Scrivener 3 : premières impressions d’une révolution

En 2011 j’avais acheté une licence de Scrivener mais après m’être découragé j’avais bêtement désinstallé ce logiciel d’écriture… Et puis, il y a deux jours, j’ai vu passer sur Facebook cette notification de Lionel Davoust.

Intrigué par sa capture d’écran, je lui demande quel logiciel il utilise pour connaître précisément le nombre de signes qu’il lui reste à écrire dans son roman. ll m’explique alors qu’il s’agit de Scrivener, et me donne un lien vers son article, que je vous recommande. Je télécharge à nouveau ce logiciel, mais cette fois je suis les tutoriels… et découvre en l’espace de dix minutes que Scrivener est devenu un outil absolument phénoménal ! Comment ai-je pu passer des années sans l’utiliser ? Pendant longtemps je me disais qu’un bon auteur n’avait besoin que d’un traitement de texte… ce qui n’est pas faux en soi, mais si on suit cette logique jusqu’au bout, un romancier pourrait tout autant utiliser un stylo et des feuilles blanches. Si Tolstoï n’a pas eu besoin de Scrivener pour écrire les 1572 pages de Guerre et paix à la plume et à la bougie, il n’en demeure pas moins qu’il a accompli un travail de titan en étalant l’action de 1805 à 1820, de la guerre de la troisième coalition à la campagne de Russie de Napoléon, traitant au passage des sujets de société comme le servage ou la guerre… Inutile de dire que Tolstoï aurait probablement apprécié un tel outil ! Selon Lionel, « Scrivener est à l’écriture ce que Photoshop est aux arts graphiques » et je ne peux que lui donner raison.

Scrivener est révolutionnaire car il implique une nouvelle façon de concevoir un roman, un peu comme lorsque nous sommes passés de la machine à écrire au logiciel informatique. Comme l’a si bien résumé le romancier Michael Marshall Smith, « the biggest software advance for writers since the word processor ».

Etant donné que je ne suis, pour l’instant, qu’un débutant, je ne vais pas évoquer en détails tous les aspects de ce logiciel, mais juste expliquer en quoi il a (déjà) profondément modifié mon écriture au quotidien, avec notamment quelques fonctionnalités dont je ne peux plus me passer. Je m’excuse pas avance pour les éventuelles âneries distillées dans cet article, j’en serai le seul responsable. Ultime avertissement, la version testée est la toute dernière, Scrivener 3, sur Mac, mais il existe bien évidemment une version Windows (1.9.8), ainsi qu’une application iOs.

C’est parti !

Afficher les objectifs du projet

Avant de me mettre à Scrivener, cet été j’ai supprimé 100.000 signes inutiles pour que mon histoire démarre plus vite. Je suis donc passé à 340.000 signes… et refait au passage un peu de réécriture. Je me suis fixé comme objectif 450.000 signes pour le 1er septembre même si, avec de futures corrections éditoriales, il est fort probable que je monte à 500.000 signes, voire plus… C’est vraiment très simple à régler, il suffit d’aller dans la barre du haut et de sélectionner « Projet », puis « Afficher les objectifs du projet ». On peut même choisir d’employer des « mots » plutôt que des « signes ».

Scrivener se charge alors de calculer automatiquement combien il faut de signes par jour pour atteindre cet objectif. Pour mon manuscrit, je dois donc écrire quotidiennement 4259 signes, sur 25 jours.

 

C’est pour moi une fonction essentielle ! Étant donné que l’écriture est mon activité principale, avant Scrivener, j’étais tout le temps en train de me répéter mécaniquement tout au long de la journée « il faut que tu écrives/avances/finisses ce bouquin… Désormais, cette charge mentale a presque disparu ! Je sais, au signe près, où j’en suis. Si je termine en milieu d’après-midi mon objectif quotidien, le logiciel affiche une notification « Objectif de session atteint ».

À partir de ce moment précis, je sais que j’écris du « bonus » pour les jours suivants, ce qui est fort agréable. Cela me permet d’être plus détendu, moins dans « l’urgence ». Je m’ôte ainsi une culpabilité qui n’a pas lieu d’être et je peux même, le cas échéant, arrêter d’écrire pour me consacrer à d’autres activités en ayant l’esprit libre. Un peu comme un sportif qui s’entraînerait pour remporter une épreuve, et qui utiliserait un outil pour doser le plus efficacement possible ses efforts… Attendez… je crois que je suis en train de faire l’apologie du dopage. Bon, oubliez ce dernier exemple malheureux, vous avez compris l’idée.

Si, à l’inverse, vous avez très peu de temps pour écrire au quotidien, l’objectif de session peut se révéler tout aussi pertinent. Il suffit de se fixer un but raisonnable comme, par exemple, 1000 signes par jour, ce qui correspond à une dizaine de lignes. Dans une journée, vous trouverez forcément dix minutes pour les écrire. 1000 signes par jour, ça peut paraître très peu, mais en l’espace d’un mois, cela fait quand même 30.000 signes, 360.000 sur un an, soit la taille d’un roman ! Le fait de vous imposer seulement dix minutes d’écriture par jour permet également de supprimer certains blocages psychologiques, car on ressent moins de pression pour écrire, on créé un cercle vertueux.

 

L’objectif de document

 

Encore une fonctionnalité très pratique ! J’aime bien écrire des chapitres courts, qui font grosso modo 21.000 signes… environ sept pages dans mon ancien traitement de texte. Non seulement je trouve que ce procédé amène du rythme au récit, mais en plus il contribue à donner envie au lecteur de connaître la suite. Je me suis donc amusé à me fixer cet « objectif » pour chaque chapitre, objectif qui n’en est pas vraiment un car, bien sûr, il m’arrive d’écrire des chapitres plus longs. Toujours est-il que grâce à cette fonctionnalité, une jauge en bas de la fenêtre me permet, d’un simple coup d’œil, de savoir où j’en suis.

 

Pour créer un objectif de document, il suffit de cliquer sur le bouton en forme de cercles concentriques, tout en bas de votre fenêtre, sur la droite.

 


Le tableau de bord

C’est le cœur de Scrivener. L’éditeur peut s’utiliser classiquement, comme sous Word (« mode composite ») mais aussi basculer en mode « tableau d’affichage », en appuyant sur le bouton orange en forme de carré, en haut de votre fenêtre vers la droite.

 

Vous pouvez alors afficher vos chapitres de façon totalement indépendante, tout en conservant une vue d’ensemble. Concrètement, vous pouvez très bien commencer par écrire le ventre mou de votre histoire, ou son épilogue… sans pour autant bouleverser quoi que ce soit. Imaginons que je travaille sur une trilogie appelée, je ne sais pas moi, le Seigneur des Anneaux (j’espère que les ayants-droit de Tolkien ne me feront pas de procès, vous noterez que je prends vraiment des risques insensés pour vous, fou que je suis).

 

Je décide de commencer par écrire l’anniversaire de Bilbo sans passer par le prologue… Pas de problème ! La colonne de gauche est ce qu’on appelle « le classeur » (en anglais binder). Vous pouvez organiser vos chapitres en textes, eux-mêmes organisés dans des dossiers, et ainsi naviguer dans votre manuscrit très facilement sans ralentissements, même si vous avez inséré des images, des cartes, des photographies, des PDF… À l’inverse, si vous n’êtes pas architecte mais jardinier, vous pouvez également vous servir de Scrivener comme d’un traitement de texte classique au fil de l’inspiration, et centraliser tous vos documents au lieu d’avoir mille fichiers Word éparpillés dans le disque dur !

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Pour créer un nouveau texte ou un dossier, rien de plus simple : il vous suffit de cliquer en haut à gauche sur le petit onglet situé entre la croix verte et l’icône corbeille.

En mode « tableau d’affichage », vos chapitres apparaissent sous forme de fiches que vous pouvez compléter via des résumés.

 

 

 

 

 

 

 

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Pour obtenir les fiches et les notes en même temps, il suffit de cliquer sur le bouton bleu « i » (l’inspecteur), en haut tout à droite de votre écran.

C’est génial d’avoir sous les yeux le mini-synopsis d’un chapitre, de savoir immédiatement de quoi il parle… et donc de ne pas perdre le fil de l’histoire ! Ces fiches peuvent s’accompagner de notes, jaunes, des post-it qui permettent de ne pas oublier certaines idées à exploiter.

Capture d_écran 2018-08-09 à 14.03.21

 

Ce n’est qu’un minuscule aperçu des possibilités de Scrivener, mais je compte dresser un bilan plus complet dans six mois. Ce qu’il faut retenir à mon sens, c’est cette impression que le logiciel vous donne des ailes pour escalader de nouveaux sommets insoupçonnés. Depuis que je l’ai installé, j’écris plus en perdant moins de temps, car j’ai en permanence sous les yeux mon synopsis, mes notes…. Je peux même travailler facilement en parallèle sur mes tomes 2 et 3 sans attraper de migraine !

Je ressens un peu la même excitation que lorsque je suis passé sur Mac en 2005 : mes nouveaux outils étaient si agréables à l’utilisation que c’est à partir de ce moment précis que j’ai eu le sentiment que je pouvais enfin terminer la rédaction d’un roman. Bien sûr, j’aurais pu le faire sur un PC, mais il n’en demeure pas moins qu’un outil plus sophistiqué capable de vous soulager autant dans votre travail est, pour moi du moins, inestimable. Cerise sur le gâteau, Scrivener 3 gère Antidote.

Si vous êtes intéressé par ce logiciel, je vous recommande chaudement de passer par les tutoriels vidéos, ils sont obligatoires pour maîtriser un minimum Scrivener. Ils sont en anglais, mais même avec mon niveau de compréhension médiocre, ils ne m’ont pas procuré de difficultés. Il faut juste veiller, avant de les regarder, à lancer son application sur son propre ordinateur afin de reproduire les manipulations (en mettant sur pause la vidéo, le cas échéant). Et, bien sûr, suivre les tutoriels dans l’ordre. Je vous conseille donc cette première vidéo, très instructive. Elle ne dure que dix minutes et vous permettra de commencer à travailler immédiatement avec ce fabuleux outil, infiniment plus efficace qu’un simple traitement de texte.

Un immense merci à Lionel pour cette (re)découverte !

Published in: on août 9, 2018 at 12:08  Comments (5)  

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5 commentairesLaisser un commentaire

  1. C’est vrai que c’est un très bon outil. Auparavant, j’utilisais OneNote pour tout organiser, notamment les fiches de personnages, mais les fonctions spécifiques telles que les statistiques/objectifs sont tellement utiles que c’est ensuite dur de s’en passer ! En plus, via Dropbox, on peut synchroniser sur plusieurs appareils (PC/Mac, smartphone, tablette…).

  2. Oui ! J’ai d’ailleurs hâte de tester sur un iPad Pro cette fonction via Dropbox, ça a l’air terrible ! 🙂

  3. J’ai testé Scrivener début 2017 (avec leur mois d’essai gratuit) (notamment grâce aux articles de Lionel Davoust sur le sujet ^^) et j’ai tout de suite été séduite ! 🙂 Franchement, en tant que jardinière, ça m’a vraiment bien aidée – et aussi pour les corrections (ma bête noire), que je trouve bien plus aisées avec ce logiciel. Bref, ça a révolutionné aussi ma façon d’écrire, donc je ne peux qu’opiner et comprendre ton enthousiasme ! 🙂
    Ne me reste plus qu’à vaincre ma procrastination et ma tendance à l’éparpillement, mais ça ne saurait tarder puisque je compte, en septembre, mettre en application une autre méthode découverte sur le blog de Lionel Davoust (décidément ! Il a songé à écrire un livre pour les apprentis-auteurs, comme Stephen King ? Je suis sûre que ce serait une mine !) : la méthode GTD ! (j’ai lu le bouquin dans sa version audio, un peu fastidieux sous cette forme mais j’ai pris plein de notes).

    • Merci pour ton point de vue intéressant de jardinière ! C’est ce qui est génial avec Scrivener : peu importe ta façon de travailler, le logiciel s’adapte ! Je ne connais pas la méthode GTD, mais j’irai faire un tour sur le blog de Lionel, sens que je vais apprendre des choses…
      J’ai adoré le bouquin de Stephen King sur l’écriture, très inspirant. C’est toujours passionnant d’entendre des retours d’expérience, à plus forte raison quand il s’agit de grands auteurs…

  4. […] les joies des corrections ! Comme je l’avais écrit dans cet article, j’ai supprimé 100.000 signes de mon manuscrit. Pour vous donner un ordre idée, cela […]


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