Yesterday

Jack Malik est un auteur-compositeur qui peine à percer dans le monde de la musique. Tout bascule le jour où il est renversé par un bus. À son réveil, il découvre qu’il vit dans un univers où les Beatles n’ont jamais existé. Et s’il en profitait pour lancer sa carrière ?

« Il y a des films qui ont le don de reposer sur une idée géniale », c’est la pensée que je me suis faite en regardant la bande-annonce du dernier long-métrage de Danny Boyle (Transpotting, la Plage, 28 jours plus tard, Sunshine, Slumdog Millionnaire, 127 heures…), une œuvre plus complexe que ne le laisse présager le trailer. Drôle et touchant, Yesterday est une délicieuse métaphore du syndrome de l’imposteur que rencontrent tôt ou tard les auteurs. Un artiste doit-il être légitime ? Où commence le plagiat, et où s’arrête l’inspiration ? Ces questions vont obséder le personnage tragi-comique interprété avec brio par Himesh Patel. Le film fonctionne à merveille, en grande partie grâce à cette ironie dramatique sublime : qui n’a jamais rêvé d’être génialement inspiré ? Les scènes sont plus hilarantes les unes que les autres, mention spéciale aux parents de Jack Malik, pas très mélomanes…

Et pourtant Yesterday n’est pas qu’une comédie romantique fantastique, mais aussi une uchronie à l’étrange nostalgie, qui suscite le désir de vivre ce que les jeunes des années 60 ont connu : l’espoir d’un monde meilleur, un réenchantement, une communion qui dépasse les frontières, mais aussi une certaine insouciance…

Je ne vais pas en dire plus car la meilleure séquence, très émouvante, n’est heureusement pas dans la bande-annonce, mais si vous avez un film à voir durant le mois de juillet, c’est bien celui-ci !

Published in: on juillet 12, 2019 at 9:36  Comments (2)  

Ces jeux qui nous bouleversent

 

Littérature, cinéma, série télévisée… Jamais les conteurs n’ont disposé d’autant de médias pour susciter de l’émotion. C’est le cas de certains jeux vidéos qui laissent une trace indélébile, plus mémorables que certains films, et pour cause : dans une salle de cinéma on ne peut pas influer sur une histoire. C’est le constat que j’ai eu ce lundi en terminant (pour la seconde fois !) un chef d’œuvre, le premier volet de la trilogie Mass Effect. Dans cet épisode on incarne le commandant John Shepard (ou son homologue féminin). En 2183, l’Humanité est désormais capable de se déplacer à travers l’univers grâce à l’effet cosmodésique, connu des autres espèces sous le nom de « Mass Effect », suite à la découvertes de technologies extra-terrestres sur Mars.


Dans ce space opera grandiose, Shepard devra effectuer des choix cornéliens qui auront des répercussions immenses, pour la galaxie… ainsi que ses proches. C’est d’autant plus impressionnant que le jeu vidéo dispose d’un énorme avantage immersif comparé à un long-métrage : on peut facilement passer une centaine d’heures avec des personnages à explorer des planètes… Shepard peut même vivre des histoires d’amour !* Ce qui rend certaines décisions d’autant plus cruelles…. Vers la fin du premier Mass Effect, il faut résoudre un dilemme : lors d’une bataille désespérée, deux membres de l’équipe, situés à deux lieux différents, se retrouvent en danger, or le vaisseau spatial ne peut se déplacer qu’à un endroit à la fois… Après de longues hésitations, lorsque j’ai finalement annoncé par radio à l’officier Kaidan Alenko que je ne pourrais pas le rejoindre, celui-ci m’a répondu qu’à ma place il aurait agi de la même façon.

Kaidan Alenko

Bien sûr, il a fallu consoler le soldat survivant que j’ai choisi de sauver et qui était bouleversé, lui dire que c’était ma décision et non la sienne… Plus tard, en passant devant les casiers de mes personnages (afin d’organiser leur équipement), je n’ai pu m’empêcher de culpabiliser en voyant celui de Kaidan, fermé pour toujours. Je me suis demandé si mon avatar n’aurait pas dû mourir à sa place ! Kaidan m’accompagnait depuis le début, il m’avait même sauvé la vie lors d’une mission délicate, sans parler du fait qu’on avait eu l’occasion de discuter longuement de son passé (Kaidan m’avait un jour confié qu’il souffrait de migraines à cause d’implants cybernétiques de seconde génération, gosse il avait en effet servi de cobaye contre son gré dans un laboratoire peu scrupuleux…). Faire naitre dans le cœur du joueur la culpabilité du survivant est une prouesse incroyable de la part des scénaristes ! Un autre moment fort de mon expérience sur Mass Effect : une mission prise d’otages qui consistait à perdre le moins de civils possible. Bien qu’il s’agissait d’une intrigue secondaire, j’ai passé au moins une heure à faire en sorte qu’il n’y ait aucune victime innocente. Après l’heureux dénouement, j’ai été contacté par l’amiral en personne, qui m’a avoué « être impressionné ». J’avais plusieurs réponses possibles à formuler et j’ai choisi « je n’ai fait que mon travail ». Il se trouve que le jeu a pris en compte non seulement cette réplique, mais aussi le résultat de la prise d’otage, avec cette réaction de l’amiral sur un ton admiratif : 

Dans mon armée, j’aimerais avoir plus de soldats qui ne font « que leur travail », Shepard, vraiment. Cinquième flotte, terminée. 

Chair de poule assurée ! 

Les créateurs de jeux vidéos ne sont plus seulement des conteurs, mais également des psychologues archi-talentueux, comme le prouve The Last of Us, dont l’intrigue démarre le jour d’une apocalypse zombie. On incarne Joel, un père de famille qui tente de sauver sa fille, Sarah, lors de l’introduction. Hélas, Joel échouera lors d’une séquence tragique absolument poignante. Lorsque le jeu reprend après une ellipse de vingt ans, Joel a désormais la cinquantaine fatiguée. Il est devenu un survivant qui a appris à se battre dans un monde post-apocalyptique où règne la loi du plus fort. Sa routine est chamboulée le jour où on lui confie Ellie, une ado qui a grandi dans un bunker et qu’il doit escorter dans le cadre d’une mission ultra-secrète déterminante pour l’avenir de l’Humanité. Le problème, c’est qu’en tant que joueur, vous avez déjà été traumatisé par le décès de la fille de Joël, et vous n’avez aucune envie de vous attacher à nouveau à une gamine qui peut mourir à chaque instant ! Mais il se trouve qu’Ellie est une adolescente adorable qui n’a jamais connu le monde extérieur, encore moins celui d’avant l’apocalypse. Une ado qui ressemble à la fille de Joel si celle-ci vivait encore… Peu à peu, vos défenses émotionnelles tombent une par une, notamment quand Ellie découvre avec émerveillement des girafes au milieu des ruines de Pittsburgh…

Les scénaristes arrivent à vous manipuler à un degré rarement atteint dans un jeu, en vous faisant vivre la dernière étape d’un deuil virtuel ! Avec un tel enjeu, impossible de lâcher la manette car on veut bien évidemment connaitre la fin de l’histoire et savoir si Joel et Ellie vont survivre.

Dans Horizon Zero Dawn, c’est un peu la situation inverse : alors que l’Humanité est revenue à l’âge de pierre depuis que les machines dominent la planète, vous incarnez Aloy, une orpheline ostracisée qui vit en marge d’une société tribale, et qui ne peut compter que sur elle-même. Un beau jour, Aloy découvre un artefact technologique qui permet de pirater les robots, et qui lui donne accès à des informations concernant le monde d’il y a mille ans. Aloy part alors à la recherche de ses origines… Odyssée émouvante, récit initiatique épique servi par une musique mélancolique, Horizon Zero Dawn est le seul jeu dont la fin m’a fait pleurer.

En tant qu’auteur de romans, je ne peux qu’être admiratif devant le travail accompli par ces artistes. Ces trois œuvres sont moins des jeux que des histoires qui changent le regard qu’on porte sur le monde. À la manière d’un grand film, il y a un avant et un après Mass Effect, The Last of Us et Horizon Zero Dawn, parce qu’il s’agit avant tout de récits universels qui posent des questions philosophiques sur ce qui nous définit en tant qu’être humain, que ce soit la justice, le droit à la différence ou l’altruisme… Des questions aussi vieilles que l’Humanité, et malheureusement toujours d’actualité.

Cet article est dédié à la mémoire de l’officier Kaidan Alenko.

* Mass Effect est même l’un des premiers jeux vidéos à avoir permis au joueur de choisir une romance homosexuelle.

 

 

Published in: on juillet 9, 2019 at 8:30  Comments (8)  

Tolkien

Il y a des films qui sont de véritables cris d’amour, des oeuvres qui vous donnent l’impression d’être dans l’esprit d’un artiste. Après Dans l’ombre de Mary (la genèse de Mary Poppins) et Neverland (l’histoire de l’auteur de Peter Pan), il faut désormais compter sur ce poignant Tolkien, biopic qui retrace la jeunesse d’un poète hors du commun passionné par les langues et les arbres. Un écrivain à la lente maturation, dont les premières années n’ont été qu’une succession de deuils : le départ de l’idyllique campagne de Sarehole, et surtout la perte d’une mère aimante à l’imagination débordante. Il y a une mélancolie tangible dans la vie de Tolkien, un désir de rêver à tout prix, malgré la fumée des usines, les horreurs de la guerre et une société édouardienne qui étouffe ses poètes. Dans un univers si matérialiste, écrire devient un acte de résistance, une forme de courage qui n’a de sens qu’au sein d’une communauté fraternelle de jeunes artistes qui rêvent ardemment de changer le monde.

Quand on a lu le Seigneur des Anneaux, on ne peut qu’être ému par les subtiles références aux sources d’inspiration de Tolkien : son bougonnant mentor, spécialiste des langues anciennes nordiques, qui n’est pas sans rappeler Gandalf lorsqu’il marmonne des mots incompréhensibles, l’héroïque Sam qui va accompagner Tolkien dans les tranchées du « Mordor » et, bien sûr, Edith, sa muse elfique, sa Lúthien.

Seul petit regret : l’absence de C.S. Lewis, l’auteur du Monde de Narnia, qui fut un ami proche de Tolkien, mais qu’il ne rencontrera qu’en 1926, ce qui explique sa disparition dans le biopic.

Tout comme Frodon, Tolkien reviendra de la guerre, mais il existe des blessures invisibles dont on ne guérit jamais. Histoire d’amitié bouleversante, mais aussi magnifique romance à la résonance actuelle, Tolkien est un film définitivement lyrique, l’hommage d’une époque révolue, quand les derniers chevaliers, sabre au poing, furent terrassés par les impitoyables mitrailleuses du monde moderne.

Heilheimer !

Published in: on juin 26, 2019 at 11:56  Comments (6)  

Pourquoi la dernière saison de Game of thrones est la meilleure fin possible

 

ATTENTION SPOILERS ! 

Je le reconnais volontiers, Game of thrones est une série qui n’est pas parfaite. Les deux dernières saisons ont été trop rapides, ce qui a causé quelques invraisemblances, comme la survie improbable de Jamie Lannister en armure, sous l’eau… ainsi que des ellipses. Les armées se téléportent d’un point à un autre, alors que le lent déplacement des troupes et la météo jouaient un grand rôle dans la construction des campagnes militaires durant les précédentes saisons. Il y a une raison à cela : les scénaristes David Benioff et D.B. Weiss ne pouvaient rivaliser en imagination avec George R.R. Martin, passé maître dans l’art des sous-intrigues. Non pas à cause d’un manque de talent des deux showrunners, mais parce qu’ils ne disposaient pas assez de matière première pour s’inspirer, les deux derniers romans du Tolkien américain n’étant pas encore publiés. Dans ces conditions, difficile de fournir du contenu pertinent sans pouvoir piocher des idées dans des bouquins qui dépassent le millier de pages… surtout quand on sait que George R.R. Martin lui-même rencontre des difficultés ! On n’est même plus sûrs qu’il terminera un jour sa saga…

Comme si cela ne suffisait pas, les créateurs de la série la plus chère de l’Histoire ont été confrontés à un choix cornélien : conserver des saisons de dix épisodes, extrêmement coûteux* et sacrifier, faute de moyens, des scènes spectaculaire (c’est d’ailleurs un problème récurrent avec les loups géants, si difficiles à concevoir en numérique) ou bien raccourcir ces saisons afin de reconstituer des batailles dantesques, mais au risque de s’écarter un peu plus des livres. Il n’y avait pas de solution idéale, et pourtant il a fallu faire un choix douloureux, fermer tous les arcs narratifs, ce qui relevait du miracle avec tant de personnages. Alors certes, les esprits chagrins diront que nous avons perdu en subtilité, mais quelle fin flamboyante, dans tous les sens du terme ! Jamais on avait vu un tel lyrisme sur le petit écran, j’ai même regretté que l’ultime saison ne soit pas diffusée dans les salles obscures…

Il faut d’emblée rendre hommage au fabuleux travail effectué par Miguel Sapochnik : réalisateur depuis la saison cinq des quatre plus belles batailles de la série, les épisodes intitulés « Durlieu », « la Bataille des Bâtards », « la Longue Nuit » et « les Cloches » sont de véritables leçons de cinéma. Durant cette dernière saison, Sapochnik a livré des séquences épiques sublimées par la musique de Ramin Djawadi, des épisodes qui n’ont, osons le dire, pas d’équivalent sur le grand écran. Jamais on avait vu de blessures aussi réalistes que celles figurant dans la bataille de Port Réal. Il y a une volonté de montrer sans complaisance la cruauté des combats du Moyen-Âge, à des années-lumières du spectacle familial qu’est le Seigneur des Anneaux (que j’adore, soit dit en passant). À l’image de ce que fit Sam Peckinpah pour la Horde Sauvage, le spectateur-voyeur est pris à son propre jeu, écoeuré par cette violence supposée « glorieuse ». On se retrouve plongés dans un cauchemar sans concession à l’écho douloureusement universel, notamment lorsque les civils sont brûlés par les flammes du dragon. Un drame cataclysmique qui rappelle aussi bien la tragédie des bombardements des guerres modernes que l’incendie de Rome perpétré sous Néron, ou l’éruption du Vésuve à Pompéi.

Sur les réseaux sociaux, une armée d’internautes experts en stratégie ont longuement évoqué de supposées erreurs décelées lors de l’épisode « la Longue Nuit« , ce qui n’a pas manqué de me faire sourire : l’Histoire nous enseigne que les plus grands des généraux ont déjà commis des bourdes monumentales, il n’y a qu’à étudier les nombreuses boucheries inutiles du conflit 14-18… Les spécialistes en zombies qui ont critiqué la mémorable bataille contre le roi de la nuit (comme si les morts-vivants existaient pour de bon !) ont tendance à oublier qu’il y a parfois un gouffre entre les tactiques idéales décrites dans les manuels militaires, et la réalité du champ de bataille, surtout avec des cavaliers dothraki déchaînés qui ressemblent furieusement aux hordes mongoles ! La campagne de Russie de Napoléon qui anéantit la quasi-totalité de l’armée impériale, l’ordre d’Hitler de ralentir avant Dunkerque, les légions romaines de Varus qui traversent la forêt de Teutoburg sans être en formation de combat… les grossières erreurs de stratégie sont vieilles comme le monde, pour ne pas dire banales. Lors de ce fameux troisième épisode, il s’agit moins de maladresses que de choix artistiques aussi sublimes que terrifiants : montrer les innombrables lumières de la cavalerie s’éteindre en quelques instants relève d’une mise en scène crépusculaire, qui donne à l’obscurité le rôle principal.

On peut voir le verre à moitié vide, et s’attarder sur les scories, mais il est surprenant que les nombreux fans en colère n’aient pas été si attentifs que cela aux arcs narratifs. Le rôle d’Arya dans la mort du seigneur de la nuit a été décrié, pourtant cela fait huit saisons que la fille de Ned Stark s’entraîne avec des guerriers redoutables, depuis sa plus tendre enfance… pas étonnant qu’elle soit devenue l’un des assassins les plus craints de Westeros, capable d’infiltrer de stupides morts-vivants. Cela aurait été, pour le coup, une terrible facilité scénaristique que de traiter la bataille contre les zombis lors du dernier épisode, telle la conclusion d’une classique saga de fantasy. Depuis le début, le leitmotiv de la série est « les monstres ne sont pas ceux que l’on croit ». Cette huitième saison n’est rien de moins que l’aboutissement d’un drame shakespearien sur l’éternelle thématique « l’Homme est un loup pour l’Homme », qui n’est pas sans rappeler Machiavel et la Renaissance. L’épisode cinq est symptomatique de cette philosophie : alors que pendant huit ans, les fans attendaient avec impatience le triomphe de Daenerys, Internet est entré en ébullition lorsque le personnage joué par Emilia Clarck a réduit Port Réal en cendres. Beaucoup de spectateurs se sont insurgés devant tant de cruauté, certains ont même dénoncé un changement trop radical dans la psychologie de Daenerys… c’est oublier qu’elle était, dès la saison une, atteinte de folie ! Un personnage instable, fragile et impulsif, qui a grandi au sein d’une famille réputée pour sa démence et ses tares génétiques, les Targaryen. Leur devise est « Fire and Blood », devise que Daenerys finira par s’approprier.

Son père, le « Roi fou » (ça ne s’invente pas) est un despote incendiaire capable de faire brûler n’importe qui. Viserys, le frère de Daenerys, non content de la frapper régulièrement, lui avoue qu’il accepterait qu’elle subisse un viol collectif perpétré par l’armée dothraki si cela lui permettait de conquérir le trône de fer. Ambiance… Plus tard, Viserys sera victime du supplice de l’or en fusion, sans même que Daenerys n’intervienne pour le sauver. Vous me trouvez sévère avec la reine des dragons ? C’est que vous avez la mémoire courte : au fil des saisons, elle fait brûler vif des êtres humains, pille la ville de Qarth, crucifie les nobles de Mereen… alors que des conseillers sont là pour modérer ses ardeurs ! Pire, dans l’épisode 10 de la saison 2 elle a une vision de la salle du trône de fer détruite et recouverte d’un manteau de cendres, une hallucination inquiétante qui ressemble fort à une prophétie autoréalisatrice…

Dans l’épisode 4 de la saison 2, nous ne sommes même plus dans la suggestion, elle annonce clairement la couleur !

« When my dragons are grown, we will take back what was stolen from me and destroy those who have wronged to me. We will lay waste to armies and burn cities to the ground. »

(Quand mes dragons auront grandi, nous reprendrons ce qui m’a été volé et anéantirons tous ceux qui m’ont fait du tort. Nous détruirons les armées et réduirons les cités en cendres)

J’attire votre attention sur le fait qu’elle parle bien de cités au pluriel…

Ironie du sort, une partie des Bisounours fans de GOT n’ont tout simplement pas voulu prendre en compte ces funestes avertissements et ont cru le storytelling que la mère des dragons s’est elle-même racontée, celui d’une libératrice d’esclaves, une « briseuse de chaînes ».

Elle a essayé de s’en persuader mais, à mesure que ses proches sont morts ou l’ont trahie, et qu’elle s’est retrouvée face à elle-même, la réalité du pouvoir l’a rattrapée, au point de la rendre paranoïaque (autant dire qu’elle n’avait pas besoin de ça). Chacun sait qu’à Westeros, il est bien plus facile de conquérir le trône de fer que de régner. Arrivée sur un nouveau continent, le moins que l’on puisse dire, c’est que Daenerys n’a pas réussi à inspirer de la dévotion, ou même de la confiance, au peuple. Pour sa décharge, elle ne s’attendait pas à un accueil aussi froid… alors qu’elle a sacrifié la moitié de son armée, un dragon, et perdu l’indéfectible Jorah Mormont pour sauver le Nord ! On serait amers pour moins que ça. Si on ajoute la désillusion sentimentale qu’elle vit aux côtés de Jon Snow, il n’est pas compliqué de comprendre son état d’esprit lorsque les citoyens de la ville de Port Réal, hélas pris en otage, « refusent » de se rebeller contre Cersei. La violente réaction de la Khaleesi est tout sauf une surprise : sous l’Antiquité, une armée épargnait une cité assiégée uniquement si cette dernière rendait les armes avant la bataille. Non seulement Cersei a décidé de résister, mais en plus elle est responsable de la mort d’un dragon que Daenerys considérait comme son propre enfant, sans parler de la décapitation de Missandei, la dernière véritable amie de la Khaleesi. Autrefois, quand une ville choisissait de lutter et échouait à repousser l’ennemi, il ne servait à rien de demander grâce, le sac devenait inéluctable. Malheur au vaincu. C’est ce qui s’est passé avec Rome et Carthage, et c’est ce qui est arrivé fort logiquement à Port Réal. Comme elle l’a annoncé à Jon, Daenerys régnera désormais par la peur.

On peut enfoncer le clou en soulignant qu’il n’y a nul besoin d’être fou pour accomplir un acte aussi barbare. L’un des plus grands stratèges de l’Histoire, Alexandre le Grand, était également l’un des hommes les plus cultivés de son temps, puisqu’il fut éduqué par le philosophe Aristote en personne, un modèle de sagesse qui fut lui-même l’élève de Platon, disciple de Socrate. Cela n’a pas empêché Alexandre de réduire la population de Gaza en esclavage. Suite au siège de Tyr, on estime qu’entre 6000 et 8000 défenseurs furent tués. 2000 jeunes hommes furent crucifiés immédiatement après la prise de la ville, le reste des habitants furent réduits, comme ceux de Gaza, en esclavage. Persépolis, l’une des plus belles cités de l’Antiquité, sera elle aussi pillée et brûlée… Alexandre a même tué de sa main son ami d’enfance Cleithos (qui lui avait pourtant sauvé la vie lors de la bataille du Granique !), tout ça à cause d’une vulgaire dispute d’ivrognes lors d’un banquet un peu trop arrosé. Cela n’a pas empêché Alexandre de pleurer sa mort… N’en déplaise aux fans insatisfaits, l’Histoire nous montre que les « grands » de ce monde ne le sont que parce que les peuples sont à genoux, et surtout que tout est une question de point de vue. Napoléon a été longtemps célébré dans nos manuels scolaires, alors qu’il est perçu comme un tyran chez nos voisins européens. C’est pour cette raison qu’en écrivant le sombre destin de Daenerys, un destin anti-manichéen, les scénaristes ont fait preuve d’un courage inouï. En défendant l’idée qu’une femme puisse avoir autant de zones ombres qu’un homme, David Benioff et D.B. Weiss ont assumé jusqu’au bout une position résolument moderne : un personnage féminin n’a pas besoin d’être « fort » pour exister, il doit juste, comme n’importe quel personnage, être bien construit.

C’est pour cela que même Cersei réussit à m’émouvoir, parce que dans ses derniers instants elle n’est plus qu’une mère qui a peur de mourir. Elle est aussi humaine que n’importe qui.

Loin d’être incompréhensible, l’incendie de Port Réal n’est rien d’autre qu’un gigantesque bras d’honneur au manichéisme hollywoodien qui gangrène parfois le cinéma. Les fans souhaitaient qu’à la fin les « gentils » gagnent la bataille et triomphent du mal en tuant les « méchants » ? Eh bien à Port Réal la guerre est montrée sous son vrai jour : une horreur sans nom. Lorsque des civils se font massacrer, il n’y a ni vainqueurs, ni vaincus, seulement des victimes qui tentent de survivre, peu importe qui remporte ce foutu trône.

Ce constat vaut pour les « héros », eux aussi sont les victimes tragiques d’un destin ironique. La seule fois où le cynique Varys prend une décision courageuse, il le paye de sa vie. Le Limier périt dans les flammes qu’il redoutait tant, Jorah Mormont meurt pour défendre une femme qui ne lui a jamais rendu son amour, le régicide est tué à cause… d’une reine, tandis que Theon Greyjoy se sacrifie pour sauver Winterfel et les Stark qu’il a ardemment combattus par le passé. Jon Snow est un guerrier exceptionnel revenu d’entre les morts, mais il se retrouve complètement impuissant, à subir les événements.

Quand à Cersei, le donjon rouge, lieu où elle se sentait si protégée, deviendra son tombeau. Certains fans voulaient qu’elle souffre davantage, comme si une mort douloureuse rétablissait une certaine justice, mais perdre son dernier enfant, n’est-ce pas la pire punition qui soit pour une mère ? A fortiori quand il s’agit d’une souveraine toute puissante.

Seule Arya semble maîtresse de son destin, parce qu’à l’instar d’un samouraï, la mort est devenue pour elle une amie familière. C’est parce qu’elle n’a strictement rien à perdre qu’elle peut jouer les anges exterminateurs. Et pourtant, dans une scène poignante, en disant adieu au Limier, son père spirituel, elle comprend enfin que sa quête vengeresse est terminée, alors qu’elle n’est qu’à quelques pas de Cersei. N’est-ce pas la plus belle de toutes ces ironies ?

Pour toutes ces raisons, Game of thrones rentre désormais dans le cercle très fermé des œuvres mythiques telles que le Seigneur des Anneaux, trilogie dont GOT est l’exact opposé. Deux visions de la Fantasy radicalement différentes, mais une même fin, douce amer, dont en parlera encore dans cent ans. Privé des deux derniers romans de George R.R. Martin, l’ultime saison de Game of thrones ne pouvait être parfaite, mais elle est la meilleure possible au regard du travail incroyable qui a été réalisé à tous les niveaux. La conclusion de l’histoire ne sera pas l’happy end attendu par certains fans, et c’est tant mieux. Valar Morghulis.

EDIT : mention du compositeur Ramin Djawadi, que j’avais oublié, honte sur moi

* Il faut savoir que ces dernières années, l’essentiel du budget d’HBO passe dans la production de Game of thrones

Published in: on mai 17, 2019 at 9:28  Comments (27)  

Festival Fantasy de Vallauris

 

Le week-end dernier, j’ai eu la chance d’être invité à la première édition du festival fantasy de Vallauris, et pour un coup d’essai, il faut bien reconnaître que c’était un coup de maître ! La décoration steampunk était sublime, et le public au rendez-vous.

 

Ce diaporama nécessite JavaScript.

 

J’ai eu le privilège de rencontrer des auteurs que j’apprécie, et la joie de retrouver Carina Rozenfeld, la bienveillance incarnée, ainsi que Lionel Davoust, qui m’a initié à la synthwave (Lionel, je t’adore !).

J’ai également fait la connaissance d’Ange, alias Anne Guéro qui a co-écrit le mythique Ayesha, l’un des meilleurs romans jamais publiés chez Bragelonne. Coïncidence incroyable, Anne a dirigé un temps Casus Belli, un magazine de jeu de rôle que je dévorais, mais aussi des scénarios pour In nomine satanis magna veritas et Bloodlust, des jeux auxquels je jouais ! On a beaucoup discuté d’éthique et de spiritualité, c’était très enrichissant.

 

 

Avec Pierre Bordage, nous avons parlé d’Eden Log, de notre passion commune pour l’Inde et les philosophies orientales, largement présentes dans les Guerriers du Silence. J’ai été captivé par ses récits de voyage. Lors d’un repas, je n’ai pu m’empêcher de lui avouer qu’il avait été un véritable « porte-bonheur » six ans auparavant : alors que je n’étais pas publié, j’ai déjeuné avec lui (et Victor Fleury, qui n’avait pas encore écrit l’Empire Électrique pour Bragelonne !) aux Imaginales 2013, à Epinal. Le soir même, je devais rencontrer pour la première fois mon futur éditeur, Stéphane Marsan, lors du speed dating littéraire… Ce jour là, Pierre me dit qu’il va croiser les doigts. Et voilà que je me retrouve de nouveau à table avec lui… cette fois en qualité d’auteur invité ! Si, lors de mes études en fac d’histoire à la fin des années 90, à l’époque où je lisais dans ma chambre étudiante niçoise les guerriers du silence, une voyante m’avait prophétisé un tel futur, je pense que je lui aurai ri au nez…

Tournoi Soulcalibur VI

Les thèmes des tables rondes étaient intéressants, j’ai particulièrement aimé « Fantasy et mythes », un sujet qui me passionne, brillamment modéré par Stéphane Manfrédo. J’ai eu le plaisir d’échanger avec Pierre, Lionel et l’enthousiaste Sylvie Miller. Le moins que l’on puisse dire, c’est que nous avons été bavards ! La vidéo HD est disponible ici 

 

 

Grâce à cette intervention, j’ai fait la connaissance de jeunes auteurs en devenir, passionnants et passionnés, qui se sont laissés tentés par ma trilogie, ainsi que d’autres lecteurs tout aussi attachants, sans parler des amis de longue date que j’ai retrouvés. Un moment très sympathique que je ne suis pas prêt d’oublier.

 

 

Le samedi soir, j’ai profité de mon retour dans la région pour revoir des amis d’enfance avec qui nous avons fait une partie de jeu de rôle sadique, « l’Appel de Cthulhu« , le scénario était concocté par mes soins, gnac gnac… Ambiance Stranger Things, 25 ans après…

 

 

Vous l’aurez compris, j’ai adoré ce festival, j’espère qu’il réussira à s’implanter durablement dans les années à venir, il le mérite vraiment ! Bonus : quelques photos d’Antibes et de Nice, regardez le nom du voilier…

 

Ce diaporama nécessite JavaScript.

 

Un immense merci à Carole Cerrito, Jeanne Cagnon-Tripodi, Stéphane Manfrédo, et Damien Gaudin, ainsi qu’à toute l’équipe de l’organisation. Longue vie au festival !

EDIT : ajout de nouvelles photos

Captive State

Dix ans après le premier contact avec des extra-terrestres, l’Humanité a capitulé. Les gouvernements ont donné le pouvoir à des créatures venues exploiter les ressources de la Terre, « les Législateurs », et collaborent activement à un programme politique appelé l’Unité. Officiellement, le chomage, la pauvreté et la violence ont été éradiqués tandis qu’une puce organique est implantée dans chaque être humain afin de les surveiller. Mais au sein de la population des anonymes tentent de résister…

Quelle belle surprise que ce Captive State ! Filmé dans un registre réaliste qui n’est pas sans rappeler le très politique District 9 et la série V, ce long-métrage nous dépeint un futur oppressant dans lequel les envahisseurs aliens contrôlent le moindre échange d’informations numériques.

Pour communiquer en toute sécurité, les résistants n’ont pas d’autre choix que de revenir à des solutions low-tech, comme les pigeons voyageurs ! Une technologie archaïque qui contraste avec celle des Légisateurs : les rebelles piratent des dispositifs organiques pour les détourner, faisant de ce film une véritable oeuvre bio-tech… Après trente ans de cyberpunk au cinéma (Blade Runner, Akira, Ghost in the shell, Matrix), il s’agissait d’un pari risqué, mais le réalisateur s’en sort admirablement bien, avec des créatures au style très original. L’intrigue elle-même bénéficie d’un traitement particulier avec un rythme lent, et de nombreux personnages. On a parfois l’impression d’être dans un recueil de nouvelles se situant dans le même univers, tandis qu’on suit le parcours de ces héros de l’ombre, prêts à donner leur vie pour une cause qui les dépasse. Dans cette société paranoïaque, le simple fait de parler à sa famille ou ses amis peut coûter cher, comme sous les pires régimes dictatoriaux… à moins que ce futur fictif ne soit le nôtre ? À travers une séquence surréaliste, celle où les spectateurs du stade de foot de Chicago se réunissent pour acclamer les Législateurs, le réalisateur se livre à une critique féroce du populisme qui menace la planète. Lorsqu’une démocratie fait des compromis avec ses principes, la dictature n’est plus très loin, et ce film résonne cruellement avec la répression policière qui touche actuellement des pays comme la France. La SF n’est jamais aussi pertinente que lorsqu’elle traite des problèmes actuels telle que la propagande : avec une subtile ironie dramatique, un message télévisé rappelle plusieurs fois « la chance » qu’ont certains citoyens de rencontrer les Législateurs. Un ersatz de démocratie qui utilise les éléments de langage omniprésents dans la communication des hommes politiques… et relayés avec complaisance dans certains journaux. 

Le régime de Captive State est une dictature qui ne dit pas son nom, un régime dans lequel les collabos sont au service de mystérieux aliens qui amènent sur Terre une architecture fascinante et envahissante, difficilement compréhensible pour un esprit humain, et donc une source d’angoisse constante.

Ashton Sanders stars as Gabriel in Rupert Wyatt’s CAPTIVE STATE, a Focus Features release. Credit: Focus Features

Ces étranges constructions géothermiques évoquent celle des termites qui exploitent au maximum leur environnement. Un design audacieux, qui marque une rupture avec ce que propose habituellement le cinéma. Dans le même ordre d’idée, la texture rocheuse des vaisseaux rappelle Oumuamua, le curieux astéroïde qui a traversé notre système solaire.

Avec une audace folle, le réalisateur réussit à donner au spectateur le sentiment que ces extra-terrestres n’ont rien à voir avec ceux qu’on imaginait, ce qui n’amène que plus de réalisme. Comme dans Alien, les silhouettes des créatures sont suggérées, elles ne sont jamais montrées totalement. Un procédé efficace qui stimule grandement l’imagination.

Ma seule réserve vient de la caractérisation de ces envahisseurs : on oscille entre des créatures un peu « sauvages » et des entités plus avancées que nous, est-ce le signe qu’il est très difficile de comprendre les motivations d’une civilisation exotique ? On peut se demander si ces aliens sont réellement hostiles. Peut-être emportent-ils des ressources minérales et des êtres humains sur un autre monde afin de préserver ce qui peut encore l’être avant que nous nous auto-détruisions ? Jamais nous n’aurons la réponse à cette troublante question.

Véritable (c’est le cas de le dire) OVNI cinématographique, Captive State fait partie de ces films indépendants exigeants, pas consensuels pour un sou, qui divise. Un long-métrage radical, mais qui amène une formidable bouffée de fraîcheur à la SF, avec un John Goodman qui décroche au passage l’un de ses meilleurs rôles au cinéma. Chapeau bas…


Published in: on avril 12, 2019 at 9:42  Comments (4)  
Tags:

Écriture, Épicure et lave-vaisselle

Après deux ans de travail sur mon nouveau roman, je suis à la fois soulagé et étonné. J’ai compris début janvier pourquoi mon manuscrit souffrait de plus en plus de boulimie : j’ai écrit non pas un mais deux tomes en même temps ! J’ai donc divisé mon projet en deux et, parfois, moins c’est mieux.

Ce qui est incroyable, c’est qu’en changeant d’échelle, en travaillant sur une portion plus petite de mon histoire, mon tome 1 nouveau format est devenu très facile à manipuler. Comme si je descendais d’un poids lourd pour conduire une voiture de sport. Cette prise de conscience, je la dois à Candy.

Oui, je parle bien de mon lave-vaisselle.

Lorsqu’il est arrivé chez moi le 29 août 2018, je me souviens avoir ressenti le même élan d’amour que lors de la réception de mon premier robot aspirateur Roomba : plus besoin de consacrer une demi-heure à une activité inintéressante au possible ! Ce jour-là, alors que je jetais un œil sur l’écran de mon ordinateur, je compris que Scrivener, le lave-vaisselle et le Roomba possédaient la même finalité : me redonner du temps libre. À 41 ans, je découvrais enfin l’eau chaude que les outils sont essentiels, ne serait-ce que pour fermer les boucles de longs projets, et ne pas me perdre dans des tâches insipides. C’est ce que répétait ma femme, que je ne remercierai jamais assez pour m’avoir conseillé le sacro-saint bullet journal. Il est lui-même inspiré de la méthode GTD, recommandée par mon gourou numérique, l’incontournable Lionel Davoust dont le blog est d’utilité publique. Armé de mon propre bullet journal, je me suis décidé à cocher des cases chaque jour, les fameux trackers, en fonction de mes besoins.

C’était l’occasion de remettre ma vie à plat, de sabrer dans le superflu et d’établir des priorités  : marcher vingt minutes par jour, écrire, faire le ménage, mais aussi lire, méditer et même regarder un épisode d’une série : pourquoi une journée devrait-elle être constituée uniquement de tâches fastidieuses ? Quand je me détends, je me ressource et je deviens un meilleur auteur, c’est donc une priorité. J’adore la réflexion de mon amie Silène Edgar à propos de son rapport à ce qu’elle appelle « les tâches joyeuses »

Les tâches joyeuses, comme lire pour le travail, me promener pour le travail, aller au cinéma pour le travail, faire des courses pour le travail, etc… je ne me les représente pas comme des pauses ou de la détente, je les prends pour ce qu’elles sont : des tâches. Je cesse d’associer travail et souffrance. Effort joyeux.

Les trackers du bullet journal m’évitent également de ruminer plusieurs fois dans la journée des questions du style « as-tu donné à manger au chat ? », des pensées inutiles qui forment des boucles infernales.

Ces charges mentales étant supprimées, on ne pense plus qu’à la tâche qui nous occupe durant l’instant présent. Le seul impératif c’est, bien sûr, d’ouvrir cet outil tous les jours et de rayer ce qui a été accompli pour ne plus s’en préoccuper, mais pour moi cela en vaut vraiment la peine. Mon bullet journal n’est finalement rien d’autre qu’un deuxième cerveau de papier qui libère de la bande passante. Moi qui suis bordélique et un peu rétif à toute forme d’organisation, je trouve ce processus ludique : le matin, alors que j’ai encore beaucoup d’énergie, j’ai envie de cocher un maximum de cases afin que mon après-midi soit moins chargé. C’est ce que les utilisateurs de bullet journal appellent le magic morning.

En associant mon bullet journal à Scrivener, écrire est devenu beaucoup plus simple… et ma vie quotidienne aussi. Grâce à mes trackers, j’en suis arrivé au constat que virtuellement tout peut être amélioré, un peu comme sur Wikihow. C’est la base du life hacking, l’idée qu’on peut progresser dans plein de domaines en même temps. C’est grâce au life hacking que j’ai compris en septembre pourquoi j’éprouvais, depuis deux ans, des coups de fatigue ponctuels. La plupart des Français manquent de vitamines D et suite à une prise de sang, j’ai découvert que le brun-végétarien-lorrain d’adoption que je suis ne faisait pas exception à la règle ! Depuis cette prise de conscience, je prends de la vitamine D tous les jours (c’est la case « Vitamines » de mon bullet journal) et cet hiver je n’ai pas subi mon habituelle déprime hivernale du mois de novembre, j’ai même plus d’énergie qu’avant.

Je n’étais pas très organisé, je manquais de vitamines, je ne pratiquais pas assez de sport… voilà pourquoi j’avais l’impression que mon roman avançait lentement. Alors qu’il y a quelques années, je luttais contre ma tendance névrotique à écrire jusqu’à l’épuisement, aujourd’hui je procède de manière radicalement différente : plusieurs activités prioritaires dans la journée, mais sur des durées plus restreintes, tout en prenant bien soin de ne pas me carboniser ou de trop multiplier ces mêmes activités. Si je sens la fatigue venir, j’annule une sortie. Résultat : je travaille de manière plus efficace, non pas parce que je bosse comme un âne, mais parce que j’ai changé d’échelle et que l’acte d’écrire me donne beaucoup plus de plaisir. Le constat est similaire en ce qui concerne la lecture. Il n’y a pas si longtemps, j’étais capable de lire très vite un livre en y consacrant plusieurs heures par jour, alors que maintenant je prends le temps de saisir des notes dans mon bullet journal. Parfois, dans une journée je ne lis qu’une page et je fais une pause pour y réfléchir… ce qui aurait été inconcevable pour moi il y a encore quelques mois ! Mais dans mon fort intérieur, je sais que je finirai inévitablement par terminer ma lecture en cours, peu importe le temps nécessaire. Au final, elle sera beaucoup moins superficielle que si j’avais dévoré le même bouquin en 48h00.

Je suis désormais persuadé que la philosophie gradualiste, « un peu tous les jours », est la plus efficace sur le long terme. On retrouve d’ailleurs ce propos de deux ouvrages tibétains célèbres que j’étudie depuis plusieurs années, le Livre Moyen et le Grand Livre de la progression vers l’Éveil. Écrits par Djé Tsong Khapa entre 1402 et 1415, ces manuels sont les textes fondateurs de la doctrine guélougpa, l’école à laquelle appartient le Dalaï Lama. Après (quasiment) cinq ans de méditation et de lectures de livres bouddhistes, j’ai enfin compris que cette approche gradualiste peut vraiment s’appliquer à tous les domaines. Ainsi, depuis quelques semaines, je pratique dix minutes de taï chi par jour au lieu de me contenter d’une seule grosse séance le dimanche… Moi qui suis aussi souple qu’un bâton, j’arrive presque à toucher mes pieds ! Cerise sur le gâteau, j’ai constaté que cette raideur vient en grande partie d’une peur enfantine dont je ne soupçonnais absolument pas l’existence. Toujours dans cet ordre d’idée, j’ai même créé un atelier d’écriture dans ma ville ! (case « atelier »). Je ne l’anime qu’une séance par semaine mais ce travail me rend heureux, il me permet d’améliorer ma propre technique et de rencontrer des gens formidables.

Article du Républicain Lorrain

À force d’avoir des cases en moins de construire toutes sortes de projets avec ces fameuses dix minutes quotidiennes, j’ai l’impression étrange que la vie elle-même gagne une nouvelle dimension. Chaque journée devient passionnante. Cette philosophie fonctionne aussi pour les relations humaines : téléphoner à quelqu’un une fois par jour, même quelques minutes, peut lui procurer beaucoup de bien.

Les personnes très structurées qui liront cet article ne pourront s’empêcher de sourire ou de se moquer devant mon catalogue d’évidences, et je les comprends. Cependant, au fil des années je constate que beaucoup de gens ont, comme moi, souffert d’un manque d’organisation qui dépasse largement le cade du travail. On devrait peut-être davantage apprendre à l’école ce qu’est un art de vivre. Si, plus jeune, on m’avait donné les outils pour mieux me connaître, je pense que j’aurais gagné beaucoup de temps, et j’aurais surtout mené une vie plus sereine, et même plus saine. Détail amusant, le mot tibétain pour « méditer » est sgom སྒོམ , il signifie « s’habituer »… dans le sens « s’habituer à soi-même ». Tout cela pour dire que le gradualisme est, à mes yeux, une philosophie holistique qui sacralise chaque instant de l’existence.

Les bénéfices sont virtuellement infinis.

Published in: on janvier 6, 2019 at 8:58  Comments (6)  

Spider-Man : New Generation

Pas facile de changer de lycée quand on a toujours vécu à Brooklyn sous l’égide d’un père policier autoritaire ! Miles Morales habite à New York, une ville marquée depuis des années par la présence de Spider-Man. Extrêmement populaire, le super-héros génère un véritable merchandising de comics et de produits dérivés. Tout bascule le jour où Miles Morales est piqué par une araignée bizarre qui lui confère d’étranges pouvoirs… Mais comment pourrait-il y avoir deux Spider-Man dans une seule et même réalité ?

La trilogie culte de Sam Raimi, les mauvais films de Marc Webb, la rafraîchissante version Home Coming de John Watts… Spider-Man méritait-il un nouveau long-métrage après toutes ces adaptations ? C’est la question que je me suis posé après avoir découvert cette sublime bande-annonce, très intrigante*.

Au cinéma, mon cerveau a mis plusieurs minutes à s’habituer à l’animation particulière de ce film**, avec cette impression de se retrouver dans les cases d’un vieux comics imprimé sur du papier des années 60 ! Passé ce temps d’adaptation, j’ai été littéralement happé par l’histoire de cet adolescent banal confronté à des événements dramatiques. Un héros humain, des dilemmes moraux… les réalisateurs ont eu l’intelligence de conserver la recette d’un bon Spider-Man, tout en se livrant à une mise en abyme vertigineuse à travers une question : qui est l’Homme-Araignée ?

Tout au long de son aventure, Miles Morales va rencontrer des versions absolument géniales du tisseur, donnant lieu à des situations loufoques, mais aussi émouvantes, mention spéciale à Peter Benjamin Parker…. En décidant d’opter pour un film post-modern, les auteurs du génialissime l’Aventure Lego ont réalisé une synthèse de 50 ans de pop-culture, que ce soit avec le hip-hop ou le tag. Miles Morale est moins l’énième incarnation de Spider-Man que l’éternel retour d’un mythe transgenerationnel célèbrant New York dans toute sa diversité, avec ses héros ordinaires. Une ville, un personnage, mais une histoire indissociable, comme le montre la scène où Miles Morales tombe la tête la première dans le vide, discret hommage au Falling Man.

Capture d’écran 2018-12-19 à 10.35.06.png

Intelligent et attachant, ce Spider-Man est largement à la hauteur des films de Sam Raimi, et même bien plus que ça. À voir absolument au cinéma !

* Ne regardez pas les autres, elles divulgâchent beaucoup trop le scénario.

** Il s’agit d’une animation en 2 secondes (soit 12 images par seconde au lieu de 24), ce qui explique le style saccadé.

Published in: on décembre 18, 2018 at 5:28  Comments (4)  

L’auteur, cet illusionniste

Ne faites jamais confiance aux auteurs, ce ne sont que des illusionnistes !

Tenez, prenez la nouvelle trilogie sur laquelle je travaille. Elle est en partie inspirée par les arts martiaux, notamment le Zar Kwaï, la discipline pratiquée par Goowan, mon homme-iguane des pirates de l’Escroc-Griffe.

Goowan

Dans mon esprit, le Zar Kwaï a toujours été un mélange de taï chi et d’aïkido*, deux voies que je respecte énormément, et qui pour moi ne sont rien d’autre que de la méditation en mouvement. Le taï chi, que je pratique, est un art martial dit « interne », axé sur la respiration et la souplesse, plutôt que sur la musculation. Ceci explique pourquoi on peut faire du taï chi jusqu’à un âge très avancé… bien que le raisonnement inverse soit tout aussi vrai ! Si on le travaille quotidiennement, le taï chi octroie une plus longue espérance de vie. Un nombre invraisemblable de maîtres taï chi sont devenus centenaires, comme Lu ZijianNé en 1893, il a vécu jusqu’à 118 ans, mais a pratiqué son art jusqu’à l’âge de… 116 ans !

Le but du taï chi est de maîtriser une énergie mystérieuse, le chi, qu’on retrouve également en aïkido, l’art martial fondé par le charismatique Morihei Ueshiba O Senseï. Ancien soldat japonais marqué par les horreurs de Hiroshima et Nagasaki, Ueshiba a créé l’aïkido suite à une expérience mystique. Il est l’auteur de plusieurs livres de philosophie, dont le mondialement connu Art de la paix. Bien que l’aïkido soit en France une activité tout ce qu’il y a de plus laïque, pour Ueshiba il s’agissait d’une véritable voie spirituelle, un dao profondément influencé par le bouddhisme**, le shintoïsme et le taoïsme, ainsi que la synthèse des différentes techniques de combat samuraï.

Depuis un an j’avais envie, en complément du taï chi, de m’initier à l’art du sabre japonais. Or, en octobre, j’ai découvert qu’il existe un club d’aïkido à l’endroit même où je pratique le taï chi***. Et en aïkido, on apprend le maniement du sabre… Comme mon nouveau roman nécessite un Zar Kwaï « réaliste », vous devinez la suite ! À 41 ans, je décide donc de me lancer dans l’aïkido, en me demandant si je ne vais pas exploser en mille morceaux dès le premier entrainement ! La première séance est un choc, avec l’impression de se retrouver au milieu de chevaliers Jedi bondissants capables d’utiliser votre propre force pour vous mettre à terre. Ce n’est pas du cinéma

Tout fonctionne sur les articulations, sans le moindre effort. C’est grâce à ce club que j’ai eu la chance inouïe de rencontrer un grand maître, Paul Marotta, 6e dan, qui a été l’élève du célèbre Nobuyoshi Tamura, lui-même élève du fondateur de l’aïkido… Oui, le fameux Ueshiba dont je vous parlais plus haut ! Paul est un mentor d’une immense gentillesse, qui partage des anecdotes passionnantes à propos de Tamura. J’ai rencontré également des pratiquants d’une patience infinie avec la ceinture blanche que je suis. Cerise sur le gâteau, nous ne sommes pas plus d’une dizaine de personnes, c’est quasiment du cours particulier… un luxe.

Rapidement, j’ai compris que pratiquer l’aïkido revenait à s’immerger dans le monde des samouraïs. Les valeurs du bushido (« droiture, courage, bienveillance, politesse, sincérité, honneur, loyauté ») sont au cœur de ce cheminement, ce qui explique pourquoi il n’existe pas de compétition sportive dans notre discipline. En aïkido, il n’y a pas de vainqueur ou de vaincu, d’agresseur ou d’agressé car on alterne les rôles afin de reproduire une technique en l’observant de différents points de vue. Chacun apprend grâce à l’aide de l’autre, peu importe son niveau. Il s’agit moins de combattre un adversaire que de mettre un terme à une situation violente. Cette absence de compétition et cette bienveillance permanente favorisent une franche camaraderie  : chaque anniversaire d’un aïkidoka est prétexte à un pot bien arrosé au club… inutile de dire que les fêtes sont nombreuses ! Une bonne ambiance qui, bien sûr, n’exclut pas une grande rigueur : la plus jeune ceinture noire de France a été formée chez nous ! Le club est même une référence pour toute la région Grand Est. Parfois, l’aventure est au coin de la rue.

Vous l’avez deviné, au fil des mois, ce qui devait être au départ une simple pratique martiale est devenue bien plus que ça. J’ai compris que l’aïkido était complémentaire du taï chi et de la méditation que je pratique quotidiennement, mais en tant qu’auteur je me suis posé cette question troublante : est-ce l’écriture de mon roman qui m’a poussé vers les arts martiaux, ou bien ces derniers ont-ils inspiré en amont mon imaginaire ? Je n’ai pas une réponse claire à cette question, mais j’ai réalisé quelque chose qui me parait fondamental. Si, en tant qu’auteur, il est très important de se documenter sur un sujet donné, je pense qu’il ne faut pas hésiter, si l’opportunité se présente, à suivre tel un comédien un cheminement digne de l’Actor’s Studio. Chercher la vérité.

Rien ne nous empêche « d’aller sur le terrain » pour écrire des histoires plus réalistes, puiser dans ses propres émotions.

Des amies autrices procèdent ainsi, je pense en particulier à Chloé Bertrand qui, à l’heure où j’écris ces lignes, est partie élever durant six mois des husky en Laponie ! Je songe également à Cécile Duquenne, capable d’aller au Japon juste pour être dans le ton de son roman…

Quand j’écrivais les pirates de l’Escroc-Griffe, je rêvais de passer plusieurs mois sur un voilier, en plein Pacifique… malheureusement cela n’a pas été possible. Bien qu’un auteur ne soit pas obligé de naviguer à l’autre bout du monde pour faire voyager le lecteur, une expérience de ce type aurait à coup sûr enrichi ma trilogie. Un tel travail d’immersion demande du temps et de l’argent, mais cette approche donne cette illusion de réalisme. J’utilise le terme « illusion » à dessein. Durant les Aventuriales, j’ai profité qu’une amie me pose une question banale sur la navigation pour lui avouer franchement mon ignorance.
— Mais tu as passé douze ans sur tes pirates de l’Escroc-Griffe ! s’est-elle exclamée, choquée.
Je lui ai alors répondu qu’en réalité j’ai passé douze ans à donner l’illusion que je maitrisais le sujet. Naturellement, cela ne veut pas dire que je n’écris que des bêtises ou des mensonges ! Même si un jour je deviens (par miracle) ceinture noire d’aïkido, mon « expérience » sera très différente de celle d’un samouraï qui aura combattu avec un vrai sabre dans un duel à mort ou lors d’une bataille. En tant qu’auteur et historien, j’ai réellement des connaissances dans différents domaines, et j’essaie d’écrire avec sincérité. Mais de la même façon qu’un acteur jouant le rôle d’un soldat n’a rien d’un combattant, l’auteur n’est qu’un illusionniste.

Ironie du sort, les lecteurs amateurs de littérature blanche et de Prix Goncourt, en particulier ceux qui méprisent l’imaginaire (SF, Fantastique, Fantasy) et la littérature noire (policier), ne comprennent pas que la même illusion opère pour la littérature générale, réputée sérieuse, réaliste, authentique. Sauf preuve du contraire, lorsqu’elle écrivait les Mémoires d’Hadrien, Marguerite Yourcenar ne disposait pas de machine à voyager dans le temps ! Bien qu’elle n’ait pas eu l’opportunité de vivre aux côtés d’un empereur romain du IIe siècle après J.-C., son best-seller est pourtant l’un des meilleurs romans historiques jamais publiés. Yourcenar a été très rigoureuse en se basant sur les sources à sa disposition, mais elle n’a pas prétendu dépeindre la vérité. Elle voulait surtout reconstituer un Hadrien crédible, comme elle le signale elle-même dans son propre livre :

Si j’ai choisi d’écrire ces Mémoires d’Hadrien à la première personne, c’est pour me passer le plus possible de tout intermédiaire, fût-ce de moi-même (…) Quoi qu’on fasse, on reconstruit toujours le monument à sa manière. Mais c’est déjà beaucoup de n’employer que des pierres authentiques.

En écrivant, Yourcenar a tenté de se mettre dans un état d’esprit idéal, ce qui est bien sûr subjectif. Son roman fonctionne car, d’une part, il est très bien écrit et, d’autre part, nous sommes d’accord avec les certitudes de l’autrice concernant une période donnée. Pourtant, il suffit que la science historique progresse d’un bond pour qu’un roman ou un film devienne complètement ringard. C’est ce qui est arrivé à l’instant où l’on a découvert que les chevaliers du Moyen-Âge n’étaient pas du tout de lents guerriers, mais plutôt des catcheurs capables de sauter, d’effectuer des roulades, de monter des échelles ou même de se relever tout seul !

Nous ne pouvons occulter que nous sommes façonnés par un contexte culturel donné. Un Français enthousiaste qui part en vacances à Tokyo sera sans doute émerveillé par cette ville, mais sa vision sera probablement très différente d’un expatrié désenchanté travaillant dix heures par jour dans une entreprise nippone… Si chacun écrit de son côté un roman auto-biographique, les deux livres seront radicalement opposés, alors qu’ils se déroulent dans la même capitale.

Si nous ne percevons pas tous la réalité de la même manière, comment peut-on envisager qu’il ne puisse y avoir qu’une seule littérature digne de ce nom ? Aujourd’hui la physique et la psychologie nous enseignent que cette réalité, abstraite et fluctuante, est certainement aussi vide et subjective qu’un roman. Tel un physicien expert en mécanique quantique, l’écrivain doit avoir l’humilité de reconnaître que toutes ses illusions tendent à se rapprocher de la vérité sans jamais vraiment l’atteindre, parce que cette quête de vérité est elle-même… illusoire. À chaque instant de notre vie d’auteur nous créons des mirages, nous nous en nourrissons également, peu importe le genre littéraire. Au final, il n’y a que des bonnes et des mauvaises histoires.

* Si vous voulez en savoir plus sur les arts martiaux, je vous recommande les blogs de deux amis. Celui de Lebenswegweb, qui évoque notamment la cartographie des arts martiaux, ainsi que celui de Capucine, orienté écriture, développement personnel et arts martiaux.

** J’ai arrêté de regarder la série Walking Dead à la fin de la saison 6, mais il y a un épisode très émouvant qui parle d’aïkido et que je vous recommande chaudement. Il s’intitule « Ici n’est pas ici » (« Here’s Not Here », épisode 4 saison 6) et il n’y a pas besoin de connaître la série pour le regarder, c’est un épisode à part… une belle leçon d’humanité qui m’a touché.

***C’est en partie pour cette raison que j’ai appris à aimer la Lorraine : près de chez moi il est possible de pratiquer des arts martiaux orientaux avec de grands maîtres, et de méditer dans un temple bouddhiste avec un authentique moine tibétain…. bref, de s’imprégner de cultures et de philosophies fort éloignées de la nôtre.

Published in: on décembre 11, 2018 at 10:34  Comments (24)  

Un week-end avec Christopher Priest et autres aventur(ial)es

Je prends enfin un peu de temps pour vous parler d’un festival absolument sublime… l’édition 20018 des Aventuriales était un grand crû ! Comme je vous l’avais annoncé dans mon dernier article, on m’a demandé de présenter le Prestige… en présence de Christopher Priest, et d’évoquer notamment des différences entre le roman et le film, sans déflorer l’intrigue. Inutile de dire que je n’en menais pas large ! Fort heureusement, ma trouille cosmique ne se voit pas trop sur la vidéo…

Avant cette présentation, j’ai quand même eu le temps de dîner avec lui au restaurant autour d’une belle truffade, histoire de lui demander si je ne disais pas trop de bêtises… un moment très convivial. J’ai découvert qu’il n’aimait pas qu’on l’appelle « Christopher », c’est pour cette raison que je l’appelle familièrement « Chris » dans la vidéo. J’ai aussi appris qu’il était très satisfait de cette adaptation… même s’il n’est pas fan du cinéma de Nolan en général (il m’a dit avoir détesté la trilogie Batman !).

Christopher Priest a lui-même ajouté quelques mots avant la projection

J’ai également eu la joie de retrouver mes amis auteurs, et comme je connais la quasi-totalité des invités du salon, je ne citerai pas de noms, de peur d’en oublier ! J’ai aussi rencontré des lectrices et lecteurs de la première heure, ainsi que de nouveaux visages : Jasmin, fan de la Voie de la Colère d’Antoine Rouaud ; Gabriel, 11 ans mais beaucoup de maturité ; un autre lecteur qui m’a conseillé le jeu Dishonored sur PlayStation (et dont j’ai oublié le nom, j’espère qu’il laissera un commentaire ici-même), et bien d’autres belles personnes que je salue au passage.

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Ce salon aura toujours une place particulier dans mon cœur, car il s’agit de l’un des premiers festivals à m’avoir invité : nous sommes tous les deux « nés » en 2015. Au fil des ans, les Aventuriales n’ont cessé de grandir, et aujourd’hui je suis vraiment heureux que cet événement soit désormais bien installé dans le paysage de la SFFF francophone. Un grand merci aux organisateurs et bénévoles sans qui rien ne serait possible !

Published in: on novembre 30, 2018 at 10:59  Comments (4)