Les pays qui m’ont inspiré : la Jordanie

Le temple

Dans cet article je parlais du Japon, un pays qui m’a profondément marqué, et pas seulement au niveau de l’écriture. En 1999, j’ai aussi eu la chance de découvrir une autre contrée hors-normes, la Jordanie, dans le cadre d’une campagne de fouilles archéologiques organisée par le C.N.R.S. et l’I.F.A.P.O. Cette belle aventure, je la dois à un homme, le professeur François Villeneuve, de l’École Normale Supérieure. Alors que je n’étais encore qu’un étudiant en Histoire de 22 ans, il eut la gentillesse de me recruter dans son équipe afin de fouiller l’antique temple nabatéen de Khirbet Edh Dharih… en plein mois de juillet ! Nous étions logés dans l’école désaffectée d’un petit village. Tous les jours, nous nous levions à 5h00 du matin pour prendre les land rovers et profiter au maximum de la fraicheur.

Le matériel indispensable à des fouilles archéologiques

Une grue pour restaurer le temple

Tetris

La nuit, il faisait si froid que nous dormions souvent avec des pulls, mais la journée, la température dépassait facilement les 35 °C… Dans ces conditions, nous en étions réduits à effectuer des fouilles seulement la matinée. À dix heures, nous faisions une pause pour manger de la pastèque et boire (le « fatour ») car nous travaillions dans un environnement aride, pour ne pas dire désertique : il n’était pas rare de tomber sur un scorpion, et cette année-là ce fut un collègue archéologue qui en fit les frais avec une piqûre au doigt.

Mes premières fouilles (en haut, mon matériell)

Mes premières fouilles (en haut, mon matériel)

Plus la matinée avance, plus nos gestes ralentissent… À 13h00, le travail devient impossible.

Le même site, quelques jours plus tard.

Le même site, quelques jours plus tard : toujours plus profond

Parfois, la soif était si terrible que déglutir devenait douloureux, mais nous étions tous motivés à l’idée de fouiller le temple d’un peuple fascinant : les Nabatéens. À la manière des Japonais, les Nabatéens furent influencés par les peuples qui les entouraient tout en conservant une culture originale. On retrouve dans leur architecture une influence arabe, égyptienne et grecque… Pas étonnant que nous ayons découvert cette méduse !

 

C’est lors d’une visite à Pétra que j’ai pris la mesure de cette architecture monumentale. Pour atteindre cette île du désert, il faut traverser le Wadi Rum, pénétrer dans une région montagneuse via un défilé très étroit, le Sîq. Et là, soudain, le Kahzneh s’offre à vous : un mausolée de 43 mètres de haut. C’est Pétra qui m’a inspiré une île des Mers Turquoises dotée de canyons : Perdition.

Dans le Sîq. Derrière moi, le Kahzneh

Dans le Sîq. Derrière moi, le Kahzneh

 

Avec mes compagnons au pied du Khazneh

Avec mes compagnons au pied du Khazneh

Une architecture hors-normes...

Une architecture hors-normes…

Ensuite, on monte près de 800 marches…

Des tombes royales

Des tombes royales

Les fameux "djinns", très impressionnants...

Sur la droite, les fameux « djinns », des pierres très impressionnantes…

Un sanctuaire sacrificiel (si mes souvenirs sont bons...)

Un sanctuaire sacrificiel (si mes souvenirs sont bons…)

… et après cette ascension on découvre l’El Deir (« le monastère ») et ses chapiteaux ioniques, un monument qui serait dédié au roi divinisé Obodas Ier. Devenu monastère chrétien au quatrième siècle après J.C., l’El Deir a conservé son urne funéraire à son sommet. Cet édifice m’a inspiré la forteresse de Perdition, construite sur les ruines d’une civilisation mystérieuse…

   

Ces fouilles archéologiques ont aussi été pour moi l’occasion de rencontrer un peuple accueillant, dans des conditions privilégiées. Je repense parfois à ce guide de Pétra qui n’avait jamais vu la mer, et qui me racontait avec gravité qu’il descendait des Nabatéens. Ou cette nuit passée dans le désert du Wadi Rum, à dormir à moitié enterré dans le sable sous une infinité d’étoiles. Et ce silence… Deux jours plus tard, je revenais en France sous la pluie avec une dizaine de kilos en moins, et une violente angine. En sortant de l’aéroport de Nice, je sentais l’humidité dans l’air tout autour de moi, avec l’impression que les gens étaient littéralement gorgés d’eau. Alors que les arrosages automatiques se lançaient sous la pluie, j’étais émerveillé par cette richesse qui m’entourait, et horrifié par le gaspillage. Pour la première fois de ma vie, je réalisais la chance que j’avais de vivre dans un pays riche en eau.

En regardant ces photos, je ne peux m’empêcher de ressentir de la nostalgie. Du haut de mes 22 ans, j’étais emprunt d’une certaine innocence : dans ce monde pré-11 septembre, l’Irak et la Syrie n’étaient pas en guerre, et il était encore possible de visiter le souk d’Alep, les bouddhas de Bâmiyân en Afghanistan… J’avais la naïveté de penser que ces trésors archéologiques seraient toujours à l’abris de la folie des hommes. Mais tous ces drames n’effaceront jamais mes convictions humanistes, au cœur des Pirates de l’Escroc-Griffe.

En mémoire de Moussa et Fayçal

Pour en savoir plus sur cette campagne de fouilles, ça se passe ici.

Published in: on mai 19, 2014 at 9:45  Comments (34)  
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