« Round one, fight ! »

Quelques nouvelles du front suite à mon absence (assumée) sur les blog et les réseaux sociaux : pour avancer sur mon projet (en retard), il a fallu que je récupère du temps libre, et j’ai donc été contraint de sabrer dans certaines activités. Aujourd’hui, j’ai le plaisir de vous annoncer que j’ai mis un coup d’accélérateur en ce qui concerne mon écriture : à cet instant précis, mon manuscrit fait 275.000 signes (pour info le tome 1 des pirates fait 700.000 signes, soit un grand format de 450 pages). Je sais que 275.000 signes, ça a l’air peu, mais en ce moment je carbure à environ 10.000 signes par jour…. ce qui signifie qu’il y a de bonnes chances pour que le premier jet soit terminé le 31 décembre. Puis viendra une douloureuse période de corrections suite aux retours de mes bêta-lecteurs fétiches. Je ne ferai d’ailleurs pas de sentiment à ce niveau : si ce projet ne les emballe pas, je lancerai à nouveau un chantier jusqu’à ce que l’histoire soit satisfaisante, car il n’est pas question de vous décevoir. Si, au contraire, mes bêta-lecteurs sont enthousiastes, je présenterai à mon éditeur le manuscrit aux Imaginales 2018 afin de savoir si Bragelonne est de nouveau partant pour cette aventure.

Bon, il est temps de retourner au combat. À bientôt !

Published in: on novembre 30, 2017 at 5:18  Comments (9)  

Le liant, souffle vital d’une histoire

 

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En étudiant un peu la calligraphie zen, j’ai été frappé de constater combien sa philosophie était riche d’enseignements, y compris pour un auteur de romans. Au Japon, ce dao est appelé shodô, « l’art de l’écriture ». La peinture d’une calligraphie est un événement aussi unique que l’interprétation d’un musicien lors d’un concert. Comme l’enregistrement d’un « live », la calligraphie survivra à son interprète au fil des siècles. Lorsque l’artiste peint, il considère que son trait est vivant, et qu’il s’enchaîne avec d’autres traits : c’est le kimyaku, « l’enchaînement du ki », le ki étant le souffle vital.

Toute l’énergie est canalisée vers la pointe du pinceau, tandis que le calligraphe est totalement concentré dans l’instant présent, serein et détaché. Plus rien d’autre n’existe. Il doit faire preuve de spontanéité, à l’image d’un auteur qui écrirait un premier jet sans la moindre erreur ! En effet, si le calligraphe arrête de peindre un instant pour réfléchir ou prendre de l’encre, il perd l’enchaînement et le trait « meurt », ce qui explique pourquoi il ne corrige jamais une calligraphie. Un trait n’est jamais superflu, chaque coup de pinceau est un « souffle vivant ».

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Les caractères ne sont pas constitués que de traits distincts, mais aussi d’espaces qui les relient, le ma. Ce vide entre les traits, ce ma, n’est pas un simple néant, car les intervalles sont aussi importantes que les caractères et participent à l’esthétique de l’œuvre. Il n’y pas de dualité entre la forme et le vide. Plus qu’un art, la calligraphie est une méditation zen sur la vacuité, qui pousse à se recentrer sur l’essentiel.

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Le symbole de la vacuité dans le bouddhisme zen

 

 

 

On peut procéder de même pour le livre qu’on est en train d’écrire, réfléchir à l’essentiel, le « liant ». Le liant est le ciment d’un roman, le fait que chaque personnage, sous-intrigue, rebondissement, décor, période historique, « serve » à quelque chose. Autrement dit, ce liant est le fameux kimyaku, le souffle vital de votre histoire.

Prenons un exemple et imaginons un synopsis (écrit avec les pieds faute de temps, désolé) qui s’appellerait… je ne sais pas, moi… Tiens, allez :

Le barbecue du dragon vegan

Je me lance :

Dans une dimension parallèle, la Terre est peuplée de Hobbits conformistes et des créatures encore plus étranges : les banquiers. Ces êtres détestent tout ce qui est surnaturel et souhaitent un monde rentable, une logique de marché sans magie ni dragons. Seuls les barbares des steppes réussissent à vivre tant bien que mal en dehors de cette civilisation moderne, ils conservent leur liberté ainsi que leurs coutumes d’antan.

Liliane Hobbitebourg, une richissime et vieille princesse rebelle acariâtre, veuve du célèbre Duc de Hobbitebourg, roule en 4X4 à travers les steppes d’Asie Centrale dans l’espoir de délivrer son ami Albert, un vénérable dragon asthmatique vegan. La pauvre créature est en effet retenue prisonnière par Gore le barbare, un guerrier âgé sur le point de prendre sa retraite. Très attachée à son dragon domestique légué par son défunt mari, la princesse Liliane a rempli son coffre de billets dans le but de payer une rançon, car Gore a la ferme intention de tuer la bête à la hache le week-end prochain et pour cause : le barbare organise un grand barbecue pour fêter avec toute sa horde son départ à la retraite, il a même prévu un concours de poésie virile. Le vainqueur gagnera des brochettes de dragon en grillade comme l’exige la tradition barbare. Dans la même histoire, il est également question des aventures de Jean-Paul le Hobbit, un jeune étudiant fauché contraint de travailler dans un fast-food pour gagner sa vie*. Jean-Paul doit de l’argent à la princesse et se démène pour la rembourser.

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« Sad Dragon », par Greg Broadmore

Dans notre synopsis, la protagoniste principale est Liliane. Le lecteur veut savoir si la vieille princesse arrive à temps au concours de poésie pour sauver son dragon. Jean-Paul le Hobbit, le personnage secondaire, s’est endetté auprès de la princesse, mais d’une part celle-ci est riche, et d’autre part récupérer son argent n’est pas la priorité de l’héroïne. Que le Hobbit arrive à la rembourser ou pas n’est donc pas l’aspect le plus important du récit. À la limite, cette histoire de dette pourrait faire l’objet d’un autre roman.

Préserver le liant en supprimant une sous-intrigue secondaire, un personnage inutile, une péripétie superflue, c’est tailler les branches mortes d’un arbre pour le maintenir en bonne santé et revenir à l’essentiel… même si pour un auteur le processus peut s’avérer douloureux.

Bien sûr, on peut toujours décider de ne pas couper la sous-intrigue de Jean-Paul, parce  qu’on estime que le Hobbit est un personnage attachant, drôle ou tragique… mais si on alterne les points de vue princesse/Hobbit, on prend le risque de rendre l’une des deux intrigues moins intéressante que l’autre, surtout si les actes de Jean-Paul ont peu d’impact sur le récit. De plus, des problèmes de fond se posent : notre Hobbit est un étudiant fauché, comment a-t-il pu se lier d’amitié avec cette princesse ? Comment se sont-ils rencontrés ? Et pourquoi lui a-t-elle prêté de l’argent ? Yves Lavandier dirait qu’on a pas assez « milké », c’est-à-dire exploité ces idées jusqu’à la dernière goutte (de la même façon qu’on va traire le lait d’une vache d’où le mot anglais « milk »).

Si on veut absolument garder cette sous-intrigue, il faut donc mettre du liant, c’est-à-dire prévoir en amont l’enchainement : la place du Hobbit doit être « tracée d’un coup de pinceau ». Même si les deux intrigues ne se rejoignent qu’à la fin, vous préservez le souffle vivant d’une seule et même histoire.

Imaginons que Jean-Paul le Hobbit ne soit plus un étudiant fauché, mais un auteur en panne d’inspiration qui n’arrive pas à terminer l’écriture de son roman. Comme tous les écrivains, il vit de menus larcins en cambriolant des maisons d’édition et profite des dédicaces pour boire gratuitement du café dans les FNAC.

Le barbecue du dragon vegan, synopsis écrit avec les pieds numéro 2

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À force d’être de toutes les combines, Jean-Paul le Hobbit se fait coffrer par la police secrète de Rotchild Ier, un roi banquier populaire qui vole aux pauvres pour donner aux riches. L’inspecteur Derrack, un vieil orque très calme qui parle avec un léger accent allemand, découvre que Jean-Paul a dans sa jeunesse étudié les lettres modernes au sein d’une fondation financée par la princesse Liliane, en réalité l’ex-femme du roi Rotchild. À l’époque, Jean-Paul avait reçu de cet organisme philanthropique une bourse d’écriture, bourse qui fut honteusement gaspillée en achats d’herbe à pipe hallucinogène sans que le Hobbit n’écrive une ligne de son projet de roman. L’inspecteur Derrack propose à Jean-Paul un choix : soit il devient le correcteur attitré des journalistes du Monde jusqu’à ce que mort s’ensuive, soit il obtient une grâce royale, à condition de partir en mission top secrète dans les steppes et de ramener la princesse Liliane, retenue prisonnière par la tribu de Gore le barbare. Si Jean-Paul  est capturé ou tué, le roi Rotchild niera avoir eu connaissance de ses agissements.

Pour éviter un destin cruel, Jean-Paul accepte la mission. Il retrouve la piste de la princesse Liliane et s’introduit dans le camp, déguisé en barbare anorexique de petite taille. Il constate que la princesse n’a pas réussi à soudoyer les guerriers des steppes, en dépit de son immense fortune. Les barbares n’ont que faire de son argent, étant donné que toute l’économie de la tribu repose sur le troc. Le concours de poésie des barbares se termine, mais aucun guerrier n’a été fichu de réciter une rime satisfaisante. Fou de rage, Gore s’apprête à trancher la tête d’Albert le dragon lorsque Jean-Paul intervient. Au dernier moment, il retrouve l’inspiration et déclame un poème qui narre comment le dragon orphelin a perdu ses parents très tôt, tués par des barbares. Touché par la détresse de Liliane, et la poésie du Hobbit, Gore réalise qu’il est lui-même, comme ce dragon, un orphelin qui n’a connu que la dépression. Il s’est endurci et a passé sa vie à massacrer ces créatures ailées sans imaginer qu’elles étaient elles aussi des êtres sensibles, et que dragons et barbares n’avaient plus leur place dans le monde moderne. Gore se met à pleurer à chaudes larmes et n’a pas d’autre choix que de déclarer Jean-Paul vainqueur du concours de poésie. Bouleversé, Gore décide solennellement de devenir végétarien et libère le dragon. La vieille princesse comprend que l’argent n’achète pas tout et qu’elle entretenait beaucoup de préjugés sur les barbares, qui ont finalement bien plus de valeurs qu’elle ne l’imaginait. Elle tombe amoureuse de Gore qui prend enfin sa retraite. Il envisage de refaire sa vie avec Liliane, de s’installer dans une yourte et de suivre une psychothérapie afin de canaliser sa violence. De son côté, Jean-Paul s’est non seulement acquitté de sa dette envers la société, mais il a également trouvé sa voie : délaisser l’écriture de romans pour se lancer dans la poésie. Il est sur le point de quitter le camp lorsqu’un agent de la police secrète l’interpelle. Il s’agit de l’inspecteur Derrack.
– Jean-Paul, vous avez fait vraiment du bon boulot. Ça ne nous dirait pas de bosser pour nous à temps plein dans un autre pays ?
– C’est moi ou vous voulez me recruter pour de bon ?
– Écoutez, je vais vous la faire simple. Le philosophe Bernard Henri Denis réalisait un documentaire en Corée du Nord lorsqu’il a été arrêté.
– Quel abruti…
– Je ne vous le fais pas dire. 
Le dictateur King Kong-Il ne le relâchera que si le roi Rotchild  accepte de chanter en coréen l’International, tout nu sous la douche, et partager la vidéo sur YouTube.
Jean-Paul soupire :
– Je suis trop vieux pour ces conneries.

Ce synopsis a beau avoir été écrit (rapidement) avec les pieds, il possède un minimum de cohérence. Il y a un peu plus de liant entre les deux intrigues de Liliane et Jean-Paul que dans la première version.

Dans l’absolu, le fait de multiplier des histoires dans l’histoire n’est pas un problème en soi. Dans un registre beaucoup plus dramatique, un roman comme la Cartographie des nuages** a recours à de nombreuses intrigues qui n’en forment qu’une. Ce livre a inspiré le long-métrage Cloud Atlas qui est construit sur pas moins de six lignes temporelles (1846, 1936, 1973, 2012, 2144, et un futur post-apocalyptique)… force est de reconnaître que David Mitchell a suffisamment de talent pour se permettre cette structure hautement casse-gueule !

Cet avis n’engage que moi, mais je pense qu’au début de sa carrière d’auteur, il faut faire preuve d’humilité et ne pas essayer d’en faire trop. Supprimer des intrigues ne signifie pas appauvrir son roman, mais accepter que les événements s’enchainent le plus naturellement possible. Je ne dis pas que j’ai raison, mais en ce qui me concerne, plus les années passent et plus j’essaie d’aller vers cette simplicité.

C’est bien aussi, la simplicité.

* Toute ressemblance avec des personnes existant ou ayant existé est fortuite

** Je vous rassure, je ne me hasarderai pas à comparer Le barbecue du dragon vegan à Cartographie des nuages de David Mitchell, hein. On est tous d’accord pour reconnaître que mon histoire est bien meilleure.

Published in: on octobre 20, 2017 at 4:56  Comments (10)  

The Fountain, deux œuvres, un film

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Mother ! m’a donné envie de revoir une œuvre majeure dans la carrière de Darren Aronofsky : The Fountain. J’ai toujours aimé les films de SF mystiques comme Cloud Atlas, The Tree of Life,  ou 2001 Odyssée de l’Espace, et The Fountain s’inscrit clairement dans cette lignée.

Au XVIe siècle un conquistador part en quête de la légendaire fontaine de jouvence, censée offrir l’immortalité.
De nos jours, un scientifique cherche désespérément le traitement capable de guérir le cancer qui ronge son épouse.
Dans un futur lointain, un cosmonaute voyage à travers l’espace et prend peu à peu conscience des mystères qui le hantent.

La vie, l’amour, la mort, tel est le propos de ce film bouleversant qui a bien failli ne jamais voir le jour. La genèse de ce long-métrage mériterait à elle-seule un documentaire ! Ce que peu de cinéphiles savent, c’est qu’il existe deux versions de cette histoire.

À l’origine, The Fountain devait être un blockbuster à 75 millions de dollars… un budget colossal au début des années 2000. En 2002, alors que les décors sont prêts, Brad Pitt annonce à sept semaines du tournage qu’il abandonne le film à cause d’une divergence artistique. Le projet est annulé, ce qui plonge Darren Aronofsky dans une profonde dépression, d’autant plus que sa mère lutte contre un cancer… cruelle ironie pour un réalisateur obsédé par le thème de l’immortalité et de la fontaine de jouvence.

Sachant que The Fountain ne sera probablement jamais tourné, Darren Aronofsky décide de confier l’adaptation du roman graphique au peintre Kent Williams qui s’inspire de la première version du film (bien que l’édition de ce livre soit épuisée, j’ai pu me procurer cette semaine un exemplaire). Au fil des pages on découvre qu’initialement, l’histoire de The Fountain commençait par une scène à grand spectacle, une bataille sur une pyramide, avec des conquistadors affrontant une armée maya.

 

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Pendant que Kent Williams travaille sur cette adaptation du synopsis original, Aronofsky tente de faire le deuil de son ancien projet :

Au fur et à mesure que le boulot avançait, j’avais de plus en plus de mal à dormir. Une nuit, je finis par sauter de mon lit, excédé. Dans mon bureau, j’épluchais toute la documentation dont j’avais eu besoin pour écrire The Fountain. Il devenait clair que je n’arriverais pas à me sortir l’histoire des tripes si je ne la réalisais pas moi-même.  Il me vint alors une idée. Quand j’avais commencé à faire des films, j’écrivais les scénarios avec en tête un budget minimum, un budget de film indépendant. Pourquoi diable avais-je placé celui-là d’emblée dans la catégorie des films de studio ? Je décidais de tout recommencer. De faire de mon histoire un scénario de film indépendant. C’était un vrai défi, ça me plaisait bien. Du coup, si je ne dormais plus, c’était pour écrire. Et ça faisait longtemps que je n’avais plus écrit pour le plaisir. Deux semaines plus tard, j’avais terminé. La même histoire, mais cette fois-ci le film avait une chance de se faire. Pendant des mois, avec Kent (Williams, l’auteur du roman graphique), on a parié qu’on serait le premier à terminer, lui l’album, moi le film. Et bien, c’est match nul. Et c’est impeccable. Avec les mêmes géniteurs, et la même histoire, l’album et le film réunissent l’exploit d’être uniques, chacun dans leur genre.

(The Fountain, postface de l’édition française du roman graphique)

Tandis que Kent Williams termine l’adaptation du premier scénario, Darren Aronofsky se décide à travailler sur une nouvelle version de The Fountain avec un budget divisé par deux. Une approche plus intimiste qui va, contre toute attente, servir le film. Cate Blanchett et Brad Pitt laissent la place à Rachel Weiz et Hugh Jackman, qui forment à l’écran un couple émouvant, magnifié par la caméra d’un cinéaste amoureux… Rachel Weiz étant la femme de Darren Aronofsky !

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Alors que le premier script commençait avec une (coûteuse) bataille entre conquistadors et Mayas, dans la nouvelle version on se retrouve propulsé dans le futur au milieu d’une magnifique séquence spatiale psychédélique. Crâne rasé, l’astronaute interprété par Hugh Jackman est enfermé avec un arbre dans une mystérieuse bulle.

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Pour mettre en images cette séquence contemplative, le responsable des effets visuels, Dan Schrecker, délaisse le numérique et utilise des micro-clichés de minuscules réactions chimiques dans des boîtes de Pétri… de simples collages photos qui ne sont pas sans rappeler les sublimes effets artisanaux de Douglas Trumbell sur The Tree of Life.

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Comme pour Pi et Requiem for a dream, Darren Aronofsky confie la musique à Clint Mansell, accompagné du Kronos Quartet et du groupe rock Mogwai. L’équipe livre une bande-originale mémorable, à la fois épique et mélancolique, tout en sensibilité, qui sert de trait d’union entre les deux versions, que j’ai d’ailleurs réécoutée en feuilletant les pages de l’album.

Au final, impossible de nourrir une quelconque amertume en fantasmant sur ce qu’aurait pu être la première version de The Foutain. Ce que le film a perdu en spectaculaire, il l’a gagné en émotion avec une histoire plus simple que celle du premier script, riche en symboles. L’arbre de vie de l’Ancien Testament est aussi l’arbre de la Bodhi, permettant d’atteindre l’éveil spirituel, la mort n’étant qu’une porte pour accéder à cette illumination. De la même façon, l’inquisiteur qui met à feu et à sang l’Espagne est également la métaphore du cancer qui est en train de tuer Izzi…

Film aussi expérimental que radical, The Fountain fait aujourd’hui partie des œuvres SF qui ont profondément divisé la critique… et les cinéphiles. La marque des oeuvres visionnaires.

Published in: on octobre 17, 2017 at 9:32  Comments (8)  
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Octogônes 2017

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Peu de lecteurs le savent, mais une partie de l’univers de ma trilogie fut conçue durant mon adolescence, alors que je pratiquais assidûment le jeu de rôle, une passion dévorante qui m’apprit à créer des univers. Inutile de dire que ma venue à Octogônes fut un véritable retour aux sources. Énorme convention rôlistique (qui se déroule jour et nuit pendant 72 heures, sans interruption !) Octogônes est portée par l’armée de bénévoles de Morwen, toujours aux petits soins… Impossible de toutes et tous les remercier.

J’ai passé deux jours absolument magiques, et découvert la magnifique ville de Lyon.

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Samedi, j’ai eu le plaisir de participer avec Vil Faquin, Raphaël Colson (l’un des coordinateurs du pôle imaginaire) et David Robert à une passionnante table ronde.

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Le soir, j’ai été invité à un vernissage au Dépôt de l’Imaginaire, l’antre du Peuple de Mû, une maison d’édition attachante que je connais bien, et qui est dynamique. C’est elle qui a publié le fameux Moi, Peter Pan du (très) talentueux Michael Roch.

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J’ai passé un excellent moment avec des auteurs chaleureux (Sarigan, Alex Nikolavitch, Nicolas Le Breton), retrouvé des amis (Nathalie Bagadey, Élisa, Vincent Laik, Ielenna, Davy Athuil, Driss Embarek, Fred, mon libraire de Omerveilles), ainsi que Victor « l’Empire Électrique » Fleury, avec qui j’ai une histoire particulière : à la base nous nous sommes rencontrés aux Imaginales, à Epinal, à l’époque nous rêvions d’être publiés, sans savoir qu’on allait tous les deux atterrir chez Bragelonne !

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Les lecteurs étaient au rendez-vous, dimanche soir je n’avais plus d’édition intégrale ! Cerise sur le gâteau, une personne qui avait acheté ma trilogie samedi est revenue le lendemain pour me dire qu’elle avait dévoré les 80 premières pages, ce qui m’a touché…

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… et pour cause : deux ans et demi après la sortie du premier tome, mes pirates continuent de voguer à la rencontre de nouveaux lecteurs, grâce aux festivals, et à un éditeur enthousiaste, des partenaires indispensables que je remercie chaleureusement. Pour l’écosystème des organisateurs, libraires et éditeurs, inviter un auteur est une marque de confiance à laquelle je suis très sensible, et je suis heureux que cet investissement soit récompensé, même si vendre des livres n’est pas une fin en soi. Au-delà des bilans comptables, venir à un salon, c’est surtout retrouver des amis et des lecteurs, participer à la fête d’une famille, celle de l’imaginaire. C’est grâce à cette marque de confiance entre tous les acteurs et artisans de la SFFF, petits ou grands, que cette magie est possible, et les salons qui ont tendance à oublier cette vérité pour privilégier l’aspect économique, et grandir trop vite, perdent malheureusement beaucoup de leur âme.

C’est en partie grâce à cet écosystème artisanal qu’au fil des ans, une communauté grandissante s’est créée autour de mon univers… ce qui me motive à terminer l’écriture de mon spin-off, ainsi que le jeu de rôle des pirates, dans mes cartons depuis plusieurs années, sans parler des autres projets…

Samedi 25 Novembre, je terminerai l’année 2017 en beauté en me rendant à la 14ème édition du Festival de SF et de Fantasy de Sèvres pour retrouver Jean-Luc Rivera, un grand ami de l’Escroc-Griffe.

À bientôt !

Published in: on octobre 9, 2017 at 12:21  Comments (9)  
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Si vous êtes sur Lyon…

Je suis depuis hier à « Octogônes », une convention du jeu et de l’imaginaire absolument géniale ! Si vous êtes dans le coin, n’hésitez pas à passer, ce salon en vaut la peine.

Published in: on octobre 8, 2017 at 6:03  Laisser un commentaire  
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Blade Runner 2049

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Avec 2001 Odyssée de l’Espace, Blade Runner est l’un des rares longs métrages de Science-Fiction à être respecté par les critiques hostiles à l’Imaginaire, au point d’être considéré comme un chef d’oeuvre du Septième Art. Film d’auteur visionnaire, Blade Runner est le mètre-étalon de la SF dystopique de ces 35 dernières années : Terminator, Robocop, Total Recall, Akira, Ghost in the shell, Strange Days, Dark City, le Cinquième Élément, Matrix, A.I., Avalon, l’Attaque des Clones, Minority Report, Ex Machina, Arès… difficile de citer tous les films qui ont, de près ou de loin, une filiation avec le long-métrage mythique de Ridley Scott, qui avait déjà sévi en 1979 avec l’iconique Alien. L’héritage de Blade Runner est tel qu’il déborde largement la sphère du cinéma pour toucher aussi les séries avec Real humansWestworld, et même le monde du jeu vidéo avec des titres comme Final Fantasy VII ou Deus Ex.

C’est peu dire que Blade Runner possède une aura de film indépassable.

Et puis, il y a quelques années, j’ai appris qu’une suite allait voir le jour… J’ai alors ressenti une immense méfiance en réalisant qu’Hollywood allait (encore) mettre en chantier la suite d’une oeuvre culte. Comment pouvait-on agir ainsi avec un film si proche de la perfection ? Il est vrai que la fin était ouverte, mais à la manière d’Inception, cette fin faisait tout l’intérêt de l’intrigue, notamment sur la question de savoir si Deckard est un réplicant ou pas. De plus, Ridley Scott n’est plus au mieux de sa forme : pour un Seul sur Mars réussi, il a fallu subir les infâmes Prometheus, Cartel et Alien Covenant…

Dans ces conditions, j’étais peu intéressé par ce sacrilège projet de suite, jusqu’au jour où Denis Villeneuve est arrivé et a livré le fabuleux Premier Contact, véritable « film d’auteur de SF ». Lorsque j’ai appris que le réalisateur canadien allait réaliser Blade Runner 2049, j’ai repris espoir. Je ne m’attendais pas à un chef d’oeuvre, mais je savais que Villeneuve était l’un des rares cinéastes à pouvoir supporter une telle pression, parce qu’il s’agit d’un vrai artiste, intègre et sincère dans sa démarche.

Cette sincérité éclate dès les premières secondes du film à mesure qu’on découvre un univers hallucinant de beauté, qui a évolué dans sa propre ligne temporelle puisque l’action ne se situe plus en 2019, mais en 2049, trente ans plus tard. Bien que très perfectionnée, la technologie garde une touche rétro « années 80 » du précédent film, surtout quand les personnages sont obligés de consulter les « vieilles » archives de 2019… ce qui ne manque pas de donner aux deux films une délicieuse saveur uchronique, la science de ce monde parallèle évoluant beaucoup plus rapidement que la nôtre !

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Pendant tout le film, Villeneuve se livre à un incroyable numéro d’équilibriste : respecter l’oeuvre de Ridley Scott, tout en proposant une nouvelle histoire, avec sa propre identité. Ce souci de cohérence se retrouve particulièrement dans la musique de Hans Zimmer, qui rappelle fortement celle de Vangelis, les chants orientaux en moins. Doucement, on oublie le premier Blade Runner pour s’immerger dans un monde fascinant de vacuité, dans lequel un robot peut entretenir une histoire d’amour avec une I.A. Là où Ridley Scott révolutionnait la SF en remettant en question la nature de son protagoniste principal, Villeneuve a une démarche plus transhumaniste en donnant à un réplicant assumé le rôle le plus important ! Comme dans l’adaptation de Ghost in the shell, on observe une humanité désenchantée qui a de plus en plus de mal à se différencier des machines, preuve en est avec le personnage de Jared Letto, effrayant.

Aussi lent que le premier opus, Blade Runner 2049 est l’antithèse du blockbuster, un film d’auteur qui tourne en ridicule la notion d’action, notamment avec la scène de la « non-bagarre » dans le casino, sur fond d’Elvis Presley… Une façon pour Denis Villeneuve de dire qu’il ne sera pas question d’aller dans la facilité. Pour cette raison, Blade Runner 2049 va forcément diviser car il s’agit avant tout d’un film expérimental, une suite qui se termine, elle aussi, sur une fin ouverte, mais avec un dénouement très émouvant qui donnera le frisson aux fans de la première heure. J’avoue que le scénario m’a bluffé, on sent qu’il a été travaillé. Ryan Gosling, monolithique à souhait, est parfaitement à l’aise dans son rôle, de même que l’ensemble du casting.

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Film sincère, authentique, intègre, respectueux mais audacieux, Blade Runner 2049 n’a probablement pas la force visionnaire du premier film, mais sa réussite incontestable est un vrai miracle. Comme toujours, on regrettera amèrement ces satanées bandes-annonces qui en montrent beaucoup trop… mais peu importe, car comme le dit Roy Batty

tous ces moments se perdront dans l’oubli comme les larmes dans la pluie.

Published in: on octobre 4, 2017 at 6:34  Comments (25)  
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Un art de vivre

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Cette semaine, alors que mon blog fête ses quatre années d’existence, j’ai reçu des messages enthousiastes de jeunes auteurs qui lisent les articles de ma section spéciale, le dojo de l’écriture, des messages qui m’ont particulièrement touché.

Comme je l’écrivais dans mon dernier article, un auteur a besoin d’être heureux. Écrire est un art de vivre, un dao solitaire, mais savoir que ce blog, au fil des ans, contribue de plus en plus à aider des écrivains me comble de joie.

Merci infiniment pour votre confiance ❤

Published in: on septembre 27, 2017 at 9:18  Comments (2)  

« D’où tirez-vous votre inspiration ? »

 

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Comme bien des auteurs, il ne se passe pas un salon sans qu’on me pose cette question qui m’a longtemps fait sourire. Il y a quelques années, j’ai écrit sur ce blog que l’inspiration n’était qu’un mythe, qu’elle s’entretenait à mesure qu’on restait plusieurs heures par jour à écrire derrière l’écran de son ordinateur.

En réalité, je pense désormais que c’est, disons, plus compliqué. Bien sûr, les réflexions qui vont suivre ne sont que des théories de ma part ! Mais il est bon de partir d’un cadre théorique pour, par la suite, parler de techniques artisanales efficaces. Oui, j’ose aborder un grand tabou de la littérature : pour moi, l’inspiration n’est qu’un outil comme un autre, qu’il est possible d’aiguiser, comme n’importe quel outil… mais qu’est-ce qu’on entend par « inspiration » ?

Dans notre société matérialiste, il est difficile de s’imaginer que jusqu’au XIXe siècle, les gens avaient une conception in spiritum de l’inspiration, avec des idées qui tombaient (au sens propre) du ciel, les artistes jouant le rôle de prophètes incompris en lien avec le divin.

Cette conception très ancienne a volé en éclats avec la naissance de l’art moderne, tant en littérature qu’en peinture, sculpture… Aujourd’hui il n’est plus question de sacraliser quoi que ce soit, l’art devenant « banal », et non issu d’une inspiration divine, pour le meilleur et pour le pire. Pablo Picasso n’a-t-il pas dit  » les bons artistes copient, les grands artistes volent » ?

Mais alors d’où vient l’inspiration ? Tout au long de ma vie, j’ai évolué en ce qui concerne cette question. Bien sûr, l’auteur est conditionné par ses lectures. À force de lire des livres il recycle, au moins inconsciemment, des idées… mais pour moi l’inspiration est bien plus subtile que cela. Quand j’étudiais l’Histoire à l’université, pendant un temps j’ai cru à la vision romantique de Platon, à un monde des Idées, invisible. J’imaginais une noosphère qui entourait la Terre, et le fait que les artistes dits « géniaux » étaient seulement des artistes un peu plus « connectés » que d’autres à ces idées qui flottaient dans l’atmosphère.

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Ce qui me confortait dans cette vision, c’est qu’une part non négligeable d’idées me viennent de rêves. C’est le cas d’un arc narratif d’un de mes romans, les Corsaires de l’Écosphère. Quasiment toute l’intrigue autour des loups de Leucédoine est issue d’un songe. Cela n’a rien d’exceptionnel, n’importe quel écrivain peut procéder ainsi, et certains scientifiques célèbres ont même fait des découvertes grâce à cet état de conscience modifié que tout le monde connait, mais qui est sous-exploité.

Il y a une technique pour se rappeler de ses rêves : dès le réveil, il suffit de les noter sur un carnet (pour ma part j’utilise mon smartphone). Au bout d’une semaine, le cerveau s’habitue à cette gymnastique et les songes deviennent de plus en plus clairs. À force de pratique régulière, il arrive qu’on se souvienne de plusieurs rêves effectués durant une même nuit. Il faut juste veiller à maintenir cette activité toute l’année. Une prise de notes irrégulière rend plus difficile ce phénomène de mémorisation, mais même après une coupure d’un mois, il suffit de quelques jours pour remettre son cerveau en condition.

Aujourd’hui, je ne crois plus à un monde des idées ou à une noosphère, car les rêves ne constituent pas ma seule source d’inspiration. En 2014 j’ai découvert la méditation, qui m’a apporté énormément de bienfaits dans mon quotidien, je l’avais d’ailleurs raconté dans mon article Hygiène de l’écrivain. Je médite tous les jours chez moi, mais également dans le temple bouddhiste que je fréquente une fois par semaine. À un moment donné, je me suis posé la question de savoir si la méditation ne constituait pas un frein à l’écriture : si le but ultime de la méditation est d’être heureux, en harmonie avec les autres, de se libérer des désirs, frustrations et autres souffrances, le risque n’est-il pas de ne plus avoir envie d’écrire ?

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En réalité, en ce qui me concerne, c’est exactement le contraire qui s’est produit, non sans une certaine ironie. En 2016, j’ai passé six mois de ma vie à écrire le synopsis très détaillé d’un roman historique fantastique… jusqu’au jour où je suis allé, comme tous les lundi soir, à mon temple tibétain. J’étais particulièrement serein lorsque soudain, en pleine méditation, des idées me sont venues. Là encore, cela n’a rien de surprenant. Grâce à la méditation, l’esprit est plus disposé à se reconnecter avec cette formidable source de créativité qu’est l’inspiration. De la même façon que vous supprimez des programmes inutiles qui tournent en tâche de fond sur votre ordinateur sans votre accord, des programmes qui consomment énormément de ressources, la méditation permet de se détacher des angoisses, colères et frustrations, et de prendre conscience du mal qu’elles nous font.

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Libéré de ces poids, votre esprit est bien plus à l’aise pour aller pêcher des idées… même si cela peut avoir de drôles de conséquences. Ce soir là, mes nouvelles idées n’avaient absolument rien à voir avec le synopsis sur lequel j’avais travaillé pendant six mois ! Mais j’étais tellement enthousiaste que dans le train retour, je n’ai pas eu d’autre choix que de les noter, et de passer une nuit blanche à écrire avant de partir sur un nouveau projet, j’en avais d’ailleurs parlé ici. Le phénomène s’est reproduit ultérieurement lors d’une méditation. Cette fois-ci, je n’ai pas lâché mon travail en cours, mais suite à cette session j’ai encore passé une nuit blanche, « contraint » de penser à de futurs projets de romans, ce qui fut aussi excitant qu’éreintant. Fort heureusement, par la suite je n’ai pas connu d’autres nuits blanches, mais il m’arrive de temps en temps « d’obtenir » pendant une méditation, des idées ou même des solutions à certains problèmes scénaristiques.

Ces expériences intimes m’ont laissé un temps songeur : est-ce que je n’étais pas en train de dévoyer ma pratique de la méditation pour en faire une activité futile, un tantinet égoïste ? En réalité c’était, là encore, une inquiétude sans fondement : la méditation permet de mieux se connaître. Grâce à elle, je renoue avec l’inspiration car à ce moment précis, je fais tout simplement la paix avec moi-même.

Si vous êtes en mal d’inspiration, procrastinateur, ou terrorisé par le syndrome de la page blanche, la méditation peut constituer un excellent outil, que vous soyez athée, agnostique ou croyant importe peu. De plus, il n’y a pas besoin de connaître la position du lotus ou de souffrir le martyr ! Il suffit de prendre dix minutes dans une journée. Des méditations de vingt ou trente minutes sont possibles, mais si on manque de temps il vaut mieux effectuer dix minutes tous les jours que de pratiquer occasionnellement. Il faut s’asseoir confortablement sur un coussin, les jambes croisées en tailleur, mais une chaise fera aussi bien l’affaire, le plus important étant de demeurer le dos droit, à l’aise, les yeux mi-clos. Les mains peuvent être unies comme sur la photo, ou bien posées sur les genoux. Il existe toutes sortes de position, le but étant de se concentrer sur un support. Ça peut être le mur en face de vous, ou bien votre propre respiration.

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Contrairement aux idées reçues, le but n’est pas de se retrouver dans un état second ou de supprimer les pensées (c’est impossible), mais de les observer, sans jugement. Que ces pensées et émotions soient angoissantes ou réjouissantes est secondaire, il n’y a pas de bonne ou de mauvaise méditation, l’essentiel étant de rester en retrait et de constater que notre esprit est perpétuellement assailli par un bruit de fond. « Il faut que je termine mon travail/J’ai faim/Untel m’agace/Est-ce que j’ai bien fermé la porte de la voiture ? ». Toutes ces pensées et émotions ne sont que des perturbations sans substance, des sortes d’hallucinations qui nous empêchent d’être dans le moment présent, car nous n’avons même pas conscience que nous obéissons en permanence à ces pulsions. Or, comme je l’avais évoqué dans cet article, écrire est un non-agir. Le fait de méditer quotidiennement vous permet de vous détacher peu à peu de ce bruit de fond, d’y accorder moins d’importance. Pour les personnes extrêmement occupées, il existe même une application gratuite très populaire sur smartphone, Petit Bambou, qui permet d’effectuer des méditations guidées de seulement dix minutes par jour, juste avec des écouteurs.

Après plusieurs années de pratique, on réalise doucement que dans l’absolu, il n’y a pas de différence entre la méditation et la non-méditation, et que chaque événement, même le plus douloureux, est potentiellement un enseignement. La plupart de nos souffrances viennent du fait que notre cerveau invente régulièrement des prophéties auto-réalisatrices (« je suis sûr que je vais encore passer une journée pourrie au boulot/vivement  les vacances à la mer, je vais bien m’amuser ») qui conditionnent notre perception de la réalité, en bien ou en mal. Entretenir une vision duale de la vie en voulant faire constamment, et à tout prix, deux activités en même temps est source de tensions… et ne sert qu’à provoquer des migraines ! C’est le fait d’être en paix à chaque instant de son existence qui nourrit l’inspiration, être vraiment dans l’instant présent, que ce soit en prenant le métro, ou même en lavant la vaisselle. Récemment, une amie universitaire m’a parlé d’une étude menée par des chercheurs japonais sur les balades en forêt, souvent sources d’inspiration pour les écrivains. Il semblerait que des hormones entrent directement en jeu dans le mécanisme de l’inspiration ! Une promenade contemplative aurait donc des effets comparables à la méditation, ce qui n’est pas vraiment une surprise. À l’époque de la Grèce antique, Aristote enseignait déjà à ses élèves la philosophie en marchant, ce qui explique pourquoi ces philosophes s’appelaient les péripatéticiens, ceux qui aiment marcher.

En vous parlant d’hormones, j’ai peut-être l’air de dresser un tableau idyllique digne d’un Bisounours…

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… mais même le stress, bien canalisé, peut être une source d’inspiration. Il m’est en effet arrivé plusieurs fois de me retrouver au pied du mur à cause d’une contrainte éditoriale, je devais écrire ou réécrire des passages de mon roman dans un laps de temps serré. La peur s’est transformée en excitation à mesure que j’allais au plus simple. Alors que j’avais été bloqué dans mon écriture, et que j’avais du mal à avancer, cette épreuve me permettait d’adopter une démarche zen en m’immergeant totalement dans le récit, comme si ma vie en dépendait. Au moment où j’écrivais, plus rien d’autre n’existait. « Cela fait trois semaines que ce chapitre compliqué te pose des problèmes ? Supprime-le et avance coûte que coûte » me suis-je dit à un moment donné, pensant à la fameuse maxime « derrière chaque crise une opportunité ». Aujourd’hui, alors que j’écris un premier jet, j’ai peu de contraintes éditoriales, mais ces expériences me servent encore lorsque je me retrouve de nouveau confronté à un problème que je juge a priori délicat. Je n’hésite plus à trancher au sabre un passage de mon texte, même si j’y suis attaché.

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Je n’entretiens plus de vision duale dans mon écriture  : les problèmes ne le sont que dans mon esprit. Si c’est confus pour moi, ça le sera aussi pour mon lecteur. Le tumulte sans fin du quotidien parasite notre créativité, quand nous ne nous sommes pas déchirés entre les contraintes professionnelles et nos responsabilités familiales, ou toutes sortes de dualités. Ce sont les tensions que nous créons qui provoquent le syndrome de la page blanche, et rien d’autre.

J’ai un jour eu une discussion à ce propos avec mon éditeur, Stéphane Marsan. Au cours d’un diner, il m’expliquait qu’entre vingt et trente ans, les auteurs ont tendance à moins écrire : ils sont absorbés par leurs études, vivent des expériences, puis finissent par trouver du travail, rencontrer quelqu’un et éventuellement fonder une famille. Vers trente – trente-cinq ans, les écrivains se stabilisent, reprennent le chemin de l’inspiration et de l’écriture.  Bien sûr, chaque cas est différent, mais je me reconnais énormément dans ce portrait, et je pense que certains amis s’y retrouveront aussi. Il y a deux grandes leçons à en tirer.

La première, c’est que l’inspiration vient en partie des expériences que nous vivons, bonnes ou mauvaises. L’imaginaire d’un auteur se réalise aussi sans écrire, car il a besoin de réel, de voyager, de vivre des moments heureux, des deuils… car ces expériences rendront ses romans meilleurs. A vingt-deux ans, je voulais écrire l’histoire d’un homme défiguré qui était amoureux. Ce personnage possédait une grande expérience de la vie, mais arrivé au tiers du roman, j’étais dans l’incapacité d’aller plus loin, car ce protagoniste principal était bien plus mature que moi.

La seconde leçon, c’est bien entendu le fait que pour être inspiré, un auteur a besoin d’un minimum de stabilité, tant matériel qu’émotionnelle. Besoin d’être heureux. Tous ces auteurs maudits morts dans la misère au XIXe siècle ne doivent pas occulter une réalité éloignée des clichés : un auteur bien dans sa peau est un meilleur écrivain. Ce n’est pas un Bisounours qui le dit, mais le maître de l’horreur lui-même. Dans Écriture, Mémoires d’un métier, Stephen King explique que

Écrire n’a rien à voir avec gagner de l’argent, devenir célèbre, draguer les filles ou se faire des amis. En fin de compte, écrire revient à enrichir la vie de ceux qui liront vos ouvrages, mais aussi à enrichir votre propre vie. C’est se tenir debout, aller mieux, surmonter les difficultés. Et faire en sorte qu’on soit heureux, d’accord ? Oui, faire qu’on soit heureux. Une partie de ce livre, trop longue peut-être, décrit comment j’ai appris cela. Une autre, plus importante, s’efforce d’expliquer comment on peut mieux le faire. Le reste, et peut-être la meilleure partie, est une autorisation en bonne et due forme : vous le pouvez, vous le devez et, si vous êtes assez courageux pour vous lancer, vous y arriverez. Écrire est magique, écrire est l’eau de la vie au même titre que n’importe quel art. L’eau est gratuite. Alors buvez. Buvez, buvez à satiété.

Chaque seconde d’existence est potentiellement source d’inspiration, à condition de savoir écouter les histoires qui sommeillent en nous.

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Published in: on septembre 22, 2017 at 9:34  Comments (6)  

Mother ! (attention, je décortique le film…)

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Une femme vit dans une maison avec son mari, un poète en manque d’inspiration. Le couple voit sa relation remise en question par l’arrivée d’invités imprévus, perturbant leur tranquillité.

Depuis 1997, Darren Aronofsky fait partie d’un cercle très fermé à Hollywood, celui des cinéastes qui écrivent la plupart de leurs scénarios, quitte à proposer des projets expérimentaux visionnaires. Après avoir signé un haletant thriller mathématique (Pi), un drame psychédélique (Requiem for a dream) puis un autre, mystique (The Fountain), Aronofsky s’est imposé comme l’un des réalisateurs les plus doués de sa génération. À la fin des années 2000 son talent a fini par être reconnu par le grand public, grâce à un dytique étonnant, un trait d’union entre le catch (The Wrestler, poignant) et la danse (Black Swan, sulfureux). Après un Noé bancal (je n’ai aimé que la première demi-heure), j’attendais avec hâte que Aronofsky renoue avec un cinéma plus intimiste. C’est le cas de Mother !, un film très risqué.

ATTENTION, JE RÉVÈLE TOUT

Grâce à une galerie d’acteurs sublimes, Aronofsky s’empare d’une intrigue simple (un artiste et sa femme reçoivent des inconnus) pour doucement basculer progressivement dans le surréalisme : pourquoi le personnage du poète se sent-il obligé d’accepter ces visiteurs indélicats ? Qu’est-ce que cette maison cache ? Pourquoi un cœur semble battre dans les fondations ? Avec un humour noir savoureux, le réalisateur s’amuse à brouiller les pistes, pour mieux déstabiliser le spectateur. De prime abord, ces deux personnages irréconciliables semblent être les deux forces qui animent l’Humanité, le yin et le yang, dans un cycle sans fin. La Femme souhaite donner la vie et aimer, quand l’Homme veut être dans l’action et dominer, pour le meilleur (la naissance d’un enfant) et le pire (l’Apocalypse). Seul le pardon permet la libération de la souffrance, à condition de lâcher prise sur le plan matériel (la maison).

Après quelques heures de réflexion, j’ai réalisé qu’en réalité, ce film est surtout une métaphore biblique d’une Mère-Nature vierge, jusqu’à ce que Dieu, artiste démiurge en proie à l’ennui, décide de créer l’Humanité afin d’être vénéré et ainsi retrouver l’inspiration. Le premier invité porte une blessure au niveau d’une côte… tout comme Adam. Dieu permet à sa femme de le rejoindre, une Eve vénéneuse et sensuelle, obsédée par l’atelier de l’artiste, et la connaissance contenue dans son diamant. En brisant ce diamant caché, le couple provoque la fureur de Dieu, qui condamne l’accès à ce jardin d’Eden. Les deux enfants du couple pénètrent alors dans la maison, avant que l’ainé ne tue son frère cadet, reproduisant le meurtre d’Abel par Caïn. La tâche de sang qui imprègne le plancher est le péché originel, qui disparaît au moment où Mère Nature se retrouve enceinte de Dieu : l’artiste a renoué avec l’inspiration et écrit son chef d’oeuvre, un texte émouvant destiné à être partagé avec le plus grand nombre, qui a valeur de testament. Malheureusement, ce bonheur n’a qu’un temps à mesure que l’Humanité entière envahit le logis de Mère Nature et idolâtre Dieu, sans même comprendre le message contenu dans son œuvre. Guerres de religion, pillages… La maison se transforme en un champ de bataille, un purgatoire dans lequel Mère Nature va connaître toutes les souffrances possibles et imaginables à mesure qu’elle s’éloigne de son mari, toujours prêt à pardonner à l’Humanité.

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Dieu n’hésitera pas à lui donner son fils conçu avec Mère Nature, mais le bébé innocent est sacrifié. Folle de douleur, Mère Nature incendie la maison dans une explosion apocalyptique, tuant au passage l’Humanité toute entière. Indemne, Dieu prend dans ses bras Mère Nature, mourante. Elle avoue n’avoir jamais cessé de l’aimer, malgré son égoïsme. Dieu lui arrache le coeur, et fabrique un nouveau diamant à partir des cendres de la maison, qui se répare. Dans le lit conjugal, une nouvelle Mère Nature apparaît…

Drame mystique, cosmique et même écologique, Mother ! risque de déconcerter plus d’un spectateur par sa radicalité, sa fin violente ainsi que sa dimension spirituelle. Ce film sera adoré ou détesté, parce qu’il s’agit d’un chef d’oeuvre sans concessions. Après un tiède été 2017 constellé de blockbusters décevants, la sincérité, le courage et l’audace d’Aronofsky n’en sont que plus respectables, pour ne pas dire admirables. Ce réalisateur est immense…

Published in: on septembre 20, 2017 at 9:59  Comments (5)  
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Ça

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Derry, octobre 1957. Sept gamins se regroupent au sein du « club des ratés ». Rejetés par leurs camarades, ils sont les cibles favorites des gros durs de l’école. Pendant ce temps, un clown assassine les enfants qui ont le malheur de croiser sa route. La police est incapable d’attraper le tueur qui se cache dans les égouts car, depuis toujours, Derry est en proie à une créature qui émerge des égouts tous les 27 ans pour se nourrir d’enfants. Bien décidés à rester soudés, les Ratés tentent de surmonter leurs peurs pour enrayer un nouveau cycle meurtrier. Un cycle qui a commencé un jour de pluie lorsqu’un petit garçon poursuivant son bateau en papier s’est retrouvé face au clown Grippe-Sou…

1991. L’année de mes 14 ans, rien ne va plus. Mon père est absent, je déménage et deviens le souffre-douleur du collège, jusqu’à me faire tabasser, tandis que mes résultats scolaires sont en chute libre. La seule chose qui m’intéresse, c’est m’évader dans des mondes imaginaires, et aller régulièrement au cinéma voir Terminator 2 : le Jugement Dernier, jusqu’à ce que le film ne soit plus à l’affiche.

Été 1991. En trainant dans une librairie, je découvre un roman dont la couverture du tome 1 me fascine. L’illustration est choquante, mais le trait du dessin est enfantin, comme s’il s’agissait d’un conte.

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Est-ce vraiment un récit d’horreur ? Comment peut-on évoquer l’assassinat d’un enfant ? Et qui est ce clown maléfique ? Une pulsion irrépressible me pousse à acheter le bouquin de cet écrivain dont tout le monde parle, un certain Stephen King. Dès les premières pages, mes craintes se confirment : il est bien question du meurtre d’un gosse, une scène absolument atroce, mais l’histoire ne se résume pas à ça. Il est aussi question d’une bande de jeunes mal dans leur peau, le club des ratés, des enfants à peine entrés dans l’adolescence qui vont nouer une solide amitié. Des personnages paumés qui me font furieusement penser à ce que je vis au quotidien à cette époque. Je ne le sais pas encore, mais j’ai mis le doigt dans un engrenage, et plus rien ne sera comme avant. Durant cet été de l’angoisse 1991, je dévore les trois volumineux livres de poche et flingue mes vacances, passant l’essentiel de mon temps à explorer avec le club des ratés les égouts humides et puants de Derry, et braver les Friches Mortes, la peur au ventre. C’est la première fois qu’un roman me procure une telle angoisse, et en même temps je ne veux pas abandonner ces amis imaginaires qui me font rire et que j’aime tant, j’ai l’impression de les connaître depuis toujours. Avec eux, je ne suis plus un adolescent solitaire, et je ne me sens plus rejeté. Avec eux, je comprends que mon adolescence n’est qu’un mauvais moment à passer. En arrivant aux dernières pages, je ne peux empêcher mes larmes de couler, sachant que je vais dire adieu aux personnages les plus attachants qu’il m’ait été donné de rencontrer. Au moment de refermer le dernier tome, j’ai la certitude que Ça est l’une des meilleures histoires que j’ai jamais lue, et ce pour de nombreuses raisons.

En décidant de prendre pour antagoniste un clown tueur de gosses, l’auteur du Fléau s’attaque à un tabou : la mort des enfants, mais sans jamais tomber dans la violence gratuite. Là où bon nombre de romanciers auraient imaginé un serial killer caricatural à une seule dimension, Stephen King fait preuve de subtilité avec un monstre qui se nourrit de la peur, autant dire l’un des méchants les plus terrifiants de l’Histoire de l’Imaginaire ! Et pourtant, Ça n’est pas seulement un grand roman d’épouvante, il s’agit également d’un grand roman tout court, bouleversant, grâce à de jeunes personnages profondément émouvants. Avec une infinie tendresse, King décrit des Goonies des années 50 qui évoluent dans une Amérique nostalgique qui n’existe plus. Cette Amérique n’est pas sans rappeler celle de la novella le Corps, un chef d’œuvre qui a inspiré au cinéma le cultissime Stand by me.

Sans jamais tomber dans le misérabilisme, l’auteur raconte dans Ça le quotidien de personnages confrontés au monde des adultes, les véritables monstres du récit. La fin de l’enfance ne serait-elle pas une thématique cathartique pour le King ? Probablement. Tout petit, le futur écrivain a vu un camarade se faire percuter par un train, alors qu’ils jouaient tous les deux près d’un chemin de fer. Il est revenu chez lui en état de choc, sans pouvoir prononcer un mot, et ce n’est que quelques jours plus tard que sa famille a fait le lien entre ce curieux comportement et l’accident mortel. Bien qu’il n’en garde pas un souvenir clair, cet épisode traumatisant se retrouve régulièrement dans l’œuvre de l’auteur, que ce soit avec la Tour Sombre, Cujo, la Tempête du siècle et naturellement le Corps. Dans Ça, la perte de l’innocence prend une place centrale dans un récit extrêmement ambitieux de par sa construction. On alterne entre les séquences flashbacks de 1957, et le « présent » qui se déroule en 1984, les enfants étant devenus 27 ans plus tard des adultes névrosés.

Roman aussi effrayant qu’émouvant, Ça fut adapté en 1990 sous la forme d’une mini-série en deux parties, de qualité inégale, intitulée « Il » est revenu.

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Si la mini-série était très respectueuse de la structure du livre en adoptant les flashbacks du récit, et portée par un Tim Curry terrifiant, chaque partie ne durait qu’1h36 pour une durée totale de 3h00, ce qui était insuffisant pour restituer fidèlement les nombreux événements de l’histoire.

C’est donc non sans une certaine angoisse à l’idée de revivre ce fameux été 1991 joie que je suis allé hier au cinéma, rassuré sur le fait que la nouvelle adaptation, dirigée par le talentueux réalisateur de Mama, allait bénéficier de deux films de plus longue durée et d’un plus gros budget. Exit les flashbacks, le premier chapitre est uniquement consacré à l’enfance des personnages. Autre choix adopté par le cinéaste, l’époque : l’arc narratif des enfants ne se déroule pas durant les années 50, mais pendant les années 80. Une idée que je trouve absolument géniale, car cette modernisation a le mérite de rendre le récit beaucoup plus immersif étant donné que les premiers lecteurs de Ça ont découvert le roman à la fin des années 80. Une troublante mise en abyme, mais qui ne tombe pas non plus dans l’outrance : pas besoin d’être fan des eighties pour apprécier ce film qui prend à la gorge dès les premières minutes, c’est peu de le dire. L’introduction m’a autant choqué que celle présente dans le livre.

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Une séquence très dure qui donne la nausée et n’est pas sans rappeler les films d’horreur des années 80, ainsi que la violence graphique du cinéma de Paul Verohen et David Cronenberg (Robocop, la Mouche). Je suis même étonné que le film n’ait pas été interdit aux moins de 16 ans ! Les collégiens présents dans la salle, bruyants avant la projection, sont devenus brusquement silencieux à partir de cette fameuse scène, et ne se sont plus manifestés jusqu’à la fin du film… De la même façon que les cinéphiles des années 60 avaient été choqués par l’iconique séquence des Oiseaux d’Alfred Hitchcock, puis traumatisés par la scène d’ouverture des Dents de la mer dans les années 70, je pense que l’introduction de Ça restera dans l’histoire du Cinéma, tant l’idée sous-jacente est forte : « attention, n’importe qui peut mourir ! ».

Passée cette séquence éprouvante pour les nerfs, on retrouve avec plaisir un casting à la hauteur de Stranger Things, auquel on s’attache immédiatement. Les acteurs sont tous excellents, mention spéciale aux jeunes interprètes de Richie, Beverly, et Georgie, étonnants de justesse. Le personnage du clown Grippe-Sou (« Ils flottent. En bas, nous flottons tous. Viens flotter avec nous ! ») est terrifiant, moins drôle que celui de la version de 1990, mais beaucoup plus dérangeant, on le sent vraiment se repaître de la peur… C’était finalement une bonne idée de ne pas engager Freddy Kruger pour ce rôle, et de le confier à un acteur moins connu.

L’émotion est au rendez-vous dans ce film qui restitue parfaitement la mélancolie du roman, et son atmosphère étouffante, avec des adultes à l’esprit embrumé par l’influence maléfique de Ça, inconscients de la gravité de la situation. Livrés à eux-mêmes, les adolescents n’ont pas d’autre choix que de se confronter à leurs pires craintes. Monstre protéïforme se réveillant tous les 27 ans, Ça va jouer avec leurs angoisses intimes, des angoisses qui resurgiront bien plus tard à l’âge adulte…

Bien que le long-métrage ne soit pas assez long pour restituer certaines scènes marquantes du livre (je pense notamment à l’oiseau gigantesque, ainsi qu’à la séquence du cinéma avec Bowers qui a son importance), ce premier film n’en demeure pas moins une réussite totale qui laisse présager du meilleur pour le prochain chapitre, il est en effet question de scènes coupées qui seront recyclées en flashbacks. Cette adaptation extrêmement complexe est un véritable tour de force qui n’est pas sans rappeler un autre exploit, l’adaptation cinématographique du Seigneur des Anneaux, longtemps réputée impossible à cause de la taille de la trilogie écrite par Tolkien.

Cerise sur le gâteau, Stephen King lui-même a vu deux fois Ça et l’a adoré… La boucle est bouclée.

Published in: on septembre 16, 2017 at 5:03  Comments (27)