Midsommar

Dani et Christian sont sur le point de se séparer quand la famille de Dani est touchée par une tragédie. Attristé par le deuil de la jeune femme, Christian ne peut se résoudre à la laisser seule et l’emmène avec lui et ses amis à un festival estival qui n’a lieu qu’une fois tous les 90 ans dans un village suédois isolé…

Je dois l’avouer, je ne suis pas très film d’horreur : je trouve que la réalité est déjà assez cruelle sans qu’on soit obligé d’assister à des scènes éprouvantes… Mais parfois, il y a des longs-métrages qui forcent le respect et transcendent le genre : Alien, Psychose, Shining, The Thing, Misery, le Dracula de Coppola… autant de films qu’il faut impérativement avoir vu. Je crois qu’on peut désormais ajouter à cette liste Midsommar, un chef d’oeuvre difficile à résumer. Avant toute chose, je tiens à signaler que ce film est seulement interdit au moins de douze ans, ce qui me parait un peu léger. Non pas qu’il s’agisse d’un torture porn façon Saw ou Hostel, loin de là car, encore une fois, je n’aime pas la violence gratuite. Midsommar est moins un film dérangeant qu’une œuvre atypique donnant l’impression d’avoir été scénarisée par un ethnologue, en l’occurence le jeune réalisateur Ari Aster, qui avait déjà sévi sur Hérédité. Avec un soin méticuleux, Aster a imaginé une communauté « païenne » perpétuant d’ancestrales traditions suédoises, il a même été jusqu’à créer un alphabet runique imaginaire, des fresques ainsi qu’une langue, l’affekt !

Là où Aster touche au génie, c’est qu’il utilise pour son thriller une photographie… blanche, dans un magnifique cadre bucolique qui n’a, a priori rien, d’horrifique. Une idée formidable, en phase avec l’intrigue puisque dans certaines régions de Scandinavie, l’été le soleil ne se couche pas… ce qui va, bien sûr, contribuer à désorienter les personnages. Que cache ce paisible festival ? C’est la question que l’on se pose lorsque l’intrigue démarre, alors qu’on tombe sous le charme de cette communauté et de ce cadre idyllique. Au début de ce voyage initiatique, on a presque envie d’être avec les protagonistes, de participer à ces inoffensifs rites folkloriques qui célèbrent la Nature dans ce qu’elle a de plus sacrée.

Là encore, il s’agit d’un procédé absolument génial : alors que dans la plupart des films d’horreur, il y a clairement une frontière morale entre les personnages principaux et les monstres, ici les barrières sont de plus en plus poreuses à mesure que nous nous retrouvons, comme les héros, piégés, car confrontés à nos propres contradictions. Qu’est-ce qui différencie la civilisation de la barbarie ? Qu’est-ce qui définit une famille ? Possédons-nous la légitimité nécessaire pour juger certaines sociétés traditionnelles, alors que nous abandonnons nos anciens dans des maisons de retraite ? Lors de rites complexes, les membres de cette communauté tribale se livrent à un impressionnant mimétisme émotionnel en reproduisant les cris de joie ou de peine. N’est-ce pas la preuve que, dans ce type d’organisation il règne une plus grande empathie que dans nos sociétés dites « modernes », sociétés dans lesquelles il est délicat de parler ouvertement de mort et de deuil sans provoquer un malaise ?

À plusieurs reprises, le spectateur est, à l’image des protagonistes, un papillon attiré par l’étrange poésie qui se dégage de cette communauté qui interpelle notre morale judéo-chrétienne. Film d’horreur lyrique amoral, mais certainement pas immoral, jamais Midsommar ne tombe dans le manichéisme. À chacun de se faire son idée sur cette fin qui ne laissera personne indifférent…

Bien que cette œuvre soit très clivante (les spectateurs adorent ou détestent), on ne peut que se réjouir de l’arrivée d’un nouveau cinéma, le thriller horrifique indépendant. Après les expérimentaux Get Out, Us et Hérédité, l’horreur lorgne de plus en plus vers le cinéma d’auteur, non sans un certain brio. À tout juste trente-trois ans, et avec seulement deux réalisations à son actif, Ari Aster entre dans le cercle très fermé des jeunes réalisateurs surdoués à surveiller de près.

Bonus, la bande-annonce de Midsomar.

Published in: on août 9, 2019 at 9:41  Comments (5)  
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5 commentairesLaisser un commentaire

  1. Je me rappelle d’une petite nouvelle a l’humour très british ou un couple bobo très politiquement correct et fanatiquement respectueux des « autres » croyances, se retrouvait dans une cérémonie néopaïenne sans réaliser qu ‘ils en formaient le plat de résistance. C’est pas cette idée?

    • Hihi 😀 Ce n’est pas réellement une satire, même si c’est vrai qu’il y a beaucoup d’humour noir 😉

  2. ça me tente et en même temps j’ai peur de la façon dont peut être dépeint le paganisme… certains films « à sensation » caricature trop le sujet et ça me refroidit. Mais peut-être que ce n’est pas le cas de Midsommar. Bref, j’hésite. Ton article donne bien envie mais j’hésite.

    • Ça reste un film d’horreur 😉 mais cet aspect mis à part, j’ai beaucoup aimé comment le réalisateur bouscule le spectateur au niveau de ses valeurs… J’en suis même arrivé à la conclusion qu’il n’y a pas réellement de « méchant », d’antagoniste, mais ce n’est bien sûr que mon point de vue 😉

      • Bon, je regarderai peut-être à l’occasion alors… Je reste frileuse avec les films d’horreur, étant assez sensible à ce genre de contenu depuis quelques années. Quand je me sentirai d’attaque, j’y jetterai un oeil ! 🙂


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