Silicon Valley

 

Attention, HBO nous livre une nouvelle pépite !

Après la somptueuse saison 4 de Game of thrones, voici une comédie corrosive qui s’attaque avec brio au mythe de la Silicon Valley. Mais au lieu de nous proposer une énième success story sur ce pôle high-tech, Mike Judge (l’auteur de Beavis et Butt-Head) nous montre l’envers du décors à travers la (sur)vie d’une startup appelée Pied Piper : des programmeurs asociaux inventent une web application dotée d’un algorithme révolutionnaire permettant des taux de compression jamais atteints dans l’histoire de l’informatique.

Il n’en faut pas plus pour attirer la convoitise de multinationales telle que Hooli, caricature à peine voilée de Google. Tout irait pour le mieux si les membres de Pied Pipper n’étaient pas des développeurs déjantés plus vrais que nature : un drogué aux champignons hallucinogènes qui se prend pour le nouveau Steve Jobs, un sataniste canadien sans-papiers qui ne supporte pas le logo et le nom « Pied Pieper », un leader angoissé incapable d’expliquer son business plan à qui que ce soit…

Silicon Valley est-il un clone de The Big Bang Theory ?

Pas vraiment : les scénaristes, extrêmement documentés, s’attaquent à la culture geek dans toute sa vacuité : lors du fameux concours Tech Crunch qui récompense l’innovation technologique, tous les candidats parlent de rendre « le monde meilleur » en présentant des applications pour le moins… discutables. Les PDG qui s’affrontent à coups de millions de dollars pour racheter Pied Piper sont moins des technophiles que des milliardaires bouffis d’orgueil, prêts à tout pour humilier la concurrence. Dans cet univers virtuel, impossible de savoir quel camp choisir tant les discours pseudo-humanistes façon Apple se heurtent au cynisme ambiant : une entreprise peut être valorisée du jour au lendemain plusieurs centaines de millions de dollars, avant de sombrer comme Chatroulette ou My Space dans l’oubli. « C’est tellement 2009 ! » s’exclame un développeur de la série lorsqu’il découvre un site Internet ringard…

À travers une critique au vitriole du monde de l’informatique et de sa présupposée cool attitude, Mike Judge nous renvoie à l’absurdité de notre société, mais aussi à la gentrification de San Francisco que j’évoquais dans cet article. La jungle du numérique qu’est la Silicon Valley est tournée en dérision avec des scènes à pleurer de rire, à tel point que j’ai regardé deux fois cette série en l’espace de 48h00 ! Certes, il n’y a pour l’instant qu’une saison de 8 épisodes, mais Silicon Valley est promise à un grand avenir. En attendant la saison 2, voici le vrai-faux site conçu par HBO. Et s’il ne suffit pas à vous convaincre, voici un petit extrait d’une scène que j’ai appelée « la séquence qui tue », uploadée rien que pour vous ! (merci de ne pas me dénoncer à l’HADOPI).

PS : pour avoir tous les sous-titres, ne laissez pas le pointeur de la souris sur la fenêtre.

Published in: on juillet 18, 2014 at 6:22  Comments (19)  
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La Voie de la Colère

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Le général Dun-Cadal fut le plus grand héros de l’Empire, mais il n’est plus aujourd’hui qu’un ivrogne échoué au fond d’une taverne. Alors qu’il raconte à une historienne ses exploits, un assassin sans visage se met à frapper au cœur de la République.

Le roman d’Antoine Rouaud est un véritable événement dans la Fantasy francophone et pour cause : il s’agit du premier livre de ce genre à bénéficier d’une sortie mondiale ! « La Voie de la Colère » est-il ce grand roman dont tout le monde parle ?

L’histoire commence dans une taverne de Masalia au temps d’une république balbutiante : une historienne retrouve l’ancien général Dun-Cadal. Le vieux guerrier aurait caché l’épée de l’Empereur peu avant sa chute. Alors qu’un assassin rôde dans la cité, Dun-Cadal raconte ses aventures passées avec un orphelin du nom de Grenouille, un jeune garçon qui n’avait qu’une ambition : devenir le plus grand des chevaliers.

Il est toujours très risqué pour un auteur d’alterner entre deux histoires, une au présent et l’autre via des flashbacks, car il y a un risque que le lecteur préfère l’une des deux. Antoine Rouaud ne tombe pas dans ce piège car on est rapidement happé par les deux intrigues, intimement liées : comment l’Empire a-t-il sombré ? Qui est ce mystérieux assassin qui rôde ? Ces questions n’en finissent pas de hanter le lecteur, qui enchaîne les chapitres. Lors de la première partie, Dun-Cadal a clairement eu ma préférence, au détriment de l’impétueux Grenouille. J’attendais avec impatience le milieu du roman pour savoir comment l’intrigue allait évoluer, car généralement la dynamique s’essouffle. Et j’avoue avoir été bluffé :

ATTENTION, CE PASSAGE RÉVÈLE DES MOMENTS-CLEFS DU LIVRE

avec un culot monstre, l’auteur dévoile l’identité de l’assassin (!) et change de point de vue (dans les flashbacks) pour adopter celui de Grenouille. La prise de risque ne s’arrête pas là : Antoine Rouaud se permet de revenir sur les événements de la première partie sans se répéter. L’émotion est au rendez-vous, car on comprend mieux certaines zones d’ombre.

Au-delà de cette (poignante) histoire de vengeance (les adieux entre Laerte et Esyld sont déchirants), j’ai adoré la structure adoptée, qui rappelle dans une certaine mesure le film Rashōmon d’Akira Kurosawa : deux points de vue différents battent en brèche la notion même de vérité. L’Empereur était-il un despote ? Un révolté qui change d’identité au point de combattre ses propres alliés ne devient-il pas un traître à sa cause ? Le fait que le protagoniste principal s’appelle « Laerte » est tout sauf un hasard. On pense au « Laërte » d’Hamlet, personnage tragique obsédé par la vengeance, mais aussi à Lorenzaccio : le héros romantique qui joue un double jeu, la lâcheté hypocrite de certains « républicains », la question du pouvoir… Antoine Rouaud revisite avec brio Musset, la Renaissance italienne et le mysticisme de la Guerre des Étoiles pour nous livrer un drame épique dans lequel les questions morales prédominent.

FIN DES RÉVÉLATIONS

Si l’univers de cette œuvre demeure très classique (le seul point faible selon moi), il n’en demeure pas moins qu’à la fin de ma lecture, j’ai eu envie de relire immédiatement ce livre pour mieux apprécier l’intrigue. En ce qui me concerne, c’est un signe qui ne trompe pas, « la Voie de la Colère » est un grand (premier) roman. Il restera dans les mémoires, qu’on se le dise !

Published in: on novembre 6, 2013 at 7:45  Comments (9)  
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