Interview de Mathias Moucha, romancier aux éditions Bragelonne

Il y a plus d’un mois j’avais eu le plaisir de chroniquer Seuls, de Mathias Moucha. J’avais lu ce roman à l’époque où la collection Snark n’était encore que numérique. Comme Bragelonne vient d’annoncer que les livres sont enfin disponibles en deux versions, je profite de la sortie papier de Seuls pour recevoir ici même Mathias, qui a eu la gentillesse de répondre à mes questions. C’est ma première interview, alors merci pour votre indulgence !

Bonjour Mathias, merci d’avoir accepté de monter à bord de l’Escroc-Griffe !

Bonjour, et bonjour à tous les lecteurs de ton excellent blog ! Oh, ça tangue ici, heureusement que je n’ai pas le mal de mer !

Seuls est ton premier roman. Qu’est-ce qui t’a poussé vers l’écriture ?

Eh bien, pour tout dire, c’est une histoire assez drôle en fait. Enfant, les mondes merveilleux me fascinaient, mais le déclic s’est produit lorsque j’ai vu à l’âge de quatorze ans le film Highlander : je voulais être un immortel et avoir un sabre ! Oui, même pour un ado, j’étais un peu puéril, je sais ! Cependant, comme je n’étais pas complètement débile, j’ai tout de suite compris que je ne serai jamais immortel… mais que je pouvais parcourir ce genre d’univers en racontant des histoires. Voilà, c’est ainsi que tout a commencé…

Depuis quand t’intéresses-tu à l’imaginaire ?

Depuis toujours. Les personnages qui m’ont marqué enfant se nomment Peter Pan, Luke Skywalker, Indiana Jones, Marty McFly, Arsène Lupin, le capitaine Némo… L’imaginaire, c’est l’enfance qui demeure en chacun de nous, non ?

Le fait que ton premier roman soit fantastique, plutôt que SF ou fantasy, c’est un choix délibéré ?

Non, un hasard. J’écris depuis très longtemps une saga de fantasy, et comme une saga c’est au bas mot 1000 à 1200 pages, je me suis dit qu’il serait peut-être plus sage de commencer avec un roman plus court, histoire d’apprendre un peu le « métier ». Et ce thriller fantastique convenait parfaitement à ce format.

Sans vouloir dévoiler l’intrigue, dans Seuls il est question d’une vieille paire de lunettes, un objet à priori banal… D’où te vient cette idée originale ?

Je voulais absolument écrire l’histoire de gens ordinaires, plongés dans une situation qui les dépasse. Dès le départ, l’idée était de les mettre en contact avec un objet d’apparence parfaitement anodine, mais qui bien sûr cache quelque chose de terrible. Une paire de lunettes faisait bien l’affaire, et avait l’avantage de porter en elle une symbolique forte.

Qu’est-ce qui te fait le plus peur dans une histoire ?

Me dire que cela pourrait réellement m’arriver. Moi qui ne suis ni flic, ni agent secret, et qui ne vis pas au fin fond de la jungle amazonienne ou en Irak.

L’intrigue de Seuls se déroule en République tchèque, un pays que tu connais très bien. Est-ce que ça a rendu l’écriture de ton roman plus facile ?

Oui, bien sûr. Placer cette intrigue en République tchèque me procurait deux inestimables avantages : d’abord, une certaine atmosphère se dégage naturellement de ce pays : Prague, la Bohème, l’Europe de l’Est, l’ancienne Autriche-Hongrie… et c’est primordial, l’atmosphère, dans ce genre de récit. Ensuite, j’ai la chance de bien connaître ce pays, y compris des lieux peu connus, ce qui m’a permis de décrire assez facilement les différents décors, du mobilier aux couleurs, jusqu’aux odeurs. Tout ceci me permettait de faciliter l’immersion du lecteur dans le récit, ce qui encore une fois est un point plus que primordial dans ce type d’histoire.

Le président de la République tchèque te convoque dans son bureau : il a peur que ton livre effraie les touristes, aussi te demande-t-il de vanter les mérites de Prague dans ta prochaine interview. Pourquoi cette capitale mérite-t-elle d’être visitée ?

Tout simplement parce que c’est une ville fabuleuse, avec une véritable âme, qui a magnifiquement résisté au temps.

Peux-tu nous parler de tes futurs projets ?

Je travaille sur une trilogie fantasy depuis de très nombreuses années. Le tome 1, Les Gardiens de la république, est achevé et en recherche d’éditeur, et j’écris actuellement le tome 2. C’est très différent de Seuls !

Qu’est-ce qu’on peut te souhaiter ?

De toujours avoir d’aussi bonnes critiques ! Seuls est très bien accueilli et cela est vraiment gratifiant. Quand on lit dans une chronique qu’un lecteur n’a pas réussi à poser le roman avant de l’avoir terminé, on se dit qu’on n’a pas passé tout ce temps dessus en vain !

Merci d’avoir répondu à toutes ces questions !

Merci à toi, à tous tes lecteurs, et à tous mes lecteurs !

Published in: on mars 14, 2014 at 10:36  Comments (2)  
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Seuls

Mathieu pensait faire un aller-retour express en République tchèque : le temps de régler les affaires de son grand-père, tout juste décédé, et peut être de boire une bière dans une province typique de Prague avec son frère, son neveu et un ami. Mais à peine a-t-il mis le pied dans le village sinistre de ses ancêtres que l’escapade tourne au cauchemar.
De la Bohême profonde aux vieilles rues de Prague, de l’antique Sumer à la Vienne impériale, des Cathares aux armées nazies, Mathieu suivra un chemin jalonné d’épouvantables découvertes.
Un voyage avec pour compagnons la peur, la mort et une vieille paire de lunettes.

Après Fortune Cookies, je continue à découvrir la nouvelle collection de Bragelonne, Snark. Au programme aujourd’hui, Seuls, un premier roman de Mathias Moucha qui va basculer progressivement dans le fantastique… et le drame.

Dans ce thriller surnaturel, on plonge dans un univers à la fois familier et étranger. Familier parce que Prague est une ville européenne hors du temps qui a échappé aux bombardements des deux guerres mondiales. Étranger, parce que la langue tchèque, que l’on retrouve dans les dialogues ou les titres d’ouvrages ésotériques, amène beaucoup de dépaysement et de tension : les personnages, de plus en plus paranoïaques, sont confrontés à un monde occulte qui les dépasse. J’ai aimé Stéphane, véritable écorché vif, toujours sur le fil du rasoir.Pendant un moment, on s’attend à un huit clos dans une maison sinistre, jusqu’au moment où l’intrigue s’accélère façon Dan Brown. Cet aspect conspirationniste m’a beaucoup plu même si, comme souvent dans les thrillers de ce type, l’allusion aux Cathares et aux Nazis semble être un passage obligé. Mais l’histoire est tellement haletante qu’on pardonne facilement ces facilités, pour découvrir un final plein de suspens. L’auteur apporte dans les dernières pages des réponses à certaines questions, mais j’ai apprécié le fait qu’il conserve un certain mystère, et pour cause : il n’y a pas pire monstre que celui qui demeure invisible ! Cette paire de lunettes présente une ironie dramatique énorme, un objet anodin qui permet de mieux voir, mais qui pourtant plonge nos héros dans les ténèbres.

Un court récit aussi simple qu’efficace, une atmosphère glaçante, un style pulp clairement assumé… Seuls me rappelle certaines histoires de Poe et de Lovecraft, celles qui vous laissent un arrière goût amer une fois la dernière page tournée.

Published in: on février 1, 2014 at 4:04  Comments (15)  
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