Comme vous tous, j’ai été très affecté par ce qu’il s’est passé à Nice, ville dans laquelle j’ai habité pendant 5 ans, voilà pourquoi je ne mets en ligne qu’aujourd’hui mon bilan de la Japan Expo. Mon article est trivial, mais je crois que ça ne peut pas faire de mal par les temps qui courent…
Ce salon fut pour moi un voyage assez étrange, étant donné que le Japon est un pays que je connais bien. J’ai retrouvé tout ce que j’adore dans la culture « pop » nippone, dans un Japon plus fantasmé que réel. Je n’ai pas pu m’empêcher d’imaginer ce que donnerait une « France Expo » à Tokyo… ce serait tout aussi décalé !
L’ambiance était franchement chaleureuse, très bon enfant, grâce aux cosplayers qui constituent une attraction permanente. Impossible de s’ennuyer pendant les dédicaces !
Mangas, jeux-vidéos, jouets… On a envie de tout acheter !
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La Japan Expo, c’est également l’occasion d’assister à des événements improbables : des combats de sabres scénarisés avec des sons de synthé façon Hong-Kong, du « jazz japonais » (je n’ai pas d’autres termes pour qualifier le groupe que j’ai écouté), un championnat de Mario Kart, la venue de Joueur du Grenier…
J’en ai profité pour tester Final Fantasy XV, orienté action. En tant que vieux con fan des anciens Final Fantasy RPG je n’ai pas du tout aimé (le type de la démonstration a halluciné quand il m’a vu partir au bout de 5 minutes…).
Ironie du sort, je me suis plus amusé avec d’antiques machines telles que la Dreamcast et son mythique Virtua Tennis de 1999 (souvenirs, snif). Comme vous pouvez le constater sur les photos, les stands étaient splendides.
Mais bien sûr, la Japan Expo c’était surtout le moment de rencontrer mes lecteurs, quel bonheur ! J’ai retrouvé Emerence, Sia d’Encre, Lisa et Dorian, mais aussi des personnes que je ne connaissais pas et qui suivent mon parcours depuis un moment (ce qui me touche énormément). J’ai également bavardé avec des auteurs tels que Pascal Pinteau, qui a écrit un magnifique livre sur l’histoire des effets spéciaux aux éditions Bragelonne. Pascal a interviewé mon dieu vivant, Douglas Trumbull, qui a sévi sur Blade Runner, 2001, Star Trek, Rencontre du Troisième Type, Tree of life… Du coup, en bon fanboy que je suis j’ai acheté son livre…
Un nouvel art martial : le cookie-tchi
C’est terminé pour les festivals… jusqu’à la rentrée !
… Je serai au stand Bragelonne de la Japan Expo ( D158 dans le Hall 5A), regardez comme il est beau ! Plus d’infos ici (merci à HV Gabriel pour les photos).
C’est le karma… Alors que mon tome 1, les Terres Interdites, est disponible jusqu’à minuit à 0,99 euros, ne voilà-t-il pas que je cède à la tentation… dès le premier jour de la #GrossOP !
Voici mes achats (le pire, c’est que j’en ai déjà en papier…) :
Mais si vous ne deviez faire qu’une acquisition aujourd’hui durant l’opération, je vous recommande chaudement ce roman (j’aurai d’ailleurs l’occasion de vous en reparler bientôt) :
Et vous, avez-vous cédé à la tentation ?
EDIT : je pensais que le Septième Guerrier Mage était disponible aujourd’hui, ce n’est pas le cas, mea culpa.
Le jour J est enfin arrivé. Ironie du sort, je n’ai pas encore la troisième et dernière aventure des Pirates de L’Escroc-Griffe entre les mains, contrairement à certains lecteurs !
Pour marquer le coup, vous trouverez à la fin de ce billet un texte inédit, les yeux du céleuste. Il s’agit d’un chapitre particulièrement sombre de mon bouquin, avec de nouvelles têtes mais aussi de vieilles connaissances… et des bad guys. J’espère que vous les aimerez.
Maintenant que le livre est publié, je peux enfin lever le voile sur le « bonus » dont je vous parlais ces derniers mois : à la fin du roman vous trouverez des appendices. Certains étaient déjà présents sur mon site, mais d’autres sont totalement inédits, et vous permettront de quitter les Mers Turquoises en douceur (snif).
L’autre surprise vient cette fois de mon éditeur. Bragelonne a vendu 2 millions d’e-books. Pour fêter cet événement, 500 titres du catalogue seront vendus à 0.99 €, du lundi 27 juin au vendredi 1er juillet dans le cadre de la #GrosseOP (plus d’infos bientôt sur http://www.grosseop.fr), à raison de 100 titres par jour.
Vous gardez ça pour vous, hein ? Si l’équipe de Bragelonne apprend que j’ai vendu la mèche je vais périr dans d’atroces sou… (bruit d’explosion).
Les yeux du céleste (à lire après la fin du deuxième tome)
— Nous approchons des côtes, Seigneur Yskander.
Debout sur le pont de sa trirème, le roi de Leucédoine tentait de deviner les rivages, en vain. Aujourd’hui, la vrume était particulièrement épaisse, au point où il distinguait à peine son nécroalchimiste. Yskander se tourna vers l’homme chauve au teint pâle. Le visage glabre, Néoptolomène de Cardia avait remplacé ses yeux par des oculaires en bronze. Il ne semblait pas souffrir du froid car sa toge leucédonienne en cuir noir était ouverte. Six câbles translucides pendaient de son abdomen constellé de cicatrices. Du sang circulait dans ces perfusions qui alimentaient des créatures masquées par le brouillard verdâtre, mais Yskander entendait leurs pattes crisser sur le plancher. Comme tous les nécroalchimistes de Cardia, une des îles de Leucédoine, Néoptolomène se livrait à des expériences morbides auxquelles il valait mieux ne pas trop s’intéresser. Morbides, mais nécessaires. Ses loups en étaient la preuve flagrante.
— Bien.
Yskander s’en alla sur le pont de sa nef en direction de sa cabine. Le seul bruit qu’il percevait était le bourdonnement des antiques mécanismes sous la cale. Il jeta un regard en direction de la fosse à esclaves. Enchaînés, les captifs ramaient en silence au rythme du tambour du céleuste. Enfin, « ramer » était un bien grand mot. Les esclaves, immobiles, n’accomplissaient aucun mouvement. Chacun d’entre eux avait une perfusion plantée dans la colonne vertébrale. Les sondes disparaissaient dans les entrailles du navire et alimentaient en douleur les machines à souffrances qui propulsaient la galère, au rythme du tambour du céleste. Le roi était frappé par le regard des captifs. Jamais il n’avait eu à mater de rébellion, à croire que les esclaves étaient terrorisés par son armée – ce qui n’était pas plus mal, cela lui évitait d’être trop cruel. La violence devait toujours être employée à bon escient, pas seulement pour des raisons d’ordre moral. Se montrer trop brutal était le meilleur moyen de provoquer des insurrections.
Le céleuste arrêta de frapper son tambour et leva la tête vers Yskander. Le roi frissonna. Pendant un bref instant, il eut le sentiment que ses yeux n’étaient que des orbites vides, mais fort heureusement, cette vision ne dura pas. Ce n’était pas la première fois qu’il était victime de ces hallucinations. Les conteurs avaient coutume de dire que dans la vrume, chaque personne révélait sa vraie nature, et il était prêt à parier que le céleuste n’était pas un saint, d’où son apparence monstrueuse qu’il percevait de temps en temps. Et moi, quelle est ma vraie nature ? Yskander jeta un dernier regard vers les corps rachitiques des esclaves. Parfois, ces êtres misérables lui faisaient douter du bien-fondé de sa mission, mais au moins avaient-ils la vie sauve. Les Leucédoniens noyés par la fureur de Brôm pouvaient-ils en dire autant ? Le royaume des Mers Turquoises n’avait pas fait preuve d’autant de miséricorde lorsque ses îles avaient été englouties…
Le roi serra le poing. Perdu dans ses pensées, il n’avait pas remarqué qu’il était devant la porte de sa cabine, gardée par deux légionnaires. Il pénétra dans ses vastes appartements, aussi richement décorés que la cour d’un palais. Il se dirigea vers le dragon d’or disposé au fond de la pièce, un trône massif qui ressemblait à un reptile marin, le symbole de la Leucédoine.
— Majesté ?
Près du lit à baldaquin l’attendait un individu étrange, lourdement maquillé, au sexe indéterminé. Les cheveux rouges dressés comme des piques, l’androgyne se tenait immobile, vêtu d’un harnais en cuir duquel pendaient des chaînes d’acier.
— Qui vous a laissé entrer, Mime ?
Les deux gardes se précipitèrent dans la pièce, mais Yskander leva la main. Penauds, les légionnaires s’immobilisèrent.
— Majesté, vous ne feriez pas appel à mes services si je n’avais pas quelques talents.
— Ils ne vous rendent que plus redoutable.
— Merci du compliment.
Mime fit une lente révérence en signe de remerciement.
— Je voulais juste vous parler en privé.
Le front d’Yskander se plissa. Le pantomime demeurait une énigme. Il était entré en contact avec son armée par le biais du général Akhilleus… qui avait failli le faire exécuter sommairement. Mime avait en effet annoncé qu’il avait tenté de tuer Mange-Sang, avant de prendre la fuite pour rallier les ennemis de la régente. Cela faisait de lui un régicide et un traître, mais curieusement, l’androgyne n’exigeait aucune contrepartie financière pour ses services. Il ne semblait pas non plus haïr la Belle Lili. Quelle était sa motivation ? « Avoir la vie sauve», avait répondu Mime, un sourire aux lèvres. Cette réponse n’était guère convaincante, mais contre toute attente, le pantomime donnait régulièrement des informations fiables.
Yskander fit signe à ses gardes de s’en aller. Ils obéirent de mauvaise grâce, non sans avoir adressé un regard noir à l’androgyne.
— Quelle est cette information si urgente dont vous vouliez me faire part ? demanda le roi.
Le pantomime attrapa un verre rempli d’un liquide de couleur bleue. Du vin de Leucédoine, réalisa Yskander. Il s’est ouvert une bouteille. Les vignes avaient été englouties par le raz-de-marée, ce qui rendait cet alcool rarissime. En temps normal, il aurait fait exécuter sur-le-champ ce voleur, mais le pantomime était une sorte de bouffon qu’il devait tolérer. Un bouffon bien trop précieux pour être mis à mort.
— La Belle Lili s’en va vers le Nord. Le roi crut avoir mal entendu.
— En êtes-vous sûr ?
Mime hocha la tête.
—J’ai encore mes entrées à la cour d’Ombrefort. Certains nobles royalistes n’ont jamais accepté la régence, ils sont nostalgiques de l’ancien régime.
— Je peux le concevoir, mais comment arrivez-vous à communiquer avec vos espions sur d’aussi longues distances ?
L’androgyne sourit.
— Disons que grâce au cardinal Velin, j’ai été à bonne école. Le roi demeura impassible.
—Je ne sais pas si ce que vous m’apprenez est une bonne ou mauvaise nouvelle, répondit Yskander. La Belle Lili est loin d’être stupide.
Les yeux de Mime s’illuminèrent.
—La progression de votre armée est aussi inexorable que la vrume. Plus vous tuez d’ennemis, plus ce brouillard se remplit d’esprits et grandit.
Yskander fronça les sourcils. Comment un simple pantomime savait-il tout cela ? Était-ce grâce au cardinal, féru d’ésotérisme ? Il n’y avait qu’un moyen de l’apprendre : jouer à l’imbécile.
— Je ne vois pas le rapport avec la régente, mentit le roi.
— Réellement ?
Mime feignit la tristesse, avant de reprendre son sérieux.
— Nous savons tous les deux que tôt ou tard la vrume recouvrira l’ensemble des Mers Turquoises. Bientôt, votre armée pourra apparaître à n’importe quel endroit du royaume. La Belle Lili ne pourra pas vous échapper éternellement.
Paradoxalement, pour la première fois depuis bien longtemps, Yskander ressentit de la peur.
— Qui servez-vous au juste ? demanda-t-il.
Les yeux de Mime brillèrent à nouveau.
— Le même maître que vous.
Le roi sentit la colère monter en lui.
— La seule cause que je sers, c’est celle de la vengeance.
L’androgyne leva un sourcil amusé.
— En êtes-vous si sûr, Majesté ?
Yskander repensa aux yeux morts du céleuste, dans la fosse aux esclaves.
Il frémit.
Amis parisiens, je serai en dédicace à la Japan Expo pour la sortie du dernier tome de ma trilogie, les Corsaires de l’Écosphère !
Inutile de vous dire que j’ai sauté de joie quand j’ai appris la nouvelle, car depuis des années je rêvais d’y aller. Plus qu’un salon, c’est un événement mondial qui, l’année dernière, a accueilli 240.000 visiteurs. Vous pourrez me retrouver avec d’autres auteurs Bragelonne sur le stand D158 dans le hall 5A lors de trois sessions de dédicace :
– Samedi 9 Juillet de 15h00 à 16h00
– Dimanche 10 Juillet de 10h00 à 11h00, puis de 14h00 à 15h00
Même si c’est la quatrième fois que je viens à Epinal, ma joie demeure intacte ! Si vous souhaitez me rencontrer, je serai derrière mon stand de jeudi à dimanche, avec mes romans, ainsi que de nouveaux marque-pages aux couleurs des tome 2 et 3…
J’en profite pour vous faire découvrir ce cadeau de l’artiste Emmanuelle Cresp, qui m’a fait une magnifique surprise en illustrant un personnage important de L’Escroc-Griffe, la Belle Lili.
Me voici de retour après une belle édition de Nice-Fictions, dont l’invité d’honneur n’était autre que Laurent Genefort. Ce salon est toujours pour moi un peu spécial car j’ai grandi à Cannes et étudié l’Histoire à Nice, le festival était donc l’occasion de retrouver ma famille et mes amis.
Avec Laurent, j’ai participé vendredi au pied levé à une table ronde sur la création d’univers et je me suis régalé à écouter l’auteur d’Omale que j’ai lu… la veille, dans le train. Une oeuvre impressionnante, un roman qui ressemble presque à un manuel d’éthologie alien. Laurent expliquait qu’à force de travail, il finissait par penser comme ses créatures extra-terrestres, c’était passionnant. Plus tard, il m’a raconté son travail de scénariste de jeu vidéo sur From Dustavec son amiEric Chahi, l’auteur du mythique Another World que j’ai terminé je ne sais combien de fois.
Les autres tables rondes étaient tout aussi stimulantes (les vidéos seront en ligne bientôt). J’ai été heureux de retrouver Olivier Sanfilippo qui connait mieux que personne les pirates japonais wako. Pendant toute la table ronde, j’ai hésité à lui demander s’il n’avait pas entendu parler d’un pirate appelé « Minute Soupe », mais je n’ai pas osé (et je le regrette).
J’ai été interviewé par la sympathique équipe du Carnet Enchanté, avec qui j’ai passé un excellent moment.
J’ai également rencontré pour la première fois en vrai mon illustratrice, Céline Lacomblez ! Pour l’occasion, nous avons poussé avec Nathalie Bagadey et Nicolas Pagès un terrifiant cri de guerre de batracien.
Puisque je parle de Céline, je dois avouer que j’ai été impressionné par le talent des artistes que j’ai découvert : Vincent Laïk, mais aussi Emmanuelle Cresp.
Avec Emmanuelle Cresp
Samedi soir, j’ai participé avec mes amis à une partie de jeu de rôle d’anthologie, et pas seulement pour le plaisir… mais j’aurai l’occasion de reparler de ce projet dans les années à venir, n’est-ce pas Aldo ? 😉
Dimanche, j’ai assisté, impuissant, à la défaite de mon ami Damien Gaudin dans une partie de baby-foot un peu… bizarre. Vous pouvez entendre à la fin tout mon désarroi.
Vous l’aurez compris, j’ai passé trois jours agréables. Cerise sur le gâteau, en reprenant le train dimanche soir, j’ai admiré un magnifique coucher de soleil… Ce fut un bref séjour, mais quel bonheur d’échanger avec toutes ces belles personnes !
Je reviens brièvement donner quelques nouvelles ! J’étais absent, mais j’ai de bonnes excuses. Ces dernières semaines j’ai travaillé sur le Bon À Tirer de mon tome 3, déménagé (et hérité d’une connexion Internet erratique), mais je suis surtout devenu papa…
Pour les méridionaux, je serai présent à la seconde édition du salon Nice-Fictions ce week-end. Je participerai à deux tables rondes :
samedi 17h00 – « Pirates ! »
Ah, les joies de la piraterie ! Quitter la terre ferme et devenir des écumeurs des mers, n’est-ce pas, au fond, ce dont nous rêvons tous ? Partir à l’abordage des belles caravelles richement dotées, narguer des monarchies, rançonner des ports, explorer des îles inconnues, affronter les plus étranges des monstres marins et, après avoir amassé des tonnes d’or et tutoyé les confins du monde, finir sa course au Davy Jones’ Locker, le bar des abysses, pour trinquer avec les fantômes grimaçants des équipages perdus en haute mer. D’ailleurs, science-fiction et fantasy ne seraient-elles pas, au fond, une forme de piraterie littéraire, elles qui n’hésitent pas à défier sous l’étendard de l’audace tous les rois, tous les puissants ?
Modération : Léo Lallot
dimanche 10h30 – « Les nouveaux rivages de la littérature imaginaire en francophonie »
À chaque génération, l’imaginaire se réinvente. Il absorbe et transforme de nouvelles crises, de nouveaux rêves. Dans un monde plus complexe et plus incertain que jamais, la francophonie ne doit pas être envisagée comme une terre assiégée, mais, au contraire, comme l’un des plus beaux espaces de diversité. Qui sont les nouveaux auteurs qui, de Bruxelles à Paris, en passant par Montréal et Genève, nous proposent des rêves divergents sous la bannière d’une même langue ?
Modération : Chantal Robillard
On a beau répéter que les cyberpunks avaient raison, je suis toujours sidéré par le fait que la réalité dépasse la fiction. Vous vous rappelez de « 1984 », des films cauchemardesques de Terry Gilliam, de la série le Prisonnier ou du feu rouge parlant de Blade Runner ? Eh bien la dystopie fait désormais partie du quotidien de Mandelieu, avec des caméras qui interpellent des êtres humains. La preuve avec ce court reportage de TF1 qui semble amuser Jean-Pierre Pernaut.
Pour ceux qui en doutaient encore, on a franchi (depuis bien longtemps ?) une ligne rouge. Si vous ne l’avez pas vu, je vous conseille Red Road, un excellent film britannique qui tirait la sonnette d’alarme dès 2006.
Jackie travaille comme opératrice sur des caméras de surveillance. Chaque jour elle veille sur une petite partie du monde, en protégeant les personnes qui vivent leur vie sous ses yeux. Un jour un homme apparaît sur son moniteur, un homme qu’elle pensait ne jamais revoir, un homme qu’elle ne voulait jamais revoir. À présent elle n’a pas le choix, elle est obligée de se confronter à lui.
Bienvenue dans l’ère de la déshumanisation 3.0. Avec la nouvelle génération de drones, et le prétexte du terrorisme, les gouvernements du monde entier ont fait sauter un tabou , celui du flicage généralisé. Pourquoi être choqué par ce système de surveillance si vous n’avez rien à vous reprocher ? De fait, en partant du principe que nous sommes tous des délinquants potentiels, nous sommes tous suspects. C’est bien sûr un paradigme qu’il faut combattre à tout prix, quitte à employer les mêmes armes. En Turquie, un militant a utilisé un drone pour filmer les actions de la police lors de manifestations à Istanbul, jusqu’au moment où son engin été abattu en plein vol (voir la vidéo de l’article). Cette utilisation politique des drones n’est pas isolée, puisque des manifestants ont agi de manière similaire à Sao Polo, Bangkok ou Kiev.
La guerre de l’information prophétisée par la génération cyberpunk de William Gibson est devenue réelle.
Cette guerre de l’information n’est que le sommet de l’iceberg. Dans un billet passé relativement inaperçu, le vertigineux avenir des échanges exécutables, on apprend l’existence de la technologie Blockchain au coeur du projet Ethereum, un fantasme de web 3.0, dont on ne sait s’il relève de l’utopie… ou du cauchemar, en particulier pour les hackers.
Imaginez une architecture informatique totalement décentralisée avec des contrats automatisés de pair-à-pair encore plus sophistiqués que Bitcoin. Un monde où aucune manipulation n’est possible. Un nouvel Internet dans lequel on pourrait échanger de l’argent via un système économique transparent, configurable ; non censurable ; interopérable… Maintenant, qui décide quoi ? C’est la question soulevée dans l’article de Big Browser avec un exemple tout simple, je me permets de reproduire un extrait de l’article ici :
Imaginons une personne qui cherche un appartement à louer. Il dispose d’un identifiant numérique unique qui lui permet de souscrire à des contrats autonomes. Devant une porte d’appartement à louer, il interroge sur son téléphone son application, qui lui permet d’envoyer de l’argent en échange de l’ouverture de la porte connectée durant son temps de location. (…) La promesse de la blockchain est que les objets vont devenir pleinement autonomes et s’appartenir à eux-mêmes. Ils vont pouvoir exécuter du code : en échange d’argent (une forme de code), la porte libère son accès (via du code) pour être utilisée durant le temps autorisé. Pour Stéphane Tual, il n’y a plus besoin de tierce partie entre la porte de l’appartement à louer et le locataire potentiel. Airbnb n’a plus de raison d’être. Le système permet de louer directement son appartement à quelqu’un et on peut même imaginer louer un appartement en étant juste devant sa porte, s’il est disponible…
Si l’exemple est séduisant, il suppose bien sûr que tout se passe bien. Que l’appartement dans lequel vous entrez va être propre et en bon état, comme annoncé, par exemple. Quand on voit la difficulté des réclamations dans les systèmes de location centralisés comme Airbnb, on se dit tout de même que l’usager sera bien démuni dans un système décentralisé comme celui esquissé. A qui l’usager pourra-t-il faire une réclamation ? A la blockchain ? A la porte ?…
Comment ne pas penser à Ubik de Philip K Dick ? Dans ce classique de la S.F. que je suis en train de lire, l’auteur décrit (en 1969 !) une scène qui préfigure les échanges exécutables. Mention spéciale à ce passage dans lequel le héros se retrouve… enfermé chez lui.
La porte refusa de s’ouvrir et déclara : — Cinq cents, s’il vous plaît. À nouveau il chercha dans ses poches. Plus de pièces ; plus rien. — Je vous paierai demain, dit-il à la porte. (Il essaya une fois de plus d’actionner le verrou, mais celui-ci demeura fermé.) Les pièces que je vous donne, continua-t-il, constituent un pourboire ; je ne suis pas obligé de vous payer. — Je ne suis pas de cet avis, dit la porte. Regardez dans le contrat que vous avez signé en emménageant dans ce conapt. Il trouva le contrat dans le tiroir de son bureau ; depuis que le document avait été établi, il avait eu besoin maintes et maintes fois de s’y référer. La porte avait raison ; le paiement pour son ouverture et sa fermeture faisait partie des charges et n’avait rien de facultatif. — Vous avez pu voir que je ne me trompais pas, dit la porte avec une certaine suffisance. Joe Chip sortit un couteau en acier inoxydable du tiroir à côté de l’évier ; il s’en munit et entreprit systématiquement de démonter le verrou de sa porte insatiable. — Je vous poursuivrai en justice, dit la porte tandis que tombait la première vis. — Je n’ai jamais été poursuivi en justice par une porte. Mais je ne pense pas que j’en mourrai.
Cet extrait a beau être drôle, on ne peut qu’être effrayé par l’automotisation forcenée imposée par les états et les entreprises, surtout quand elle est motivée par une logique de rentabilité. On parle souvent du risque de se retrouver avec des drones automatisés capables de massacrer des êtres humains, mais moins de la vie quotidienne avec ces bornes automatiques qui envahissent de plus en plus notre quotidien… et détruisent l’emploi. Dès que j’ai le choix, j’opte systématiquement pour un(e) caissier(ère) de chair et de sang, parce que c’est plus agréable, et aussi parce que je me sens solidaire de ces employés précaires. Si on continue à automatiser les tâches, que vont-ils devenir ? Je ne parle même pas de la vie dans les grandes villes tentaculaires, déjà extrêmement difficile pour nombre d’individus isolés comme les personnes âgées ou les immigrés qui viennent d’arriver. Ne sommes-nous pas en train de tuer les derniers liens sociaux qui nous unissent ? Comme l’a écrit William Gibson :
Toute technologie émergente échappe spontanément à tout contrôle et ses répercussions sont imprévisibles.
Il y a deux ans, je concluais cet article sur les ebooks en imaginant une impression à la demande d’objets-livres dans les décennies à venir. Depuis (une fois encore), la réalité a rattrapé la fiction bien plus rapidement que je n’osais l’espérer. D’abord aux Etats-Unis à partir de 2007 :
Et aujourd’hui en France (une première européenne), avec cet incroyable robot imprimeur, de la firme Xerox. La libraire des éditions PUF n’a désormais plus de stock ! Il faut entre trois et sept minutes pour que le dispositif fabrique un ouvrage, il suffit que le client choisisse parmi trois millions de titres disponibles… pour le même prix qu’un achat classique. Selon Xerox, l’Espresso peut imprimer 110 pages à la minute, et 840 livres par mois, mais il est recommandé de ne pas dépasser 10.000 unités par an (sûrement pour éviter que la machine ne vieillisse prématurément). La seule vraie contrainte est la taille du livre : à l’heure actuelle on ne peut dépasser 850 pages.
C’est une révolution centralisatrice sans précédent pour toute la chaîne de l’édition. Avec cette impression à la demande, cela signifie qu’il n’y a plus d’invendus et de mise au pilon, coûteuse pour l’éditeur. Au niveau écologique, le gaspillage est réduit au minimum. Il n’y a même plus besoin de distributeur, l’épineux problème des petites maisons d’édition. Les éditeurs vont pouvoir prendre plus de risques financiers et lancer davantage d’écrivains inconnus, comme à l’époque du pulp. Les ruptures de stock ne seront plus que de l’histoire ancienne, il sera toujours possible d’obtenir des livres introuvables, et même d’imprimer des auto-publiés qui disposent de peu de moyens.
C’est une extraordinaire bonne nouvelle pour les libraires qui subissent depuis une dizaine d’années la révolution numérique des liseuses et le règne d’Amazon. Ils ont l’opportunité d’être à l’avant-garde de la technologie, de réinventer leur métier. On peut imaginer une nouvelle façon d’acheter un bouquin. Lors d’une dédicace un client pourrait rester discuter avec un auteur, tandis que la machine imprimerait son roman. La librairie deviendrait un espace convivial humaniste, dans lequel les gens prendraient le temps d’échanger avec le libraire ou des clients, fureter dans les rayons, boire un verre, et pourquoi pas, se retrouver dans une nouvelle sociabilité qui tiendrait à la fois de la libraire et de la bibliothèque. C’est une nouvelle temporalité qui s’offre à nous.
Je termine par le plus extraordinaire. Je supposais que les livres imprimés de la sorte étaient standardisés… ce qui n’est pas le cas, dixit Xerox : 11,4 x 14 centimètres, jusqu’à 21 x 26 centimètres. Visiblement, il suffirait juste de changer de réglage ! Est-ce que cela signifie que le libraire peut lancer une impression « Bragelonne » avec une couverture très colorée, puis ensuite sélectionner un format plus austère sans illustration de type Gallimard ? J’avoue que ça fait rêver…
Le seul vrai point noir pour moi, c’est bien sûr le prix de la machine. Il faut compter 68.000 euros, difficile de la rentabiliser, comme le souligne cet article. Même si l’Espresso Book Machine n’est réservée qu’aux grosses librairies, je pense que ce type de technologie ne peut que se démocratiser. À moins que des libraires ne s’associent pour amortir cet achat ?