Les pays qui m’ont inspiré : le Japon

Nagasaki

Aujourd’hui un article (et des photos) sur un voyage qui a influencé l’écriture de ma trilogie, les pirates de l’Escroc-Griffe. J’ai en effet eu la chance de visiter des pays lointains qui ont profondément changé ma vision du monde. Au Japon, j’ai rencontré des gens exceptionnels qui ont nourri ma plume et pour cause : imaginez qu’en France les vêtements médiévaux soient toujours à la mode, et que nous ayons conservé nos valeurs chevaleresques ?

Des musiciens à Tokyo

Je suis allé trois fois au pays du Soleil-Levant, sans être rassasié. Le dernier voyage a duré trois semaines, mais en suis-je jamais revenu ? Ce pays continue à me hanter au quotidien. Partir au Japon, c’est revenir irrémédiablement changé, tant cette culture transforme le regard que vous portez sur les autres. En France, lorsque nous faisons la queue nous n’avons qu’une seule peur : que quelqu’un nous grille la politesse. Au Japon, la crainte, c’est de manquer de respect à son prochain. Jamais je n’ai rencontré de peuple aussi hospitalier, serviable et respectueux. Une mentalité de samouraï. Je me souviens qu’un jour, de grosses inondations ont bloqué le train dans lequel nous étions avec ma compagne. Nous posons des questions au contrôleur :  comme il ne parle pas anglais, il demande de l’aide au micro. Un passager se lève spontanément, nous explique la situation et nous propose de nous accompagner jusqu’à Tokyo via le métro. Il nous guide pendant trois quart d’heure, avant de s’excuser platement : il doit repartir travailler ! Je me rappelle aussi d’un magasin high-tech, et de l’expression effarée de cette vendeuse lorsque je lui demande si je peux acheter le robot en vitrine. Sur le coup, je me dis qu’elle va m’annoncer que le produit n’est pas disponible. Elle m’avoue alors d’une voix craintive que le robot est dans l’arrière-boutique, mais qu’il faut que je patiente cinq minutes, et elle s’en excuse…

Un train en bois traditionnel

Un train en bois traditionnel

Lorsque vous êtes perdu, il ne faut pas plus de quelques instants pour que quelqu’un vous vienne en aide, sans arrière-pensée : le Japon est le pays doté du plus faible taux de criminalité au monde. Si vous égarez votre porte-feuille, vous avez toutes les chances de le récupérer aux objets trouvés. On a la sensation d’évoluer dans une bulle aseptisée, étrangement familière pour notre regard occidental : les symboles sont omniprésents. Le Japon est en effet une civilisation de l’image.

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On rencontre quotidiennement des gens à des années-lumières du stéréotype de l’asiatique froid : il faut entendre les tokyoïte faire la fête le soir, après une dure journée de travail ! Les habitants de l’île méridionale de Kyushu ont un tempérament encore plus chaleureux, aussi explosif que le volcan de Kagoshima.

Bien que le climat de cette partie du Japon soit subtropical, la culture a quelque chose de méditerranéeen, notamment au niveau de la cuisine, délicieuse. Un jour, dans un restaurant nous avons tellement apprécié le plat que j’ai innocemment dit au serveur « vous féliciterez le cuisinier, en France je n’ai jamais mangé un plat aussi bon ».

À la fin du repas, le cuisiner vient à notre table, et avant que je puisse dire quoi que ce soit, s’incline trois fois devant nous, le plus bas possible ! Une touchante marque de respect quand on connait les codes sociaux. Face à un ami, on s’incline de la même façon. Mais face à un supérieur hiérarchique, on s’incline plus bas en signe de respect… Je le sais d’autant plus que j’ai eu une dette morale à honorer  ! En effet, lors de mon premier voyage, j’ai invité un ami japonais au restaurant. Pendant le repas, je lui offre une bouteille de vin, et à la fin je pars discrètement payer : erreur ! Mon ami s’incline avec gêne, il est vexé, car il se sent incapable de rendre la pareille, ce que je n’avais bêtement pas prévu. Chacun doit amener un cadeau d’une valeur égale. Aussi, lors de mon troisième voyage, je me suis laissé inviter par mon ami qui a payé le restaurant, et offert un cadeau. Au moment de recevoir le présent, je me suis profondément incliné, le mal était ainsi réparé.

On parle de respect, mais quand il le faut, les Japonais savent aussi relever la tête : il s’agit du seul peuple à avoir subi deux bombardements nucléaires. Visiter Hiroshima au coucher du soleil est une expérience bouleversante : alors qu’on contemple les stigmates de cette apocalypse, on réalise que le Japon s’est relevé de toutes les catastrophes. Un journaliste américain racontait que dans les années 50, il était difficile d’imaginer qu’Hiroshima avait été ravagée par la bombe atomique tant les travaux de reconstruction étaient impressionnants. Sentiment renforcé à Nagasaki, ville d’une rare beauté. Quelques monuments témoignent encore de la sauvagerie de ces deux bombardements.

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En 1945, un habitant d’Hiroshima a retrouvé la maison de son oncle ravagé par l’incendie du bombardement. Il a ramené à pied une flamme à Tokyo. Plus tard, les flammes d’Hiroshima et de Nagasaki furent réunies en une seule qui, depuis 1945, n’a jamais cessé de brûler, entretenue religieusement par les moines du parc de Ueno.

La flamme d’Hiroshima et Nagasaki

 

Pour toutes ces raisons (en fait il me faudrait plusieurs articles…), le Japon a profondément changé le rapport que j’avais à l’Autre, et m’a donné l’impression d’avoir trouvé une civilisation si raffinée qu’elle parait, sur certains aspects, en avance sur la nôtre… Si, bien sûr, aucune civilisation n’est parfaite, celle du Japon a néanmoins beaucoup à nous apprendre. En tout cas en ce qui me concerne, c’est le cas, et je crois qu’il y a un peu de Soleil-Levant dans le personnage de Goowan et du peuple Kazarsse : le respect de soi et des autres, la philosophie fataliste de la Voie… De la même façon, Hiroshima et Nagasaki m’ont fait prendre conscience que l’Humanité ne sera jamais à l’abris d’une catastrophe majeure, susceptible de la faire régresser à l’âge de pierre… Pourvu que ce cataclysme n’arrive jamais.

La bande-originale des Pirates de l’Escroc-Griffe

Goowan, par Céline Lacomblez

Goowan, par Céline Lacomblez

Depuis l’année 2010, les livres numériques enrichis sur iPad ont bouleversé la vision que je pouvais avoir d’un ebook. J’ai ainsi été ému par L’homme Volcan de Mathias Malzieu, angoissé par Kadath, le guide de la cité inconnue, ou bien encore émerveillé par le somptueux Herbier des Fées de Benjamin Lacombe et Sébastien Perez, dont un extrait gratuit est disponible sur iTunes.

De mon côté, j’ai toujours essayé d’imaginer le son de l’hydrodéon que porte Goowan, l’homme-iguane représenté juste au-dessus. La quête de ce son imaginaire, et par extension la musique du livre, est devenu une obsession (si vous aimez ce genre d’expérimentation je vous recommande chaudement le pantin sans visage aux Editions du Riez, une bande-dessinée accompagnée d’un CD qui n’est pas sans rappeler Radiohead, c’est absolument génial).

En 2012, j’ai composé sur mon Mac un premier morceau intitulé les sauvages du Maelström. Puis j’ai fait lire à Marc le roman. Il a été interpelé par l’hydrodéon et, anecdote amusante, s’est livré à une réflexion sur son fonctionnement, comme si l’instrument existait. Selon lui, les Kazarsses émettent un léger champ électrique naturel, imperceptible pour l’Homme. Ce champ permet l’électrolyse qui fait vibrer l’eau de l’hydrodéon (voir le dessin plus haut).

On s’est promis de reconstituer ce son, et plus largement, de créer une bande-originale un peu dans l’esprit de Dead Man de Jim Jarmush : pour ce western en noir et blanc complètement barré, Neil Young avait créé une BO démentielle, avec notamment certains dialogues du film. On a envie d’adopter une démarche similaire : de la musique atmosphérique, mais aussi des lectures du texte, de l’ambiance… Et peut-être ce fameux son que nous recherchons !

En attendant, je vous livre en avant-première les premiers rushs de Marc : ce que vous allez entendre n’est pas de l’hydrodéon, il s’agit juste d’un essai instrumental, mais je voulais partager avec vous ce voyage expérimental sur les Mers Turquoises. Ce morceau s’appelle la Voie, en hommage à la philosophie fataliste des hommes-iguanes Kazarsses. Pour Goowan, il faut « suivre la Voie « . Lorsqu’il parle de sa philosophie au jeune Caboche, j’imagine tout à fait cette musique accompagner ses paroles.

 

PS : il faudra encore pas mal de mois pour composer cette bande-originale, mais de temps en temps je vous donnerai des nouvelles ! Et puis cet article m’aura permis de vous présenter ma « famille artistique », Marc, François, Céline, autant d’artistes avec qui je partage le même imaginaire…

EDIT : les lecteurs les plus assidus l’auront compris, la bande-originale des Pirates de l’Escroc-Griffe constitue le mystérieux trésor dont je parlais dans un article plus récent ! Pour découvrir la totalité de la bande-originale, vous n’avez plus qu’à trouver le nom de la page cachée sur le blog, il suffit d’aller dans votre barre de navigation et de rajouter à l’adresse https://escroc-griffe.com/ le mot-clef adéquat et vous tomberez sur la BO en libre écoute.

Bonne chance !

Published in: on octobre 11, 2013 at 11:03  Comments (25)  
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… Et le site devint un blog

Après plusieurs années de sevrage, j’ai décidé de me relancer dans l’aventure des blogs !

– un blog ?! s’exclame la foule en délire (oui, la foule est en délire, j’ai le droit d’écrire ce que je veux après tout).

En fait, depuis longtemps, j’ai envie de chroniquer les romans, films, ou séries SF/Fantasy/Fantastique qui me tiennent à cœur. Certes, il y a Facebook, mais je ne voulais pas imposer à certains amis qui ne lisent pas, n’aiment pas l’Imaginaire, ou n’apprécient guère les longs articles mes élucubration réflexions. Vous trouverez ici :

– des billets enthousiastes (quand j’aime quelque chose, je perds souvent tout sens critique, c’est vraiment un défaut chez moi, mais je me soigne)
– de la mauvaise foi (surtout avec Twilight et les nouveaux Star Trek)
– des critiques de romans essentiellement francophones, à cause de ma « PAL », comprenez « pile à lire », plus haute que l’Empire State Building. Chaque fois que je regarde cet empilement d’ouvrages, la honte me submerge et j’ai envie de me donner des coups de fouet tel un moine de l’Opus Dei, alors qu’en plus j’ai détesté le Da Vinci Code, c’est dire mon degré de perversité.
– Des nouvelles de mes soumissions éditoriales ainsi que de mes projets en cours.

Vous ne trouverez pas :

– un rythme de parution régulier (si je commence à me fixer des deadlines, ça va me décourager, je préfère ne pas me mettre la pression)

Tenir un blog me permettra également de patienter avant la publication des Pirates de l’Escroc-Griffe, la trilogie que j’ai écrite et qui a reçu l’estampille Cocyclics il y a quelques mois (mon interview est ici). En attendant sa parution, vous retrouverez sur la colonne de droite différents aspects de l’univers des romans, ainsi que les belles illustrations de Céline Lacomblez. Avant le prochain article, un cadeau bonus : Céline nous livre un Goowan dans une version colorée, que j’aime beaucoup. À bientôt !

Goowan

Published in: on septembre 25, 2013 at 12:58  Comments (14)  
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Bienvenue à l’Université de Saviola

Chers étudiants,

la brochure que vous tenez entre les mains est destinée à celles et ceux qui souhaitent poursuivre leurs études au sein de notre université. Sur votre droite, vous pouvez observer une liste d’Unités d’Enseignement, renvoyant à des résumés de cours ou des présentations de programmes. Bien évidemment, vous pouvez vous inscrire à plusieurs U.E., mais il va de soit que le travail à fournir sera d’autant plus important !

Je ne saurais rappeler l’importance des recherches personnelles. Soyez curieux ! Apprenez une langue morte telle que le Chéni ! N’hésitez pas à participer aux réunions du Groupe d’Etude et d’Entraide Kinesis ! Je vous encourage également à vous intéresser à la Mécanique, car trop de jeunes ignorent encore les principes de la machine à vapeur.

En vous souhaitant de mener de brillantes études,

Edwyn Van Stoorwan, Professeur en Chéniologie.

PS : prononcez « Kéniologie ».

Published in: on juillet 21, 2010 at 9:01  Comments (4)