La routine de l’écriture

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Le fantasme ultime : le retourneur de temps

Je me permets d’évoquer un sujet sensible pour bon nombre d’auteurs. Je pense que si on devait procéder à un sondage, la plupart des écrivains pointeraient en première position ce problème récurent. « Je manque de temps »… Combien de fois ai-je entendu cette phrase, quand je ne l’ai pas moi-même prononcée !

L’année dernière, j’ai été confronté à cet obstacle, à cause d’grâce à un heureux événement : la naissance de mon fils. Suite à ce chamboulement, j’ai effectué une pause de plusieurs mois pour profiter pleinement du bonheur de sa venue. Quand je me suis enfin remis à écrire un synopsis, j’ai rencontré une difficulté de taille : je n’arrivais pas à me concentrer sur mon traitement de texte en sachant que j’allais être immanquablement interrompu. Pire : l’après-midi, alors que mon bébé était chez sa grand-mère, j’étais tellement pressé d’avancer sur une myriade de tâches importantes que je me retrouvais paralysé, avec l’impression que la journée filait à toute vitesse et que je ne savais pas par quoi commencer. Au lieu de mettre à profit ces quelques heures de calme, je procrastinais.

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Fort heureusement, il existe une solution : la routine. Un beau jour, j’ai tout simplement décidé que j’écrirai quotidiennement pendant la sieste matinale de mon fils, peu importe la durée (après le biberon matinal, il dort un bon moment).  Je me suis dit à ce moment là « même si c’est juste pour dix minutes, l’essentiel c’est que tu progresses tous les jours. Arrête de t’imposer des plannings que tu ne tiendras pas, va à ton rythme. »

Avoir accompli ce lâcher-prise m’a enlevé beaucoup de pression, au point que j’arrive même à écrire… matin et après-midi (non, je ne suis pas compliqué). Ce qui est paradoxal, c’est que je suis plus productif que durant ma période de procrastination, alors que je n’ai pas gagné de temps supplémentaire ! À croire que plus je suis lent, plus je suis efficace… En fait, c’est juste mon cerveau qui est reprogrammé correctement. Du coup, je travaille à nouveau plusieurs heures par jour sur ma trilogie. Enfant oblige, je ne retrouverais jamais mon rythme de guerre, mais j’ai appris à l’accepter avec sérénité.

Et vous, frères et soeurs de plume, avez-vous vous une routine ou des techniques particulières pour dégager du temps d’écriture ?

Published in: on janvier 30, 2017 at 11:28  Comments (26)  

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26 commentairesLaisser un commentaire

  1. C’est chouette que tu aies réussi à trouver un fonctionnement qui te convient ! Moi j’en suis encore à chercher la bonne routine 🙂 j’essaie depuis deux semaines d’écrire minimum 50 mots par jour. Concrètement, ça prend à peine 10 minutes. Généralement, c’est le soir, soit pendant la préparation du repas si c’est mon mari qui s’en occupe ou s’il y a des temps d’attente, soit après manger, parfois même pendant qu’on se regarde un film. Souvent, quand je m’y mets, je dépasse. Mais j’ai constaté que ça ne marche pas si mon cahier est rangé… Il faut qu’il traine sur le canapé pour que je réussisse à m’y mettre 😀

    • Excellent le coup du cahier 😀 Bravo pour ton opiniâtreté ! C’est que clair que dépasser le temps imparti est souvent problématique, une fois qu’on est lancé, difficile de s’arrêter à cause d’un événement extérieur… 😀

  2. Pour avoir connu une longue période de procrastination l’année dernière, je me suis aussi aperçu que je suis plus productif depuis que j’ai moins de temps par jour. Je me lève tous les jours deux heures avant de partir au boulot et écrit pendant 1h-1h30 en fonction des jours, de mon état de fatigue et des choses à faire avant de partir gratter du papier au bureau. Cela ne m’empêche pas d’avancer à un rythme de tortu(r)e mais la routine est là et ça fonctionne…

  3. C’est intéressant ce que tu dis Guillaume, car c’est la contrainte qui donne un cadre à ton écriture et t’impose une routine, avec là encore… un minimum de temps. La régularité, il n’y a que ça de vrai !

  4. Moi, c’est simple : j’ai remplacé les soirées télé et séries par l’écriture, du coup je gagne au moins une heure par jour. De plus je ne me connecte plus (ou à peine) après diner sur internet. Je fais le minimum, mais fini le glandouillage sur FB (ennemi de l’écrivain). Parfois je m’accorde une plage de télé pour voir une série bien précise (comme les Penny Dreadful, par ex) durant un temps limité et après, fini pendant des semaines. Sinon, avec un boulot à plein temps, je ne vois pas où je trouverais le temps d’écrire ; le week end, c’est pas assez pour avancer sur un roman (et puis, j’ai d’autres trucs à faire). On a tous du temps, il faut choisir avec quoi on l’occupe. Faire des choix, comme toujours.
    Concernant ce qu’on est capable d’écrire, je suis d’accord, c’est comme le sport. A la reprise, c’est dur d’avancer et ensuite, au fur et à mesure, ça va mieux. Je suis passée de 2 ksec par soir à 5 ksec, voire plus en quelques jours (c’est pas encore Byzance mais entre 22h et 23h c’est pas mal). Mais ça, c’est pour le premier jet, et parce que je suis bien immergée dedans. Si je lachais maintenant pour quelques jours, ben je serais encore à ramer pour redémarrer ensuite. Et le temps nécessaire à des corrections est encore différent… Le seul inconvénient, c’est que Woodcock regarde la télé tout seul (mais du coup, il peut se taper des nanards improbables qui me flanquent de l’urticaire ^^)

  5. Hahaha 😀 Merci pour ton retour passionnant ! J’ai constaté aussi que les réseaux sociaux nuisent à mon rendement, comme tu dis, tout est une question de priorité. Bravo en tout cas pour ton avancée, je sais que je me répète, mais j’ai hâte de lire ton tome 2 😀

  6. J’ai une routine d’écriture, dans le sens où je planifie mes tâches, mais sans leur fixer de deadline. Je prépare syno, plan, fiches, etc., puis quand je sens que je suis prête, j’attaque. Autrement, je ne tiendrais pas mes délais. Et s’il faut vraiment une deadline, je m’y prends longtemps à l’avance, car je suis de nature à m’éparpiller sur les projets.

    • Tu fonctionnes plus à l’instinct, c’est intéressant ! Finalement, l’essentiel, c’est que ça marche 😉

  7. J’ai beaucoup de mal à trouver mon rythme avec la fac, sachant que la bas tout change tout le temps…

    • Ah, la fac (soupir)… L’université et l’écriture ne font pas bon ménage ! Tu as beaucoup de travail, et tu vis de nouvelles expériences… Mon éditeur expliquait un jour qu’après l’adolescence, entre 20 et 30 ans, un auteur met un peu entre parenthèses l’écriture, mais que vers 30 – 35 ans, une fois qu’il se stabilise, cela revient naturellement. Bien sûr, je te souhaite d’y arriver avant 😉

      • Beh, comme je finirai ma licence à 26 ans… Ça fausse le calcul

        • Tu sais, j’ai pris mon temps aussi, avant d’étudier l’Histoire j’ai tenté le droit, sans succès ^^

  8. Moi, je déteste les gens qui arrivent à mettre en place une routine d’écriture 😉

    • Tu es la preuve que ça marche aussi sans 😉

  9. […] Source : La routine de l’écriture | L’Escroc-Griffe […]

  10. Oo alors j’suis un peu un cas à part, étant donné que je ne bosse pas, en soit j’ai tout mon temps. En pratique, à part des periodes intensives, c’est trop épuisant pour moi d’écrire tout les jours même si c’est ce que je voudrais. Donc ça varie vraiment en fonction de mes envies et de mon énergie, sinon ça ne marche pas c’est pas la peine. Donc je m’y mets quand j’ai envie avec quand même des impératifs à concilier, que je tâche de caler avant, ce qui fait que j’écris en général le soir quand ma tête n’a plus rien d’autre à penser -en journée je suis vite déconcentrée par les bruits extérieurs, je me souviens d’avoir ecrit un été la fenêtre ouverte sur la rue c’était dur. (J’ai beaucoup écris la nuit ces dernières années, c’était cool d’un certain côté, jpouvais me donner à fond pour mes personnages, mais c’est bien sûr ingérable sur le long terme.l’insomnie c’est invivable sur le long) Bref en ce moment mon rythme est à peu près un jour sur deux/trois. Par contre je n’envisage pas d’écrire moins d’une heure, pour se mettre dedans et être assez satisfaite avant d’en sortir c’est une à deux heures minimum obligé ! Je ne sais pas comment vous faites pour vous immerger dans un temps court 🙂 et encore une fois j’attends que ça me démange aux entournures, si je me met à ecrire alors que c’est pas assez mûr en moi je ne fais que me frustrer (je peine à aligner trois lignes en une heure, je suis négative sur ce que j’ai écris… ) ! Tu parlais de rythme, le mien est plutôt de trouver un juste milieu entre «c’est pas assez mûr» et «ça urge dépêche !!» parceque là ça gâche le quotidien et c’est pas trop cool à vivre non plus 🙂

  11. C’est super que tu fasses de grosses sessions d’écriture, profites-en tant que tu peux 😉 Je suis fasciné par les différences entre les ressentis, il y a, là encore, autant de routines que d’écrivains ! 😀

    • Tout à fait, chacun son truc. Et pour mon sentiment de maturation d’un texte n’as tu pas senti ça ? Que parfois c’est pas encore mûr ? Ou au contraire que c’est l’urgence ?

  12. Oui, bien sûr ! Quand ce n’est pas assez mûr c’est pénible, j’avance comme une tortue… mais j’essaie d’avancer malgré tout, quitte à me dire que je ferai une réécriture plus tard. J’ai remarqué aussi que ces moments pénibles sont loin d’être anodins : lorsqu’on a du mal à avancer dans un chapitre de transition, plus tard à la relecture il m’arrive de supprimer ce chapitre ! Je me dis que si je me suis ennuyé à l’écrire, il y a de fortes chances qu’il en soit de même avec le lecteur 😀

  13. j’ai mis du tout à trouver la « routine » qui me correspondait. J’ai testé le matin « très tôt » avant que tout le monde ne se lève à la maison, le soir, avant de me coucher (mais vite abandonnée); Maintenant, mon p’tit moment est celui de ma pause méridienne au travail (où je suis seule). je m’accorde 30 min et ça me convient bien ! Sauf quand la procrastination me rattrape, ce qui a été le cas ce mois-ci.

  14. C’est vrai que c’est pratique la pause de midi ! 😉

  15. Merci pour le partage de ton expérience ! 🙂 Je ne suis pas encore maman (un jour peut-être), mais parfois je me pose la question de ce que deviendra ma routine d’écriture si je le deviens ?
    À l’heure actuelle, je n’ai pas de routine à proprement parler mais j’essaie de m’atteler à mes projets un jour sur 2. L’an dernier, j’ai beaucoup, beaucoup procrastiné, et je plussoie ce qu’un commentateur disait plus haut : c’est plus facile de s’y mettre quand on s’y met régulièrement. L’an dernier, il se passait de longs mois entre deux avancées et je ramais quand je m’y remettais. Cette année, je me suis fixé un planning strict (avec la technique du « découpage » = corriger tant de chapitres/écrire tant de mots, le tout par semaine plutôt que par jour car je préfère me laisser un peu de latitude). Eh bien je vois la différence ! 🙂 Je cale beaucoup moins, je vois mes projets progresser ce qui est très motivant, et même si j’ai pris du retard sur mon planning, ça avance nettement et ça me booste pour la suite ! 🙂
    Sinon, il me faut toujours de la musique, du calme (= pas d’interruption), et une tasse de thé (qui finit immanquablement par refroidir, oubliée, après 2 gorgées ^^ »)

    • C’est super que ta nouvelle organisation fonctionne, bravo ! Je suis mort de rire en ce qui concerne l’anecdote du thé, on a le même souci 😀

  16. Merci beaucoup pour cet article qui donne à réfléchir en effet! Je suis tout à fait d’accord avec toi que la pression d’utiliser son temps précieux correctement peut amener à la procrastination.

    C’est exactement ce qui m’est arrivée quand j’ai quitté mon travail : je me disais que j’allais enfin écrire plein de choses, et sous la pression de ne pas gâcher ce « temps de pause » dans ma carrière, j’ai procrastiné pendant des mois!

    Le truc s’est débloqué quand j’ai décidé d’allouer des plages fixes d’écriture dans la semaine, comme quand je vais au sport ou quand je fais mes heures payées pour mes clients. Du coup, l’écriture est érigée au même rang d’importance dans mon emploi du temps que ces autres tâches et je m’y consacre à 100% quand mon emploi du temps m' »autorise » à le faire…

  17. C’est marrant, on a rencontré les mêmes difficultés ! C’est super que tu adoptes cette démarche « pro », ça ne peut que t’être profitable, bravo ! 😉

  18. On ne guérit jamais totalement de la procrastination… Parfois, il faut remettre complètement les choses à plat pour mieux repartir

    https://davidsuchat.wordpress.com/2017/03/30/trois-etapes-pour-debloquer-vos-projets-et-lutter-contre-la-procrastination/


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