Arès

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Dans un futur proche, l’ordre mondial a changé. Avec ses 10 millions de chômeurs, la France fait désormais partie des pays pauvres. La population oscille entre révolte et résignation et trouve un exutoire dans des combats télévisés ultra violents où les participants sont dopés en toute légalité et où tous les coups sont permis. Reda, dit Arès, est un ancien combattant qui vit de petits boulots de gros bras pour la police. Tout va changer lorsque sa soeur se fait arrêter et qu’il doit tout mettre en oeuvre pour les sauver : elle et ses filles.

Pour de stupides raisons culturelles, produire un film de SF en France est habituellement un pari quasi-impossible, il n’y a qu’à voir depuis (l’excellent) le Prix du danger combien les échecs commerciaux et/ou artistiques sont légion. C’est donc avec une grande curiosité, et un peu d’espoir, que je suis allé voir cet OVNI cinématographique. OVNI car Arès relève plus de l’anticipation que de la Science-Fiction, l’action se déroulant dans une France dominée par les multinationales. Un sujet dans l’ère du temps tant j’ai l’impression que le Parti Socialiste et les Républicains nous proposent de choisir entre un projet de société libéral… ou ultra-libéral. Fort de ce constat déprimant, le réalisateur pousse cette logique à l’extrême et imagine un futur sombre. Chaque citoyen est libre de disposer de son corps et de servir de cobaye, avec toutes les dérives que cela comporte. Le cinéaste distille tout au long de son film un humour noir qui n’est pas sans rappeler celui de Robocop. Ainsi, dans l’émission trash 1000 euros pour un chômeur, des demandeurs d’emploi gagnent de l’argent s’ils arrivent à vaincre des boxeurs professionnels !

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Le dopage est complètement rentré dans les moeurs, ainsi que les combats no limit et la télé-réalité la plus crasse, conférant à cet univers désespéré un parfum cyberpunk qui évoque le RanXerox de mon enfance, la cybernétique en moins, mais les personnages déjantés en plus.

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Crise oblige, ce monde low tech est d’une laideur sans nom, ce qui le rend d’autant plus crédible. Il faut saluer à ce niveau l’incroyable photographie et les effets spéciaux numériques, qui transforment Paris en un gigantesque squat qui donne froid dans le dos. Imaginez la jungle de Calais autour de la Tour Eiffel.

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L’équipe de tournage n’a pas hésité à partir en Chine ainsi qu’à Kiev pour effectuer des prises de rue et créer une capitale cauchemardesque, le tout pour un budget total de seulement 4 millions d’euros. C’est d’autant plus hallucinant que le film n’a pas été tourné, comme tant d’autres, en Europe de l’Est. Le résultat à l’écran est vraiment impressionnant, avec notamment des tours d’ivoire qui contrastent avec le Paris misérable au cœur d’Arès.

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Le casting n’est pas en reste, les comédiens sont excellents. Mention spéciale au personnage de Myosotis, artiste transformiste du Net !

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Faux film d’action, mais vraie satire au vitriol du libéralisme dans ce qu’il a de plus outrancier, Arès est une oeuvre inclassable qui aurait mérité une durée plus longue histoire de développer son propos. Une oeuvre imparfaite mais généreuse, qui prouve qu’en France aussi, des cinéastes de talent savent réaliser de la bonne SF façon Paul Verhoeven. En espérant que le film soit bien accueilli, et qu’il permette l’émergence d’un authentique cinéma de genre, qui plus est engagé. Avec les sinistres élections présidentielles qui s’annoncent, on en a cruellement besoin.

PS : à signaler, Info 34, le (délirant) site officiel du film.

« Le dernier média d’information et d’actualité encore libre et indépendant en France. »
Où l’on apprend que le tour de France 2036 passera par… Vilnius, en Ukraine !

Et le compte Twitter, tout aussi drôle : @Info34France

Published in: on novembre 29, 2016 at 7:25  Comments (6)  
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6 commentairesLaisser un commentaire

  1. Pas gagné que ça arrive par chez moi…

    A.C.

    • Mince !

  2. Nooooon? Enfin un film SF français au ciné? Et ben dis donc! Et en plus, il serait bien?
    Parce que la série Trepalium, ce n’était pas une réussite…

  3. […] Arès, Premier Contact et Rogue One, décidément la SF a le vent en poupe […]


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