Snowpiercer, le Transperceneige

Après un réchauffement glaciaire, les derniers membres de l’Humanité ont trouvé refuge dans un train contraint de rouler en permanence. Une dictature organise cette société en classes, jusqu’au jour où une poignée de rebelles menés par Chris « Captain America » Evans tente de remettre en question l’ordre établi…

Suite à la bande-annonce, j’avais un peu peur de voir ce film au pitch séduisant : le scénario n’était-il pas un prétexte pour qu’on tombe dans un marxisme archétypal avec d’un côté les riches, de l’autre les pauvres ? Ma crainte a été désamorcée dès la première demi-heure pour une raison bien simple : Snowpiercer est avant tout l’adaptation d’une bande-dessinée française. De réalisme, il n’en est guère question dans ce délire dystopique orienté action : les personnages se battent à coups de haches (!) car les munitions sont limitées. Les combats n’en sont que plus dantesques, au point où il y a plus d’hémoglobine dans une scène de Snowpiercer que dans toute la saga Twilight bon je sais, c’est pas difficile. Les méchants sont complètement barrés, mention spéciale à l’inénarrable Tilda Swinton qui incarne un croisement de commissaire soviétique et d’officier nazi, sans parler d’une professeur des écoles qui donne froid dans le dos.

Bien que le long-métrage soit violent, le réalisateur coréen Bong Joon Ho (« The Host ») arrive à conserver une certaine légèreté jusqu’à la fin, exploitant au maximum le caractère improbable de cette histoire : les rebelles déambulent dans les compartiments à la manière d’un jeu vidéo linéaire et découvrent progressivement les conditions de vie des classes supérieures. L’absurde est ici poussée à son paroxysme avec une nomenklatura hédoniste déconnectée de la réalité. L’analyse politique, c’est peut-être la limite inhérente à cette œuvre : le fait que révolution et dictature soient les deux revers d’une même pièce est un thème qui a souvent été traité dans les dystopies, tant en littérature qu’au cinéma. Mais si on occulte cet aspect et qu’on accepte les invraisemblances inévitables de cet univers délirant, Snowpiercer est assurément un excellent divertissement.

Published in: on novembre 15, 2013 at 8:36  Comments (12)  
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12 commentairesLaisser un commentaire

  1. Plus qu’un divertissement à mon sens : un chef d’œuvre de richesse narratif et de beauté esthétique. Le film possède de nombreux niveaux de lectures, c’est stupéfiant, et cette évolution en jeux vidéo nous fait découvrir sans cesses de nouvelles surprises, la tension est permanente. Quel bijou, comme je l’écris dans ma critique http://bit.ly/1eVNhrA Belle critique de t

    • Chef d’œuvre, je ne sais pas, mais je suis d’accord sur l’idée que la tension est permanente. Pour les surprises…

      *SPOILER* j’avais deviné d’entrée qu’un personnage était louche ^^

  2. J’ai beaucoup aimé également. En sortant, je me suis dit que ce film était une véritable allégorie de la lutte des classes. En effet, si on cherche le réalisme, on risque d’être déçu. Un train c’est fort linéaire comme bestiole pour finir, l’évolution du groupe de révolutionnaires a des allures de jeu de plate-forme.

    *SPOILER* j’ai particulièrement aimé le cynisme de la dernière scène : cet ours blanc seul survivant au milieu de ce froid glacial, alors que c’est un des symboles des conséquences du réchauffement climatique. Juste retour à l’envoyeur.

    • Je n’avais pas saisi l’allégorie de l’ours, c’est vrai ! 😀

  3. ton commentaire me donne vraiment envie de voir ça ! Je vais guetter les projections chez moi ! Merci Capitaine, c’est toujours un plaisir de lire tes retours !

    • C’est gentil merci ^^

  4. Très intéressant, cet article. Tu as le don de nous trouver quoi faire de nos week ends…Mais au fait, tu as échappé à l’épidémie de tagging, toi ? (ton machiavélique)

    • Je ne vois absolument pas de quoi tu parles ! (Sifflote)

  5. Entièrement d’accord avec ta chronique ! Ravie en tout cas que cette adaptation aie été faite par une collaboration internationale (et pas purement hollywoodienne quoi), ça le rend dense comme il se doit et plus prompt à la réflexion qu’on pourrait y penser au premier abord !

    • C’est que le fait que la production soit internationale amène un supplément d’âme à ce blockbuster aussi intelligent qu’atypique… Merci pour ta visite !

  6. […] aussi radicaux que Old Boy,  J’ai rencontré le Diable, Le bon, la brute et le cinglé, Snowpiercer, The Host, 3 extrêmes, sans oublier le chef d’oeuvre contemplatif (et injustement méconnu) […]

  7. […] du scénario, on aurait tort de bouder ce voyage initiatique du lâcher-prise, illuminé par une Tilda Swinton au charisme […]


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