Punk Rock Jesus

Dans un futur proche, une maison de production lance une nouvelle émission de télé-réalité : filmer la vie de Jésus-Christ, recréé génétiquement à partir des traces d’ADN du suaire de Turin.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que Punk Rock Jesus enflamme la blogosphère ! Après avoir lu des avis dithyrambiques, je suis tombé par hasard sur ce comic à la FNAC et… j’ai craqué. Dès les premières pages, on découvre de beaux dessins, et surtout une histoire forte avec Thomas, un ancien de l’IRA qui va assurer la sécurité d’un Jésus-Christ… qui n’a de Jésus que le nom. Dans une émission ultra-médiatisée qui n’a rien à envier au Truman Show, l’enfant va grandir sur une île bunkerisée, régulièrement attaquée par des fondamentalistes chrétiens ! Dans un tel environnement, inutile de dire que le Christ attendu risque fort de devenir une toute autre figure que celle mentionnée dans la Bible…

Avec une intrigue si barrée, il fallait des personnages hors-normes, et je dois reconnaitre que l’auteur, Sean Murphy, s’en tire avec les honneurs. J’ai beaucoup aimé Thomas, un être torturé, qui fait immanquablement penser à Saint Thomas, qui ne croit que ce qu’il voit. Il vole presque la vedette à Jésus, un pauvre gosse qui n’a rien demandé à personne. Le personnage le plus poignant est peut-être celui de sa mère, Gwen. Une jeune fille paumée encore vierge, inséminée pour le show, et qui va rapidement se retrouver dépassée par les événements (planétaires). Les dessins ne sont pas en reste, et participent à cette ambiance de fin de monde. Il y a une vraie musicalité rock dans les images, impression renforcée par une superbe idée : au début de chaque livre, une playlist est insérée.

Le seul défaut que j’ai trouvé au comic tient dans le message de son auteur, qui manque parfois de subtilité. À la fin du récit, Sean Murphy explique qu’il était croyant, et qu’il a radicalement changé pendant qu’il travaillait sur Punk Rock Jesus. Même si c’est le propre de la culture américaine que de brûler ce qui a été vénéré, j’ai un peu du mal avec ce discours qu’on retrouve aussi bien chez les athées comme Murphy, que chez les puritains, avec notamment ces ex-actrices porno devenues chrétiennes fondamentalistes. « Il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis », certes, mais tomber d’un extrême à un autre me laisse songeur (mais ce n’est que mon point de vue). Une scène humaniste vient cependant nuancer ma critique : après un concert, Jésus rencontre un fan atteint d’une leucémie (voir la capture d’écran).

J’ai trouvé, à ce niveau, que Punk Rock Jesus était intéressant, voir même intelligent, car cette oeuvre nous interpelle sur les rapports entre foi et fanatisme, ainsi que sur nos propres convictions (même si pour ma part, je n’ai jamais été tenté de tuer une personne qui ne partageait pas ma croyance, fort heureusement !).

Après le choc Sandman et les chefs d’œuvre d’Alan Moore, j’avoue être de plus en plus impressionné par l’univers des comics, et j’ai bien envie de me plonger dans l’autre œuvre de Sean Murphy : Joe, l’Aventure intérieure.

Published in: on février 6, 2014 at 10:13  Comments (15)  
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