Les Outrepasseurs

Une couverture magnifique

Londres, 2013. Peter, un adolescent sans histoires, échappe de justesse à un attentat prémédité par de redoutables ennemis : les « fés ». Il rencontre alors les membres d’une société secrète, les Outrepasseurs. Ces derniers lui révèlent un héritage qui va changer le cours de sa vie…

S’il y a des livres qui ont réussi à me désarçonner, les Outrepasseurs en fait assurément partie. Au bout d’une soixantaine de pages, l’auteur de Au service des insectes nous propulse en plein Moyen-Âge ! Je ne m’attendais pas du tout à ça, et je dois avouer avoir été un moment perdu par les nombreux personnages, ainsi que les changements de point de vue. Etait-ce bien nécessaire ? me suis-je demandé à plusieurs reprises. Eh bien la réponse est oui : à mesure que l’intrigue se ressert sur certains protagonistes, le récit monte en puissance dans son dernier tiers, avec le personnage du Chasseur, un méchant d’anthologie absolument terrifiant (et sensuel), qui m’a un peu rappelé le démon Darkness du Legend de Ridley Scott.

Darkness

Si vous cherchez un conte de fées façon Walt Disney, passez votre chemin. Le roman de Cindy Van Wilder est une oeuvre sombre, une célébration des inquiétantes fables d’autrefois. Ses créatures se montrent impitoyables, et terrorisent des villageois qui ne peuvent s’en remettre qu’à eux-mêmes… et à un moine qui va mener son enquête. L’auteur dresse un tableau pessimiste de la nature humaine, à travers une vertigineuse plongée dans l’ignorance et le fanatisme. Ses personnages luttent contre de multiples antagonistes, coincés entre deux cultures destinées à se heurter violemment : chrétienté contre paganisme. Les Outrepasseurs sont influencés par le roman de Renart et ses figures animalières cathartiques qui transgressent les tabous de l’époque. Et c’est là où l’écrivain fait preuve d’une grande intelligence : à l’heure où une bit-lit anglo-saxonne parfois stéréotypée inonde les librairies, Cindy Van Wilder s’inspire du folklore européen pour livrer une fantasy francophone ambitieuse, une relecture du mythe du loup-garou.

Le procès de Renart

La romancière a accompli un travail minutieux pour nous restituer l’ambiance pesante qui pouvait planer sur une société traditionnelle du XIIIe siècle marquée par les interdits. Le personnage tragique de Niels, tout en contradictions, m’a interpelé. Ce père de famille, au prime abord détestable, est un homme de son temps : mis sous pression par sa communauté, il se retrouve confronté à un choix moral intenable… Le moins que l’on puisse dire, c’est que Cindy Van Wilder ne ménage pas ses personnages, avec notamment une chasse (au garou) particulièrement poignante.

Au final, ce tome 1 est une longue exposition, certes, mais une exposition nécessaire pour comprendre la psychologie de Peter, un héros schizophrène qui devrait enfin jouer son rôle de protagoniste principal dans le tome 2. Les derniers pages, riches en tension, laissent en effet présager une suite mouvementée !

D’autres avis : la bibliothèque de Glow, Earane, la Pile à lire, Esther, Aelys, À l’ombre des nénufars.

PS : cet article a été rédigé dans le cadre du challenge SFFF au féminin.

SFFF_au_feminin

Published in: on mars 21, 2014 at 8:50  Comments (22)  
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