Un court billet pour vous rassurer sur l’avancée de mes projets… Je sais, vous vous dites « il est bien gentil, mais en dehors de quelques nouvelles, cela fait 9 ans qu’il n’a pas publié de romans, on ne le croit plus, d’ailleurs on ne sait même plus comment il s’appelle »… Je vous arrête tout de suite : mon animal totem est le ratel, l’animal qui ne lâche rien*. Non seulement je n’ai pas chômé, mais l’attente en valait la peine.
J’ai terminé ce mois-ci la… septième version du Loup d’Andrinople, la version dont je rêvais. Elle est en cours de relecture par mes bêta-lecteurs qui m’ont torturé poussé dans mes retranchements, je pense raisonnablement pouvoir vous annoncer une bonne nouvelle éditoriale en 2026… mais cela ne s’arrête pas là : vous vous souvenez de mon projet de voyage dans le désert du Taklamakan pour le Moine de Samarcande ? Eh bien… Je vais y aller pour de bon ! J’ai réussi à régler les problèmes de financement et de logistique. La mini-expédition aura lieu au printemps 2026. D’ici là, en parallèle du Loup d’Andrinople, je vais poursuivre la réécriture de la V3 du Moine… qui sera lié au Loup, bien que les deux bouquins soient indépendants. Mon périple dans le Taklamakan servira à peaufiner le Moine, notamment au niveau de l’ambiance des grottes de Mogao, que je vais avoir le privilège de découvrir… et j’en suis très ému. Merci à la poignée de fidèles de ce blog de continuer à me lire, un véritable acte de foi 🤣 Et merci pour votre soutien, à bientôt !
*Le ratel est un animal capable de métaboliser les poisons de serpent les plus dangereux au monde : s’il est mordu, il va dormir 24h00… et se réveiller de mauvaise humeur. Le ratel attaque les lions et les guépards, est insensible aux piqures des guêpes, vole le bétail de l’Homme, trouve toujours un moyen de s’évader d’un zoo. Enfin il peut neutraliser les ruches des abeilles grâce à une poche annale réversible qui peut dégager une odeur épouvantable.
La philosophe et astronome Hypatie, symbole de la bibliothèque d’Alexandrie
C’est non sans une grande émotion que j’ai reçu les retours de trois bêta-lecteurs concernant le Loup d’Andrinople dont je vous parlais dans l’article précédent… et ils sont plus que positifs. Je suis particulièrement ému : en temps normal, au niveau de mes premiers jets, je suis plutôt un auteur « laborieux », j’ai en effet écrit 15 versions des pirates de l’Escroc-Griffe avant d’être publié ! Or, pour la première fois dans ma vie d’écrivain, la V1 d’un de mes manuscrits a suscité beaucoup d’enthousiasme. Même si un texte est toujours perfectible, le Loup d’Andrinople est pour l’instant LE roman que j’ai écrit dont je suis le plus fier. Je vais, bien sûr, prendre en compte les remarques pertinentes de mes bêta-lecteurs, puis procéder à une soumission éditoriale avant le 31 décembre, notamment pour une grosse maison. Je vous livre en exclu le pitch, j’espère qu’il vous plaira :
Surnommé le Loup d’Andrinople, le soldat romain Élien de Syedra a reçu pour ordre du fanatique empereur chrétien Théodose d’incendier la bibliothèque d’Alexandrie, mais en l’espace d’une nuit son directeur va révéler à Élien des manuscrits secrets qui vont bouleverser ses certitudes et, peut-être, changer le cours de l’Histoire… Un thriller ésotérique qui se déroule à la fin de l’Empire romain sur fond d’hérésies et de querelles théologiques.
Le vrai personnage principal de mon livre, c’est la bibliothèque d’Alexandrie elle-même. À ma grande surprise, il n’y a jamais eu de grand roman lui étant totalement consacré, une anomalie dans l’histoire de la Littérature ! Sans vouloir me montrer prétentieux, j’ai l’audace de croire que ce sera désormais le cas avec le Loup d’Andrinople, à mi-chemin entre le Nom de la Rose et Cartographie des nuages, qui a lui-même inspiré le film Cloud Atlas.
Cet adoubement de mes bêta-lecteurs constitue pour moi la fin d’une longue traversée du désert éditorial, car depuis 2016 je n’ai plus publié de romans (seulement trois nouvelles). J’ai pourtant écrit l’intégralité de la nuit du Givre-Mort, un manuscrit que je trouve « pas mal »… « Pas mal », cela signifie, à mes yeux, qu’il n’est pas assez bon pour succéder aux pirates de l’Escroc-Griffe. Le Loup d’Andrinople sera donc, enfin, le fameux quatrième roman que je cherche depuis 2016 au sein des méandres de mon labyrinthe mental. Être publié en 2026 serait une belle date symbolique…
Pendant que mes bêta-lecteurs lisaient le premier jet du Loup, j’en ai profité pour me lancer dans un énorme chantier : la version 3 du Moine de Samarcande. Il s’agit moins d’une réécriture proprement dite que d’un « taillage de haie » (désolé, je n’ai pas d’autre image en tête 😂) afin d’obtenir une version plus épurée de ce récit initiatique. Une version plus orientale, contemplative, l’histoire d’un maître bouddhiste et de son élève qui voyagent dans le désert du Taklamakan.
Je pense que ce sera clairement la bonne version… à condition d’user de la tronçonneuse et de passer de 660.000 signes avec espace à 500.000 signes !
Il faudra pour cela supprimer des personnages et en introduire d’autres plus subtilement au fil de l’’intrigue… ce qui va amener beaucoup plus de tension dramatique.
Si vous désirez en savoir plus sur ma trilogie de l’Orient, je serai en dédicace au Cultura de Terville le 22 novembre pour le recueil de nouvelles dans lequel je suis publié, Génies du crime, aux éditions Livr’S, j’ai hâte de bavarder avec vous !
Après avoir lu mon article précédent, une amie autrice m’a téléphoné pour me dire : « tu parles de ton expédition dans ce désert en Chine, mais qu’est-ce que tu cherches vraiment là-bas ? ». Sur le coup, j’ai été surpris par cette question, tant la réponse me paraissait évidente (au hasard, m’imprégner de l’ambiance de ce voyage pour terminer mon roman et revenir avec une exposition photographique d’une des régions les plus méconnues du globe), mais à la réflexion j’ai trouvé que la remarque de mon amie était d’une grande pertinence, car elle renvoie à l’éternelle question de la motivation chez les autrices et les auteurs. Cette question est moins « qu’est-ce que je vais chercher en Chine ? », que « qu’est-ce qui nous pousse, nous artistes, à écrire » ?
Je n’aurai pas la prétention d’énoncer des généralités et de parler à la place de mes amis écrivains, car chaque auteur est différent, sans parler des projets. Mon héros duMoine de Samarcande, Zhiyan, se rend dans le désert du Taklamakan afin de trouver un remède pour sauver celle qu’il aime, au péril de sa vie. Le héros est toujours a minima l’alter ego de l’auteur, et je dois reconnaître que la passion est ce qui me motive à écrire : c’est l’amour des livres qui me fait tant aimer mon métier de bibliothécaire… mais comme Zhiyan, la passion amoureuse est ma pire ennemie, parce qu’elle peut me conduire à prendre des risques insensés, me mener à ma propre perte… et à m’oublier. Je le sais désormais, on peut mourir par amour, et même renier toutes ses valeurs, un destin pour moi pire que la mort, surtout quand la relation est toxique. C’est la thématique d’une de mes nouvelles, la Putain du Caravage.
Dans mon roman, Zhiyan suit un parcours singulier au sens où au début de son voyage initiatique, il ne possède pas de spiritualité particulière. C’est un soldat, pragmatique, qui va rencontrer sur les routes de la soie des maîtres bouddhistes… avec cette interrogation, une véritable graine semée en lui : qu’est-ce qui distingue la passion de l’amour ? En traversant des déserts, il trouvera des éléments de réponse, parce que dans le silence, nous sommes confrontés à nous-mêmes.
Le Taklamakan
Nous pénétrons dans le désert profond, si vaste que les prières du matin des moines résonnent longtemps, avant de se perdre dans le ciel azuré. La nuit, la lune nous écrase de son immensité, jamais je n’ai contemplé une voûte aussi étoilée. Dans l’obscurité, le silence est vivant, palpable, si bien qu’à l’aube, lorsque de petites pierres dévalent la pente d’une montagne, le son semble tout proche. Tout est sens.
Extrait du Moine de Samarcande
L’année dernière, j’ai connu un parcours inverse à celui de Zhiyan. À cause de ma relation toxique j’avais l’impression d’avoir perdu toutes mes valeurs spirituelles, d’être « figé » dans ma dépression : je ne parvenais plus à méditer dans mon petit studio qui me complexait de par son côté « bohème » et je n’arrivais pas à terminer l’écriture de mon roman. Je trouvais qu’il manquait du vécu à ce livre, la vraie expérience du Taklamakan, la contemplation des dunes immenses, l’odeur des grottes de Mogao… Je voulais vivre pour de vrai cette aventure, et dans le même temps je n’arrivais plus à vibrer. Je ne me sentais plus légitime en tant que bouddhiste, encore moins en tant qu’écrivain, je ne pouvais plus concilier ces deux identités.
J’étais résigné à abandonner l’écriture, jusqu’au moment où je me suis rappelé les paroles de feu mon maître tibétain sur le karma. Contrairement aux idées reçues, le karma n’est pas une notion métaphysique statique et fataliste du genre « si un oiseau m’a chié sur la tête, c’est à cause de mon karma ». Mon maître expliquait, avec bon sens, que :
le karma est quelque chose qui existe dans la conscience des individus (…). À ce titre donc, le karma pourrait être comparé à un aimant qui va attirer la limaille de fer car cet aimant est en fait ce qui va donner l’impulsion, qui va être à l’origine du mouvement de la limaille qui attire…
C’est donc l’état d’esprit, bon, neutre, ou mauvais, qui conditionne nos actions, nos paroles, nos pensées… et qui caractérise dans le bouddhisme le samsara, ce cycle de renaissance(s) qui mène à la souffrance. Pendant ma dépression, je songeais à Milarépa comme à une lumière dans la nuit. Milarépa était un mystique tibétain du XIIe siècle qui avait perdu son père dans sa jeunesse. La légende raconte que l’oncle et la tante de Milarépa dépouillèrent la mère et le fils de leurs biens et leur firent vivre une existence misérable de domestiques. La belle-famille de Milarépa fut tellement odieuse avec sa mère, que cette dernière fit promettre à son fils d’apprendre la magie noire auprès d’un sorcier pour la venger, dans le cas contraire elle se suiciderait. Milarépa obéit… malheureusement, son rituel alla bien au-delà de ses espérances puisque c’est tout le village qui fut ravagé. De nombreux innocents furent tués lors d’un mariage, la pluie de grêles qu’avait invoquée Milarépa épargna cependant deux personnes… l’oncle et la tante honnis. Malgré ce karma très négatif, Milarépa passa le reste de sa vie à essayer d’atteindre l’Eveil et après maintes souffrances et exploits, il y parvint, laissant à la postérité de magnifiques poèmes, les Cent mille chants... Milarépa n’était en effet pas seulement mystique, mais également poète :
Je suis heureux d’avoir rompu les relations avec mes proches, D’avoir renoncé à l’attachement au pays ; Heureux car je suis libéré des devoirs officiels. Je ne me suis pas chargé des accessoires d’un moine, […] J’ai interrompu le va-et-vient de l’intellect, J’en suis heureux. […] Je suis un yogi qui chante d’allégresse Et ne souhaite pas d’autre joie
Si spiritualité et art peuvent cohabiter dans un être en quête d’absolu, c’est parce que le dénominateur commun de cette alchimie est tout simplement « l’amour bienveillant », cet amour particulier qui ne vise plus à satisfaire son propre ego, mais tous les êtres, parce que le plaisir n’est jamais si fort que lorsqu’il est partagé. La recherche scientifique va dans ce sens : dans les années 60, le primatologue japonais Masao Kawai a découvert le concept de kyokan, une expérience subjective dans laquelle il n’y a plus d’observateur ni de cobaye : en jouant avec des singes, Kawai a réussi à créer des liens affectifs forts avec eux. C’est pour cette raison que les grands primates que nous sommes aimons aller au cinéma avec des inconnus découvrir de nouveaux films, il y a cette idée de partage. Shigeru Miyamoto, co-créateur des jeux vidéo Mario et Zelda, a insisté pour que ses développeurs « se sentent kyokan » avec les futurs utilisateurs de jeux, que « les joueurs ressentent à propos du jeu ce que les développeurs ont ressenti eux-mêmes ». Plus nous prenons du plaisir à vivre des expériences ensemble, plus nous tissons des liens affectifs, je l’ai moi-même constaté : j’aime écrire pour voyager avec mes lecteurs, je prends énormément de plaisir à faire rire mes collègues de boulot, j’adore jouer avec mon fils…
J’ai réalisé que pour être heureux, il ne fallait pas forcément être amoureux d’une femme, mais de la vie elle-même. Fort de ce constat, j’ai réinventé ma vie quotidienne. Progressivement, mon studio austère s’est métamorphosé pour s’enrichir d’une belle bibliothèque qui me permet de consulter mes livres sur l’Asie Centrale, j’ai même monté un autel bouddhiste pour méditer.
Si je veux terminer ce roman, je dois continuer à vibrer, c’est-à-dire partir au Taklamakan sur les traces de Zhiyan pour achever ce projet collectif, parce que j’ai enfin cerné ma vraie nature : je ne peux vivre sans passion(s), que ce soit la littérature, le cinéma ou la musique. Je me sens artiste et bouddhiste au sens et, j’insiste sur les guillemets, « tantrique », dans ce que cette voie a de plus sacrée, c’est-à-dire utiliser les plaisirs de la vie et le désir pour parvenir à un éveil spirituel (en occident il y a en effet un profond malentendu à propos de la nature du tantrisme, je reviendrai dessus dans un futur article). Autrement dit :
Dans le samsara, le désir mène au plaisir qui mène à une insatisfaction de plus en plus grande. Dans le nirvana, le désir mène au plaisir qui mène à une satisfaction de plus en plus grande. Paradoxalement, ce sont deux faces d’une même pièce : le désir, jusqu’à l’extinction de la saisie de l’ego.
Le quadragénaire que je suis assume désormais totalement cette vie bohème, à mi-chemin entre art et spiritualité, peu importe si elle ne cadre pas avec les valeurs bourgeoises de certaines personnes. Partir dans le désert du Taklamakan sur les traces de Zhiyan sera donc pour moi autant un projet artistique qu’une quête spirituelle, à la recherche de racines bouddhiques que j’ai moi-même plantées dans cette vie. À la question « pourquoi les auteurs écrivent ? », je serais tenté de répondre « peut-être tout simplement pour donner du sens au monde »…
Si ce projet vous intéresse et que vous souhaitez le soutenir, vous pouvez cliquer sur cette newsletter Ulule pour être prévenu le jour où la campagne de financement participatif sera lancée.
Suite à mon article précédent, je vous dévoile aujourd’hui dans son intégralité le projet artistique le plus important de toute ma vie, le Moine de Samarcande.
Un projet de roman hors-norme qui intéresse plusieurs éditeurs puisque, pour que ce livre soit le plus réaliste possible, je monte une expédition en Chine dans le désert du Taklamakan ! L’aventure ne s’arrête pas là car je serai accompagné par le photographe Kenya Leone, dont le travail servira de trait d’union entre mon récit et le voyage à proprement parlé : pour faire simple, un écrivain et un photographe vont vous raconter le désert du Taklamakan à travers une exposition qui aura lieu lors de la publication du Moine de Samarcande. Au menu de cette expérience artistique hybride, des photographies accompagnées d’extraits de mon livre, d’où le nom de l’expo : Sur les traces de Zhiyan.
« Zhiyan » est le héros de mon roman. Il s’agit d’un soldat chinois du IXe siècle qui part sur les routes de la Soie en quête d’un remède pour sauver la fille de l’empereur, malade, une femme dont il est éperdument amoureux. Zhiyan est accompagné d’un maître shaolin, il s’agit d’une épopée romanesque et historique en Asie Centrale aussi bien que d’une oeuvre contemplative à la lisière du fantastique, pour ne pas dire ésotérique… Zhiyan va en effet rencontrer des maîtres bouddhistes qui vont bouleverser ses certitudes.
Le Moine de Samarcande est un récit initiatique dans lequel j’ai mis beaucoup de moi, car je suis passionné par les déserts. À 22 ans j’avais déjà effectué des séjours dans le Sahara, ainsi qu’en Jordanie, lors de fouilles archéologiques sur un temple nabatéen près de Pétra (je suis historien et archéologue de formation).
Comme je l’expliquais dans mon article précédent, le Moine de Samarcande est un projet de longue haleine, sur lequel je travaille depuis quatre ans, un projet qui revient de loin à cause de cette grave dépression qui a failli me tuer… Heureusement, j’ai vaincu cette maladie, et je me suis recentré sur les choses importantes comme l’écriture de ce livre, très personnel, ne serait-ce que parce que je suis bouddhiste. C’est pour cette raison que le Moine de Samarcande est, pour certains amis auteurs qui l’ont lu, mon roman le plus abouti. J’ai en effet travaillé dur sur ce bouquin, je l’ai même réécrit !
Suite à mon expérience des déserts, je rêvais depuis des années de me rendre au nord-ouest de la Chine pour m’inspirer de détails qu’on ne peut capter que sur place, travailler l’ambiance… car le Taklamakan est unique au monde !
Mon héros visite les grottes de Mogao, que je surnomme « la bibliothèque d’Alexandrie de l’Orient ». Pour celles et ceux qui ne connaissent pas ces grottes, en 1900 un taoïste a découvert par hasard 50.000 rouleaux, des documents inestimables qui n’avaient pas été consultés pendant près de 1000 ans. On a par exemple mis à jour des soutras dans lesquels sont mentionnés le nom d’un « bouddha d’Occident » appelé Jésus-Christ, et quantité de textes aussi rarissimes qu’inestimables. Cela fait un siècle que les historiens étudient ces rouleaux, toujours en cours de traduction, au Musée Guimet ainsi qu’au British Museum…
Les grottes de Mogao sont ornées de peintures sublimes, dont certaines sont influencées par l’art gréco-bouddhique suite aux conquêtes d’Alexandre le Grand ! Il existait en effet des royaumes grecs en Asie centrale (comme par exemple l’Afghanistan) jusqu’au Ier siècle de notre ère. Toujours dans ces grottes, on peut admirer une statue de Bouddha de 35 mètres de haut et quantité de merveilles uniques en leur genre.
Les grottes de Mogao, ce sont aussi les immenses dunes de Mingsha. On les surnomme « dunes chantantes » car sous l’effet du vent elles émettent une curieuse mélodie qui fascine les personnages de mon roman. Au milieu de ces dunes s’étend le Lac du croissant de lune, un véritable oasis.
Aux portes de ce paysage crépusculaire on exhume parfois dans le désert du Taklamakan des momies tokhariennes appartenant à un mystérieux peuple nomade européen, ainsi que des citées antiques oubliées qui émergent du sable au gré des tempêtes… Perdu entre le désert de Gobi et le Tibet, le Taklamakan est vraiment une autre planète !
Lors des années Covid il était impossible de visiter la Chine, c’était une grande frustration pour moi, mais en janvier, j’ai appris qu’il n’y avait plus besoin de visa pour se rendre là-bas ! « Les astres se sont alignés ». Au départ, j’avais prévu de partir seul, avec les moyens du bord. Puis mon projet a pris de l’envergure puisque mon ami Damien, mon compagnon d’aventures avec qui je voyage depuis plus de vingt ans, a eu un coup de coeur pour le Moine de Samarcande. Avec Damien, nous avons bourlingué plusieurs fois au Japon, en Malaisie, au Brésil, dans les montagnes du Caucase en Géorgie où il nous est arrivé des aventures incroyables, j’en parle dans cet article…
Je n’aurais pas pu faire tous ces voyages sans Damien car non seulement mon ami travaille dans une compagnie aérienne de renom, mais en plus il est un génie de la logistique. Damien, c’est le gars capable de vous trouver un réseau wifi en Amazonie, j’exagère à peine… et cette année, il m’a annoncé qu’il était partant pour venir avec moi en Chine ! En octobre nous allons visiter à dos de chameaux le désert du Taklamakan avec un guide local.
En février, le projet a pris encore plus d’ampleur car mon ami d’enfance, le photographe Kenya Leone, de son vrai nom Laurent Boulanger, a décidé de se joindre à nous pour prendre des photos de ce qui est devenu une expédition, afin que nous puissions vous proposer à notre retour cette magnifique exposition, Sur les traces de Zhiyan.
Comme son nom d’artiste l’indique, Laurent a une grande une expérience du Kenya, il est revenu d’Afrique avec des photos sublimes que vous pouvez admirer ici. Nous partageons une même sensibilité pour tout ce qui a trait à la Nature, une sensibilité amplifiée par trente ans d’amitié.
Pour cette aventure, Laurent sait exactement quelles sont mes attentes, il est le photographe idéal !
Le sous-titre de l’expo sera « Taklamakan, le pays d’où on ne revient jamais », car c’est l’une des traductions de « Taklamakan », qu’on surnomme « Mer de la mort » à cause de violentes tempêtes de sable qui peuvent atteindre 4000 mètres d’altitude, des températures extrêmes (jusqu’à 52 degrés l’été… et -20 en hiver) sans parler des dunes mouvantes qui peuvent perdre les guides les plus aguéris. Concrètement, il s’agira d’exposer des photos du voyage, accompagnées d’extraits de mon roman et ainsi partager cette formidable aventure humaine avec vous… On a hâte !
Après un an d’absence sur ce blog, je vais vous parler du livre le plus important que j’ai jamais écrit, le moine de Samarcande, un roman qui se confond avec ma propre vie, l’histoire d’une mort et d’une renaissance.
Cela fait des années que je travaille sur ce manuscrit, l’histoire de Zhiyan, un soldat chinois du IXe siècle qui part sur les routes de la Soie en quête d’un remède pour sauver la fille de l’empereur, malade, une femme dont il est éperdument amoureux. Une épopée romanesque et historique aussi bien qu’une oeuvre contemplative à la lisière du fantastique, puisque ce soldat va rencontrer en Asie Centrale des maîtres bouddhistes lors d’une aventure ésotérique qui bouleversera ses certitudes. Ce récit initiatique me tient d’autant plus à coeur que j’appartiens moi-même à cette confession et que mon défunt maître tibétain était un proche du dalaï-lama. En 2016, nous sommes même allés assister à l’un de ces enseignements à Strasbourg. En 2022, j’avais prévu un voyage au Kirghizistan et dans le désert du Taklamakan, en Chine, « le désert d’où on ne revient jamais » afin que mon roman soit le plus réaliste possible.
Je me sentais en osmose avec ce projet, car pendant des années, j’eus l’impression d’être un « bon bouddhiste », j’étais végétarien, je ne buvais pas et ne fumais pas, ne mentais ni ne volais jamais (sauf les stylos de mes collègues de boulot). Je méditais tous les jours, y compris en hiver en T-shirt dans la neige, par 0 degrés : à mon très humble niveau, j’ai quelques notions de toumo, un yoga bien pratique en Lorraine, notre Tibet à nous… On retrouve ce toumo dans le moine de Samarcande.
À l’image de mon héros, je vivais une aventure initiatique au point où je ne savais plus si j’écrivais l’histoire de Zhiyan ou celle de ma vie… Aidé par mon hyposensibilité au froid et au chaud, je pratiquais de plus en plus le toumo, si bien que mon maître me tempérait. Un jour, il m’offrit même une authentique bure de moine tibétain de peur que je ne tombe malade…
Puis vinrent les années 2020, sombres : des décès de proches, dont mon maître, le confinement qui provoqua la fermeture de mon temple, le diagnostic de mon autisme, ainsi que d’autres épreuves personnelles. Je croyais passer à travers tout ça, mais malheureusement j’oubliais une vérité fondamentale : les problèmes qui n’ont pas été réglés avant 40 ans remontent nécessairement à la surface… Au fil des ans, de très mauvais choix mirent fin à mon mariage. En septembre 2022, je quittais mon domicile. Je vécus trois mois dans une cave meublée à écrire les carnets du sous-sol de Dostoïevski, la putain du Caravage, une nouvelle cathartique qui figure dans le recueil les royaumes de Stendhal (d’où la Méduse en couverture…), puis je quittais définitivement Hettange-Grande pour déménager à Metz.
Je l’ignorais, mais je m’enfonçais dans la vase d’une très grave dépression. Certains jours, j’avais très peur d’emprunter le pont pour aller au travail, de traverser la rue ou de me retrouver près de la voie de chemin de fer… de peur d’être « tenté » par une solution aussi radicale que définitive.
J’étais devenu une coquille vide. Je me mis à fumer, à manger de la viande, je n’arrivais plus à méditer, j’avais froid tout le temps, j’avais « perdu mon toumo », mon feu interne. Je ne nourrissais plus aucune passion pour quoi que ce soit. Je pouvais passer le dimanche allongé dans mon lit, les yeux ouverts, je faisais même preuve de cynisme à l’égard du monde… Moi qui étais d’habitude coquet, repasser mes chemises devenait une tâche herculéenne. J’étais devenu étranger à moi-même, incapable de poursuivre l’écriture du moine de Samarcande car je ne me sentais plus du tout digne et légitime pour un tel projet. À vrai dire je trouvais que je n’étais pas quelqu’un de bien, je me demandais si je n’étais pas un imposteur. Qui étais-je vraiment ? Même Google ne savait plus quoi me répondre, le célèbre moteur paniquait et m’ordonnait de « parler à quelqu’un aujourd’hui » quand j’envisageais sérieusement de quitter ce monde.
Un jour, alors que j’étais prêt à passer à l’acte, mon ami Nicolas m’hébergea chez lui plusieurs jours, pour m’écouter tandis que nous nous occupions des lapins de son jardin. Quand je lui confiais mes pulsions, ce que j’appelle pudiquement mes pensées « mélancoliques », il me parlait avec justesse du chagrin que mon fils éprouverait s’il venait à m’arriver malheur. Pendant ces quelques jours cruciaux, Nicolas fit plus que me venir en aide, il me sauva la vie. Nicolas devint mon frère.
Je me tournais aussi vers mes amis d’enfance ; Laurent, que j’avais quotidiennement au téléphone ; Damien, qui m’avait mis dans sa valise pour que nous allions méditer dans des temples bouddhistes en Malaisie pendant mon chemin de guérison, ainsi qu’au Brésil… Deux voyages extraordinaires.
Un temple extraordinaire qui m’a marqué, en Malaisie
Je pouvais aussi compter sur mon amie autrice Genny, mon musicien de frère et sa compagne, la non moins artiste Isabelle, et aussi l’héroïque Johann « Etrange Grande » Girost qui devint, en pleine préparation de la seconde édition, le président de mon festival. Dans mon malheur, je réalisais que non seulement j’avais la chance d’être bien entouré, y compris par la quasi-totalité des collègues de boulot de ma médiathèque, mais qu’Anne-Lorraine, mon ex-femme, eut la force de se montrer bienveillante malgré notre divorce qui, pour de nombreuses raisons, était inévitable. Cela étant, j’avais perdu l’essentiel de mes repères. J’avais parfois l’impression de trahir mon maître.
Un jour mon ami Dominique, bouddhiste, me confia en souriant : « mais JS, tu ES toujours bouddhiste ! ». J’en eus les larmes aux yeux. Je fus aussi ému quand mon ami auteur, l’immense Jean-Laurent Del Socorro, vint me voir à Metz alors que j’allais mal. Il me proposa de lire le manuscrit du moine de Samarcande pour m’aider dans mes blocages, quel honneur… Je ne pourrai jamais remercier assez toutes les personnes que j’ai citées, ainsi que mon mentor, le docteur Kieffer, le psychiatre qui a diagnostiqué mon autisme, cet inconnu intime qui, ironie du sort, est peut-être la personne qui me connaît le mieux sur Terre.
Pendant dix mois, je fus sous anti-dépresseurs, associés à un régulateur d’humeur car mon autisme asperger est (c’est courant dans ces cas-là) cyclothimique : les moments où je vais bien je suis très « haut », mais quand je vais mal, c’est une autre histoire… À une moindre échelle, être cyclothymique, c’est un peu comme être bipolaire. Je finis par découvrir que la dépression de l’autiste asperger était beaucoup plus violente que la version neurotypique. La bonne nouvelle avec ces médicaments, c’est que je guérissais lentement, la mauvaise c’était qu’au niveau de ma sensibilité, tout était terne. Tout était « pas mal », que ce soit la lecture d’un livre, la vision d’un film, l’organisation de mon propre festival, la dégustation d’une pizza ou Rachida Dati… Je ne vibrais plus, je n’arrivais toujours pas à écrire, j’étais, comme Christian Bale dans Equilibrium, anesthésié, sous camisole chimique.
J’éprouvais infiniment plus de plaisir à animer des ateliers d’écriture et à aider de jeunes écrivains à être publiés qu’à écrire mes propres romans ! J’étais sorti de ma dépression, mais étais-je encore un auteur ? Etais-je seulement bouddhiste, moi qui avais rompu presque tous mes voeux ? L’événement clef fut le jour où j’oubliais de prendre mon régulateur d’humeur : au moment de raconter l’histoire d’un film émouvant à un collègue de boulot, je commençais à avoir les larmes aux yeux… ça y est ! Je ressentais enfin les émotions pleinement, ce qui me manquait pour écrire. Une nuit, je fis un rêve : hilare, j’accomplissais des bonds extraordinaires dignes de Spider Man, poursuivi par un vieil agent de sécurité aigri qui se cognait partout sans jamais réussir à m’attraper, parce que la vie était légèreté… J’arrivais au travail de bonne humeur, et pendant plusieurs jours je ressentis la gaieté de ce songe.
Avec l’accord de mon thérapeute, je décidais de stopper progressivement, l’un après l’autre, mes deux traitements médicamenteux… et ce fut une aventure troublante : je me retrouvais un jour sous la pluie, à m’arrêter de marcher juste pour sentir les gouttes d’eau caresser mon visage. Peu à peu, je retrouvais cette sensibilité qui me faisait défaut, cette joie de vivre aussi. La joie d’écrire. Progressivement, les blocages sur le moine de Samarcande disparaissaient à mesure que je reprenais doucement la voie de l’écriture. Mieux : le manuscrit gagnait en maturité.
La semaine dernière, j’ai encore passé une étape, car j’écris désormais sans effort, n’importe quand, que ce soit le matin, avant le travail ou même le soir… À vrai dire, j’écris n’importe où sur mon MacBook Air, créer est redevenu naturel, presque banal… La nouvelle version du manuscrit sera terminée cette année, c’est une certitude. À ce jour, le moine de Samarcande est ce que j’ai écrit de mieux, ne serait-ce que parce que je suis de nouveau en accord avec les valeurs de mon héros, mais aussi avec le bouddhisme lui-même. Comme Zhiyan, j’ai mûri sur le plan spirituel : un jour, alors que j’étais pris dans une activité anodine, j’ai soudain senti la pleine présence de mon maître, son amour bienveillant et sa compassion, ainsi que son sourire rieur, comme s’il était physiquement près de moi, au point où les poils de mon corps se hérissaient. Par-delà la mort il était toujours là pour moi, sans jugement aucun pour mes actes ou ma personne. J’ai senti cette présence plusieurs fois.
Aujourd’hui, je ne nourris pas d’amertume, j’ai fait la paix avec mon passé et j’ai bien plus d’expérience qu’avant. Je suis heureux de vivre à Metz, peu importe ce que la vie m’offrira, je le prendrai sans rien attendre en retour.
Comme Zhiyan, j’ai appris à me pardonner. Même si je suis sensible, j’ai découvert que je suis beaucoup plus fort que je ne l’imaginais de prime abord, j’ai retrouvé mon toumo, mon feu interne. Sans la boue pas de lotus : malgré tout ce que j’ai pu penser de moi par le passé, sans vouloir me montrer prétentieux, aujourd’hui je sais que je suis quelqu’un de bien. Je ne suis pas un bodhissattva parfait pour autant, juste un être humain, dont les imperfections font la richesse. Je suis serein, confiant en l’avenir. L’ancien moi est mort, mais de ces cendres est né un être plus équilibré, plus mature, et en même temps toujours aussi passionné : cet été j’ai très envie de partir en Chine dans le désert du Taklamakan, sur les traces de mon héros, Zhiyan. Jamais je ne me suis senti plus en adéquation avec la fameuse phrase de Nietzsche :
Me voici de retour après plusieurs mois d’absence. Dans son livre la rivière du sixième jour (adapté au cinéma sous le titre Et au milieu coule une rivière), Norman Maclean écrit :
Ceux avec qui nous vivons, qui nous sont proches, et que nous sommes censés connaître le mieux, sont ceux qui nous échappent le plus (…) En fait, si on pense à la vie humaine, on voit bien que la plus grande partie se passe à marcher pesamment au fond de l’eau pour un bref moment d’envol, trop tôt et déjà trop tard.
C’est ce que j’ai pensé quand mon beau-père nous a quittés soudainement, il y a trois mois. Pendant près de quinze ans, il fut mon père de substitution, jamais avare d’encouragements pour mes projets, mais aussi un grand-père affectueux. Nous partagions la même passion de l’Histoire, nous nous intéressions aux héros anonymes, au point de nous rendre un jour ensemble en voiture à Bastogne juste parce que nous avions été touchés par la série Band of brothers. Romain avait beau être un grand gaillard, il était en effet très sensible, il adorait le film Cheval de guerre.
Perdre un tel pilier a été particulièrement douloureux. Ces moments pénibles m’ont poussé à me détacher des réseaux sociaux, à récupérer beaucoup de temps pour l’écriture. À mieux me connaître aussi, j’ai découvert quantité de choses insoupçonnées sur mon mode de fonctionnement.
Paradoxalement, je suis dans une période d’euphorie créative suite à une (r)évolution dans mon écriture, grâce notamment aux ateliers que j’anime. Ils me permettent de sortir de ma zone de confort, de progresser dans mes techniques via la nouvelle, que je maitrise de mieux en mieux. Je ne me suis jamais senti aussi libre en matière de narration. En fait, après trois romans publiés, j’ai l’impression que je commence seulement maintenant à « écrire ».
Vous vous en souvenez peut-être, après le tome trois des pirates de l’Escroc-Griffe j’avais travaillé sur un roman historique se déroulant pendant l’Antiquité… puis j’ai réalisé que mon synopsis n’était pas assez abouti. Je l’ai laissé mijoter et je me suis lancé dans l’écriture d’une trilogie fantasy se situant sept siècles après les pirates, une histoire très sombre qui se déroule sous terre. J’ai terminé le manuscrit du tome 1, il a été lu et même très apprécié par une bêta-lectrice expérimentée… mais, à mon sens, il manque encore quelque chose à ce roman dans lequel je ne me retrouve pas complètement. Après cette période de confinement et de deuil, cet été j’avais soif de légèreté et de lumière, de grands espaces, de soleil et d’océan. J’avais besoin de ce vent romanesque qui donne envie de naviguer à l’autre bout du monde… et non que mes lecteurs deviennent claustrophobes !
J’en suis alors arrivé à la conclusion que si mon inspiration était toujours bien là, mon imaginaire, lui, ne voulait pas plus d’un roman exclusivement historique que d’une trilogie fantasy trop sérieuse. Créer un univers peut me prendre des années, or je sentais qu’une part de moi aspirait à un processus à la fois différent et similaire, plus court, et surtout plus immersif, mais jusqu’à cet été j’ignorais comment y parvenir.
C’est en écrivant une nouvelle historique se situant en plein désert que j’ai réalisé que cela faisait bientôt près d’une décennie que je lisais, pour le plaisir, quantité d’articles sur l’Asie Centrale. Coïncidence, après différents tests génétiques j’ai découvert que j’avais moi-même des origines orientales significatives du côté de ma mère (pourtant italienne). J’en suis heureux, car j’ai toujours été passionné par les philosophies asiatiques, le désert du Gobi et les grands espaces, quels qu’ils soient. Quand je participais à des fouilles archéologiques en Jordanie, j’adorais contempler le coucher de soleil sur le Wadi Rum, un dédale de canyons, d’arches naturelles, de falaises et de grottes qu’on retrouve dans Lawrence d’Arabie, Dune et Indiana Jones. Depuis les hauteurs de Pétra, lorsque je prenais des photos telles que celle-ci, j’imaginais les caravanes ramener d’Orient les épices si convoitées.
J’avais le sentiment d’être aux portes d’un monde insoupçonné, aussi lointain que mystérieux. Si un voyageur de notre époque parvenait en effet à remonter le temps jusqu’au Moyen-Âge, et qu’il atterrissait en Asie Centrale, il se croirait sur une autre planète. Il traverserait d’innombrables petits royaumes isolés du reste du monde, rencontrerait des peuples aux coutumes étranges, des pèlerins exaltés adeptes de dieux oubliés. Il visiterait les ruines de cités aujourd’hui englouties par le sable…
À la lumière de ce constat, je me suis rendu compte que j’avais moins besoin d’inspiration, que de rendre hommage à ces cultures disparues dont on parle rarement dans les romans, les films ou les séries. Pourquoi créer un univers de fantasy aride à la Dark Sun, alors que tout était là depuis toujours, au plus profond de moi ?
Après la mer, inconsciemment je crois que je rêvais de retrouver les océans de sable de ma jeunesse qui s’étendaient à perte de vue. C’est ainsi que ce qui devait être une courte nouvelle s’est transformée cet été en un roman d’aventures initiatique avec un soupçon de réalisme magique, un récit influencé par la philosophie orientale et la route de la Soie. Vampirisé par cette histoire, j’ai passé des nuits blanches à voyager sur des cartes, à taper frénétiquement sur mon clavier, comme si j’avais vécu à cette époque, et que ma vie en dépendait. Jamais je n’ai eu autant de plaisir à écrire un roman depuis les pirates… et j’espère que ce récit vous plaira également ! Si tout va bien, je devrais terminer son écriture pour Noël. Cerise sur le gâteau, ce projet m’a donné envie de reprendre plus tard l’autre roman historique en sommeil dont je vous parlais au début de cet article, celui qui se déroule sous l’Antiquité. Plutôt qu’écrire une trilogie ou un cycle, je me dis que ces deux romans autonomes auront des thématiques communes, l’un sera un lointain écho de l’autre…
Dernière satisfaction mais non des moindres, cet été j’ai ressorti du tiroir un vieux projet d’urban fantasy délirant que je devais écrire avec l’autrice qui partage ma vie, Anne-Lorraine. J’ai compris ce qui ne fonctionnait pas dans le synopsis initial. J’ai soumis à Anne-Lorraine une nouvelle version détaillée, qui lui a plu. Elle s’est empressée d’écrire le premier jet, qu’elle pense terminer le 29 décembre. Je reprendrai alors son texte, puis ce sera à son tour d’ajouter son grain de sel, et ainsi de suite, jusqu’à ce qu’on arrive à une version satisfaisante. En 2021, ce ne sera donc pas un mais deux manuscrits qui partiront enfin en soumission éditoriale, deux romans que j’aime profondément, pour différentes raisons. Le temps aura été long, et pourtant je ne regrette pas que ce processus créatif se soit déroulé ainsi. Après avoir écrit trois romans, je n’avais pas seulement besoin de temps, je devais également laisser mon imaginaire s’abreuver de la pluie…
Aujourd’hui, j’ai hâte de partager ces histoires avec vous !
Un mois après ce confinement qui nous a propulsés du jour au lendemain en pleine Science-Fiction, j’espère que vous allez bien. De mon côté, le travail a été bouleversé, mes ateliers d’écriture sont devenus… numériques. Les participants de mon atelier se sont habitués à la visioconférence, ils ont même créé une ville post-apocalyptique dans un futur proche, chaque auteur raconte l’histoire d’un habitant de cette cité rétro-futuriste… Un projet passionnant.
Mercredi soir, j’inaugure un tout nouvel atelier qui aura lieu de 20h00 à 21h30. Si le sujet vous intéresse, j’ai créé un site, sur lequel j’explique ma méthode dite de l’écriture progressive (pour l’instant, le site n’est pas « responsive », il n’est accessible que sur des ordinateurs ou des grosses tablettes style iPad Pro). Si écrire vous démange, la toute première séance d’essai, gratuite, se déroulera sur Skype.
À côté de ça, je continue à écrire des romans, plus que jamais. On raconte que la réalité dépasse toujours la fiction, et le moins que l’on puisse dire, c’est que l’un de mes projets est devenu un formidable exutoire, la métaphore d’une société où la vie humaine n’a pas la moindre valeur et peut être sacrifiée sur l’autel de l’économie. Je vous rassure, mon bouquin ne sera pas un livre de confinement… et pourtant, plus rien ne sera comme avant.
Je prends un peu de temps pour vous donner quelques nouvelles sur mes projets, étant donné que cela fait plus de trois ans que je n’ai pas publié quoi que ce soit… mais, je vous rassure, j’ai beaucoup, beaucoup, écrit durant cette phase ! Et il s’est passé de nombreux petits « événements » en coulisse…
L’année dernière, j’ai terminé les grosses corrections du premier volet de ma nouvelle trilogie, premier volet qui a été soumis à deux bêta-lecteurs très exigeants. Les retours sont plus qu’encourageants, non seulement ce premier tome fonctionne, mais les bêta-lecteurs ont eu envie de lire la suite.
J’ai donc commencé une nouvelle batterie de corrections, plus légères, le roman sera à nouveau soumis à trois bêta-lecteurs au printemps. Suite à ces retours, cet été, je procéderai aux ultimes corrections, et je pense que cette fois je pourrai enfin envoyer le manuscrit, à la fin de l’année, à mon éditeur.
L’autre nouvelle concerne un autre projet qui me tient à cœur, et sur lequel je travaille par intermittence depuis 2015. Il s’agit d’un projet en rapport avec… les pirates de l’Escroc-Griffe, mais sur un autre média, avec une histoire se déroulant AVANT la trilogie. Cette intrigue fera office de « tome 0 », même si ce n’est pas vraiment un roman … Un artiste talentueux et expérimenté, pour qui j’ai beaucoup d’estime, vient de rejoindre mon équipe.
De l’extérieur, j’ai conscience que ces processus créatifs sont lents, à un point que ça en devient presque risible d’absurdité
mais je suis très excité, car mon pari sur le long terme (ne pas publier tout de suite après la sortie de l’intégrale et prendre mon temps) est en passe de se révéler « gagnant ». Cerise sur le gâteau, pour la première fois de ma vie d’auteur j’arrive à bosser tous les jours sur deux projets différents ! Loin d’être un gaspillage d’énergie, ce procédé me permet de briser la routine de l’écriture, quel bonheur ! Si tout se passe bien, fin 2021, je pourrai vous communiquer au moins une bonne nouvelle, et peut-être même vous annoncer que les deux projets sont en train de se réveiller (ce qui explique la première illustration).
Tout cela pour vous dire que je continue à écrire, plus que jamais… J’ai hâte de pouvoir vous en révéler plus ! Prenez soin de vous !
Le week-end dernier, j’ai eu la chance d’être invité à la première édition du festival fantasy de Vallauris, et pour un coup d’essai, il faut bien reconnaître que c’était un coup de maître ! La décoration steampunk était sublime, et le public au rendez-vous.
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J’ai eu le privilège de rencontrer des auteurs que j’apprécie, et la joie de retrouver Carina Rozenfeld, la bienveillance incarnée, ainsi que Lionel Davoust, qui m’a initié à la synthwave (Lionel, je t’adore !).
J’ai également fait la connaissance d’Ange, alias Anne Guéro qui a co-écrit le mythique Ayesha, l’un des meilleurs romans jamais publiés chez Bragelonne. Coïncidence incroyable, Anne a dirigé un temps Casus Belli, un magazine de jeu de rôle que je dévorais, mais aussi des scénarios pour In nomine satanis magna veritas et Bloodlust, des jeux auxquels je jouais ! On a beaucoup discuté d’éthique et de spiritualité, c’était très enrichissant.
Avec Pierre Bordage, nous avons parlé d’Eden Log, de notre passion commune pour l’Inde et les philosophies orientales, largement présentes dans les Guerriers du Silence. J’ai été captivé par ses récits de voyage. Lors d’un repas, je n’ai pu m’empêcher de lui avouer qu’il avait été un véritable « porte-bonheur » six ans auparavant : alors que je n’étais pas publié, j’ai déjeuné avec lui (et Victor Fleury, qui n’avait pas encore écrit l’Empire Électrique pour Bragelonne !) aux Imaginales 2013, à Epinal. Le soir même, je devais rencontrer pour la première fois mon futur éditeur lors du speed dating littéraire… Ce jour là, Pierre me dit qu’il va croiser les doigts. Et voilà que je me retrouve de nouveau à table avec lui… cette fois en qualité d’auteur invité ! Si, lors de mes études en fac d’histoire à la fin des années 90, à l’époque où je lisais dans ma chambre étudiante niçoise les guerriers du silence, une voyante m’avait prophétisé un tel futur, je pense que je lui aurai ri au nez…
Tournoi Soulcalibur VI
Les thèmes des tables rondes étaient intéressants, j’ai particulièrement aimé « Fantasy et mythes », un sujet qui me passionne, brillamment modéré par Stéphane Manfrédo. J’ai eu le plaisir d’échanger avec Pierre, Lionel et l’enthousiaste Sylvie Miller. Le moins que l’on puisse dire, c’est que nous avons été bavards ! La vidéo HD est disponible ici
Grâce à cette intervention, j’ai fait la connaissance de jeunes auteurs en devenir, passionnants et passionnés, qui se sont laissés tentés par ma trilogie, ainsi que d’autres lecteurs tout aussi attachants, sans parler des amis de longue date que j’ai retrouvés. Un moment très sympathique que je ne suis pas prêt d’oublier.
Le samedi soir, j’ai profité de mon retour dans la région pour revoir des amis d’enfance avec qui nous avons fait une partie de jeu de rôle sadique, « l’Appel de Cthulhu« , le scénario était concocté par mes soins, gnac gnac… Ambiance Stranger Things, 25 ans après…
Vous l’aurez compris, j’ai adoré ce festival, j’espère qu’il réussira à s’implanter durablement dans les années à venir, il le mérite vraiment ! Bonus : quelques photos d’Antibes et de Nice, regardez le nom du voilier…
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Un immense merci à Carole Cerrito, Jeanne Cagnon-Tripodi, Stéphane Manfrédo, et Damien Gaudin, ainsi qu’à toute l’équipe de l’organisation. Longue vie au festival !
Je prends enfin un peu de temps pour vous parler d’un festival absolument sublime… l’édition 20018 des Aventuriales était un grand crû ! Comme je vous l’avais annoncé dans mon dernier article, on m’a demandé de présenter le Prestige… en présence de Christopher Priest, et d’évoquer notamment des différences entre le roman et le film, sans déflorer l’intrigue. Inutile de dire que je n’en menais pas large ! Fort heureusement, ma trouille cosmique ne se voit pas trop sur la vidéo…
Avant cette présentation, j’ai quand même eu le temps de dîner avec lui au restaurant autour d’une belle truffade, histoire de lui demander si je ne disais pas trop de bêtises… un moment très convivial. J’ai découvert qu’il n’aimait pas qu’on l’appelle « Christopher », c’est pour cette raison que je l’appelle familièrement « Chris » dans la vidéo. J’ai aussi appris qu’il était très satisfait de cette adaptation… même s’il n’est pas fan du cinéma de Nolan en général (il m’a dit avoir détesté la trilogie Batman !).
Christopher Priest a lui-même ajouté quelques mots avant la projection
J’ai également eu la joie de retrouver mes amis auteurs, et comme je connais la quasi-totalité des invités du salon, je ne citerai pas de noms, de peur d’en oublier ! J’ai aussi rencontré des lectrices et lecteurs de la première heure, ainsi que de nouveaux visages : Jasmin, fan de la Voie de la Colère d’Antoine Rouaud ; Gabriel, 11 ans mais beaucoup de maturité ; un autre lecteur qui m’a conseillé le jeu Dishonored sur PlayStation (et dont j’ai oublié le nom, j’espère qu’il laissera un commentaire ici-même), et bien d’autres belles personnes que je salue au passage.
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Ce salon aura toujours une place particulier dans mon cœur, car il s’agit de l’un des premiers festivals à m’avoir invité : nous sommes tous les deux « nés » en 2015. Au fil des ans, les Aventuriales n’ont cessé de grandir, et aujourd’hui je suis vraiment heureux que cet événement soit désormais bien installé dans le paysage de la SFFF francophone. Un grand merci aux organisateurs et bénévoles sans qui rien ne serait possible !