Carrie, la vengeance

Avant toute chose, je dois avouer que je suis une âme sensible. Lorsqu’il y a un film d’horreur au cinéma, Madame Escrocgriffe me traîne au bout d’une chaîne, car elle est passionnée par ce genre. Je me souviens d’une séance de Saw III qui m’avait fichu la nausée… de son côté, elle jubilait dans son fauteuil. Tiens, d’ailleurs Saw est l’une de ses sagas préférées. Lorsque je lui ai appris que la franchise se terminait avec ChaussetteSaw VII, elle était toute émue.  » On ira le voir, hein ? » m’a-t-elle demandé, les yeux brillants.

Bref, ma femme adore les films d’épouvante.

Et là, vous vous dîtes que je n’aime pas ce cinéma. Hé bien non ! Ca serait idiot de ma part, car certains films cultes ont marqué durablement le Septième Art. J’apprécie des oeuvres aussi viscérales (c’est le cas de le dire) qu’Alien, mais je déteste les scènes de tortures. Je sais, c’est paradoxal, mais c’est comme ça. C’est donc la mort de l’âme que je suis allé voir Carrie, la vengeance, interdit aux moins de seize ans. Au-delà de l’aspect horreur, je me demandais quel était l’intérêt de visionner un remake dont la fin est connue de tous. D’une part, le long-métrage de Brian De Palma me semblait indépassable, d’autre part le roman de Stephen King avait déjà fait l’objet d’une adaptation télévisée…

Bon, alors verdict ?

Une fois de plus, je ne comprends pas les violentes critiques de la presse tant cette œuvre innove : contrairement aux autres versions, c’est la première adaptation dans laquelle la comédienne, la (stupéfiante) Chloë Grace « Kick Ass » Moretz, a enfin l’âge de son personnage ! Brian De Palma a soutenu la réalisatrice, une femme qui amène énormément de sensibilité à ce long-métrage qui n’en demeure pas moins éprouvant. Le film s’ouvre sur une séquence absolument terrifiante : la mère de Carrie (Julianne Moore, phénoménale), accouche d’un bébé qu’elle associe à l’oeuvre du Diable. C’est bien simple, au cinéma j’ai rarement vu un accouchement aussi gore que celui-ci. Par « gore », je n’entends pas forcément sanguinolent. Le film À l’intérieur était beaucoup plus extrême à ce niveau. Mais il y a une dimension tragique et émotionnelle dans cette scène d’ouverture, une façon de prévenir le spectateur qu’il ne sera guère question de manichéisme dans ce long-métrage torturé. Et c’est là où le film est ambitieux : en décidant d’humaniser la mère de Carrie, ainsi que tous les lycéens qui la martyrisent, la cinéaste prend délibérément le partie de ne pas juger les personnages. Au-delà des thèmes propre à l’univers de Stephen King (le sang, symbole ambivalent de vie et de mort), la modernisation du récit est appréciable avec ces adolescentes, véritables bourreaux des temps modernes qui filment avec leurs smartphones leurs humiliations avant de mettre en ligne leurs vidéos sur le Net. Des pratiques qui font malheureusement référence à d’authentiques (et sordides) faits divers. La cruauté de ce film n’est pas sans rappeler le poignant May : tout comme le personnage de Lucky McKee, Carrie n’a rien d’un monstre. C’est la violence inouïe qu’elle subit depuis toujours qui va la rendre si dramatiquement humaine. Fort de cette interprétation magistrale, le long-métrage n’en est que plus émouvant car ce n’est pas seulement l’histoire d’un drame effroyable, mais aussi celui d’un terrible gâchis. Si on peut regretter, comme toujours, l’utilisation massive des effets spéciaux numériques au lieu des trucages à l’ancienne comme pour le sang, le résultat final m’a enthousiasmé.

Plus qu’un remake, Carrie, la vengeance est une relecture qui ne vient en rien altérer la vision du film de Brian De Palma, bien au contraire. Tout comme le Dracula de Coppola était une variation d’un mythe interprété autrefois par Christopher Lee, il faut voir ce Carrie comme un film complémentaire, qui aura le mérite de faire découvrir à une nouvelle génération le premier roman de Stephen King et ses différentes adaptations.

Published in: on décembre 6, 2013 at 4:27  Comments (8)  
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