La librairie du futur existe enfin !

Il y a deux ans, je concluais cet article sur les ebooks en imaginant une impression à la demande d’objets-livres dans les décennies à venir. Depuis (une fois encore), la réalité a rattrapé la fiction bien plus rapidement que je n’osais l’espérer. D’abord aux Etats-Unis à partir de 2007 :

Et aujourd’hui en France (une première européenne), avec cet incroyable robot imprimeur, de la firme Xerox. La libraire des éditions PUF n’a désormais plus de stock ! Il faut entre trois et sept minutes pour que le dispositif fabrique un ouvrage, il suffit que le client choisisse parmi trois millions de titres disponibles… pour le même prix qu’un achat classique. Selon Xerox, l’Espresso peut imprimer 110 pages à la minute, et 840 livres par mois, mais il est recommandé de ne pas dépasser 10.000 unités par an (sûrement pour éviter que la machine ne vieillisse prématurément). La seule vraie contrainte est la taille du livre : à l’heure actuelle on ne peut dépasser 850 pages.

espresso

C’est une révolution centralisatrice sans précédent pour toute la chaîne de l’édition. Avec cette impression à la demande, cela signifie qu’il n’y a plus d’invendus et de mise au pilon, coûteuse pour l’éditeur. Au niveau écologique, le gaspillage est réduit au minimum. Il n’y a même plus besoin de distributeur, l’épineux problème des petites maisons d’édition. Les éditeurs vont pouvoir prendre plus de risques financiers et lancer davantage d’écrivains inconnus, comme à l’époque du pulp. Les ruptures de stock ne seront plus que de l’histoire ancienne, il sera toujours possible d’obtenir des livres introuvables, et même d’imprimer des auto-publiés qui disposent de peu de moyens.

C’est une extraordinaire bonne nouvelle pour les libraires qui subissent depuis une dizaine d’années la révolution numérique des liseuses et le règne d’Amazon. Ils ont l’opportunité d’être à l’avant-garde de la technologie, de réinventer leur métier. On peut imaginer une nouvelle façon d’acheter un bouquin. Lors d’une dédicace un client pourrait rester discuter avec un auteur, tandis que la machine imprimerait son roman. La librairie deviendrait un espace convivial humaniste, dans lequel les gens prendraient le temps d’échanger avec le libraire ou des clients, fureter dans les rayons, boire un verre, et pourquoi pas, se retrouver dans une nouvelle sociabilité qui tiendrait à la fois de la libraire et de la bibliothèque. C’est une nouvelle temporalité qui s’offre à nous.

Je termine par le plus extraordinaire. Je supposais que les livres imprimés de la sorte  étaient standardisés… ce qui n’est pas le cas, dixit Xerox : 11,4 x 14 centimètres, jusqu’à 21 x 26 centimètres. Visiblement, il suffirait juste de changer de réglage ! Est-ce que cela signifie que le libraire peut lancer une impression « Bragelonne » avec une couverture très colorée, puis ensuite sélectionner un format plus austère sans illustration de type Gallimard ? J’avoue que ça fait rêver…

Le seul vrai point noir pour moi, c’est bien sûr le prix de la machine. Il faut compter 68.000 euros, difficile de la rentabiliser, comme le souligne cet article. Même si l’Espresso Book Machine n’est réservée qu’aux grosses librairies, je pense que ce type de technologie ne peut que se démocratiser. À moins que des libraires ne s’associent pour amortir cet achat ?

Une vidéo en temps réel (merci Aldus) :

 Je suis peut-être naïf, mais cette innovation me donne le sourire 🙂

Et vous ?

Published in: on mars 13, 2016 at 6:40  Comments (18)  

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18 commentairesLaisser un commentaire

  1. super futuriste 😛 je trouve ça cool même si j’ai du mal à imaginer l’évolution de ce genre de chose

    • Je pense qu’on va aller vers toujours plus de simplicité, enfin j’espère ! Ce futur possible me fait rêver 🙂

      • j’aime ta posotivité 😉

        • Mon prochain article sera plus sombre, mais c’est vrai que ça fait plaisir de voir de la technologie utilisée intelligement 🙂

  2. Ça à l’air prometteur en effet ! Mais, je me dis que c’est trop beau pour être vrai !

    • Et pourtant, la technologie existe depuis 2007 ! Incroyable, n’est-ce pas ? 🙂

  3. ah ben ça c’est une super idée ! ça va vraiment révolutionner notre rapports aux livres et au monde de l’édition si ça marche. c’est prometteur, en tout cas j’adore !

    • Complètement ! Et en plus ça ne remplace pas les vrais libraires, il s’agit juste d’un outil, rien de plus 🙂

  4. Je préfère les livres numérique donc cette machine n’a pas beaucoup d’intérêt pour moi. Encore une machine qui va dépenser des ressources dans sa fabrication et son utilisation.
    Aussi, les livres seront-ils de qualité ? Les personnes qui aiment les livres papiers peuvent être tatillons sur les petits défauts, aussi on n’aura plus le choix de prendre celui de la pile qui nous paraît le moins corné.
    C’est sur que ça peut être intéressant pour les livres qui ne sont plus édités ou que la librairie ne prévoit pas d’avoir. On perd peut-être alors le plaisir de farfouiller dans les rayons et de tomber sur un titre, là on vient pour tel livre. J’ai plus l’impression d’un « merci, au revoir » que d’un vrai moment dans la boutique (l’auteur n’étant pas forcément là).

    Bref, je suis un peu sceptique, mais si ça vient en complément, pourquoi pas.

    • Justement, je crois qu’au niveau écologique il y a moins de gaspillage que lorsqu’un éditeur fait imprimer des milliers de livres invendus qui finiront par être détruits, faute d’acheteurs. Au niveau de la qualité il faut voir, mais l’impression à la demande a tellement progressé ces dernières années, je ne me fais guère de soucis sur la question 🙂 On verra bien !

  5. J’ai vu le reportage dans le journal de France 2 la semaine dernière, c’est vraiment une belle évolution, et c’est potentiellement une masse énorme de livres qui redeviennent disponibles en papier (comme de nombreux non-édités depuis des années et dispo gratuitement sur Gallica et/ou Google books…). 🙂

    • C’est clair ! Je pense notamment aux copains auteurs dont certains titres ne sont plus disponibles, je suis sûr qu’ils suivent ça avec attention ! 🙂

  6. J’adore le concept ! Mais à mon avis, il faudra du temps avant que ça se démocratise dans les petites librairies. (J’imagine par contre que le jour où ça arrivera, ça risque d’entraîner des changements dans les contrats d’édition aussi…)

    • C’est clair 😀 Effectivement, ça prendra beaucoup de temps… Moi ce que j’aime, c’est l’idée qu’on assume le côté « artisanat » de la chaîne du livre. Ca peut sembler paradoxal, mais j’estime que ce genre de machine peut rendre le rapport au livre plus humain. Je pense beaucoup aux auto-publiés, en particulier les auteurs qui écrivent une histoire locale. Inviter dans une librairie un écrivain de la région deviendrait complètement possible, financièrement parlant. Ce dispositif n’empêcherait pas la diffusion des best-sellers, ainsi que des livres d’artistes tels que Jean-Philippe Jaworski, et dans le même temps, il donnerait plus d’espace aux « artisans » dont je fais partie, même si je ne suis pas un auto-publié 🙂

  7. Tout ce qui peut rendre de nouveau disponibles des livres perdus est bon à prendre, je pense. Cela évitera les dérives effarantes du marché de l’occasion où des escrocs cherchent à revendre pour des centaines d’euros des bouquins qui valent 20 fois moins sous prétexte qu’ils n’existent plus que d’occasion. (je pense par ex à la version française de Singularity is near de Kurt Weil que j’ai en vain cherché en français à un prix raisonnable ou même à Personnages et point de vue, à l’époque où il n’était plus édité). Par contre, le comte de Monte Cristo de la vidéo est un extrait. Mon ex poche que je lis en ce moment avec Max est en 3 tomes pour un total de 1530 pages.^^


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