ambiguïté : à l’origine le major était la japonaise Motoko Kusanagi, avant que son cerveau ne se retrouve emprisonné dans une enveloppe cybernétique, celle du major Mira Killian. Dans une société aussi multiculturelle que ce Tokyo du futur, cette quête d’identité n’en est que plus perturbante, preuve en est lorsque le major rencontre sa mère biologique pour la première fois… Loin d’être troublé par le casting, j’ai adoré cette atmosphère cosmopolite, le fait que n’importe qui puisse comprendre le japonais, technologie oblige, le rêve !

Le seul reproche que je ferais à ce long-métrage, c’est de ne pas avoir été assez loin dans les réflexions philosophiques, mais je suis convaincu que les scénaristes voulaient garder certaines pistes pour des suites, je pense notamment au personnage en partie inspiré par le Marionnettiste. De ce fait, si Ghost in the shell ne demeure « qu’un » film d’action intelligent, ponctuellement illuminé par le charisme de Takeshi Kitano, c’est déjà un petit miracle en soi que d’avoir réussi à livrer une adaptation qui rende un si bel hommage au matériau original. Une oeuvre complémentaire, désenchantée, et qui a su capter l’air du temps.

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Published in: on avril 5, 2017 at 1:14  Comments (4)  
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Zelda, Breath of the Wild

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Je n’ai jamais chroniqué de jeu vidéo sur ce blog mais à événement exceptionnel, article exceptionnel… Pourtant, quand la presse a commencé à parler du « meilleur jeu Nintendo de ces 20 dernières années », je me suis montré méfiant. Le monde vidéo-ludique n’est pas épargné par le sensationnalisme, on le constate souvent avec des titres notés 21/20… Et puis, il y a quelques jours, mes amis Fred et Céline ont eu la gentillesse de m’envoyer un mystérieux colis par la Poste… qui s’est révélé être la version Wii U de Zelda,  Breath of The Wild. « Tu ne peux pas passer à côté » m’a répété Fred, écrivain lui aussi… Intrigué, j’ai donc laissé une chance à ce jeu, d’autant plus que cela tombait à pic : un passage de mon roman me posait problème depuis plusieurs semaines sans que je comprenne pourquoi. Dans ce genre de moment je fais toujours une pause histoire de revenir sur mon texte avec un point de vue neuf… et des solutions.

L’histoire débute avec le personnage de Link. Amnésique, il se réveille après un sommeil d’un siècle dans un royaume qui a connu une guerre terrible. Son but : percer les mystères du passé et vaincre Ganon, le fléau.

D’emblée, on est frappé par la beauté des images, dignes d’une oeuvre de Miyazaki, avec cette impression d’évoluer dans un manga. Certes, le graphisme est à l’opposé du réalisme d’un Horizon zero dawn, voir même d’un Last of us qui commence à dater. Pourtant, dès les premières minutes, les concepteurs du jeu arrivent à instaurer une ambiance contemplative façon Shadow of colossus, une atmosphère qui flanque la chair de poule. Ce n’est d’ailleurs pas le seul point commun entre les deux titres.

« Liberté », c’est le mot qui me vient à l’esprit quand je pense à Zelda. Dans un univers absolument immense, il est possible d’escalader des montagnes, d’explorer à cheval les  steppes, d’errer dans des forêts millénaires et même de naviguer sur l’océan.

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L’immersion est totale, grâce notamment à une bande-originale très discrète, pour ne pas dire minimaliste. Parfois, cet accompagnement musical se réduit à quelques notes de piano mélancoliques… Rarement on a eu une telle impression de vide, bien loin de l’hystérie de certains MMORPG dans lesquels il faut tuer des monstres et réussir des quêtes pour progresser. Une impression de vide certes, mais qui stimule l’imagination, surtout quand on visite des ruines chargées d’Histoire… Comme si ce n’était pas suffisant, on peut recycler à peu près tout ce qu’on trouve dans la nature, créer des potions dans un esprit un peu Minecraft, pour ne pas dire McGyver… On est loin des itinéraires balisés des traditionnels jeux à monde ouvert ! Bien sûr, le protagoniste principal a un but, vaincre Ganon, mais c’est le seul impératif, le joueur est totalement libre de ses choix. Rapidement on ressent l’euphorie des jeux-vidéos des années 80-90, cette magie d’antan, l’illusion d’un monde sans limites. On se surprend à admirer un coucher de soleil au sommet d’une falaise, à observer l’ombre des nuages sur des plaines verdoyantes tout en écoutant le vent.

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On visite des villages fortement inspirés par la période Jomon, le Japon préhistorique (les concepteurs du jeu ont d’ailleurs avoué que les célèbres statues nippones ont influencé le design des gardiens).

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On discute également avec des personnages secondaires très attachants. Tenez, est-ce que vous savez pourquoi la femme du meunier du village d’Elimith passe ses journée à surveiller le moulin, toute seule, près d’un arbre ? Eh bien en bavardant un peu avec elle on apprend qu’elle n’est pas du coin, que sa famille lui manque et que son mari est obsédé par son travail… ce qui explique pourquoi chacun vit un peu de son côté, évitant ainsi les disputes. Dans bien des jeux, les « figurants » n’auraient pas été si bien caractérisés, mais ici on partage avec cette femme un moment mélancolique troublant, presque une tranche de vie…

L’autre idée de génie du jeu, c’est l’amnésie initiale du protagoniste principal. En faisant de Link un personnage à la recherche de son passé, les concepteurs jouent à fond la carte nostalgie à mesure que les souvenirs reviennent… renvoyant le joueur à sa propre enfance/adolescence. Métaphoriquement, il s’est effectivement passé un siècle depuis The Legend of Zelda (1987 pour la version NES), A link to the past (1992, Super NES) et Ocarina of time (1998, Nintendo 64), pour ne nommer que quelques titres emblématiques de cette longue saga. Qu’on soit joueur occasionnel ou fan acharné, au fond peu importe. Cette quête des origines n’appartient pas seulement à Link, mais aussi à celles et ceux qui ont grandi avec ce mythe transgénérationnel.

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« Tu ne peux pas passer à côté ». Après avoir joué à Zelda, les mots de mon ami Fred ont pris une résonance particulière. Cette leçon de show don’t tell m’a permis de débloquer le passage problématique de mon nouveau livre qui me gênait depuis plusieurs semaines. Non pas que ce jeu m’ait inspiré, mais Breath of the Wild est si exemplaire au niveau de la narration que je me suis recentré sur l’essentiel, avec cette simple question : « qu’est-ce que tu veux raconter ? ».

Pour conclure, Zelda est un jeu auquel on pense quand on ne joue pas, et qu’on a envie de finir, ce qui n’est pas si courant. Picasso disait « les bons artistes copient, les grands artistes volent ». Les concepteurs de Breath of The Wild ne se sont pas contentés d’emprunter les bonnes idées des meilleurs jeux vidéos des cinq dernières années, ils les ont également transcendées pour livrer un chef-d’œuvre qui a profondément troublé Ubisoft… rien que ça.

Published in: on mars 28, 2017 at 8:43  Comments (7)  
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Logan

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Dans un futur proche, un certain Logan, épuisé, s’occupe de Charles Xavier dans un lieu gardé secret, à la frontière Mexicaine. Les tentatives de Logan pour se retrancher du monde et rompre avec son passé vont échouer lorsqu’une jeune mutante traquée va se retrouver soudainement face à lui…

Après le désastreux X-Men Apocalypse, nombreux étaient les fans qui attendaient ce Logan au tournant. Il faut dire que sur le papier, le film avait tout pour séduire : une interdiction aux moins de 12 ans, et surtout un Hugh Jackman de plus en plus charismatique à mesure que les années passent… La bande-annonce pouvait laisser présager un scénario basique, en réalité il s’agit d’une relecture salutaire du mythe. À la façon de Christopher Nolan pour sa trilogie Batman, James Mangold filme un Wolverine réaliste au possible, dans une mise en abyme savoureuse : Logan peste lorsqu’il découvre les fadaises racontées dans les comics X-Men ! Héros crépusculaire qui n’est pas sans rappeler le Clint Eastwood d’Impitoyable, Hugh Jackman livre une performance d’acteur qui restera dans les annales, grâce à une interprétation bouleversante de son personnage, un écorché vif qui arrive à un tournant de sa vie.

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Il est aidé par un Patrick Stewart émouvant, sans oublier la jeune Dafne Keen qui vole presque la vedette à ses partenaires. Pessimiste comme un western des années 70, Logan est bien plus sombre que les derniers volets de la série. Il n’est guère question de sauver le monde, celui-ci est déjà corrompu par les multinationales qui se livrent à d’affreuses manipulations génétiques dont les OGM ne constituent que la surface de l’iceberg. On n’en saura pas plus sur ce qui est arrivé aux X-Men, et c’est tant mieux : James Mangold se concentre avec justesse sur la fin d’une histoire tragique commencée 17 ans plus tôt. Impossible de ne pas être ému aux larmes quand on sait que c’est la dernière fois qu’Hugh Jackman met les griffes… Logan est, avec les deux premiers X-Men, l’un des meilleurs épisodes de la série.

 

Published in: on mars 7, 2017 at 7:02  Comments (14)  
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Rogue One

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L’année dernière, j’ai vécu un véritable traumatisme cinématographique avec Star Wars VII. Passé le plaisir éphémère de retrouver Han Solo et Chewbacca, la déception l’a définitivement emporté. Je m’étais juré de ne plus visionner de nouveaux Star Wars, y compris ce Rogue One, un spin-off, véritable OVNI dans l’univers créé par George Lucas. Devant l’insistance d’un ami, j’ai décidé d’accorder une chance à ce long-métrage, le premier Star Wars à ne pas faire partie d’une série. C’est d’autant plus surprenant que le film commence in media res, sans le traditionnel générique ! Passé ce sentiment bizarre de ne pas être devant un Star Wars habituel, s’installe peu à peu une certaine euphorie, avec cette impression de sortir pour de bon des sentiers battus. L’ambiance est beaucoup plus sombre, avec des membres de l’Alliance Rebelle capables… d’assassinats. Oui, vous avez bien lu ! On avait plus vu ça depuis l’épisode IV, avec la scène mythique de Solo et Greedo. Décidément, ce n’est pas un Star Wars habituel… et c’est justement cette originalité qui lui permet de s’affranchir de la saga originelle sans pour autant trahir son esprit. L’auteur de Rogue One a conscience que la génération années 80 a grandi et il en prend acte : en optant pour un film de guerre façon 12 salopards, Gareth Edwards a tout simplement créé les plus beaux personnages qu’on ait vu depuis la trilogie classique, mention spéciale à Chirrut Îmwe, un guerrier aveugle qui croit en la Force.

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Je pense aussi à K2O, le robot volé à l’Empire, d’un cynisme délicieux.

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Aux côtés de ces héros attachants, j’ai retrouvé les parties de jeu de rôle de mon adolescence, quand avec mes amis nous jouions à des scénarios un poil plus matures que ceux imaginés par George Lucas…

Le fan service est présent avec de nombreux clins d’oeil qui donnent le frisson, mais là où J.J. Abrams en abusait dans Star Wars VII, Gareth Edwards fait preuve de parcimonie, prenant bien soin d’introduire doucement mais sûrement l’épisode IV.  À ce titre, les dernières minutes du film sont d’une sauvagerie rarement atteinte dans la saga.

Bien sûr, j’ai regretté la musique de John Williams (même si le célèbre compositeur m’a profondément déçu sur l’épisode VII, vraiment. Mais bon, il s’en remettra), et je trouve le casque de Vader moins beau que dans les autres volets, mais ce ne sont que des broutilles tant la bataille finale m’a transporté, une synthèse épique du Retour du Jedi et de l’Empire Contre Attaque, avec de vraies maquettes ! Et beaucoup d’émotion.

Au final, Rogue One est infiniment plus rafraîchissant, novateur et courageux que le Réveil de la Force, ne serait-ce que pour ces planètes captivantes, au point où j’ai eu envie de partir visiter Jedha. On découvre des aliens vraiment exotiques (la créature ophidienne qui torture psychiquement Bodhi m’a révulsé, berk !) quelques « nouveaux » chasseurs de l’Alliance Rebelle, ainsi que des informations cruciales sur le fonctionnement d’un sabre laser (mais pas que…). Au-delà de ce background extrêmement riche, c’est surtout la philosophie de la Force qui m’a touché : à dix mille années-lumières des midi-chloriens de George Lucas, et des incohérences de J.J. Abrams, Gareth Edwards montre avec subtilité comment l’antique religion Jedi est vécue au quotidien par les habitants de cette galaxie très lointaine.

Lorsque les lumières se sont rallumées dans la salle, je n’ai pas pu m’empêcher de ressentir un peu d’amertume en repensant à ce qu’aurait pu être le Réveil de la Force. La comparaison est d’autant plus cruelle que la nouvelle trilogie, à mon sens partie sur de mauvaises bases, va traîner comme un boulet cet épisode VII qui n’arrive pas à la cheville de l’œuvre jubilatoire de Gareth Edwards.

Rogue One plus fort que le Réveil de la Force, faut-il s’en réjouir ou s’en lamenter ? J’avoue ne pas avoir la réponse et au fond, peu importe…

« Bravo Rogue One » !

Published in: on décembre 21, 2016 at 8:54  Comments (26)  
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Premier Contact (attention, de petites révélations)

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Douze vaisseaux extraterrestres arrivent à différents endroits du globe. L’armée américaine charge la linguiste Louise Banks d’établir dans l’urgence un premier contact avec cette civilisation inconnue. 

J’ai découvert Denis Villeneuve avec Prisoners, un film qui m’avait impressionné de part son scénario labyrinthique, et sa photographie léchée à la David Fincher. Trois ans plus tard, l’auteur de Sicario revient avec un long-métrage extrêmement ambitieux du fait que son thème, la rencontre entre l’Humanité et une civilisation extra-terrestre a été maintes fois racontée au cinéma. Qu’est-ce qu’un jeune cinéaste pouvait bien amener de plus ?

La réponse : intelligence et sensibilité. Intelligence car le réalisateur canadien va à contre-courant de 90% des films de Science-Fiction. Là où Michael Bay livrerait dès les premières minutes des plans spectaculaires d’un véhicule extra-terrestre se posant sur Terre, Villeneuve préfère au contraire donner le point de vue d’une professeur d’université (Amy Adams, parfaite) qui ne réalise pas tout de suite que l’Humanité vit un événement majeur. Ce qui n’empêche pas des images d’une beauté à couper le souffle, mention spéciale aux vaisseaux aliens.

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Sensibilité car le protagoniste féminin apporte un supplément d’âme extraordinaire dans le film, de part son histoire dramatique. Au départ linguiste complètement dépassée par les événements, elle va peu à peu oublier la terreur qu’elle ressent pour tenter de percer le mystère du langage de ces mystérieux visiteurs. Là où le film est tout bonnement révolutionnaire, c’est qu’il n’y a quasiment pas d’action !  Il faut saluer le travail effectué sur la musique, aussi déroutante qu’inquiétante, composée par l’artiste finlandais Jóhann Jóhannsson, ainsi que sur les effets sonores, anxiogènes à souhait. En privilégiant la tension aux explosions, Denis Villeneuve donne une leçon d’écriture à la plupart des réalisateurs actuels avec une ambiance absolument étouffante. Ici l’arme ultime n’est rien d’autre que… le langage. Le langage permet bien entendu de connaître les motivations de ces extra-terrestres, mais il prend également un sens métaphorique tout particulier dans un monde où les pays ne communiquent plus entre eux. À l’heure où les grandes puissances industrialisées sont incapables de ramener la paix en Syrie, et où fleurissent populismes et théories du complot, Premier Contact est un thriller linguistique dans l’air du temps, avec une atmosphère pessimiste, mais aussi un message porteur d’espoir.

Entre le mysticisme du Contact de Robert Zemeckis, l’humanisme du Rencontre du Troisième Type de Steven Spielberg, et la poésie du Monsters de Gareth Edwards, le thriller de Denis Villeneuve n’oublie jamais d’être intimiste, avec une dimension universelle émouvante. À ce titre j’ai apprecié que le film se termine comme il commence, à la façon des grandes histoires. Toujours ce même labyrinthe que le cinéaste canadien affectionne tant, mais avec un twist final bouleversant qui prend aux tripes.

Après une decennie folle parsemée de joyaux SF tels que Avatar, District 9Gravity et autre Cloud Atlas, on ne peut que rendre les armes devant la classe de ce Premier Contact qui marquera d’une pierre blanche le Septième Art. Du coeur et de l’esprit, cela faisait très longtemps qu’on avait pas vu ça au cinéma, mais que pouvait-on attendre d’autre quand on sait que ce long-métrage, basé sur une nouvelle de Ted Chiang, a été produit par les créateurs de Stranger Things ?

P.S. : Jamais je n’aurais pensé écrire cela, mais pour la toute première fois j’envisage la possibilité que la suite de Blade Runner, la future œuvre de Villeneuve, ne soit pas la catastrophe annoncée. Si le canadien fait preuve d’autant de sincérité que sur Premier Contact, son prochain long-métrage pourrait bien le consacrer comme l’un des plus grands cinéastes des années 2010.

 

Published in: on décembre 10, 2016 at 9:41  Comments (17)  
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Arès

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Dans un futur proche, l’ordre mondial a changé. Avec ses 10 millions de chômeurs, la France fait désormais partie des pays pauvres. La population oscille entre révolte et résignation et trouve un exutoire dans des combats télévisés ultra violents où les participants sont dopés en toute légalité et où tous les coups sont permis. Reda, dit Arès, est un ancien combattant qui vit de petits boulots de gros bras pour la police. Tout va changer lorsque sa soeur se fait arrêter et qu’il doit tout mettre en oeuvre pour les sauver : elle et ses filles.

Pour de stupides raisons culturelles, produire un film de SF en France est habituellement un pari quasi-impossible, il n’y a qu’à voir depuis (l’excellent) le Prix du danger combien les échecs commerciaux et/ou artistiques sont légion. C’est donc avec une grande curiosité, et un peu d’espoir, que je suis allé voir cet OVNI cinématographique. OVNI car Arès relève plus de l’anticipation que de la Science-Fiction, l’action se déroulant dans une France dominée par les multinationales. Un sujet dans l’ère du temps tant j’ai l’impression que le Parti Socialiste et les Républicains nous proposent de choisir entre un projet de société libéral… ou ultra-libéral. Fort de ce constat déprimant, le réalisateur pousse cette logique à l’extrême et imagine un futur sombre. Chaque citoyen est libre de disposer de son corps et de servir de cobaye, avec toutes les dérives que cela comporte. Le cinéaste distille tout au long de son film un humour noir qui n’est pas sans rappeler celui de Robocop. Ainsi, dans l’émission trash 1000 euros pour un chômeur, des demandeurs d’emploi gagnent de l’argent s’ils arrivent à vaincre des boxeurs professionnels !

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Le dopage est complètement rentré dans les moeurs, ainsi que les combats no limit et la télé-réalité la plus crasse, conférant à cet univers désespéré un parfum cyberpunk qui évoque le RanXerox de mon enfance, la cybernétique en moins, mais les personnages déjantés en plus.

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Crise oblige, ce monde low tech est d’une laideur sans nom, ce qui le rend d’autant plus crédible. Il faut saluer à ce niveau l’incroyable photographie et les effets spéciaux numériques, qui transforment Paris en un gigantesque squat qui donne froid dans le dos. Imaginez la jungle de Calais autour de la Tour Eiffel.

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L’équipe de tournage n’a pas hésité à partir en Chine ainsi qu’à Kiev pour effectuer des prises de rue et créer une capitale cauchemardesque, le tout pour un budget total de seulement 4 millions d’euros. C’est d’autant plus hallucinant que le film n’a pas été tourné, comme tant d’autres, en Europe de l’Est. Le résultat à l’écran est vraiment impressionnant, avec notamment des tours d’ivoire qui contrastent avec le Paris misérable au cœur d’Arès.

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Le casting n’est pas en reste, les comédiens sont excellents. Mention spéciale au personnage de Myosotis, artiste transformiste du Net !

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Faux film d’action, mais vraie satire au vitriol du libéralisme dans ce qu’il a de plus outrancier, Arès est une oeuvre inclassable qui aurait mérité une durée plus longue histoire de développer son propos. Une oeuvre imparfaite mais généreuse, qui prouve qu’en France aussi, des cinéastes de talent savent réaliser de la bonne SF façon Paul Verhoeven. En espérant que le film soit bien accueilli, et qu’il permette l’émergence d’un authentique cinéma de genre, qui plus est engagé. Avec les sinistres élections présidentielles qui s’annoncent, on en a cruellement besoin.

PS : à signaler, Info 34, le (délirant) site officiel du film.

« Le dernier média d’information et d’actualité encore libre et indépendant en France. »
Où l’on apprend que le tour de France 2036 passera par… Vilnius, en Ukraine !

Et le compte Twitter, tout aussi drôle : @Info34France

Published in: on novembre 29, 2016 at 7:25  Comments (8)  
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Les Animaux Fantastiques

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Avant de donner sa chance à ce film, je ne me faisais guère d’illusions sur les Animaux Fantastiques car, d’une part, je ne suis pas trop fan de David Yates. Je trouve que les meilleurs Harry Potter sont les trois premiers, surtout Azkaban, un vrai petit bijou d’Alfonso Cuarón. Passé ce troisième chapitre, pour moi la mise en scène des derniers volets s’appauvrit. D’autre part, je redoutais ce que j’appelle le syndrome Star Wars, à savoir la pratique qui consiste à gagner le plus d’argent possible en usant jusqu’à la corde une franchise mythique.

C’est pour cette raison que je suis allé voir les Animaux Fantastiques l’esprit vierge, sans visionner auparavant la bande-annonce, le fléau du XXI siècle. J’avoue avoir de suite frissonné en entendant les premières notes du fameux thème musical de John Williams. Passé des scènes d’exposition assez lentes, j’ai peu à peu été happé par ce long-métrage, je n’avais jamais vu ça sur un grand écran. Imaginez un film historique qui se situe en 1926, avec énormément de costumes et de décors réalistes, puis ajoutez un univers parallèle avec un bestiaire délirant d’une extrême richesse (ah, le niffleur !).

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Niffleur for ever

Vous obtenez de l’urban fantasy assez jouissive, un background absolument incroyable, mais aussi une mise en abyme vertigineuse quand on sait que l’action se déroule dans le même univers que celui d’Harry Potter ! Les clins d’oeil n’en sont que plus savoureux.

Avec une telle recette, le film aurait déjà été une sympathique réussite, mais c’était sans compter les personnages qui m’ont touché, mention spéciale à l’ordinaire Jacob Kowalski, qui m’a ému aux larmes. En choisissant une nouvelle génération d’acteurs bourrée de talents, David Yates a donné une autre dimension au monde d’Harry Potter, comme si le film s’adressait à des jeunes adultes désenchantés… les anciens lecteurs de J.K. Rowling qui ont grandi ? De part son physique androgyne, le génial Eddie « Danish Girl » Redmayne constituait le choix idéal pour incarner ce personnage d’écologiste naïf au coeur meurtri, confronté à un monde sur le point de connaître la pire crise économique de l’Histoire… et les affres du fascisme. L’ambiance du film est à ce titre lourd de sens avec les discours populistes et autres chasses aux sorcières perpétrés dans les rues de New York. Les personnages féminins ne sont pas en reste avec notamment une Katherine Waterston méconnaissable. Une protagoniste extrêmement moderne, fragile, et mal dans ses pompes, limite « vieille fille », qui ne manque pas de ressources… et qui m’a bouleversé. Comme ça fait du bien de voir un si beau portrait de femme au cinéma !  Vous l’aurez compris, on est face à un film surprenant, mélancolique, peuplé de sorciers capables de réparer les dégâts causés sur la ville et la population : comment ne pas rêver à de tels pouvoirs quand on pense à notre triste actualité ? Avec cette fin résolument douce-amère, crépusculaire, mais aussi pleine d’espoir, David Yates m’a plus impressionné qu’avec ses quatre derniers Harry Potter. Au risque de passer pour un hérétique, j’ai même été d’avantage séduit par ce film que par la Chambre des Secrets.

Vivement la suite !

Published in: on novembre 25, 2016 at 2:53  Comments (16)  
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