
Ce matin dans ma médiathèque, j’ai été pris d’un vertige.
Un usager m’a demandé de chercher en réserve La Bibliothèque de Babel de Borges. Il s’agit d’un récit qu’on retrouve dans un livre de la Pléiade… livre que, bien sûr, je n’ai pas trouvé. Alors que je ruminais sur le fait que des livres coûteux sont constamment perdus ou volés, et ne seront pas forcément remplacés faute de budget, ce monsieur est parti avec le sourire en me disant que ce n’était pas bien grave.
Et là, je me suis dit que, s’ils avaient assisté à cette scène, des écrivains comme Borges ou Umberto Eco auraient souri.
Cette culture qui disparaît inexorablement sous les coups de la crise que traverse notre société, ces millions de livres détruits dans le cadre du projet Panama pour entraîner une intelligence artificielle… Tout cela, c’est un peu ce que vit l’humanité depuis Sisyphe. Tout au long de notre existence, nous essayons désespérément de mettre un peu d’ordre dans un monde chaotique dominé par l’entropie, sans jamais pouvoir achever cette tâche.
Nous, êtres humains, sommes de minuscules et éphémères anticorps qui essayons de donner du sens à un univers impermanent alors même que, ironie du sort, nous sommes tous voués à mourir. À l’échelle de l’Histoire, il arrive parfois qu’un bref miracle se produise, comme la Renaissance à Florence ou la création de la bibliothèque d’Alexandrie… Puis, comme un mandala, tout disparaît pour renaître un jour et se transmettre sous une autre forme.
Accepter sa propre insignifiance avec humour… C’est peut-être ce qu’il faut retenir du sourire de ce matin.

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