Vers un nouvel âge d’or de la Fantasy ?

Je viens de terminer le dernier épisode de la série télévisée OCS His dark materials : à la croisée des mondes, les larmes aux yeux et le cœur serré. Quelle fantasy douce-amère, à mi-chemin entre le monde des enfants et celui, bien plus cruel, des adultes… Servi par un générique flamboyant, une jeune actrice prodigieuse révélée dans Logan et des « Panserbjørnes » (ours en armures !) enragés, le cycle basé sur la trilogie de Philip Pullman ne ménage jamais le spectateur : personnages non manichéens, critique frontale du christianisme, enfance sacrifiée… Cet « anti-Narnia » doit donner des cauchemars aux dirigeants de Disney ! Et fait largement oublier le demi-échec du long-métrage (trop) familial de 2007, la Boussole d’Or.

La semaine dernière, une autre saga me faisait chavirer, celle de The Witcher, et c’est peu de le dire : moi qui n’avais pas accroché au jeu vidéo sur PlayStation 4, je n’ai désormais qu’une envie : rallumer ma console afin de retrouver Geralt de Riv et la sorcière Yennefer, LE personnage charismatique de cette magnifique série Netflix, inspirée des romans de Andrzej Sapkowski. The Witcher, c’est un peu le lointain héritier de Conan et de la culture pulp façon sword and sorcery : beaucoup d’action et d’humour, à des années-lumière du réalisme pessimiste de Game of Thrones, et c’est tant mieux, car il aurait été suicidaire d’imiter la recette du mythique programme d’HBO.

Comme si cela ne suffisait pas, j’ai aussi eu un coup de cœur pour Carnival Row, une série qui se déroule dans un monde urban fantasy inspiré de l’époque victorienne, les créatures féériques étant les victimes d’une ségrégation raciale. Loin d’être un copié-collé de la Grande-Bretagne du XIXe siècle, la série d’Amazon Prime dispose d’un gigantesque background :  un univers à l’histoire très ancienne, une riche mythologie celtique, des rues qui grouillent de faunes, de kobolds et de trolls, des machines steampunks impressionnantes… et une Cara Delevingne qui obtient enfin un rôle intéressant.

Après avoir été émerveillé par toutes ces histoires, je me demande si nous ne sommes pas en train de connaître, vingt ans après le triomphe du film la Communauté de l’Anneau, un nouvel âge d’or de la fantasy tant je suis sidéré par la qualité d’écriture de ces trois séries féministes contemporaines. Des séries qui possèdent une profondeur abyssale en matière d’univers, à l’image du poétique prequel de Dark Crystal : Le Temps de la résistance.

Alors que les deux trilogies de Peter Jackson n’ont pas engendré de mode cinématographique durable autour de la fantasy, il en va autrement du petit écran. Le succès mondial de Game of thrones a en effet convaincu les networks qu’il existe un vrai public amateur du genre. Avec les progrès des effets spéciaux, et la hausse des budgets*, ce qui relevait du domaine du rêve il y a encore quelques années devient une réalité sur Netflix, Amazon Prime, HBO ou la BBC. Il faut dire qu’adapter un roman en série télévisée est plus facile qu’au cinéma, il y a beaucoup moins de censure, et surtout une marge de manœuvre quasi infinie pour les scénaristes. Un livre nécessite une intrigue dense de dix heures avec des personnages fouillés ? Aucun problème, il suffit d’écrire une saison ! J’en viens presque à regretter que le futur Dune de Denis Villeneuve ne soit pas une série télévisée… Cerise sur le gâteau, toutes ces œuvres attirent une horde de réalisateurs à qui Disney Hollywood refuse de confier des longs-métrages, des artistes talentueux qui ont soif de cinéma, et qui se retrouvent aux commandes de programmes ambitieux comme le prochain Seigneur des Anneaux d’Amazon.

Si la Fantasy n’est plus un sous-genre de l’imaginaire gettoïsé réservée aux geeks adeptes de jeux de rôle, va-t-elle enfin prendre ses lettres de noblesse en France** ? En attendant d’obtenir la réponse à cette question, on ne peut que se réjouir d’une telle variété au niveau de ces shows de premier plan***. Cette situation me donne l’impression de redevenir un ado des années 90, quand n’importe quel fan de SF n’avait que l’embarras du choix entre Star Trek, Babylon VStargate et autre Farescape… bien que la qualité des scénarios et des CGI d’aujourd’hui soit sans commune mesure avec cette période faste. Quel bonheur de savoir que The Witcher serait le plus gros carton de l’histoire de Netflix ! J’ai comme l’impression qu’il se passe en ce moment quelque chose d’incroyable en matière de Fantasy, un engouement planétaire qui me donne le sourire… et une envie folle d’écrire.

En conclusion, ce mème conçu par votre serviteur.

Bonus, cette magnifique reprise qui tourne en boucle sur mon ordinateur :

* On parle d’un budget d’un milliard de dollars pour les 5 saisons du Seigneur des Anneaux, soit 200 millions de dollars par saison… À titre comparatif, la dernière saison de GOT a coûté « seulement » 90 millions de dollars.

** Selon le Figaro, Bragelonne a vendu 80.000 exemplaires de The Witcher… juste pour les fêtes de fin d’année.

*** Sans parler du fait qu’une nouvelle génération de lecteurs découvre les romans de Philip Pullman et Andrzej Sapkowski, la preuve que différents médias ne sont pas forcément en concurrence.

Game of thrones, l’hiver est arrivé (attention spoilers)

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ATTENTION, JE SPOILE SANS VERGOGNE

L’année dernière j’avais signé cet article désabusé, traumatisé par les destins atroces de certains personnages de la saison 5… Aujourd’hui, force est de reconnaître que je suis heureux d’être resté fidèle la série ! Cela ne veut pas dire que David Benioff et D. B. Weiss ont édulcoré le show, loin s’en faut, mais je trouve qu’il y a moins de surenchère et de violence gratuite. Plus important encore, j’ai retrouvé l’émotion qui faisait parfois défaut à Game of thrones, surtout depuis les Noces Pourpres de la saison 3 : quel plaisir de retrouver John et Sansa à Winterfel ! J’ai été ému par le sacre du nouveau « King of the north » même si, malheureusement, le clan Starck paie encore un lourd tribu (Rickon, mon pauvre Rickon… Mais quelle idée as-tu eu de courir tout droit ?).

J’ai été conquis par le plan séquence de la Bataille des bâtards, du jamais vu depuis Braveheart

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séduit par la musique de Ramin Djawadi (et ce fabuleux morceau de piano de l’épisode 10, « Light of the sevens »)

touché par l’histoire d’Hodor, et choqué par le don incroyable de Bran, qui n’est pas sans conséquences : Bran peut donc altérer le passé, ce qui implique un univers cyclique… et linéaire (une idée qui m’emballe un peu moins pour le coup, car cela signifie que tout est joué d’avance). Bien sûr, la révélation ultime, c’est celle des origines de John Snow, une information qui aura des répercussions politiques majeures dans les Sept Royaumes…

Cerise sur le gâteau, les femmes gagnent de plus en plus de pouvoir : Arya, Daenerys, Cerseï, Sansa…. C’est vraiment jouissif de voir ces personnages forts peser sur l’intrigue.

Il va être difficile pour David Benioff et D. B. Weiss d’assurer la même qualité pour les deux années restantes mais qu’importe le dénouement, Game of thrones fera date dans l’histoire de la télévision. Après une saison 5 de tous les outrages, les scénaristes ont réussi à s’affranchir des livres de George R.R. Martin, et d’une pression phénoménale, pour livrer une saison 6 d’anthologie. Combien d’auteurs de séries peuvent-ils en dire autant ?

 

Published in: on juin 28, 2016 at 8:38  Comments (16)  
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