Les folles histoires de Shin’ichirō Watanabe

Cela faisait longtemps que j’avais envie de revenir sur le parcours d’un artiste que j’admire, un génie capable de créer des intrigues toutes plus originales les unes que les autres, et dont on ne parle pas assez au regard de l’immense talent. Pourtant, rien ne destinait Shin’ichirō Watanabe à devenir une référence en matière d’animation. Jeune cinéphage influencé aussi bien par la Nouvelle Vague, que John Woo, George Romero ou Bruce Lee (à cette époque il visionne 500 films par an !), Watanabe rêve d’être réalisateur. Le problème, c’est que le cinéma japonais ne l’intéresse guère. Reste le monde de l’anime… et il y a déjà beaucoup d’animateurs virtuoses dans son pays. Qu’importe ! Il décide de se démarquer en apportant un soin particulier à la musique, son autre passion. C’est ainsi que le « bebop », le jazz d’improvisation, va rythmer Cowboy Bebop (1998), un étrange western de l’espace existentiel à la fois drôle et sombre, dans lequel des chasseurs de primes sillonnent le système solaire.

Une œuvre culte qui faillit ne jamais voir le jour. Le sponsor, Bandaï, comptait en effet vendre des jouets grâce à la série, expliquant à Watanabe que « du moment qu’il y avait un vaisseau spatial, il pouvait faire ce qu’il voulait ». Une liberté quasi absolue, lourde de conséquences… Au moment de découvrir le ton adulte et décalé de Cowboy Bebop, les cadres de Bandaï sont furieux, ils ont l’impression de s’être fait rouler dans la farine ! La firme se retire du projet. En guise de représailles, la chaîne publique TV Tokyo ne diffuse que les premiers épisodes, et seulement les moins violents, les autres étant retransmis sur la chaîne câblée Wowo, qui ne dépend pas de la publicité. Même si la situation demeure précaire, ce changement de diffuseur permet à Watanabe de s’affranchir totalement des contraintes mercantiles. Comme la série n’est jamais assurée d’être renouvelée, après chaque générique de fin les personnages teasent avec humour l’épisode suivant, en demandant aux spectateurs d’être présents la semaine prochaine ! Cowboy Bebop sera un triomphe mondial.

Dans Samouraï Champloo (2004), Watanabe change à nouveau d’univers avec les aventures (anachroniques) d’un trio voyageant dans le Japon de la période Edo. Le jazz de Cowboy Bebop cède la place à un hip-hop hypnotique qui rythme d’élégants combats au sabre.

Deux séries a priori différentes, mais un même cocktail « 80% de sérieux 20% d’ humour » dixit Watanabe. L’un des épisodes de Samouraï Champoo ose raconter la légende farfelue du premier match de base-ball entre marins américains et samouraïs… Au fil des ans, l’auteur va toujours plus loin dans ses expérimentations délirantes, jusqu’à inverser son fameux dosage « sérieux-humour » avec Space Dandy (2014), satire du space opera, du culte du héros et de l’Amérique, symbolisée par « l’empire Gogol » de (l’incapable) Amiral Perry. Le choix du nom du méchant est tout sauf un hasard, Perry étant le militaire qui a forcé le Japon à ouvrir ses frontières au XIXe siècle. Dans l’anime, son vaisseau est une statue de la liberté bâillonnée de façon… très particulière.

Synthèse beauf de Nicky Larson et Han Solo, Dandy est un chasseur d’aliens obsédé par les femmes et l’argent, susceptible de sacrifier son équipage pour sauver sa peau ! Là où l’auteur fait à nouveau preuve de génie, c’est qu’il décide de briser totalement la narration classique d’une série : chaque épisode est une histoire indépendante, les personnages peuvent très bien mourir et revenir la semaine suivante vivre une aventure drôle ou émouvante… ce qui confère au scénariste une liberté presque illimitée. Cette fois, c’est la disco qui est à l’honneur, avec un générique qui n’est pas sans rappeler Flash Gordon, Capitaine Flam et la délicieuse culture pulp.

La musique va prendre de plus en plus d’importance au sein des œuvres de Shin’ichirō Watanabe, capable de traiter de sujets plus graves avec pudeur. Dans son chef-d’œuvre Kids on the slope (2012), l’auteur raconte durant les années 60 la bouleversante histoire d’amitié de deux lycéens mélomanes que tout oppose : Sentarou, un batteur de jazz un peu voyou, et Kaoru, pianiste coincé issu d’un milieu favorisé. Dans ce récit poignant, Sentarou va apprendre à Kaoru l’art de l’improvisation, en musique comme dans la vie. On comprend peu à peu que ces adolescents sont plus complexes que ce que l’on pouvait imaginer de prime abord.

Dans toute l’œuvre de Shin’ichirō Watanabe, on retrouve l’idée qu’il ne faut pas se fier aux apparences, une thématique que l’artiste japonais aborde dans deux magnifiques épisodes d’Animatrix (2002) : Kid’s Story et A Detective Story. Des histoires qui rendent hommage à un cinéma occidental que Watanabe affectionne particulièrement.

Ainsi, dans Cowboy Bebop, le solitaire Spike rappelle autant le Clint Eastwood des films de Sergio Leone, que l’œuvre de Jean-Luc Godard (un épisode est intitulé en français Pierrot le fou) ou la mélancolie du tueur interprété par Alain Delon dans… le Samouraï, de Jean-Pierre Melville. Il n’est guère étonnant qu’un cinéaste tel que Denis Villeneuve ait choisi Watanabe pour réaliser le sublime Black Out 2022, l’un des anime qui introduit Blade Runner 2049.

Villeneuve parle de « respect » et « d’honneur » lorsqu’il évoque sa collaboration avec un artiste passé maître dans l’art de créer des marginaux attachants. Qu’ils soient cowboys, musiciens, ou guerriers errants, Watanabe a une tendresse pour les loosers magnifiques et mélancoliques hantés par les souvenirs, quand ils ne sont pas rongés par la culpabilité. Des duos dans lesquels apparait souvent la figure hubrique du bagarreur borderline et indomptable (Spike/Sentarou/Mugen), une âme fêlée qui devra, tôt ou tard, affronter ses démons, parce qu’on n’échappe pas à son destin.

 

On retrouve ce fatalisme dans Terror in Resonance, l’histoire de deux adolescents poseurs de bombes à Tokyo, une nouvelle critique adressée à l’Amérique, dont la bande originale a été inspirée par Sigur Rós, de l’aveu même de Watanabe. Si Terror in Resonance est la seule œuvre inaboutie au sein de cette impressionnante filmographie, Carole & Tuesday (2019) confirme une nouvelle fois le talent d’un immense conteur qui adore ses personnages, ici deux jeunes femmes qui rêvent d’être musiciennes.

Explorer la galaxie Watanabe, c’est découvrir des histoires touchantes peuplées d’antihéros inoubliables, mais aussi risquer d’être contaminé par un cinéphile mélomane à la passion communicative, capable de vous faire aimer le rap, le jazz ou la popArtiste protéiforme mais d’une sincérité rare, perfectionniste en constante recherche d’originalité, Shin’ichirō Watanabe fait partie du cercle très fermé des auteurs en quête de sens qui essaient de réaliser une œuvre à chaque fois plus ambitieuse que la précédente. Une démarche sans le moindre compromis commercial, d’une grande exigence, qui ne peut susciter que le plus profond des respects. Je n’aurai qu’un mot :

 

Final Fantasy VII Remake

Quel singulier destin que celui de Final Fantasy VII, un cas unique dans l’histoire du jeu vidéo ! Sorti à l’origine en 1997 sur PlayStation One, l’épisode le plus célèbre de la franchise de Square Enix a révolutionné les RPG des années 90 avec l’histoire épique de Cloud Strife. Ancien soldat devenu mercenaire d’Avalanche, un groupe éco-terroriste, Cloud et ses compagnons combattent la Shinra, une multinationale qui draine l’énergie vitale de la planète. À l’époque, Final Fantasy VII était le premier volet de la saga à proposer des graphismes en 3D, mais aussi des séquences cinématiques impressionnantes d’une durée totale de 40 minutes, du jamais vu en 1997 ! On avait l’impression de découvrir un nouveau média, gigantesque. Il s’agissait de l’un des premiers titres « open world » avec une carte du monde qu’on pouvait parcourir inlassablement pendant des dizaines d’heures… ce qui explique pourquoi le jeu nécessitait pas moins de trois CD !

Ce fut d’ailleurs la raison du divorce entre l’équipe de Final Fantasy et Nintendo, qui ne voulait pas entendre parler de lecteur CD sur la future Nintendo 64, une décision lourde de conséquences. Je vous parle d’un temps où les disques durs n’avaient pas encore envahi les consoles, il fallait donc acheter une memory card qu’on insérait sous le port manette, de la mémoire flash qui contenait la somme astronomique de… 128 ko de données.

Le scénario n’était pas en reste avec un personnage emblématique qui disparait tragiquement en plein milieu de l’histoire… alors que j’avais massivement investi dans son équipement et ses pouvoirs, les fameuses materia. À l’époque je ne voulais pas croire en cette mort définitive, je traitais mes amis de doux naïfs lorsqu’ils me disaient que ce défunt personnage ne reviendrait pas… jusqu’au moment où j’ai bien été obligé de reconnaître qu’ils avaient raison, snif. Final Fantasy est, avec la saga Baldur’s gate, LE jeu de rôle qui a marqué au fer rouge les joueurs des années 90, au point de rentrer dans la légende. Premier Final Fantasy développé sans Nintendo, le jeu a considérablement popularisé la PlayStation et la technologie du CD-ROM, au point d’éclipser la Nintendo 64… et de signer l’arrêt de mort de la Saturn de la firme Sega, qui ne s’en relèvera jamais.

L’histoire aurait pu en rester là, mais en 2005, la firme Square présente une démo sur PlayStation 3 avec… l’introduction de Final Fantasy VII actualisé, grâce à des graphismes dernier cri. Le monde des gamers entre en fusion ! Malheureusement, c’est la douche froide : Square Enix annonce qu’il n’a jamais été question d’adapter le jeu mythique sur PS3, il s’agit juste d’une démo technique. En réponse, les fans feront circuler une pétition (que j’ai signée à l’époque !).

Pendant des années, la rumeur d’un remake sera un véritable serpent de mer, jusqu’au jour où l’impossible arrive : dix ans après la fameuse démo de la frustration, Square annonce en 2015 la mise en chantier du remake tant espéré par les fans, qui sort enfin en 2020. Ironie du sort, durant le confinement je n’ai pas eu l’occasion de le tester, mais j’ai rattrapé mon retard… et constaté qu’Aeris a bien changé en l’espace de 23 ans.

Ce qui frappe d’entrée, c’est l’audace des graphismes. Square n’a pas menti : il ne s’agit pas d’un simple remake, la console donne tout ce qu’elle a, les combats sont dignes d’un anime et jamais la ville de Midgard n’a été aussi flamboyante.

Se contenter de remettre cet épisode au goût du jour aurait déjà satisfait bon nombre de fans, mais c’était sans compter sur le perfectionnisme névrotique de la firme japonaise : les cinq premières heures du jeu original ont été considérablement approfondies, ce qui donne lieu à 40h00 sur la version 2020 ! Une version tellement dense qu’elle nécessitera plusieurs épisodes et des années de développement, d’où ma crainte initiale : est-ce que Square Enix n’a pas flairé le filon en découpant le jeu original en trois volets, à l’image de ce qu’a fait Peter Jackson au cinéma avec Bilbo le Hobbit ? Je dois avouer que cette peur a été rapidement balayée par un scénario complètement dépoussiéré : là où le jeu original survolait les relations entre les personnages du groupe Avalanche, la version 2020 passe de longues heures à nous montrer en détail le quotidien de ces éco-terroristes qui se battent pour sauver la planète. On découvre ainsi la douloureuse histoire familiale de Jessie, mais aussi les rapports complexes entre Cloud et Tifa, ou bien encore la mère d’Aeris.

Tifa, « l’amie d’enfance » de Cloud… Hum… C’est moi ou j’ai l’esprit mal tourné ?

De multiples arcs narratifs qui, pour une question d’espace disque, étaient techniquement inconcevables en 1997. Dans ces conditions, impossible de ne pas ressentir une certaine complicité à mesure qu’on redécouvre des personnages attachants, le plus charismatique d’entre eux étant à mes yeux le volcanique Barret, jamais avare de répliques cinglantes. Le guerrier sanguin du jeu original gagne en humanité à mesure qu’on découvre derrière la figure du terroriste un père viscéralement attaché à sa fille. Le jeu est beaucoup moins manichéen, puisque dès le début de l’aventure Cloud est confronté à ses actes : poser des bombes, même pour une cause juste, a un coût moral…

La nouvelle mise en scène de ces anti-héros iconiques surpasse celle du jeu original en faisant vivre au joueur non pas un mais plusieurs moments bouleversants… à condition de privilégier l’incontournable version japonaise sous-titrée. On sent que les acteurs ont accompli un travail incroyable pour donner vie à leurs alter-ego, comme au cinéma. Impression renforcée par une musique sublime dont les thèmes viennent enrichir ceux de 1997.

Le jeu n’est pas loin d’approcher la perfection, même si on retrouve un défaut déjà présent dans l’édition originale : comme en 1997, l’exploration de Midgard reste linéaire. Ce qui ne posait aucun problème majeur dans les années 90 est un peu plus gênant à l’heure de The Witcher 3, surtout quand le jeu propose des quêtes dispensables. C’est le fameux syndrome du couloir qui est apparu à partir de Final Fantasy XIII sur PlayStation 3 : les graphismes sont devenus tellement sophistiqués que les développeurs sont obligés de se montrer plus dirigistes afin d’enfermer les joueurs dans des environnements clos, mais ce défaut est largement compensé par la beauté des images, et par le fait que le joueur gagne vers la fin davantage de liberté de déplacement.

Metro, boulot, mako

De plus, la suite de Final Fantasy VII devrait à nouveau offrir un monde ouvert semblable au jeu original, puisque l’intrigue se déroulera à l’extérieur de Midgard. Le seul vrai point noir est le mode « classique », beaucoup trop facile, le mode « normal » étant bien plus intéressant.

Du rire, des larmes, et de l’action avec un dernier chapitre aussi épique que le film Final Fantasy VII: Advent Children, Final Fantasy VII Remake est décidément très mal nommé tant il fait oublier l’édition originale et se révèle pour moi le meilleur épisode depuis FF XII. Il s’agit moins d’un remake que d’un Final Fantasy VII qui aurait été créé en 2020, avec un scénario plus riche, même s’il reste fidèle à celui de 1997. Deux versions pour l’un des plus grands titres de l’histoire du jeu vidéo… l’attente de la suite promet d’être longue !

Bonus : une vidéo amusante qui compare les différentes versions de Final Fantasy VII, attention ça pique les yeux…

Published in: on mai 26, 2020 at 9:23  Comments (3)  
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The Mandalorian

Je viens de voir la saison 1 de The Mandalorian, le moins que l’on puisse dire, c’est que cette série est un joyau ! Je retrouve enfin ce qui faisait cruellement défaut dans la dernière trilogie Star Wars : une équipe de scénaristes qui connaissent la saga sur le bout des doigts, de la cohérence, des personnages attachants, de l’émotion… et surtout de l’originalité. The Mandalorian est la preuve qu’on peut innover de façon radicale, sans pour autant trahir l’esprit des films. Ainsi, le premier épisode est un véritable western, dans lequel un chasseur de primes traque une cible peu ordinaire, le tout sublimé par la musique de Ludwig Göransson.

John Favreau et son trio de scénaristes n’ont pas manqué d’approfondir l’univers créé par George Lucas. On en sait plus sur la société mandalorienne et ses guerriers (qu’on voit enfin en action !), sans parler de l’implacable monde de la pègre avec un épisode 6 (« le Prisonnier ») absolument jouissif.

Je me demande bien quel tête tu as. T’es peut-être un Gungan ?

La grande force de cette série est son ambiance, qui n’est pas sans rappeler celle du jeu de rôle de la Guerre des Étoiles. L’intrigue s’éloigne de l’éternelle lutte Jedi-Sith, dévoilant un univers beaucoup plus nuancé dans lequel l’Empire est en ruines, tandis que la Nouvelle République peine à imposer sa loi sur les planètes en marge de la galaxie. Quel régal que de retrouver l’atmosphère un peu glauque et cruelle du début du Retour du Jedi ! L’humour noir est également de retour…

Dans cet environnement hostile, le mandalorien est presque aussi effrayant qu’un Predator, surtout avec un congélateur à carbonite !

« Mandalorien n’est pas une race, c’est un crédo ». Chaque épisode recèle une myriade d’idées, mais toujours dans le respect de l’œuvre de George Lucas : à plusieurs reprises, on a envie de se frotter les yeux, tant on l’impression que les véhicules, les armes et les créatures semblent tout droit sortis de la trilogie classique. Cette série est une déclaration d’amour à Star Wars, mais sans jamais tomber dans le piège de la nostalgie. On s’écarte très nettement d’un récit manichéen avec une intrigue toute en ombre et lumière (« Telle est la Voie »). Les antihéros ont de la bouteille, à mi-chemin entre ceux de Sergio Leone et d’Akira Kurosawa, mention spéciale à Kuiil et IG-11… Ce dernier a bénéficié d’une animation en stop-motion lorsqu’il est sur son speeder, un hommage à la technique utilisée par George Lucas sur l’Empire Contre-Attaque.

OVNI à 100 millions de dollars, The Mandalorian est une réussite totale qui laisse songeur quand on pense à ce qu’aurait pu être la dernière trilogie, si elle avait été confiée entre de bonnes mains. Ironie du sort, il est question de rédemption dans The Mandalorian… serait-ce le cas pour Disney ? Peu importe la réponse, vivement la saison 2…

Published in: on mai 2, 2020 at 9:37  Laisser un commentaire  
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Mon cygne noir

Ironie du sort, une semaine avant le début du confinement j’ai lu un livre qui ne pouvait pas être plus d’actualité, un essai de Nassim Nicholas Taleb, ancien trader devenu… professeur de philosophie. Taleb est l’inventeur de la théorie du cygne noir, inspirée de l’expression latine rara avis in terris nigroque simillima cygno signifiant « aussi rare qu’un cygne noir ». Durant l’Antiquité, nos ancêtres estimaient en effet qu’il était impossible que cet oiseau puisse exister, jusqu’au jour où les Européens l’ont découvert en Australie. Le cygne noir est l’illustration qu’une seule observation est capable d’invalider un savoir fragile et limité. Un cygne noir est un événement improbable, brutal, qui parait après coup prévisible, que ce soit le 11 septembre 2001, un krach boursier… ou cette pandémie mondiale qui nous frappe si brutalement. Nous vivons dans l’illusion du contrôle, des statistiques et autres courbes de croissance, comme une dinde avant Thanksgiving. Pendant ses mille jours de vie, cette dinde est très satisfaite de la nourriture qu’on lui donne, elle a l’impression d’être de mieux en mieux traitée au fil des mois et n’imagine pas un seul instant que son destin puisse être funeste…

« Les mille jours de vie d’une dinde », le Cygne Noir

Contrairement à ce que nous pensons avec naïveté, il est impossible de prévoir avec des calculs savants l’avenir ou le cours de la bourse. Comme l’affirmait avec finesse Umberto Eco, même avec la plus grande des bibliothèques, « les livres que l’on a lus comptent beaucoup moins que ceux que l’on n’a pas lus ». Nous pensons savoir... mais il n’en est rien.

Le Cygne noir m’a d’autant plus marqué que pendant ce confinement, le bouddhiste que je suis a traversé une tempête spirituelle : comment ne pas sombrer dans la colère quand des gens meurent parce qu’on leur a demandé d’aller voter, qu’on a doctement assené que porter un masque était « inutile » ? Comment peut-on mentir et se contredire plusieurs fois à la télévision, devant des millions de personnes ?

De nombreuses vies ont été sacrifiées sur l’autel de la politique et de l’économie, en contradiction avec les discours pleins de bons sentiments prônant l’union nationale, alors qu’il y a encore quelques mois, le président lui-même répondait avec condescendance aux « bêtises » du personnel soignant. J’éprouve de la culpabilité à l’idée qu’une amie infirmière continue de travailler malgré le danger…. Et que dire de l’appel à l’aide des hôpitaux du Grand Est, contraints d’envoyer des malades en Allemagne, au Luxembourg, en Suisse et… en Autriche, faute de lits ?

Mon confinement de privilégié est un cygne noir qui m’a profondément changé. En temps normal, je suis quelqu’un de plutôt réservé qui n’aime pas les controverses et qui a tendance, par politesse, à garder ses opinions pour lui, mais du jour au lendemain j’ai eu cette impression que tout devenait politique, avec les conséquences que cela implique sur nos vies : si un proche meurt parce qu’un hôpital manque cruellement de moyens, cela relève du politique. Le premier mois de confinement, ce sentiment de découvrir tous les jours sur Facebook de nouvelles injustices m’a enragé, au point de ne plus me reconnaître… alors que j’avais annoncé ici même que je serai moins présent sur les réseaux sociaux (quel lamentable échec !). Lorsqu’on ne peut vaincre un ennemi, y compris soi-même, il faut fuir, alors j’ai (de nouveau) pris mes distances avec lesdits réseaux, non pas par snobisme ou indifférence, mais parce que je ne peux pas faire autrement.

Il est à la fois douloureux et libérateur d’accepter ses limites, de « trancher » l’objet de sa colère. Mon cygne noir m’a enseigné que je ne contrôle rien, et que la connaissance n’est pas forcément synonyme de sagesse. Être aveugle, métaphoriquement parlant, est parfois souhaitable.

La goze du Japon d’antan était, pour le coup, une musicienne réellement aveugle. Elle voyageait et chantait en jouant au shamisen des mélodies aussi tristes que Kuzunoha no Kowakare, l’histoire d’une mère privée de son enfant, une ballade qu’on retrouve dans Samourai Champloo.

La cécité de la goze lui donnait une légitimité dans son interprétation, qui bouleversait le public, la goze étant source de sagesse. J’ai eu un grand-père non-voyant très pieux et, au risque de tomber dans les clichés sur les personnes privées de la vue, il possédait un recul sur le monde qui l’empêchait de nourrir toute forme de vanité. Comme mon grand-père, la goze était une leçon de vie à elle toute seule, le fait de sublimer son handicap lui permettait d’atteindre une authentique spiritualité, d’ailleurs autrefois les fillettes aveugles du nord du Japon échappaient aux infanticides en devenant également itako, « shamans ».

Celui qui s’évade de ce monde plein de bruit et de fureur accède à une première vérité, celle de sa propre insignifiance.

Dans le taoïsme, qui a influencé le zen, il est question de wuwei, de « non-agir ». Pour être véritablement heureux, il faut céder à une forme de renoncement, ne pas réagir. Au fond, n’est-ce pas illusoire de croire que la politique peut améliorer notre société ? Coluche disait que « si voter changeait quelque chose, il y a longtemps que ça serait interdit ». Platon lui-même affirmait, non sans subversion, que le pouvoir corrompt.

Quand j’ai étudié l’histoire de Rome à l’Université, j’ai été frappé de constater combien nombre de citoyens de cette période n’avaient pas pris la mesure du changement qu’opérait leur république lorsque celle-ci se transforma en empire. Quand Auguste s’empara du pouvoir son but officiel était, ironie du sort, de rétablir les institutions républicaines après des années de guerre civile. Dans son nouveau régime, il avait donc conservé le traditionnel (et rassurant) sénat, la fameuse devise républicaine SPQR, choyé des élites provinciales qui avaient de plus en plus accès à la citoyenneté, « réformé » la justice (déjà à cette époque il fallait réformer...). Pour les citoyens, tout avait l’air d’aller enfin dans le bon sens ! En réalité, une intense propagande était menée pour que le premier empereur soit présenté comme le sauveur de la république.

Aujourd’hui, notre propre république est qualifiée de « démocratique »… a-t-elle seulement existé ? Ne sommes-nous pas semblables aux Romains d’hier, qui ne disposaient pas d’assez de recul pour réaliser que leurs institutions leur donnaient un illusoire sentiment de liberté ?

Mes interrogations paraissent sûrement indécentes quand on observe un tant soit peu la dictature qui sévit en Corée du Nord, mais au moment de voter, avons-nous réellement tant de choix que cela ? Depuis Poincaré, c’est la question très sérieuse que se posent de nombreux mathématiciens, qui ont fini par découvrir le scrutin idéal… fort éloigné de celui que nous utilisons pour les présidentielles.

Si l’on envisage l’hypothèse que nous vivons depuis toujours dans une oligarchie et non une démocratie, ce qu’on appelle avancées sociales ne sont, au final, que des accidents de l’Histoire, des cygnes noirs, comme par exemple la Révolution française. Mettre un terme à la royauté n’était absolument pas l’objectif des bourgeois (qui ont remplacé au pied levé les aristocrates guillotinés, d’autres « dindes de Thanksgiving » qui n’avaient rien vu venir). Plus tard, l’avènement définitif de la République n’a été possible que parce que l’héritier du trône de France, Henri d’Artois, a de manière absurde refusé de régner tant que le drapeau tricolore ne serait pas remplacé par celui à fleurs de lys ! Les congés payés instaurés par l’éphémère Front Populaire, ou la Sécu créée à la Libération, sont des avancées sociales largement attaquées depuis des années, des aberrations pour une oligarchie qui se moque de ce prétendu clivage « droite-gauche ».

Rien n’est jamais acquis.

Cette colère que j’ai éprouvée ces dernières semaines vient peut-être d’un deuil causé par une prise de conscience : quoi qu’il arrive, notre société sera toujours régie par de violents rapports de force. Je le constate quotidiennement quand j’écoute mes amis. Pris dans les affres du télétravail, ils sont contraints d’effectuer, sans compter les heures, des tâches bien plus pénibles qu’avant le confinement. Des « petites mains » qui ne sont, pour le pouvoir, que des variables d’ajustement. Avant d’être démis de ses fonctions, le directeur de l’agence régionale de la santé avait annoncé que 174 lits et 598 postes allaient être supprimés au CHU de Nancy d’ici 2025… Comment peut-on désirer un tel « projet de société » en pleine pandémie, quand nos infirmières s’habillent avec des sacs-poubelle ?

Durant les premiers jours de cette crise, il y a eu pourtant un timide espoir, nous allions tous prendre conscience que notre paradigme économique était à bout de souffle, que derrière chaque crise existait une opportunité. Autour de moi, des proches se sont mis à fabriquer des masques pour la collectivité ou à aider les personnes en difficulté, le bénévolat des « gens qui ne sont rien », palliant, une fois de plus, les défaillances de l’État. Immédiatement, « la Matrice » a repris le dessus en imposant le télétravail effréné. Le début d’une nouvelle ère faite de fractures profondes et d’inégalités béantes, comme le prouve cet article glaçant des Echos qui commence ainsi, je cite :

Le confinement a envoyé les Français au pays des rêves. Comme souvent, un Etat riche et généreux y tient une place centrale. Mais le réveil finira par venir…

Nietzsche écrivait que l’État est « le plus froid des monstres froids ». Fort de ce constat, je me refuse d’en devenir moi-même un. Ce n’est pas parce que nous sommes gouvernés par des personnes pour qui la vie humaine n’a aucune valeur que nous devons sombrer dans le cynisme et perdre notre humanité, bien au contraire. Si ce n’est pas déjà fait, il est urgent de donner du sens à nos existences éphémères et fragiles. Aimer et aider, être heureux, parce qu’il faut vivre pour la mémoire de ceux qui ne sont plus.

Ci-joint, à écouter au casque, le magnifique chant de Ikue Asazaki dédié à toutes les grands-mères confinées qui pleurent leurs petits-enfants, et à une grand-mère en particulier ❤

Le mois d’après

Un mois après ce confinement qui nous a propulsés du jour au lendemain en pleine Science-Fiction, j’espère que vous allez bien. De mon côté, le travail a été bouleversé, mes ateliers d’écriture sont devenus… numériques. Les participants de mon atelier se sont habitués à la visioconférence, ils ont même créé une ville post-apocalyptique dans un futur proche, chaque auteur raconte l’histoire d’un habitant de cette cité rétro-futuriste… Un projet passionnant.

Mercredi soir, j’inaugure un tout nouvel atelier qui aura lieu de 20h00 à 21h30. Si le sujet vous intéresse, j’ai créé un site, sur lequel j’explique ma méthode dite de l’écriture progressive (pour l’instant, le site n’est pas « responsive », il n’est accessible que sur des ordinateurs ou des grosses tablettes style iPad Pro). Si écrire vous démange, la toute première séance d’essai, gratuite, se déroulera sur Skype.

À côté de ça, je continue à écrire des romans, plus que jamais. On raconte que la réalité dépasse toujours la fiction, et le moins que l’on puisse dire, c’est que l’un de mes projets est devenu un formidable exutoire, la métaphore d’une société où la vie humaine n’a pas la moindre valeur et peut être sacrifiée sur l’autel de l’économie. Je vous rassure, mon bouquin ne sera pas un livre de confinement… et pourtant, plus rien ne sera comme avant.

Prenez soin de vous !

L’Homme qui chuchotait à l’oreille des vieux projets

Un jour je suis tombé sur cet article fascinant : sommes-nous la même personne à 14 ans et à 77 ans ? Entre le moment où nous avons été bébé, et celui où nous deviendrons des personnes âgées, toutes les cellules de notre corps auront entièrement été renouvelées, et il en va de même de notre personnalité. Ce n’est pas sans poser problème à un auteur qui travaille dix ans sur le même projet ! Dans ces conditions, il doit absolument veiller à conserver le fameux liant. S’il est architecte, c’est plus facile, mais on ne peut occulter le fait que la vie se charge de bouleverser notre style d’écriture.

En 1997, j’étais un célibataire de vingt ans un peu paumé, horrifié à l’idée de vieillir. J’habitais à Cannes, j’étais si frileux que pendant l’hiver il ne faisait jamais moins de 30 degrés dans ma chambre, le radiateur imposait un véritable climat tropical qui choquait mes invités. Mon ami d’enfance, Vincent, me surnommait « l’iguane », en référence aux deux paisibles reptiles que j’élevais chez moi, Godzilla et Mothra.

Habiter loin de la mer était, bien sûr, impensable. Un soir d’été, Vincent m’annonça cette terrible nouvelle : il partait vivre à Metz pour retrouver une fille. Consterné à l’idée que mon ami puisse s’exiler volontairement dans un endroit aussi glacial, je me souviens m’être exclamé fort égoïstement :
– Mais tu es malade ! Là-bas, c’est le Grand Nord ! (dans le sud de la France, tout ce qui est situé au-dessus de Lyon appartient aux contrées barbares).
Karma oblige, huit ans plus tard je suis allé… tout près de Metz rejoindre celle qui allait devenir ma femme, tandis que mon ami, ce traître, était entre temps parti s’installer en Suisse. Aujourd’hui il ne se passe pas une semaine sans que je me rende dans cette magnifique ville de Lorraine, j’y ai même enseigné durant deux ans. J’ai appris à apprécier le froid, au point d’être la plupart du temps en T-shirt, et je dois avouer que j’ai commencé à me sentir vraiment bien dans ma peau à partir de 40 ans. Cerise sur le gâteau, à ma grande stupéfaction j’ai découvert il y a peu que mes ancêtres, du côté de ma grand-mère paternelle, avaient vécu du XVIe siècle au XVIIIe siècle à Metz, qui plus est dans la rue où j’ai travaillé pendant deux ans ! Il existe même des documents très détaillés attestant de leur présence. Si une personne revenait en 1997 et révélait toutes ces informations à mon « moi » de cette époque, ce dernier penserait sûrement avoir affaire à un fou.

Toutes ces expériences ont influencé mon imaginaire, notamment avec certaines scènes de mon tome 3 qui se déroulent, comme par hasard, dans un pays enneigé : si j’étais resté sur la Côte d’Azur, je crois sincèrement que les Corsaires de l’Écosphère aurait été un bouquin très différent de la version publiée, tout simplement parce que dans le sud j’étais une personne différente. Dans ce billet sur l’illusion du récit, je me basais sur le postulat que nous, auteurs, créons des univers mentaux aussi subjectifs qu’impermanents. Il est important d’en prendre conscience, afin de ne pas se perdre dans un projet qui s’étire sur des années, et qui finit pas ne plus correspondre à ce que nous sommes aujourd’hui, sans parler du fait que ledit projet doit conserver une taille raisonnable. En ce moment, je bataille pour éviter d’avoir à vous proposer d’ici quelques mois un article du genre « Ma trilogie fait quatre tomes », mais je peine à conserver ma structure en trois actes, la faute à un tome d’exposition plutôt dense. Je vais être franc : je suis parfois tenté de me lancer dans une « multilogie ». Traduction : une saga qui dépasse trois tomes. Or franchir cette ligne rouge n’est pas sans conséquence. Dès qu’il quitte la stratosphère d’une trilogie pour explorer le vaste espace d’un cycle en quatre, cinq, sept ou dix tomes, l’auteur est confronté à un dilemme : doit-il rester dans sa zone de confort, ou innover ?

Demeurer dans sa zone de confort, autrement dit écrire des livres homogènes, c’est prendre le risque de lasser le lecteur qui, un jour, ne retrouvera plus la fraicheur de votre tome 1, parce qu’il sentira que vous utilisez toujours les mêmes ficelles (« bon, alors voyons qui va mourir ce coup-ci »). C’est un peu le problème que rencontrent certaines séries télévisées avec la fameuse « saison de trop ». La grande J.K. Rowling elle-même a été confrontée à sa propre « zone de confort » avec son unité de lieu (le récit d’Harry Potter se situe à Poudlard) et de temps (l’action se déroule durant une année scolaire). Plus votre saga dure, et plus vous êtes tenté de briser vos schémas habituels.

Innover et opérer une rupture en plein milieu de votre saga, c’est risquer de perdre votre lecteur qui était attaché à une ambiance, un univers, des personnages. Il adorait votre histoire poétique de dragons vivant dans un monde mystérieux… jusqu’au moment où il s’est rendu compte que vos créatures évoluent sur une Terre post-apocalyptique ravagée par Donald Trump. Paf ! Pour une raison que vous ignorez, la magie n’opère plus.

C’est malheureusement plus fréquent qu’on ne le croit, et il n’y a pas de recette miracle.

Parfois, je me dis que ma trilogie des pirates de l’Escroc-Griffe aurait peut-être mérité que je lui consacre quatre tomes et non trois, car le dernier volet est plus dense que les livres précédents. En fait, il est surtout plus radical, avec une atmosphère sensiblement différente, parce que j’ai tout fait pour éviter un dénouement trop convenu. Mais très honnêtement, je pense que je n’aurais pas eu la foi de me lancer dans une multilogie, ne serait-ce que parce que même un auteur de la trempe de George R.R. Martin rencontre des difficultés, personne ne sait s’il finira un jour le Trône de Fer. À mon tout petit niveau, je ne suis pas sûr qu’un cycle des pirates de l’Escroc-Griffe en quatre tomes conserverait le même rythme, je suis même convaincu qu’une sous-intrigue « bof » plomberait le récit. C’est un peu ce que je reproche à la saga en sept tomes de la Tour Sombre de Stephen King. J’ai beau l’adorer, je trouve le sixième opus, le chant de Susannah, plus laborieux que les autres volets. Le pire, c’est qu’il s’agit probablement d’un phénomène inévitable. Est-ce un drame pour autant ? That is the question.

Enfin, comment ne pas évoquer l’aspect éditorial ? Le moins que l’on puisse dire, c’est que pour un écrivain français, il n’est pas facile de soumettre à une maison d’édition un projet en sept ou dix tomes, surtout si la totalité du cycle n’est pas écrite. Pour l’éditeur, une saga aussi longue est un nid à problèmes (pour rester poli) : qu’est-ce qui lui garantit que l’auteur mènera ce marathon jusqu’au bout ? De plus, il y a également le phénomène de l’érosion des ventes, quasi inexistant dans les années 90, mais qui a pris de l’ampleur. Aujourd’hui, il est admis qu’une suite va se vendre deux fois moins. Le succès d’un cycle comme celui de The Witcher est l’arbre qui cache la forêt. Je ne parle même pas de la situation du jeune auteur qui n’a jamais été publié : dans cet article j’avais souligné le fait qu’il est déjà difficile de commencer par le format trilogie qui effraie nombre d’éditeurs, alors imaginez la réaction du comité de lecture qui découvre votre saga en dix tomes…

Pour toutes ces raisons, j’écris une multilogie… à ma façon. Même si ma seconde trilogie sera, à bien des égards, différente de celle des pirates de l’Escroc-Griffe, j’aurai, en quelque sorte, élaboré une intrigue en six tomes, à ceci près que cette nouvelle trilogie pourra se lire sans connaître l’ancienne. Ce n’est que mon avis, mais je pense qu’inventer des histoires distinctes dans le même univers constitue un bon compromis.

Published in: on mars 2, 2020 at 10:31  Comments (7)  

I will survive

Je prends un peu de temps pour vous donner quelques nouvelles sur mes projets, étant donné que cela fait plus de trois ans que je n’ai pas publié quoi que ce soit… mais, je vous rassure, j’ai beaucoup, beaucoup, écrit durant cette phase ! Et il s’est passé de nombreux petits « événements » en coulisse…

L’année dernière, j’ai terminé les grosses corrections du premier volet de ma nouvelle trilogie, premier volet qui a été soumis à deux bêta-lecteurs très exigeants. Les retours sont plus qu’encourageants, non seulement ce premier tome fonctionne, mais les bêta-lecteurs ont eu envie de lire la suite.

J’ai donc commencé une nouvelle batterie de corrections, plus légères, le roman sera à nouveau soumis à trois bêta-lecteurs au printemps. Suite à ces retours, cet été, je procéderai aux ultimes corrections, et je pense que cette fois je pourrai enfin envoyer le manuscrit, à la fin de l’année, à mon éditeur.

L’autre nouvelle concerne un autre projet qui me tient à cœur, et sur lequel je travaille par intermittence depuis 2015. Il s’agit d’un projet en rapport avec… les pirates de l’Escroc-Griffe, mais sur un autre média, avec une histoire se déroulant AVANT la trilogie. Cette intrigue fera office de « tome 0 », même si ce n’est pas vraiment un roman … Un artiste talentueux et expérimenté, pour qui j’ai beaucoup d’estime, vient de rejoindre mon équipe.

De l’extérieur, j’ai conscience que ces processus créatifs sont lents, à un point que ça en devient presque risible d’absurdité

mais je suis très excité, car mon pari sur le long terme (ne pas publier tout de suite après la sortie de l’intégrale et prendre mon temps) est en passe de se révéler « gagnant ». Cerise sur le gâteau, pour la première fois de ma vie d’auteur j’arrive à bosser tous les jours sur deux projets différents ! Loin d’être un gaspillage d’énergie, ce procédé me permet de briser la routine de l’écriture, quel bonheur ! Si tout se passe bien, fin 2021, je pourrai vous communiquer au moins une bonne nouvelle, et peut-être même vous annoncer que les deux projets sont en train de se réveiller (ce qui explique la première illustration).

Tout cela pour vous dire que je continue à écrire, plus que jamais… J’ai hâte de pouvoir vous en révéler plus ! Prenez soin de vous !

Published in: on février 28, 2020 at 4:06  Comments (3)  
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Vers un nouvel âge d’or de la Fantasy ?

Je viens de terminer le dernier épisode de la série télévisée OCS His dark materials : à la croisée des mondes, les larmes aux yeux et le cœur serré. Quelle fantasy douce-amère, à mi-chemin entre le monde des enfants et celui, bien plus cruel, des adultes… Servi par un générique flamboyant, une jeune actrice prodigieuse révélée dans Logan et des « Panserbjørnes » (ours en armures !) enragés, le cycle basé sur la trilogie de Philip Pullman ne ménage jamais le spectateur : personnages non manichéens, critique frontale du christianisme, enfance sacrifiée… Cet « anti-Narnia » doit donner des cauchemars aux dirigeants de Disney ! Et fait largement oublier le demi-échec du long-métrage (trop) familial de 2007, la Boussole d’Or.

La semaine dernière, une autre saga me faisait chavirer, celle de The Witcher, et c’est peu de le dire : moi qui n’avais pas accroché au jeu vidéo sur PlayStation 4, je n’ai désormais qu’une envie : rallumer ma console afin de retrouver Geralt de Riv et la sorcière Yennefer, LE personnage charismatique de cette magnifique série Netflix, inspirée des romans de Andrzej Sapkowski. The Witcher, c’est un peu le lointain héritier de Conan et de la culture pulp façon sword and sorcery : beaucoup d’action et d’humour, à des années-lumière du réalisme pessimiste de Game of Thrones, et c’est tant mieux, car il aurait été suicidaire d’imiter la recette du mythique programme d’HBO.

Comme si cela ne suffisait pas, j’ai aussi eu un coup de cœur pour Carnival Row, une série qui se déroule dans un monde urban fantasy inspiré de l’époque victorienne, les créatures féériques étant les victimes d’une ségrégation raciale. Loin d’être un copié-collé de la Grande-Bretagne du XIXe siècle, la série d’Amazon Prime dispose d’un gigantesque background :  un univers à l’histoire très ancienne, une riche mythologie celtique, des rues qui grouillent de faunes, de kobolds et de trolls, des machines steampunks impressionnantes… et une Cara Delevingne qui obtient enfin un rôle intéressant.

Après avoir été émerveillé par toutes ces histoires, je me demande si nous ne sommes pas en train de connaître, vingt ans après le triomphe du film la Communauté de l’Anneau, un nouvel âge d’or de la fantasy tant je suis sidéré par la qualité d’écriture de ces trois séries féministes contemporaines. Des séries qui possèdent une profondeur abyssale en matière d’univers, à l’image du poétique prequel de Dark Crystal : Le Temps de la résistance.

Alors que les deux trilogies de Peter Jackson n’ont pas engendré de mode cinématographique durable autour de la fantasy, il en va autrement du petit écran. Le succès mondial de Game of thrones a en effet convaincu les networks qu’il existe un vrai public amateur du genre. Avec les progrès des effets spéciaux, et la hausse des budgets*, ce qui relevait du domaine du rêve il y a encore quelques années devient une réalité sur Netflix, Amazon Prime, HBO ou la BBC. Il faut dire qu’adapter un roman en série télévisée est plus facile qu’au cinéma, il y a beaucoup moins de censure, et surtout une marge de manœuvre quasi infinie pour les scénaristes. Un livre nécessite une intrigue dense de dix heures avec des personnages fouillés ? Aucun problème, il suffit d’écrire une saison ! J’en viens presque à regretter que le futur Dune de Denis Villeneuve ne soit pas une série télévisée… Cerise sur le gâteau, toutes ces œuvres attirent une horde de réalisateurs à qui Disney Hollywood refuse de confier des longs-métrages, des artistes talentueux qui ont soif de cinéma, et qui se retrouvent aux commandes de programmes ambitieux comme le prochain Seigneur des Anneaux d’Amazon.

Si la Fantasy n’est plus un sous-genre de l’imaginaire gettoïsé réservée aux geeks adeptes de jeux de rôle, va-t-elle enfin prendre ses lettres de noblesse en France** ? En attendant d’obtenir la réponse à cette question, on ne peut que se réjouir d’une telle variété au niveau de ces shows de premier plan***. Cette situation me donne l’impression de redevenir un ado des années 90, quand n’importe quel fan de SF n’avait que l’embarras du choix entre Star Trek, Babylon VStargate et autre Farescape… bien que la qualité des scénarios et des CGI d’aujourd’hui soit sans commune mesure avec cette période faste. Quel bonheur de savoir que The Witcher serait le plus gros carton de l’histoire de Netflix ! J’ai comme l’impression qu’il se passe en ce moment quelque chose d’incroyable en matière de Fantasy, un engouement planétaire qui me donne le sourire… et une envie folle d’écrire.

En conclusion, ce mème conçu par votre serviteur.

Bonus, cette magnifique reprise qui tourne en boucle sur mon ordinateur :

* On parle d’un budget d’un milliard de dollars pour les 5 saisons du Seigneur des Anneaux, soit 200 millions de dollars par saison… À titre comparatif, la dernière saison de GOT a coûté « seulement » 90 millions de dollars.

** Selon le Figaro, Bragelonne a vendu 80.000 exemplaires de The Witcher… juste pour les fêtes de fin d’année.

*** Sans parler du fait qu’une nouvelle génération de lecteurs découvre les romans de Philip Pullman et Andrzej Sapkowski, la preuve que différents médias ne sont pas forcément en concurrence.

Un article qui explique pourquoi j’ai raison

Un petit message pour vous rassurer après plusieurs mois d’absence sur ce blog, je continue d’écrire des romans… même si je ne suis plus trop sur les réseaux sociaux. Je ne veux pas vous faire le coup du « j’ai quitté Facebook », mais je me suis juré d’y être beaucoup moins présent, car je suis lassé, non pas des gens, mais des polémiques, souvent violentes.

 

Les échanges de la vraie vie me manquent, comme mes amis d’ailleurs ! Je privilégie désormais les rencontres dans le monde réel, avec ce que cela comporte de nuances… Quel bonheur retrouvé ! Et quel plaisir de revoir des copains/copines auteurs/autrices avec le sourire dans des festivals comme celui de Mancieulles, sans parler des ateliers d’écriture… Dans la vraie vie, on se querelle moins que sur Facebook, alors que nous sommes pourtant tous différents, peut-être parce que nous ne sommes pas tout à fait les mêmes personnes sur ces réseaux. Nos murs (qui portent si bien leurs noms) ne sont que les ersatz de nos vraies personnalités, des simulacres caricaturaux qui finissent par nous dresser les uns contre les autres.

 

J’ai l’impression que l’architecture de Facebook est conçue pour rendre les débats binaires, qu’on poste un message ou qu’on le commente, et je ne veux plus être piégé dans des controverses sans fin qui ne changeront rien, ni personne. Nous avons beau partager 90% de choses en commun, un beau jour nous allons forcément nous quereller sur les 10% qui ne « collent pas », et tout ça à cause d’un message, parce que sur Facebook on se définit en fonction d’un sujet qui nous tient à cœur. Or, dans la vraie vie, nous sommes beaucoup moins autocentrés : si j’invite des amis à la maison, ce n’est pas pour leur faire signer des pétitions, critiquer leurs idées politiques, leur prouver que j’ai bon goût en matière de cinéma ou les convertir au bouddhisme. S’ils viennent chez moi, c’est pour que nous passions un bon moment en nous concentrant sur ce qui nous relie, et non sur ce qui nous oppose. Lors d’une soirée, mon désir de donner un avis sur tout est relegué au second plan, car l’essentiel est de faire en sorte que cette soirée demeure conviviale.

 

Sur Facebook, ce désir est au cœur de tout, pour une raison bien simple : se défouler réagir à l’actualité est le principe même de ce média qui fonctionne à la dopamine, dixit ce petit documentaire Arte.

Un mur Facebook n’est rien de moins qu’un concentré d’égocentrisme, une « vitrine » a priori rassurante qui nous persuade que notre cercle « d’amis » a  les mêmes valeurs que vous, ce qui amène inévitablement des phénomènes de groupe sur d’innombrables sujets de société, ce qu’on appelle la bulle de filtre : à cause de Facebook, nous sommes tous devenus des donneurs de leçons, des moralistes en puissance… et donc des trolls polémistes, persuadés que notre opinion est majoritaire : c’est le concept d’auto-propagande.

Vous allez me répondre que les gens intelligents évitent les controverses (et vous aurez raison, je connais de véritables « moines zen » qui ne se sont jamais disputés sur Facebook, je les admire), mais le problème est plus profond que ça. Quand quelqu’un écrit un commentaire ou un post a priori modéré et argumenté, c’est un leurre, car il s’en suit souvent un échange qui va progressivement polariser, pour ne pas dire binariser, les points de vue. Et ce phénomène psychologique s’applique aussi bien à la politique, qu’à l’écologie, la laïcité, l’éducation, l’économie, le sport, l’éthique, la recherche scientifique… Facteur insidieux, plus on a « d’amis », plus il est difficile de fédérer : on écrira forcément un statut qui ne sera pas consensuel (sauf si l’on ne met que des photos de chatons mignons). On aura beau prendre « soin » de s’entourer de personnes qui ont les mêmes opinions que nous (une forme de narcissisme loin d’être souhaitable), on risque de se « radicaliser » à partir du moment où il y aura des divergences.

Or qui peut se targuer de posséder un ami disposant exactement des mêmes convictions que lui sur la peine de mort, l’avortement, l’euthanasie, le végétarisme, la justice, l’Art, l’Histoire, le féminisme, l’anti-racisme, les grèves ou les relations internationales ? C’est strictement impossible, il y aura toujours au moins des nuances dans chacun de ces points de vue, et c’est tant mieux. Le problème, c’est que Facebook n’est pas du tout pensé pour nous réunir, nous sommes au contraire ghettoïsés dans des bulles qui « éclatent » à la moindre polémique, des bulles qui nous poussent à nous replier toujours plus sur nous-mêmes et nos supposés « amis ». À la prochaine crise, il suffira juste de virer de notre cercle le « facho » qui n’est pas d’accord avec nous, et le problème sera réglé… en apparence, car en réalité, nous sommes tous le facho d’un autre, sans exception. Les réseaux sociaux nous rendent intolérants, puisque nous construisons notre propre prison, une chambre d’échos qui nous enferme dans une certaine vision du monde confortant nos convictions.

Facebook, c’est un peu le café bourré de monde dans lequel on trouve des activistes portant plein de pancartes issues de toutes les causes possibles. Imaginez-vous une seule seconde aller dans la rue en brandissant continuellement une série de panneaux affichant vos convictions personnelles sur tout et n’importe quoi ? On vous regarderait bizarrement… Et pourtant il existe une véritable tyrannie de l’émotion en rapport avec l’actualité, qui est presque toujours dramatique, ce qui rend les commentaires extrêmement casse-gueules… et toutes nos interactions entièrement conditionnées par cette même actualité, puisqu’il faut « absolument » se positionner, être « pour » ou « contre ». Dénoncer et juger. Dans ces conditions, Facebook tend à rendre les échanges amicaux de plus en plus superficiels : pourquoi se voir dans la vraie vie alors que de toute façon on se « suit » sur Internet ? Pas besoin de s’investir dans une quelconque amitié, il suffit de mettre un « J’aime »de temps en temps sur un statut… J’ai l’impression que cette paresse conformiste cause des dégâts.

 

Pour le dire plus simplement : je pense que Facebook rend fou. C’est pour cette raison que je ne réagis plus sur des sujets brûlants et que je me suis beaucoup détaché de ce média. Je suis persuadé que Facebook est un outil pratique pour rester en contact avec des proches dispersés aux quatre coins du monde (ce qui est le cas de ma famille), échanger quelques mots avec des gens passionnants qu’on n’aurait jamais croisé dans la vraie vie et, bien sûr, faire découvrir ses créations artistiques, sans parler de la joie de communiquer avec ses lecteurs ou d’organiser des ateliers d’écriture… Mais je pense également que Facebook est moins un « réseau social » qu’un terrain de football virtuel qui nous enferme dans nos préjugés, qu’on soit de droite ou de gauche, croyant ou athée, vegan ou régime carné, OM ou PSG, pardon, je m’égare… Toutes ces polémiques ne sont que des prétextes pour projeter nos colères, nos peurs, et en définitive nos névroses. Des matchs idéologiques qui ne sont en réalité que des querelles d’ego, et qui ne m’intéressent plus du tout, la vie est tellement courte… Communiquer dans le monde réel est déjà suffisamment difficile en soi, par écrit cela devient mission impossible, il n’y a pas assez de nuances. Les Grecs l’avaient d’ailleurs bien compris en privilégiant l’art de la rhétorique, l’oral étant supérieur à l’écrit.

Ne m’en veuillez donc pas si je préfère désormais vous voir dans la vraie vie plutôt que sur ce ring qu’est devenu Facebook, c’est bien plus agréable. Prenez soin de vous ❤

Published in: on janvier 15, 2020 at 9:22  Comments (12)  

Joker, naissance d’un mythe

La descente aux enfers d’Arthur Fleck, un malade souffrant d’un syndrome neurologique prodromique, une pathologie rare provoquant des rires spasmodiques incontrôlables…

Que peut-on dire de plus sur le Joker ?
C’est la question que je me suis posée en apprenant qu’un film allait être consacré à la nemesis de Batman. J’avoue avoir frémi lorsque le réalisateur, Todd Phillips, a annoncé (à tort) ne pas s’être inspiré des comics… jusqu’au moment où le long-métrage a été récompensé à la Mostra de Venise, festival réputé pour son exigence. Passé le choc de la découverte (il m’a fallu plusieurs jours pour me remettre de la projection et écrire cet article), force est de constater que le Lion d’or décerné est totalement mérité tant le film est digne du Nouvel Hollywood de la fin des années 70 (Un après-midi de chienSerpico…), et s’inscrit dans un cinéma sans concessions extrêmement politisé. Joker n’est pas du tout un blockbuster de super-héros.

 

Le prix récolté à Venise n’a pas empêché un scandale aux États-Unis, ce qui est souvent le cas avec les longs métrages intelligents tels que Orange Mécanique ou Fight Club. À l’image de ces œuvres marquantes, cette histoire de clown triste au destin tragique n’est absolument pas un film qui légitime les incels comme j’ai pu le lire, mais une réflexion nuancée permettant de comprendre les racines de la violence : qu’elle soit familiale, urbaine, ou terroriste, elle est symptomatique d’une société agonisante qui échoue à protéger les plus faibles, comme le montre la scène de l’assistante sociale : alors qu’Arthur Fleck est plus désemparé que jamais, elle lui annonce que c’est leur dernière entrevue, les politiques ayant taillé dans le budget des services sociaux :

– ils n’ont rien à foutre des gens comme vous… et ils n’ont rien à foutre des gens comme moi, avoue-t-elle, impuissante.

Le génie du réalisateur est d’avoir su (un peu) se détacher des comics originaux pour livrer sa vision du Joker, mais une version crédible, pour ne pas dire complémentaire de celle du Dark Knight : si on y réfléchit bien, dans le film de Christopher Nolan le clown ne cesse de mentir sur son passé en racontant des histoires à chaque fois différentes ! Le Joker de Todd Philipps est lui aussi un subtile patchwork basé sur de nombreuses sources d’inspiration.

En lisant le cultissime comics The Killing Joke (« Souriez ») d’Alan Moore (Watchmen, From Hell), on découvre un comique raté reconverti dans le crime, qui a perdu sa femme enceinte de six mois, à cause d’un stupide accident domestique.

Dans le magnifique Arkham Asylum, l’un des plus beaux (et dérangeants) comics qu’il m’ait été donné de lire, bien que les origines du Joker restent mystérieuses, David McKean fait ressentir la démence des personnages avec un mélange de peintures, de photos et de collages anxiogène au possible… Lorsqu’on le feuillette, le livre est organique, presque menaçant ! Une véritable plongée dans la folie.

Ce point de vue très immersif est largement adopté dans l’œuvre de Todd Philipps, avec d’autres idées-clefs. Ainsi, dans The Dark Knight Returns, on retrouve la fameuse scène de l’émission télévisée recyclée dans le film.

Une séquence également influencée par la Valse des Pantins de Martin Scorsese.

Le réalisateur s’inspire de tous ces éléments subversifs pour donner à son intrigue une atmosphère encore plus réaliste que celle du long-métrage de Nolan ! Il faut en effet saluer l’audace avec laquelle le réalisateur nous amène à porter un regard peu flatteur sur le père de Bruce Wayne, un riche industriel qui vit dans sa tour d’ivoire. On est saisi par l’ironie dramatique qui se dégage de cette tragédie, surtout quand on connaît la haine de Batman envers le Joker suite à l’assassinat de ses parents dans des circonstances assez troubles… Quand s’achève la vengeance et quand commence la folie ? C’est la question qui hante le spectateur à mesure qu’Arthur Fleck est confronté à l’injustice. Peut-on parler de démence quand une société aussi schizophrénique que dysfonctionnelle nous pousse à la méchanceté ? Dispose-t-on d’un réel libre arbitre lorsqu’on n’a jamais connu la stabilité ? Autant d’interrogations qui amènent un éclairage tragique sur ce comique désespéré qui passe son temps à collectionner dans son carnet les meilleures blagues, sans véritablement les comprendre, parce que sa vie elle-même n’est qu’une cruelle plaisanterie. On ne peut qu’éprouver de la compassion pour cette victime, qui va inexorablement se transformer en bourreau dans un Gotham City déliquescent, magnifié par la musique de Hildur Guðnadóttir, la violoncelliste islandaise qui a composé la bande-originale de la série Chernobyl.

Fable incendiaire sur la faillite morale de nos sociétés modernes qui n’est pas sans rappeler le Taxi Driver de Martin Scorsese et le V pour Vendetta d’Alan Moore, conte crépusculaire anarchisant porté par un Joachin Phœnix habité par son rôle, Joker est la preuve que les films DC Comics ne sont jamais aussi bons que lorsqu’ils se distinguent du cinéma Marvel. Du scénario plus que des effets spéciaux, une réflexion plus que de l’action, est-ce le début d’une nouvelle ère pour DC ? Je l’espère de tout cœur, tant il s’agit pour moi du film de l’année, et même le chef d’œuvre iconique de cette fin de décennie. Smile !

Published in: on octobre 14, 2019 at 10:11  Comments (10)  
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