Les sorcières de Zugarramurdi

Des braqueurs en cavale traversent l’Espagne pour rejoindre la France. Ils vont rencontrer en chemin une famille de sorcières sur le point d’accomplir un terrible rituel…

Alex de la Iglesia est de retour, plus déjanté que jamais ! L’auteur d’Action mutante (1992), du Jour de la bête (1996), de Crimes à Oxford (2008) et de Balada triste (2010) revient à ses premiers amours : le fantastique grand-guignol. Après un braquage qui risque de rentrer dans les annales (des voyous déguisés en Jésus-Christ, Bob l’éponge, Minie… il fallait oser !), le réalisateur ibérique plonge ses héros dans une Espagne hors du temps, peuplée de sorcières. Nos trois losers vont être confrontés à leur pire cauchemar : des femmes qui ont tous les pouvoirs. Alex de la Iglesia détourne avec un plaisir non dissimulé une authentique légende médiévale, pour donner en pâture à ses brujerias affamées des hommes dépassés par les événements : comment séduire une sorcière dont on a très peur ? Grâce à des scènes aussi drôles que saignantes, le cinéaste utilise la métaphore de la famille traditionnelle pour se livrer à une critique au vitriol d’un pays en crise, tant économiquement que moralement. En réunissant des machos sur le retour, des catholiques puritains à côté de la plaque, des flics homos refoulés et des féministes hargneuses, le réalisateur tourne en dérision l’ensemble d’une société espagnole riche en contradictions. Cette farce bascule (lentement) dans le grand n’importe quoi avec ce sabbat-carnaval mémorable, véritable climax du film : dans une séquence aussi poétique que déjantée, le cinéaste réconcilie ses personnages pour aboutir à une fin improbable et burlesque, d’un rare cynisme.

Si l’on peut regretter quelques longueurs (le long-métrage aurait vraiment mérité un montage beaucoup plus court), on ne peut que se réjouir qu’Alex de la Iglesia retrouve l’énergie de ses débuts. Charge féroce contre une Espagne en perte de repères, les Sorcières de Zugarramurdi est une œuvre bien plus profonde qu’elle n’y parait au premier abord.

Published in: on janvier 14, 2014 at 9:23  Comments (8)  
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