Le prestige des Aventuriales

Ça y est, la saison des salons est lancée, l’occasion pour moi de vous parler d’un festival qui me tient particulièrement à cœur, puisqu’avec Nadia Coste, j’en suis le parrain !

 

 

Je parle bien sûr des Aventuriales, un événement de la littérature de l’imaginaire devenu incontournable au fil des ans. Cette année, pas moins de 120 auteurs (!) seront en dédicace, dont Charlotte Bousquet et Christopher Priest. Ce dernier viendra en personne assister à la projection du Prestige, le film adapté de son best-seller et j’aurai, excusez du peu, l’honneur de présenter ces deux œuvres juste avant la diffusion du long-métrage de Christopher Nolan !

Pour en savoir plus sur les animations (tables rondes, jeux de rôle, cosplays, et même combats au sabre laser sont prévus !), vous pouvez vous rendre sur le site officiel.

Bonus : une petite vidéo avec votre serviteur qui sera, bien sûr, en dédicace

À très vite !

Published in: on septembre 27, 2018 at 7:08  Comments (4)  

Comme un sparadrap sur une jambe de bois

Ah, les joies des corrections ! Comme je l’avais écrit dans cet article, j’ai supprimé 100.000 signes de mon manuscrit. Pour vous donner un ordre idée, cela correspond à peu près à 1/5e de mon roman… Une décision difficile à prendre, mais qui m’a procuré un bien fou !

Cage.gif

Quand je relisais mon bouquin, j’avais l’impression que l’intrigue peinait à démarrer. Je me rassurais en me disant qu’il s’agissait d’un tome d’exposition, que je devais forcément mettre mon univers en place, présenter les personnages, les enjeux… J’ai même essayé de réécrire plusieurs chapitres, histoire d’injecter plus de tension dans mon récit.
Arnold.gif
En réalité, je me suis retrouvé dans la peau du bébé qui tente de faire rentrer des cubes dans des ronds. Parfois, il faut accepter qu’une idée ne fonctionne pas.

J’ai supprimé six chapitres, recyclé quelques séquences et… miracle, l’événement déclencheur intervient désormais plus tôt dans l’intrigue. Par « événement déclencheur », j’entends l’événement qui va lancer le récit pour de bon. Si le conflit est un moteur essentiel, encore faut-il qu’à un moment donné l’histoire décolle… et ce n’est pas si simple !

Mon tome 1 des pirates de l’Escroc-Griffe était résolument orienté « aventure », donc je n’ai pas eu trop de problèmes de ce côté étant donné que l’histoire commence in media res (un orphelin embarque en catastrophe sur un navire pirate). Pareil pour les Feux de mortifice, qui démarre immédiatement après la fin des Terres Interdites.

De manière générale, j’aime quand une histoire débute avec un événement riche en émotion, capable de secouer le lecteur, et même de le traumatiser. J’adore les premières lignes de Seul sur Mars (et tout le roman, d’ailleurs)

J’ai bien réfléchi et maintenant j’en suis sûr : je suis foutu. Foutu de chez foutu. Dire que ce devaient être les deux mois les plus extraordinaires de ma vie… Six sols plus tard, le rêve s’est transformé en cauchemar. Je ne sais pas qui lira ce truc. Quelqu’un finira bien par le trouver. Dans une centaine d’années, peut-être. Pour information, je ne suis pas mort le sixième sol comme le pense le reste de l’équipage – mais je ne peux pas en vouloir à mes collègues. Peut-être aurai-je droit à une journée de deuil national ? Dans ma fiche Wikipédia, on lira : « Mark Watney est le seul être humain à avoir perdu la vie sur Mars. » (…) Laissez-moi vous résumer ma situation : je suis coincé sur Mars, je n’ai aucun moyen de communiquer avec Hermès ou la Terre, tout le monde me croit mort et je suis dans un Habitat censé pouvoir durer trente et un jours. Si l’oxygénateur tombe en panne, je suffoque. Si le recycleur d’eau me lâche, je meurs de soif. Si l’Habitat se fissure, j’explose ou un truc comme ça. Dans le meilleur des cas, je finirai par crever de faim. Ouais, je crois bien que je suis foutu.

Une fois que l’intrigue prend son envol, lors des corrections il faut éviter un autre écueil, celui du « ventre mou », c’est-à-dire le milieu d’une histoire. C’est généralement le moment où la tension retombe… et si elle retombe trop, le lecteur décroche. C’est un peu pour cette raison que George R.R. Martin tue régulièrement un personnage ! Une technique à manier avec beaucoup de précaution, car elle peut vite devenir un effet de mode à double tranchant comme dans The Walking Dead : si le spectateur s’est trop identifié à l’un des héros et que ce dernier trépasse, il peut arrêter de regarder la série.

À ma petite échelle, j’ai été confronté à une autre difficulté, d’ordre structurel. Dans mon tome 3, mes protagonistes principaux se retrouvaient séparés, ce qui est toujours délicat à gérer, même pour de grands auteurs. Tolkien racontait qu’il avait écrit les Deux Tours « dans la douleur », de 1941… à 1944 ! Ce qui n’est guère étonnant, puisque les héros de la Communauté de l’Anneau sont éparpillés sur la Terre du Milieu. Robert Louis Stevenson lui-même a perdu l’inspiration sur l’Île au Trésor au bout de 15 chapitres ! Ces derniers étaient publiés sous forme de feuilleton dans une revue, mais à partir du moment où Jim arrive sur l’île, isolé du reste de l’équipage, c’est la panne. Stevenson va même faire une dépression pendant plusieurs semaines…*

Dans ces exemples, je pense que c’est essentiellement le manque (ponctuel) de liant qui a posé des difficultés à ces illustres romanciers. Dans les deux cas, on a une intrigue classique (des héros s’en vont accomplir une quête héroïque/un équipage part à l’aventure sur un navire), avec un enjeu qui devient plus flou après un événement crucial (suite à une trahison, la Compagnie de l’Anneau vole en éclats/une mutinerie divise l’équipage de l’Hispaniola). Ce que l’intrigue gagne en richesse et en complexité (chaque personnage va suivre son propre cheminement et amener un point de vue original sur les événements), elle le perd en fluidité car l’auteur ne raconte plus une, mais des histoires qui devront, tôt ou tard, se recouper pour que toutes les portes soient refermées. Certains cinéastes excellent dans l’art de réaliser un film choral qui peut fonctionner de manière magnifique (Pulp Fiction, Traffic, 21 grammes, Babel, Cloud Atlas), mais aussi se révéler être un désastre si l’un des arcs narratifs est plus faible que les autres, à cause d’une sous-intrigue peu intéressante ou d’un personnage insipide.

Cloud Atlas.gif

Cloud Atlas, l’un des 10 plus grands films de SF de tous les temps

Depuis le début de cet article on parle de techniques d’écriture, mais, comme toujours, il y a une dimension psychologique chez l’auteur qui peut également poser problème, surtout sur un premier roman. C’est ce que j’appelle le syndrome de la première fois. Imaginez que vous ayez écrit un livre quand vous étiez ado, un bouquin auquel vous tenez beaucoup. Mais oui, vous savez, cette histoire de jeune paysan qui sauve le monde conformément à une prophétie ! Vous vous êtes juré que ce tout premier manuscrit resté dans le tiroir serait un jour publié. Vous commencez les corrections, jusqu’au moment où vous redécouvrez une séquence à laquelle vous êtes particulièrement attaché… impossible d’y toucher ! Non pas que la scène en question soit géniale : à vrai dire, elle n’apporte rien à l’intrigue et les personnages qu’on y rencontre sont secondaires, mais vous avez adoré l’écrire, elle vous rappelle de bons souvenirs. Le souci, c’est que votre style a (lui aussi) muri depuis votre adolescence… et qu’il y a probablement d’autres passages de ce type dans votre manuscrit. La situation est d’autant plus complexe si vous aviez un style et optimiste durant vos études à la fac, et une plume plus grave après une rupture amoureuse ou un deuil… La conséquence de tout ça, c’est que votre texte est tout sauf homogène, un peu comme lorsque vous tombez par hasard sur votre journal intime et que vous avez l’impression qu’il a été écrit par un étranger (ce qui est, d’un certain point de vue, le cas). Vous vous retrouvez contraint de mettre du liant dans un patchwork comportant des styles différents, quand ce ne sont pas vos idées et votre état d’esprit qui ont changé en cours de route ! Ce travail ressemble de plus en plus à de la chirurgie opératoire.

table.jpg

Pas de panique, il y a des solutions :

Mettre des pansements

Corriger un texte de jeunesse demande un effort colossal qui est louable. Le souci, c’est que certains auteurs s’acharnent sur un premier roman et le retravaillent encore et encore, parfois sur plus d’une décennie… avant de se rendre compte qu’il ne fonctionne toujours pas. Ne leur jetez pas la pierre, c’est très difficile de rester lucide quand on est attaché à son tout premier bébé manuscrit.

Trancher au scalpel

Certains écrivains préfèrent reprendre tout à zéro et réécrire intégralement un bouquin. C’est, de loin, ma solution préférée. Vous vous libérez complètement de charges mentales qui paralysent votre écriture pour repartir à l’assaut de votre montagne personnelle avec une énergie nouvelle, et surtout, un meilleur style. Ce n’est pas qu’une question de forme : les personnages que vous créez à cinquante ans n’ont pas la même maturité que ceux que vous imaginez à quinze. Bien sûr, même si vous êtes très jeune, mon constat ne doit pas vous décourager ! La valeur n’attend point le nombre des années : Boris Vian a bien écrit l’Écume des jours à vingt-six ans…

Débrancher le malade

C’est triste, mais faire son deuil est parfois la seule solution… À vingt-deux ans j’ai écrit un roman fantastique (inachevé), avec comme protagoniste principal un homme défiguré qui traverse les siècles et dresse, au moment de mourir, un bilan de sa vie. Au bout de cent pages, j’ai réalisé que je n’avais aucune idée de ce que ce vieux personnage pouvait réellement ressentir, de sa souffrance physique et morale, ou bien de l’étendue de sa solitude. Pire, j’avais l’impression qu’à vingt-deux ans je ne possédais pas le quart de son expérience…  En fait, inconsciemment, je tentais d’imitais maladroitement le style très sombre d’Anne Rice, une auteure qui m’avait marqué. J’ai fini par laisser ce roman dans un tiroir (au sens propre, à cette époque j’étais assez fou pour écrire sur du papier. Un autre millénaire…). Il y a une chance sur mille que cette histoire réussisse à s’échapper un jour de mes oubliettes. Si c’est le cas, ça sera une réécriture complète, afin d’éviter de mettre un sparadrap sur une jambe de bois tant la simple relecture de ce manuscrit me pique les yeux.

Bien sûr, chaque auteur est différent. Comme je sais que c’est un bourreau de travail, j’ai demandé à l’ami Paul Beorn**, Prix Imaginales des lycées 2016 pour son (excellent) Septième Guerrier Mage, quelle était son approche, voici sa réponse (un grand merci à lui).

Jean-Sébastien me fait l’honneur et le grand plaisir de m’inviter à glisser quelques mots sur son blog, merci ! Bonjour à toutes et à tous ! Donc, ce premier jet est malade, dis-tu. Que faut-il en faire ? Je vais parler de mon petit point de vue, de ce que j’ai vécu et continue de vivre en tant qu’auteur…

Première question : qu’est-ce qui me fait penser que ce manuscrit est malade ? Si cette impression me vient après des jours et des jours passés à le corriger, la première chose que je vais faire est de le laisser reposer quelque temps et de le relire à tête reposée pour voir si je suis toujours du même avis. Si cette impression me vient de l’avis convergent de plusieurs bêta-lecteurs, alors je vais avoir tendance à les écouter et, là aussi, à faire reposer le texte. Si vraiment l’impression de ratage persiste, alors il est temps de passer à la deuxième question.

Deuxième question : cette maladie est-elle grave ou non ? Un roman souffre parfois de quelques défauts qui peuvent être corrigés. Il m’est arrivé d’écrire des manuscrits qui me semblaient totalement ratés, et qui ont été métamorphosés par l’ajout d’un chapitre, la modification de trois ou quatre passages et la suppression d’un paragraphe. Mais parfois, les problèmes sont plus sérieux. Le début n’a plus aucun rapport avec la fin ? On ne sait toujours pas de quoi le texte parle, à la moitié du roman ? Les principales questions posées sont oubliées et non résolues ? Il n’y a pas de règles pour écrire un bon ou un mauvais roman, mais personnellement, ce genre de signe, je n’aime pas les voir dans mes textes. Ce qui nous amène directement à la troisième question : ce roman, est-ce que j’y tiens ? Pardon, je vais reposer ma question : ce roman, me fait-il vibrer au plus profond de moi ? Est-ce que je ressens l’urgence, la passion, l’envie absurde de passer encore des heures et des heures à le travailler jusqu’à ce qu’il soit le meilleur possible ? C’est finalement la plus importante de toutes, à mes yeux. Et si la réponse est « oui », alors la réponse pour moi, c’est qu’il faut le soigner à tout prix. Certains auteurs réécrivent tout, moi je corrige chaque phrase, chaque paragraphe et chaque chapitre l’un après l’autre. Chacun ses méthodes. Mais en tout cas, il faut s’acharner pour défendre ce qu’on aime ! Si, en revanche, l’envie n’est plus là… Alors à quoi bon ? Ce roman portera peut-être en germe un autre roman : à partir d’une scène, d’un personnage. Peut-être qu’un morceau de ce manuscrit pourra être réutilisé ailleurs. Ou peut-être pas. Et peut-être que l’envie renaîtra plus tard, enfin prête à faire éclore un nouveau manuscrit, profondément modifié. Cela ne m’est jamais arrivé, mais d’autres auteurs l’ont vécu, alors pourquoi pas ?

J’aime beaucoup ce que nous dit Paul à propos de l’émotion et de l’envie, il nous renvoie à cette fameuse dimension psychologique qu’on ne peut balayer d’un revers de la main. Supprimer des scènes, des chapitres et, à plus forte raison, un roman entier, n’est jamais une décision facile, mais pour tenter d’y voir plus clair, on peut considérer le livre de manière holistique, comme on s’occuperait d’un arbre.

la vie secrète des arbres.gif

Tiens à propos d’arbre, je suis en train de me dire que je n’ai toujours pas lu ce bouquin, il parait qu’il est vraiment passionnant

À vos yeux, il ne s’agit pas de n’importe quel arbre, c’est votre arbre, le plus beau ! Vous y êtes attaché parce que vous l’avez planté lors d’un événement heureux et qu’il a grandi avec vous mais dans l’absolu… c’est juste un arbre au milieu d’une immense forêt. Il présente des forces et des faiblesses avec lesquelles il faut composer. Il peut disposer des racines robustes et dans le même temps manquer de soleil ; posséder une écorce de qualité, mais une base attaquée par des champignons parasites.

Parfois, un jardinier a le bonheur de planter une graine qui deviendra un chêne extraordinaire. Il s’épanouira pendant des siècles et suscitera l’admiration… mais pour la plupart des autres jardiniers, obtenir un arbre de taille modeste va demander beaucoup d’investissement pour un résultat incertain. Il faut sectionner les branches malades et, dans les cas les plus extrêmes, ne pas hésiter à couper l’arbre lui-même pour planter une nouvelle graine. Recommencer ce lent travail de jardinage, encore et encore… Un processus long, ingrat et dérisoire. Jeunes auteurs, n’ayez aucun doute sur le fait que la plupart des gens qui suivent une norme estimeront que votre activité n’est rien d’autre qu’une folie risible, digne d’un marginal au mode de vie alternatif. Ils vous jugeront. Rares sont ceux qui comprendront combien l’acte d’écrire quotidiennement s’apparente à une quête, et même à une philosophie.

Fisher King.jpg

Robin Williams, clochard new-yorkais sublime, en quête du Graal dans Fisher King

On peut se moquer d’un auteur et de ses obsessions, de son métier qui est le moins rentable du monde, mais que serait une vie sans livres ? Un univers terne et bien triste, c’est certain.

 

*Stevenson se rend alors en Suisse pour guérir de la tuberculose qui le ronge depuis des mois. Il retrouve de la sérénité et achève son roman à trente et un ans, le premier après bien des tentatives infructueuses… le début de la gloire.

** Paul donne d’excellents principes d’écriture sur son blog, que je vous recommande chaudement.

Published in: on août 17, 2018 at 9:31  Comments (12)  

Scrivener 3 : premières impressions d’une révolution

En 2011 j’avais acheté une licence de Scrivener mais après m’être découragé j’avais bêtement désinstallé ce logiciel d’écriture… Et puis, il y a deux jours, j’ai vu passer sur Facebook cette notification de Lionel Davoust.

Intrigué par sa capture d’écran, je lui demande quel logiciel il utilise pour connaître précisément le nombre de signes qu’il lui reste à écrire dans son roman. ll m’explique alors qu’il s’agit de Scrivener, et me donne un lien vers son article, que je vous recommande. Je télécharge à nouveau ce logiciel, mais cette fois je suis les tutoriels… et découvre en l’espace de dix minutes que Scrivener est devenu un outil absolument phénoménal ! Comment ai-je pu passer des années sans l’utiliser ? Pendant longtemps je me disais qu’un bon auteur n’avait besoin que d’un traitement de texte… ce qui n’est pas faux en soi, mais si on suit cette logique jusqu’au bout, un romancier pourrait tout autant utiliser un stylo et des feuilles blanches. Si Tolstoï n’a pas eu besoin de Scrivener pour écrire les 1572 pages de Guerre et paix à la plume et à la bougie, il n’en demeure pas moins qu’il a accompli un travail de titan en étalant l’action de 1805 à 1820, de la guerre de la troisième coalition à la campagne de Russie de Napoléon, traitant au passage des sujets de société comme le servage ou la guerre… Inutile de dire que Tolstoï aurait probablement apprécié un tel outil ! Selon Lionel, « Scrivener est à l’écriture ce que Photoshop est aux arts graphiques » et je ne peux que lui donner raison.

Scrivener est révolutionnaire car il implique une nouvelle façon de concevoir un roman, un peu comme lorsque nous sommes passés de la machine à écrire au logiciel informatique. Comme l’a si bien résumé le romancier Michael Marshall Smith, « the biggest software advance for writers since the word processor ».

Etant donné que je ne suis, pour l’instant, qu’un débutant, je ne vais pas évoquer en détails tous les aspects de ce logiciel, mais juste expliquer en quoi il a (déjà) profondément modifié mon écriture au quotidien, avec notamment quelques fonctionnalités dont je ne peux plus me passer. Je m’excuse pas avance pour les éventuelles âneries distillées dans cet article, j’en serai le seul responsable. Ultime avertissement, la version testée est la toute dernière, Scrivener 3, sur Mac, mais il existe bien évidemment une version Windows (1.9.8), ainsi qu’une application iOs.

C’est parti !

Afficher les objectifs du projet

Avant de me mettre à Scrivener, cet été j’ai supprimé 100.000 signes inutiles pour que mon histoire démarre plus vite. Je suis donc passé à 340.000 signes… et refait un peu de réécriture. Je me suis fixé comme objectif 450.000 signes pour le 1er septembre même si, avec de futures corrections éditoriales, il est fort probable que je monte à 500.000 signes, voire plus… C’est vraiment très simple à régler, il suffit d’aller dans la barre du haut et de sélectionner « Projet », puis « Afficher les objectifs du projet ». On peut même choisir d’employer des « mots » plutôt que des « signes ».

Scrivener se charge alors de calculer automatiquement combien il faut de signes par jour pour atteindre cet objectif. Pour mon manuscrit, je dois donc écrire quotidiennement 4259 signes, sur 25 jours.

 

C’est pour moi une fonction essentielle ! Étant donné que l’écriture est mon activité principale, avant Scrivener, j’étais tout le temps en train de me répéter mécaniquement tout au long de la journée « il faut que tu écrives/avances/finisses ce bouquin… Désormais, cette charge mentale a presque disparu ! Je sais, au signe près, où j’en suis. Si je termine en milieu d’après-midi mon objectif quotidien, le logiciel affiche une notification « Objectif de session atteint ».

À partir de ce moment précis, je sais que j’écris du « bonus » pour les jours suivants, ce qui est fort agréable. Cela me permet d’être plus détendu, moins dans « l’urgence ». Je m’ôte ainsi une culpabilité qui n’a pas lieu d’être et je peux même, le cas échéant, arrêter d’écrire pour me consacrer à d’autres activités en ayant l’esprit libre. Un peu comme un sportif qui s’entraînerait pour remporter une épreuve, et qui utiliserait un outil pour doser le plus efficacement possible ses efforts… Attendez… je crois que je suis en train de faire l’apologie du dopage. Bon, oubliez ce dernier exemple malheureux, vous avez compris l’idée.

Si, à l’inverse, vous avez très peu de temps pour écrire au quotidien, l’objectif de session peut se révéler tout aussi pertinent. Il suffit de se fixer un but raisonnable comme, par exemple, 1000 signes par jour, ce qui correspond à une dizaine de lignes. Dans une journée, vous trouverez forcément dix minutes pour les écrire. 1000 signes par jour, ça peut paraître très peu, mais en l’espace d’un mois, cela fait quand même 30.000 signes, 360.000 sur un an, soit la taille d’un roman ! Le fait de vous imposer seulement dix minutes d’écriture par jour permet également de supprimer certains blocages psychologiques, car on ressent moins de pression pour écrire, on créé un cercle vertueux.

 

L’objectif de document

 

Encore une fonctionnalité très pratique ! J’aime bien écrire des chapitres courts, qui font grosso modo 21.000 signes… environ sept pages dans mon ancien traitement de texte. Non seulement je trouve que ce procédé amène du rythme au récit, mais en plus il contribue à donner envie au lecteur de connaître la suite. Je me suis donc amusé à me fixer cet « objectif » pour chaque chapitre, objectif qui n’en est pas vraiment un car, bien sûr, il m’arrive d’écrire des chapitres plus longs. Toujours est-il que grâce à cette fonctionnalité, une jauge en bas de la fenêtre me permet, d’un simple coup d’œil, de savoir où j’en suis.

 

Pour créer un objectif de document, il suffit de cliquer sur le bouton en forme de cercles concentriques, tout en bas de votre fenêtre, sur la droite.

 


Le tableau de bord

C’est le cœur de Scrivener. L’éditeur peut s’utiliser classiquement, comme sous Word (« mode composite ») mais aussi basculer en mode « tableau d’affichage », en appuyant sur le bouton orange en forme de carré, en haut de votre fenêtre vers la droite.

 

Vous pouvez alors afficher vos chapitres de façon totalement indépendante, tout en conservant une vue d’ensemble. Concrètement, vous pouvez très bien commencer par écrire le ventre mou de votre histoire, ou son épilogue… sans pour autant bouleverser quoi que ce soit. Imaginons que je travaille sur une trilogie appelée, je ne sais pas moi, le Seigneur des Anneaux (j’espère que les ayants-droit de Tolkien ne me feront pas de procès, vous noterez que je prends vraiment des risques insensés pour vous, fou que je suis).

 

Je décide de commencer par écrire l’anniversaire de Bilbo sans passer par le prologue… Pas de problème ! La colonne de gauche est ce qu’on appelle « le classeur » (en anglais binder). Vous pouvez organiser vos chapitres en textes, eux-mêmes organisés dans des dossiers, et ainsi naviguer dans votre manuscrit très facilement sans ralentissements, même si vous avez inséré des images, des cartes, des photographies, des PDF… À l’inverse, si vous n’êtes pas architecte mais jardinier, vous pouvez également vous servir de Scrivener comme d’un traitement de texte classique au fil de l’inspiration, et centraliser tous vos documents au lieu d’avoir mille fichiers Word éparpillés dans le disque dur !

Capture d’écran 2018-08-09 à 13.32.47.png

Pour créer un nouveau texte ou un dossier, rien de plus simple : il vous suffit de cliquer en haut à gauche sur le petit onglet situé entre la croix verte et l’icône corbeille.

En mode « tableau d’affichage », vos chapitres apparaissent sous forme de fiches que vous pouvez compléter via des résumés.

 

 

 

 

 

 

 

Capture d’écran 2018-08-09 à 13.47.11.png

Capture d’écran 2018-08-09 à 13.48.28.png

Pour obtenir les fiches et les notes en même temps, il suffit de cliquer sur le bouton bleu « i » (l’inspecteur), en haut tout à droite de votre écran.

C’est génial d’avoir sous les yeux le mini-synopsis d’un chapitre, de savoir immédiatement de quoi il parle… et donc de ne pas perdre le fil de l’histoire ! Ces fiches peuvent s’accompagner de notes, jaunes, des post-it qui permettent de ne pas oublier certaines idées à exploiter.

Capture d_écran 2018-08-09 à 14.03.21

 

Ce n’est qu’un minuscule aperçu des possibilités de Scrivener, mais je compte dresser un bilan plus complet dans six mois. Ce qu’il faut retenir à mon sens, c’est cette impression que le logiciel vous donne des ailes pour escalader de nouveaux sommets insoupçonnés. Depuis que je l’ai installé, j’écris plus en perdant moins de temps, car j’ai en permanence sous les yeux mon synopsis, mes notes…. Je peux même travailler facilement en parallèle sur mes tomes 2 et 3 sans attraper de migraine !

Je ressens un peu la même excitation que lorsque je suis passé sur Mac en 2005 : mes nouveaux outils étaient si agréables à l’utilisation que c’est à partir de ce moment précis que j’ai eu le sentiment que je pouvais enfin terminer la rédaction d’un roman. Bien sûr, j’aurais pu le faire sur un PC, mais il n’en demeure pas moins qu’un outil plus sophistiqué capable de vous soulager autant dans votre travail est, pour moi du moins, inestimable. Cerise sur le gâteau, Scrivener 3 gère Antidote.

Si vous êtes intéressé par ce logiciel, je vous recommande chaudement de passer par les tutoriels vidéos, ils sont obligatoires pour maîtriser un minimum Scrivener. Ils sont en anglais, mais même avec mon niveau de compréhension médiocre, ils ne m’ont pas procuré de difficultés. Il faut juste veiller, avant de les regarder, à lancer son application sur son propre ordinateur afin de reproduire les manipulations (en mettant sur pause la vidéo, le cas échéant). Et, bien sûr, suivre les tutoriels dans l’ordre. Je vous conseille donc cette première vidéo, très instructive. Elle ne dure que dix minutes et vous permettra de commencer à travailler immédiatement avec ce fabuleux outil, infiniment plus efficace qu’un simple traitement de texte.

Un immense merci à Lionel pour cette (re)découverte !

Published in: on août 9, 2018 at 12:08  Comments (5)  

Publish or perish

 

 

 

 

 

« Publish or perish » ont coutume de répéter les chercheurs. Est-ce la même problématique pour un auteur ? La question est plus complexe qu’elle n’y parait car une fois publié, un écrivain se retrouve à la croisée des chemins, confronté à deux variables a priori inconciliables.

D’un côté, il y a la variable « artistique ». Écrire un manuscrit va prendre un certain temps de travail pour atteindre un niveau de qualité subjectif qui donnera satisfaction à son auteur (ou pas)… sans pour autant qu’il puisse tirer de conclusions. On peut passer sa vie à corriger un seul texte sans parvenir à en faire un bon roman ou bien écrire un premier jet en trois jours… Cela dit, il faut faire preuve de bon sens et d’humilité  :  sans corrections, il y a 99% de chances que votre manuscrit finisse dans la corbeille de l’éditeur*.

De l’autre côté, il y a la variable « économique » qui en France, bizarrement, dérange un sacré paquet de monde**. N’en déplaise à certains, un auteur écrit aussi pour gagner (un peu) d’argent, et même pour ne pas être oublié des lecteurs… ou des éditeurs. C’est une angoisse qui touche énormément de romanciers, y compris les plus connus. Depuis des années, Bernard Werber et Amélie Nothomb ont opté pour une publication par an. Beaucoup d’auteurs sont publiés une fois tous les deux ans… ce qui est déjà, pour moi, énorme. Mon éditeur a voulu publier dans la foulée les trois tomes des pirates de l’Escroc-Griffe à quelques mois d’intervalle, ce qui est compréhensible car lui-même subit une certaine pression : nous sommes dans l’ère de l’immédiat et de l’abondance. Une nouveauté en chassant une autre, de moins en moins de lecteurs sont fidèles aiment attendre, ce qui explique pourquoi sur un tome 2 un auteur peut perdre la moitié de ses lecteurs. Je vous rassure, ce n’est pas une attaque pleine d’amertume, mais juste le constat d’un phénomène récent.

Fort heureusement, certains auteurs « graphomanes » sont naturellement prolifiques… en plus d’avoir une plume qui force le respect. Robin Hobb a écrit cinq trilogies, deux tétralogies et quantité d’autres textes, tandis que les Annales du Disque-Monde de Terry Pratchet comportent 35 volumes… juste pour ce cycle. Et que dire de Fondation, l’oeuvre phare d’Asimov, écrit en 19 tomes ? En France, nous ne sommes pas en reste. À seulement 50 ans, Laurent Genefort a publié… plus de 50 romans. Il a marqué au fer rouge le paysage de la SF français avec des œuvres fortes telles que Omale ou Spire. Comme j’ai la chance de la connaître dans la vraie vie, je me suis permis de lui demander son secret, voici sa réponse :

Pas de secret, mais il faut avoir un certain profil psychologique !
1. ne pas craindre de se retrouver seul, tous les jours, face à un clavier d’ordinateur : il faut aimer travailler seul.
2. être conscient que, sauf miracle, on ne deviendra jamais riche, et que l’on exerce un métier précaire ; vivre, dans le métier d’auteur, c’est survivre. Cela étant, écrire est passionnant et gratifiant. Pour moi, c’est un métier à degré de pénibilité zéro !  Concrètement : j’écris peu, mais tous les jours.

Une réponse sans ambiguïté qui rejoint l’approche de Lionel Davoust. Inutile de dire que c’est vraiment très impressionnant de savoir que ces romanciers aient réussi à maintenir au fil des ans une telle qualité d’écriture, sans parler du plaisir ressenti… à moins que ce rythme soutenu ne soit précisément l’une des clefs expliquant cette fameuse qualité, comme l’entrainement d’un sportif de haut niveau ? Je pense que c’est une piste qui mériterait d’être explorée.

D’autres auteurs sont infiniment plus lents… c’est mon cas.

Cela fait deux ans que je n’ai pas eu d’actualité éditoriale. Ce n’est ni bien, ni mal. De la même façon qu’il est toujours intéressant de savoir si l’on est architecte ou jardinier, il est tout aussi utile de connaître ses limites, ne serait-ce que pour éviter le burnout. En ce qui me concerne, à mon humble niveau, je suis la philosophie du sakka-do***

sac à dos.jpg

Non, pas celui-là ! Je parle du dao de l’écrivain, en japonais 作家道 (merci à Cécile Duquenne pour m’avoir repris sur l’orthographe), un concept que j’avais imaginé dans cet article. L’idée, c’est de prendre mon temps… parce que de toute manière je ne sais pas travailler autrement. J’ai pourtant la chance inouïe d’écrire à la maison chaque après-midi sur mon ordinateur, cela signifie que je suis « riche » en capital-temps, mais je demeure aussi lucide. Si je multipliais les projets, ce serait la catastrophe assurée. Il y aurait un moment où je serais obligé de « bâcler » un bouquin. J’ai beau être un architecte dans mon écriture, mes idées, elles, ont besoin de prendre de la maturité, de grandir comme des arbres avant que je puisse en récolter les fruits. Bien sûr, savoir d’avance que je vais écrire peu de livres dans ma carrière d’auteur ne m’immunise pas contre un échec critique et/ou commercial ! D’un point de vue statistique, mon approche aurait même tendance à minimiser considérablement mes chances d’écrire un jour un hypothétique « best-seller »… mais en écrivant plus vite, je sais instinctivement que je décevrais mes lecteurs et ça, c’est quelque chose qui m’est insupportable. Cela ne veut pas dire que mes romans sont parfaits, loin de là ! Des lecteurs ont forcément été déçus par l’un de mes bouquins. Cependant, qu’on les aime ou pas, j’ai la prétention de croire que chacun de mes livres a au moins amené des idées originales et/ou distrayantes, et cela me suffit largement.

Au final, peu importe la variable artistique ou économique, l’essentiel est de trouver son propre rythme et de prendre du plaisir dans l’écriture !

* Un ami éditeur m’a d’ailleurs brisé le cœur en me confiant que cela ne l’étonnait guère que Michael Moorcock ait écrit ses romans les plus connus en trois jours car ils n’étaient « pas terribles »… Un autre éditeur m’a avoué qu’il était tout autant intrigué que moi par la disparition de cet auteur phare du paysage éditorial français et m’expliquait que c’était peut-être lié à une traduction parfois médiocre. Mes beaux souvenirs d’adolescence seraient-ils subjectifs ? Maintenant que j’y pense, j’ai un peu peur de relire du Moorcock, argh !

** « Vous en vivez ? » est, je pense, la question qu’on m’a le plus posé en tant qu’auteur.

*** J’espère que vous ne m’imaginez pas comme le Duke de The Big Lebowski, hein ?

Published in: on juillet 23, 2018 at 6:30  Comments (13)  

L’audiobook, un art de lire

Il y a quelques semaines, j’ai eu l’heureuse surprise d’apprendre qu’Orange offrait jusqu’en janvier un audiobook par mois à ses abonnés.

Capture d_écran 2018-07-18 à 18.46.38

Une annonce qui tombait à point nommé : même si ces œuvres étaient courtes, j’avais adoré l’adaptation de l’Appel de Cthulhu, ainsi que celle de certaines lettres de Lovecraft. Depuis longtemps je voulais tester des audiobooks plus longs avec ce « nouveau » mode de lecture qui remonte en réalité… à l’Antiquité. Les Romains pratiquaient déjà les recitationes, des lectures « publiques » en fait destinées aux privilégiés. Jusqu’au Moyen-Âge, l’immense majorité de la population n’avait pas accès aux livres… sauf quand un lettré lisait devant une assemblée. La littérature a fini par se démocratiser avec l’école publique vers la fin du XIXe siècle, tandis que la lecture à haute voix restait, plus qu’un luxe, un art réservé à une élite. Le lecteur devait en effet savoir lire, comprendre le contexte social et culturel de l’œuvre, mais aussi posséder une bonne diction… et l’adapter à l’auditoire selon un principe « je vois, je prononce, j’écoute ». Un art plutôt difficile : quand Jorge Luis Borges perdit la vue, il choisit le grand écrivain Alberto Manguel afin qu’il devienne, excusez du peu, son lecteur officiel !

Aujourd’hui, grâce aux progrès de la technologie, n’importe qui peut s’offrir ce luxe et écouter un acteur célèbre lire un roman, quand il ne s’agit pas l’auteur lui-même. Une innovation fabuleuse pour les personnes non-voyantes, ainsi que les lecteurs qui manquent de temps. À une époque où la lecture est concurrencée par Netflix, les tablettes, les jeux-vidéos et les réseaux sociaux, je me suis demandé si l’audiobook n’avait pas enfin trouvé sa place. J’ai donc téléchargé l’application Kobo by FNAC.

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Avant d’aller plus loin, je dois vous faire une confession extrêmement choquante qui risque de changer à jamais la perception que vous avez de moi. Bon, allez, je me lance.

Il y a encore un mois, je n’avais jamais lu le Trône de fer*.

Hill.gif

Voilà, je me sens mieux.

J’ai commencé à écouter Game of thrones… en faisant la vaisselle, un casque bluetooth sur les oreilles. Ne me jugez pas : au début, j’avais moi-même peur de désacraliser cette œuvre en procédant ainsi mais dès les premières minutes, l’émotion est au rendez-vous grâce à l’impressionnant travail de Bernard Métraux, un comédien totalement impliqué dans cette adaptation pour le moins titanesque. Homme ou femme, il donne vie à chaque personnage, et gagne en finesse au fil des chapitres : si au début je trouvais son interprétation « paysanne » de Robb Stark un peu rustique, par la suite il a « corrigé le tir ». Il a même réussi à m’émouvoir lorsque Catelyn Stark veille sur son fils Bran, plongé dans le coma, et qu’elle dit froidement adieu à John Snow.

Snow.jpg

 

L’audiobook m’a ouvert les portes d’un nouveau monde insoupçonné : je peux découvrir un livre sans perdre mon temps lors d’une activité physique rébarbative comme le ménage ou la vaisselle. Grâce à ce format particulier, l’audiobook me donne envie de m’attaquer à de longues multilogies, ce que je n’aurais pas forcément fait avec une « lecture-papier » un peu plus fatigante. Il y a également une vraie valeur ajoutée car j’écoute la performance d’un acteur qui va livrer sa vision du texte. C’est, bien sûr, à double tranchant : on peut être allergique au timbre de voix d’un artiste… mais, pour moi en tout cas, le charme a opéré.

J’ai tellement aimé vivre cette expérience que je vais profiter de l’opération d’Orange et continuer à télécharger d’autres romans du Trône de fer jusqu’en janvier. Ensuite, si cette opération se termine, je pense passer sur Audible à cause d’un dernier avantage, et non des moindres : le prix. Ainsi avec le tome 1 du Trône de fer, pour 22 euros, soit l’équivalent de deux places de cinéma, vous avez 17 heures de lecture… ce que je trouve déjà bon marché tant le travail accompli pour l’adaptation est conséquent. Audible va encore plus loin en proposant des abonnements résiliables à tout moment : après 30 jours gratuits, pour 10 euros par mois, vous avez le droit de télécharger mensuellement un audiobook parmi un catalogue de 250.000 titres pour le moins fourni. On trouve du Bragelonne (Carbone Modifié, les douze rois de Sharakhaï, la voix du sang, Légende, Seul sur Mars…) mais aussi bien d’autres œuvres emblématiques comme la Tour Sombre, American Gods, la forme de l’eau, les guerriers du silence, Hypérion, Même pas mort, Gagner la guerre, le Seigneur des Anneaux, l’Assassin Royal, Harry Potter, Hunger Games… Et si on n’a vraiment plus du tout le temps d’écouter des audiobooks, il est possible de mettre en pause l’abonnement ou de l’arrêter à tout moment, on conserve cependant les livres téléchargés. L’application fonctionne sur n’importe quelle plate-forme (ordinateur, smartphone, tablette, lecteur MP3, Amazon Echo…).

Et les pirates de l’Escroc-Griffe dans tout ça ? Pour l’instant une adaptation n’est pas d’actualité, mais un jour qui sait…

* Je sais, c’est extrêmement décevant, mais j’avais tiqué sur le fait qu’il s’agissait d’une saga en plusieurs tomes qui n’était pas encore achevée. Depuis la Tour Sombre, j’avoue avoir du mal avec les histoires qui s’étalent sur plusieurs décennies, je voulais lire Game of thrones d’une traite, juste après avoir vu la fin de la série télévisée. D’ailleurs, est-ce que vous pensez que George Martin terminera un jour le Trône de fer ? Pour ma part j’ai des doutes…

Published in: on juillet 19, 2018 at 9:09  Comments (8)  
Tags:

Histoire d’un premier jet

J’ai été invisible pendant tout le mois de juin, mais c’était pour la bonne cause : le 15, j’ai enfin fini mon premier jet ! Un bonheur toujours intense… même si c’est mon quatrième roman. En 2010, terminer d’une traite les tomes 1 et 2 des pirates de l’Escroc-Griffe fut mon premier palier d’auteur. Cette année-là, je suis passé du rêve (« écrire un livre en intégralité ») à la réalité, avec l’impression d’atteindre le sommet de l’Everest.

Everest 1.gif

Deux ans plus tard, je me souviens avoir versé une larme sur la dernière ligne des Corsaires de l’Écosphère, l’ultime volet de ma trilogie. Je disais au revoir à des amis qui m’avaient accompagné pendant douze ans. Bien sûr, chaque écrivain est différent : Michael Moorcock raconte que, dans les années 60-70, il écrivait un Elric ou un Hawkmoon en trois jours afin de payer les factures… J’imagine que pour une personnalité aussi flegmatique (et talentueuse) que la sienne, cette phase du travail n’était pas forcément émouvante ! L’histoire de chaque premier jet est unique, car tributaire de la psychologie de l’auteur dans un contexte donné.

En 2016, alors que je venais juste de terminer les corrections éditoriales de l’intégrale des pirates, la paternité vint bouleverser mon existence, ce qui tombait à point nommé : après tant d’années sur cette trilogie j’avais besoin de me ressourcer, de retrouver la vraie vie. Comme je travaille à domicile, j’ai passé six mois à profiter de mon bébé, que j’avais sept jours sur sept à la maison, excepté le mardi après-midi. Je voulais tellement vivre à fond cette expérience que j’avais du mal à confier mon fils à sa grand-mère qui pourtant est exemplaire… et habite à 5 minutes de chez moi. Au fil des mois j’avais moins de temps pour écrire, et l’impression de stagner. Étais-je seulement capable de raconter une autre histoire que celle des pirates ? Je n’arrivais pas à concilier ma vision idéale du papa au foyer (une névrose liée à une blessure d’enfance), avec celle d’un auteur qui écrit plusieurs heures par jour. Cette pensée duale me culpabilisait sans que j’en ai conscience. Au bout de six mois, je découvrais l’évidence : mon fils était heureux et ne manquait de rien. Je devais lâcher prise, le confier un peu plus à ses grands-parents aimants pour le laisser respirer. Lui permettre de s’épanouir encore plus tout en amenant du bonheur au reste de la famille. C’est à partir de ce moment là que j’ai vraiment réalisé que je devais faire le deuil de mon ancienne vie d’auteur : certes je ne pouvais plus écrire autant qu’avant, mais je pouvais quand même m’adapter, nom de Brôm ! Écrire redevint un peu plus facile… et pourtant, un mystère demeurait : pourquoi étais-je devenu si lent ?

Je tenais mon intrigue, mais lorsque j’écrivais, quelque chose agissait comme un frein à main. Plus j’essayais d’éviter de m’embarquer dans une nouvelle trilogie, et plus le roman s’allongeait, « comme du beurre étiré sur une trop grande tartine » pour reprendre l’expression de Tolkien. Je pensais qu’en conservant le monde des pirates, mais en situant l’action à une autre époque avec des personnages différents, j’allais gagner du temps dans l’écriture de mon quatrième roman… Je ne pouvais pas plus me tromper, car au cheminement psychologique d’un premier jet s’ajoutent les contraintes inhérentes à un projet donné.  Ironie du sort, de janvier 2017 à janvier 2018 j’ai travaillé un an juste pour obtenir un univers (à mes yeux) satisfaisant, alors que le premier jet « plaisir » proprement dit m’a pris « seulement » cinq mois d’écriture… de quoi me faire gentiment chambrer par les amis auteurs qui, eux, écrivent au moins un bouquin par an avec un boulot alimentaire à côté, n’est-ce pas Jean Vigne ?

Never2.gif

J’ai fini par comprendre que mon « frein à main mental » venait du fait que mon histoire ne pouvait tenir en un seul volume. Ce constat fut un vrai soulagement : si j’avais consacré douze ans à mes pirates, un an pour développer l’univers d’une nouvelle trilogie, ce n’était finalement pas si long !

La première grande leçon de ce premier jet, c’est que chaque livre possède sa propre vérité, voire même sa temporalité, un peu comme une bonne bouteille de vin qui doit prendre de l’âge avant d’atteindre une certaine maturité. Consacrer un an à l’univers d’un roman peut paraître dingue, mais grâce à cet investissement, lors de l’écriture du premier jet, j’avais le sentiment que ce monde imaginaire était familier, vrai, et tangible. Aujourd’hui, je peux le visiter mentalement et connaître son histoire sur plusieurs siècles. Si l’on considère que l’univers est un personnage à part entière, alors on ne peut pas écrire sans le sentir respirer. L’année dernière à la même époque, dès que mon personnage principal découvrait une ville, elle était pénible à imaginer, car mon univers était encore trop flou, trop archétypal. Je ne voulais surtout pas d’une énième cité d’heroïc fantasy « ordinaire » avec son marché médiéval et sa taverne, ni d’une civilisation high tech. Je souhaitais surprendre avec un univers exotique, immense, susceptible de faire rêver.

upside down.jpg

J’en viens à la seconde leçon apprise sur ce quatrième roman : si l’univers est trop conventionnel, le décrire m’ennuie… et le lecteur le sentira forcément. J’aurais pu me résigner à créer un cadre relativement classique histoire de proposer rapidement un roman à mon éditeur… mais le résultat aurait été, à mes yeux au moins, décevant. Sans vouloir comparer le microbe que je suis à un monstre sacré de la SF, imaginez une seconde que Franck Herbert ait choisi une planète quelconque pour servir de cadre à Dune ! En faisant une croix sur le désert, les vers de sable, l’épice, et une problématique géopolitique qui n’est pas sans rappeler celle du pétrole au Moyen-Orient, Franck Herbert aurait écrit un planet opera banal. Si l’année dernière j’avais du mal à me lancer dans des descriptions, c’est parce que mon univers manquait de liant, de profondeur, et aussi d’exotisme, alors qu’aujourd’hui il a une influence majeure sur l’intrigue elle-même. À force de travail, une faiblesse peut devenir une force, et même une source d’inspiration.Never1

La troisième et dernière leçon de ce premier jet, c’est que rien n’est acquis. Croire qu’après trois romans publiés les choses vont être plus simples est le meilleur moyen de prendre la grosse tête décevoir. C’est peut-être lié à mon passif d’auteur de trilogie, mais j’aime imaginer qu’écrire un nouveau livre est une question de vie ou de mort, comme si je repartais de zéro. Je dois séduire mon éditeur… et à plus forte raison le lecteur ! S’il n’accroche pas à mon tome 1, il n’aura jamais envie de lire la suite. Si mon tome 2 ne gagne pas une certaine intensité dramatique, il s’ennuiera. Et si le tome 3 est un peu trop prévisible ou original, il risque d’être déçu par la conclusion finale. Bien sûr, je suis beaucoup plus serein qu’il y a quelques années, car mine de rien j’accumule quand même un peu d’expérience, mais je fais attention à conserver ce sentiment d’urgence quand je me lance dans une nouvelle histoire. Évoluer dans une trop grande zone de confort, c’est d’une manière ou d’une autre revoir ses ambitions à la baisse car l’auteur n’a plus envie, passez-moi l’expression, de se faire chier. Cela revient à tomber dans la facilité.

Tout cela pour dire qu’il y a une justice dans l’écriture. De la justice en ce bas-monde, c’est quelque chose d’assez rare pour être souligné ! Un auteur peut être un jeune inconnu sans la moindre expérience, ou un vétéran comme George R.R. Martin qui sait que des millions de lecteurs l’attendent au tournant… mais dans l’absolu, une fois que nous sommes installés devant notre écran, les mains sur le clavier, nous sommes tous à égalité, chacun face à son Everest. Dans un article passionnant, Lionel Davoust a un jour expliqué sur son blog que la seule habitude indispensable de toute pratique créative, c’est d’écrire quotidiennement : « on ne le fait pas parce qu’on est graphomane, on le fait parce qu’on a peur de ne plus pouvoir l’être si on s’arrête ».

Qu’on écrive un premier jet en trois jours ou en trois ans importe peu. Lors de l’escalade de son Everest, on peut ressentir parfois des doutes, de la peur ou de la frustration, mais l’ivresse qu’on éprouve au sommet en vaut largement la peine…

Everest 2.gif

… en attendant la redescente. On appelle ce moment les corrections.

PS : puisqu’on parle d’Everest, si vous aimez la montagne je vous conseille de voir le magnifique film éponyme qui a inspiré certains GIF de mon article. Ce long-métrage est lui-même tiré du best-seller Tragédie à l’Everest de Jon Krakauer.

Published in: on juillet 10, 2018 at 9:44  Comments (36)  

L’Homme qui tua Don Quichotte

L'Homme Qui Tua Don Quichotte

Oyez, oyez ! Le chevalier Terry Gilliam est enfin venu à bout de son projet maudit ! L’Homme qui tua Don Quichotte aura été un véritable serpent de mer, la genèse de ce film ressemblant à une interminable série télévisée de 25 saisons. Considéré comme le cinéaste le plus malchanceux du Septième Art, Terry Gilliam avait pourtant bien failli parvenir à ses fins au début des années 2000, avec Jean Rochefort dans le rôle-titre, et Johny Deep en Sancho Panza. Las ! Le sort en décida autrement, ce qui donna lieu à un documentaire célèbre, Lost in la mancha, qui retrace le destin tragi-comique de ce tournage sans précédent : inondation, bruits d’avion pendant les dialogues, double hernie discale de Jean Rochefort… l’univers entier aura conspiré pour empêcher le réalisateur britannique de tourner ce projet qui lui tenait tant à coeur.

Résultat de recherche d'images pour "Lost in la mancha"

Au fil des ans, Terry Gilliam a tenté à plusieurs reprises de conjurer le mauvais sort, non sans une chkoumoune impressionnante. Don Quichotte et Sancho Panza ont failli être interprétés par Robert Duvall et Ewan McGregor (projet 2008-2010), Robert Duvall et Owen Wilson (2011-2012), John Hurt et Jack O’Connell (2014-2016), Michael Palin et Adam Diver (2016)… Après de multiples rebondissements (et la mort du regretté John Hurt) c’est finalement au duo Jonathan Pryce/Adam Diver à qui il revient la lourde tâche d’incarner les personnages principaux, et ainsi mettre fin à plusieurs décennies d’infortune.

Nonobstant les froides critiques des journalistes, j’ai décidé d’aller au cinéma sans attente particulière, la projection de ce film maudit relevant déjà du miracle. Cela n’a pas échappé au facétieux Terry Gilliam : peu après une mise en garde judiciaire (!)*, le générique plein d’humour prévient que tout commence « après 25 ans de dure besogne et de foire d’empoigne ».

On comprend alors que cette œuvre sera moins une adaptation littérale du livre de Cervantès, qu’un film-somme, une mise en abyme de la carrière de l’auteur de Brazil. Le long-métrage démarre avec Toby (Adam Diver), réalisateur blasé, occupé à tourner une publicité évoquant… Don Quichotte ! En décidant de faire d’Adam Diver son alter ego, un cinéaste en crise, Gilliam a une idée de génie : utiliser ce Sancho Panza des temps modernes pour se livrer à une critique féroce du cinéma hollywoodien : opportunisme, cruauté, cynisme, argent-roi… Autant de moulins à vent à combattre, dans une bataille perdue d’avance puisqu’au final tout est appelé à péricliter : les rêves de la belle Angelica, les ambitions artistiques d’un jeune réalisateur, ainsi que l’idéalisme chevaleresque de Don Quichotte. Un idéalisme indissociable de la folie, l’élément central du récit. Cette folie est le moteur qui permet à l’artiste d’affronter des géants, même si les moulins de la réalité ont presque toujours le dernier mot. Le rêve qui nait de la grisaille du quotidien, une allégorie poétique à la lisière du fantastique dans la lignée des Aventures du baron de Münchhausen.

Capture d’écran 2018-05-23 à 14.54.32.pngCe pessimisme mélancolique, récurent dans la filmographie de Terry Gilliam (Brazil, Fisher Kingl’Armée des douze singes) questionne sans cesse notre rapport à la réalité, ainsi que nos préjugés : les marginaux que croisent les héros sont-ils des terroristes ou de simples migrants ? Loin d’être confus, le scénario de l’Homme qui tua Don Quichotte est bien au contraire un vin qui s’est bonifié au fil du temps, au gré de multiples réécritures. On sent que Terry Gilliam a remué ciel et terre pour porter à l’écran le fameux roman de Cervantès, sans pour autant oublier l’humour au dixième degré des Monty Pythons, omniprésent. Ainsi, lors d’une séquence savoureuse, les producteurs se demandent s’ils vont pouvoir faire jouer l’assurance pour sauver le tournage, une scène qui n’est pas sans rappeler celle du documentaire Lost in la mancha ! En louvoyant entre réalité et fiction, Terry Gilliam ne fait que s’inspirer du réalisme magique du roman de Cervantès, un style qui a influencé Emir Kusturica (Underground) et même certaines œuvres de Fellini. La fin, émouvante, donne l’impression que tout le cinéma de Terry Gilliam est résumé en un seul film qui, hélas, risque fort de connaître un bide retentissant tant il est à des années-lumières des blockbusters d’aujourd’hui**

Le type tout seul au fond qui verse une larme à la fin, c’est moi.

Oeuvre incomprise par une bonne partie des critiques, l’Homme qui tua Don Quichotte est le film-testament d’un grand cinéaste, un artiste héroïque qui a sublimé des années de galère pour nous livrer un magnifique conte philosophique, baroque et tragique, jusqu’à mettre sa propre santé en péril*. Une bien poétique façon de nous signifier que si les hommes meurent, les mythes, eux, demeurent éternels.

 

* Aussi rocambolesque que cela puisse paraître, il faut savoir que l’un des producteurs a tout fait pour empêcher la sortie du long-métrage, autorisé in extremis à être exploité en salle. C’est la raison pour laquelle, au tout début du film, un message informe que « la projection de « The man who killed Don Quixote » lors de cette séance ne préjuge en rien des droits revendiqués par Alfama et Paulo Branco sur ce film à l’encontre de Terry Gilliam et des producteurs mentionnés au générique, qui font l’objet de procédures judiciaires en cours ». Comme si cela ne suffisait pas, Terry Gilliam a été victime d’un AVC dix jours avant de venir au festival de Cannes, tandis qu’Amazon annonçait qu’il se retirait du projet… Gilliam a finalement réussi à se rendre à l’avant-première cannoise.

** C’est pour cette raison que je vous conseille, si vous souhaitez le voir, de ne pas perdre de temps. Il est fort probable qu’il ne reste qu’une seule semaine à l’affiche, les salles sont loin d’être remplies, comme vous pouvez le constater sur ma triste photo…

Published in: on mai 23, 2018 at 12:59  Comments (4)  
Tags: , ,

Qu’est-ce qu’un bon méchant ?

Il m’a fallu plusieurs jours pour me remettre du choc Avengers : Infinity War. Le succès du long-métrage tient en bonne partie à cette fameuse fin, ainsi qu’au grand retour des Gardiens de la Galaxie… mais il y a un autre élément important : Thanos.

Cet antagoniste possède un sacré charisme, et  c’est un plaisir de voir (enfin) dans un film de SF un méchant du calibre de Darth Vader. En tant qu’auteur, je n’ai pu m’empêcher de me poser à nouveau cette fameuse question : qu’est-ce qu’un bon méchant ? Évidemment, il y a autant de réponses que d’écrivains, et ce qui suit est très subjectif. Avant toute chose, je dois faire une confession : à sa sortie en 2012, le tout premier volet des Avengers m’avait laissé sur ma faim ! Ce blockbuster était pourtant divertissant, mais j’avais l’impression de suivre des super-héros invulnérables qui ne risquaient pas grand chose, et aussi le sentiment que le méchant n’était pas à la hauteur de l’enjeu. Pour moi, la séquence symptomatique de ce constat est celle où Hulk humilie Loki, un passage qui me fait immédiatement sortir du film. En l’espace d’une scène, le réalisateur nous montre que Loki est faible, et se permet de le tourner en ridicule, ce que je trouve dommage* tant ce personnage a gagné en complexité au fil des épisodes.

Sans vouloir troller**, c’est bien pire avec Kylo Ren. Ce n’est que mon avis, mais je trouve qu’il manque de charisme, et ne sait que faire de son masque (inutile). « Enlève cette chose ridicule ! » lui ordonne Snog, non sans un souverain mépris…

Je sais que c’est cliché, mais pour moi la règle d’or c’est « il n’y a pas de bonne histoire sans bon méchant ». Dans Infinity War, jamais Thanos n’est moqué. Le long-métrage revient largement sur son histoire tragique, ainsi que sur ses motivations de « survivant ». À défaut d’approuver ses idées génocidaires (exterminer la moitié de l’univers pour éviter les crises démographiques), on comprend qu’il est sincèrement persuadé de faire le bien, ce qui lui donne de l’humanité. Je pense qu’il est crucial de considérer que le méchant est un personnage comme un autre. Malgré la tentation de diaboliser un antagoniste jusqu’à la caricature, un auteur devrait s’abstenir de tout jugement moral. C’est ce que réussit admirablement Éric Emmanuel Schmitt avec la Part de l’autre. Dans son livrel’écrivain imagine ce qu’aurait pu être la vie d’Hitler s’il avait réussi le concours d’entrée aux Beaux-Arts.

Même si c’est très difficile, l’auteur doit faire preuve d’empathie, essayer de rendre un méchant crédible et, par certains aspects, attachant. Dans la vraie vie, rares sont les gens qui se lèvent le matin en se demandant sciemment comment ils pourraient causer le plus de mal possible ! Comme le dit le proverbe, « l’enfer est pavé de bonnes intentions ». Dire, penser ou commettre des actes négatifs est intimement lié à un mal-être initial, une souffrance plus ou moins consciente, comme par exemple l’attachement. C’est tout le propos du roman Trainspotting, adapté au cinéma par Danny Boyle.

Le film a marqué une génération, car la thématique de la drogue dure y est abordée frontalement, sans manichéisme. L’antagoniste n’est pas à proprement parler un être de chair et de sang, mais l’addiction elle-même, ce fameux « manque » qui pousse des drogués à commettre des actes moralement répréhensibles.

Dans le chef d’oeuvre d’Anne Rice, Lestat le vampire, les buveurs de sang ne sont pas mauvais en soi. Certains essaient même désespérément de résister à cette soif qui les taraude… ce qui les rend d’autant plus tragiques. L’immortalité vaut-elle tous les sacrifices ? À quoi bon vivre si tous les êtres qu’on aime sont destinés à mourir ? Autant de questions philosophiques qui tourmentent ces anges désenchantés. L’un des romans de la saga, Entretien avec un vampire, a été adapté au cinéma et a réussi à capter la mélancolie de cet univers, grâce notamment à une bande-originale ponctuée de magnifiques Libera me.

De manière générale, l’attachement créé du conflit, cette tension si particulière qui va enrichir un personnage, et donc l’histoire. Le conflit n’est pas à négliger, il est étroitement lié à l’antagoniste comme on l’avait vu dans cet article. C’est ce qui rend le dilemme moral de Gollum si intéressant dans le Seigneur des Anneaux : jusqu’à la fin, on redoute que ce drogué schizophrène ne succombe définitivement à la tentationSi on va plus loin, l’amour lui-même peut être considéré comme une forme d’attachement. Dans le flamboyant Dracula de Coppola, l’amour mène à la damnation, mais il permet également d’humaniser un personnage monstrueux avec cette courte séquence d’introduction incroyablement épique

Lorsqu’il évoquait les méchants qu’il avait incarnés pour le grand écran, que ce soit Dracula, Saroumane ou Scaramanga, l’acteur Christopher Lee insistait fort justement sur l’idée de « héros maléfique ». Ce dernier est moins une créature diabolique, qu’un être qui n’a pas réussi à surmonter une grave faiblesse. C’est la colère qui ronge Magneto, le célèbre mutant misanthrope. La saga X-Men commence dans un camp de concentration, avec ce court prologue absolument bouleversant

Ironie dramatique oblige, l’enfant juif victime de la folie nazie n’aura par la suite de cesse de vouloir exterminer l’Humanité. Comment ne pas éprouver de la compassion pour un tel personnage ?

De manière générale, la soif de vengeance est un sentiment puissant qui dépasse la simple dichotomie « gentil/méchant », ne serait-ce que parce qu’on a tous ressenti un jour ou un autre de la colère, qui peut se transformer en haine. American History X est l’un des long-métrages qui réussit le mieux à nous faire comprendre ce cheminement si particulier, à défaut de l’approuver.

Dans ce film culte, Edward Norton joue un skinhead néo-nazi… intelligent. Mais le réalisateur procède différemment que pour X-Men : alors qu’on découvre de suite pourquoi Magneto est devenu aussi haineux, dans American History X la scène d’ouverture montre Derek Vinyard, un partisan de la suprématie blanche, tuer deux voyous qui ont tenté de forcer sa voiture. Ce n’est que plus tard qu’on comprend comment Vinyard est arrivé à une telle violence, grâce à un subtile montage en flashbacks .

Il fallait un courage monstre au réalisateur pour oser aller au-delà des clichés, montrer à l’écran un personnage raciste sans le diaboliser, expliquer son triste parcours familial… et même susciter chez le spectateur de l’empathie. Peu à peu, le bourreau se transforme en victime. Un autre cinéaste aurait probablement dressé le portrait d’un raciste bête et méchant. Dans American History X, le vrai antagoniste est le cycle sans fin de la violence dont l’Humanité a tant de mal à se détacher. La force de cette œuvre réside là encore dans son absence totale de manichéisme, son humanisme touchant.

Le fait qu’un individu soit, initialement, tout ce qu’il y a de plus ordinaire rend sa métamorphose particulièrement troublante. Dans le Parrain, le jeune Michael Corleone n’était pas destiné à rentrer dans la mafia, mais là encore, la violence de son univers va malheureusement le rattraper. C’est son profond attachement à sa famille, en particulier son père, qui constituera l’élément déclencheur.

On parle de colère et de haine, mais la peur fonctionne à l’identique, elle est une excellente source de motivation pour un antagoniste. Dans Blade Runner, la peur de la mort pousse les répliquants à commettre des meurtres. Dans Ça, le mécanisme, plus primal, est inversé : le clown tueur est un prédateur qui se nourrit des angoisses des enfants pour survivre, de la même manière qu’un Freddy Kruger. Dans la série Penny Dreadful, le jeune Victor Frankeinstein perd sa mère alors qu’il n’est encore qu’un petit garçon. Ce drame familial le motivera à commettre l’irréparable, créer un monstre… qui n’est pas celui qu’on croit.

Fort logiquement, peur, haine et attachement  ne sont jamais très éloignés de la folie, peut-être l’une des thématiques les plus compliquées à écrire, car elle nécessite beaucoup de cohérence. Dans la brillante série Bates Motel, on suit le parcours de Norman, un adolescent perturbé, mais profondément attachant, qui aime sa mère. Grâce au film d’Hitchcock, Psychose, on sait pertinemment que Bates va devenir un tueur en série, mais la question est de savoir « comment ? ». Il y a un très beau travail d’écriture dans cette série dramatique, qui n’est pas du tout gore. Au fil des saisons, on réalise avec tristesse que Norman Bates aurait très bien pu avoir une vie normale, que son destin n’était pas tracé d’avance. On éprouve aussi de la compassion pour sa mère, une pauvre femme qui  rêvait d’une vie simple, mais qui a été dépassée par les événements. Mère et fils forment un magnifique couple tragique. Dans cette série de grande qualité, jamais la démence n’est employée dans un but racoleur, la folie est au contraire exploitée avec intelligence.

 

Dans The Dark Knight, le Joker semble a priori totalement déjanté et pourtant, même dans la folie, il fait preuve d’une certaine intégrité. Lors d’une séquence mémorable, il met le feu à une montagne de billets sous le regard horrifié de ses hommes de main !

On comprend alors qu’il n’est pas un vulgaire malfrat sensible à l’appât du gain, mais un anarchiste fanatique qui ne respecte qu’un principe : celui du chaos. Jamais on ne saura précisément d’où provient sa démence (plusieurs interprétations sont possibles dixit le Joker lui-même), mais qu’importe, cela ne lui donne que plus de charisme.

 

 

 

 

 

 

 

Dans Fight Club, le nihilisme de Tyler Durden est alimenté par l’absurdité d’une société de consommation schizophrène. Si nous ne sommes plus que des consommateurs, chacun d’entre nous est un fou en puissance, capable de disjoncter à tout moment.

Le roman de Chuck Palahniuk, adapté au cinéma en 1999 par David Fincher, était prophétique à bien des égards. Dès les années 90, Palahniuk prédisait  que des réseaux constitués de personnes ordinaires se livreraient à des actions terroristes extraordinaire à des fins idéologiques, ce qui est profondément dérangeant : on pense toujours que croiser le chemin d’un monstre n’arrive qu’aux autres.

C’est difficile à admettre, mais le monstre en question possède toujours un visage familier. Dans le roman  (et le film) Misery, une lectrice est tellement attachée à une série de romans qu’elle va jusqu’à torturer l’auteur pour que celui-ci écrive une fin satisfaisante. Comme souvent, Stephen King s’inspire d’un archétype qu’il connait bien (le fan excessif qui lui écrit des lettres) pour exagérer ses défauts et créer une psychopathe mémorable. À l’inverse, l’excellente série Mind Hunter casse le mythe du serial killer. On suit l’histoire (vraie) de Holden Ford et Bill Tench, deux agents du FBI qui vont, dans les années 70, s’entretenir avec des meurtriers célèbres afin de résoudre des affaires criminelles… jusqu’à devenir amis avec l’un d’entre eux ! Mind Hunter est un véritable pied de nez au stéréotype du tueur en série, une manière de dire « quoi de plus banal que le Mal ? ». Combien de personnes ont découvert, après un fait d’actualité, qu’elles étaient amies depuis des années avec un meurtrier ? Mind Hunter nous pousse également à nous interroger sur notre vieille morale judéo-chrétienne. Que deviendra-t-elle dans les siècles à venir ? C’est tout le propos de Carbone Modifié, le roman qui a inspiré la géniale série Altered Carbon.

 

Dans ce lointain futur, les milliardaires, au moment de mourir, transfèrent numériquement leurs esprits dans des corps neufs et vivent ainsi pendant des siècles… mais suivre une morale a-t-il encore un sens lorsqu’on dispose de l’éternité pour tester toutes sortes d’expériences sans craindre un hypothétique jugement divin dans l’Au-Delà ? Peut-on encore ressentir des émotions, être humain ou même croire en Dieu lorsqu’on a l’impression d’en être un ? Que deviennent les gens qui n’ont pas les moyens de se payer un corps satisfaisant ? Dans Altered Carbon, le pouvoir donne le vertige, des idées de meurtre… et corrompt absolument tout. 

S’il n’existe pas de recette miracle pour créer un méchant d’anthologie, il est clair qu’il existe une myriade de raisons pour expliquer ses agissements. Je pense qu’en tant qu’auteurs, nous ne devons pas à hésiter à créer des personnages riches, nos histoires n’en seront que meilleures !

* Vous me direz que dans les Gardiens de la Galaxie, à la fin le méchant est ridiculisé, ce qui n’empêche pas le long-métrage d’être réussi, mais il s’agit avant tout d’une comédie, comme le pouvait l’être Ghostbusters dans les années 80. Il y a donc forcément beaucoup plus de second degré que dans un drame ou une œuvre épique.

** Mes excuses à Anaïs et Hadrien, fans des derniers Star Wars

 

Published in: on mai 7, 2018 at 11:03  Comments (2)  

Le festival de jeu de rôle de Kaysersberg

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Je reviens d’un petit coin de paradis : Kaysersberg, élu village préféré des Français en 2017. C’est peu de le dire, mais je suis littéralement tombé amoureux de ce coin d’Alsace. La nuit, quand les rues étaient désertées, j’avais l’impression de voyager dans le temps, en me promenant au milieu de maisons datant du XVIe-XVIIe siècle !

Ce diaporama nécessite JavaScript.

À moins que ce ne soit Bree en Terre du Milieu ?

J’ai dormi dans cet hôtel au charme hallucinant

IMG_7904

Le festival était à la hauteur du lieu : les rues étaient envahies de rôlistes déguisés en pirates et d’autres créatures improbables, mention spéciale au prêtre tout droit sorti de Conan le Barbare

Ce diaporama nécessite JavaScript.

J’ai croisé Starlord

IMG_7915

J

 

 

 

 

 

 

 

 

 


J’ai eu l’immense plaisir de dédicacer à côté de Simon Sanahujas, que je lisais avant même d’être publié. Clin d’oeil du destin, nous sommes désormais chez le même éditeur ! Simon est vraiment un artiste complet avec de nombreuses cordes à son arc, j’ai adoré parler musique avec lui. J’ai beaucoup discuté avec Philippe Auribeau, auteur du mythique jeu de rôle
les larmes du cardinal et de l’Héritage de Richelieu.

Ce fut bien sûr, l’occasion de rencontrer de nouveaux lecteurs, Edouard du studio Agathe, ainsi que Cindy, venue de Savoie pour se faire dédicacer son exemplaire des pirates, un grand moment d’émotion.

 

 

 

 

 

Me retrouver dans ce festival a été une véritable cure de jouvence. Comme je l’expliquais à Octogônes, le jeu de rôle est gravé dans mon ADN, c’est grâce à cette passion que je suis devenu auteur. Kaysersberg a été une révélation, comme si une petite voix dans mon coeur me disait « n’oublie pas d’où tu viens »… c’est pour cette raison que je me suis juré de terminer mon projet de jeu de rôle des pirates de l’Escroc-Griffe. J’ai également beaucoup écrit dans le train du retour, l’univers de mon quatrième roman s’est considérablement étoffé, tout comme sa technologie… j’ai bien avancé.

Je voudrais adresser un immense merci à Gérôme Gaudel pour m’avoir invité à ce festival si attachant, ma libraire, Pierre pour son extrême gentillesse, les bénévoles et bien sûr à Bragelonne. Je n’ai qu’une hâte : revenir à Kaysersberg !

Published in: on avril 24, 2018 at 11:15  Comments (6)  

Grésimaginaire

IMG_7735

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le miracle a bien eu lieu : malgré les grèves, j’ai réussi à me rendre à un salon à l’autre bout de la France en TGV… et à revenir ! Le jeu en valait la peine car il s’agissait de Grésimaginaire, un festival enchanteur cerné par les majestueuses montagnes de l’Isère. J’avoue avoir eu un gros coup de cœur pour ce département que je ne connaissais pas *. Cela faisait des années que je rêvais de participer à cet événement convivial très réputé. Je n’ai pas été déçu : Pascale et Jean ont été aux petits soins tout le long du week-end, au point où j’ai eu l’impression d’être en vacances dans une luxueuse chambre d’hôte, comme vous pouvez le constater.

Ce diaporama nécessite JavaScript.

J’ai eu le plaisir de passer le vendredi soir en compagnie de Gabriel « ghostwritter » Katz, dont la vie est aussi passionnante que ses romans. Il n’a pas arrêté de nous faire rire avec ses histoires improbables concernant le monde étrange de la télévision. J’ai fait la connaissance de l’invitée d’honneur, la lumineuse Carina Rozenfeld, une belle rencontre, j’ai adoré discuter avec elle.

IMG_7779

J’ai aussi eu la chance de dédicacer à côté de l’adorable Eric Tasset, un féru d’Histoire, et surtout un véritable puits de science d’une grande modestie. C’était aussi l’occasion pour moi de retrouver la prolifique et incontournable Nadia Coste, avec qui je bavarde toujours beaucoup trop (de vrais collégiens)

IMG_7781

l’hydre à deux têtes Agnès Marot et Cindy Van Wilder, ma chère Luce Basseterre, sans oublier l’amie Nathalie Bagadey, sur qui je peux compter ❤ . Paradoxe amusant, je vois Olivier Deparis uniquement en salon alors que nous sommes du même coin ! Peu importe, c’est toujours un régal que de bavarder avec ce marathonien des festivals. J’ai à peine eu le temps de saluer Jean-Laurent Del Socorro (ce n’est que partie remise, il faut qu’on cause jeu de rôle tous les deux !), mais j’ai eu la joie de retrouver Davy Athuil (à l’enthousiasme si communicatif qu’il m’a embarqué dans une vidéo YouTube), la toujours souriante Syvlie Lainé, Ielenna (qui est omniprésente), Li-Cam, Lou Jan, Emmanuel Quentin, Eva Simonin… J’ai même découvert avec un immense plaisir qu’une copine autrice, Emilie Zanola, était désormais publiée.

En ce qui concerne les lecteurs, l’émotion a été au rendez-vous. J’ai rencontré Carolann, venue depuis Orleans en voiture avec son compagnon pour se faire dédicacer mes pirates, son coup de cœur littéraire, nous avons même mangé sous le soleil de l’Isère.

IMG_7754

Un moment émouvant… Comme bon nombre d’auteurs, je fonctionne à l’affectif, et ces rencontres privilégiées me donnent du carburant pour écrire de nouveaux romans, vraiment.

J’ai eu la joie de retrouver ma voisine de blog, Aelinel, qui eu la gentillesse de passer au stand, ce qui n’était pas gagné avec la grève, quel plaisir de discuter enfin en vrai de ses projets ! J’espère que mes pirates lui plairont (j’ai la pression).

Un grand merci à Pascale, Jean (sans oublier leurs enfants) pour leur délicatesse, aux bénévoles qui ont choyé les auteurs comme des empereurs romains (j’espère ne pas avoir pris de mauvaises habitudes), mon libraire Fred et Nurthor Le Noir. Merci également aux Isérois. Enthousiastes et généreux, ils étaient nombreux à venir ce week-end… y compris un dimanche après-midi ensoleillé !

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Respect. Ceci explique que, comme bon nombre d’auteurs, j’étais en rupture de stock à la toute fin du salon. Ce fut l’occasion pour moi de tester une partie d’Unlock !, un jeu de cartes coopératif inspiré des escape rooms, avec Cécile et Mathieu du Chat Noir, ainsi que Jean Vigne. Grâce à mes conseils judicieux, la partie fut remportée aisément**.

Enfin merci à Bragelonne, une pensée spéciale pour Emilie qui m’a donné l’impression d’être un agent secret équipé d’une oreillette : telle une opératrice de Metal Gear Solid, elle n’a pas hésité à me téléphoner et à m’envoyer des SMS pour me guider au milieu des grèves en temps réel, sans perdre son calme et sa bonne humeur légendaire… Un immense merci à toi, Emilie.

NaomiHunter

 

 

 

 

 

 

Vivement l’édition 2020*** !

* C’est l’inconvénient quand on fait des salons dans plein de régions différentes : on a envie d’habiter un peu partout en France.

** Bon, la vérité c’est que le groupe n’avait ABSOLUMENT pas besoin de moi tellement j’étais à la ramasse, d’autant plus que Mathieu doit posséder un Q.I. avoisinant celui de Stephen Hawking. Je tiens quand même à signaler qu’à un moment donné, j’ai réussi à assembler quelques pièces du puzzle sans tricher. Si si.

*** Avant de te projeter aussi loin, tu ferais déjà bien de terminer ton premier jet, tu ne crois pas ? murmure une petite voix dans ma tête. Grrr… elle a encore raison.

Published in: on avril 9, 2018 at 7:17  Comments (9)