Je serai aux Imaginales ! 

Info de dernière minute : je serai en dédicace aux Imaginales ! Merci à Leslie et Fanny de chez Bragelonne, et bien sûr merci à l’organisation du festival ! YATTA !!!!!!!!

Published in: on avril 11, 2017 at 2:15  Comments (9)  

L’effet salon

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Je me remets à peine de mes émotions après un festival magique qui m’a complètement pris au dépourvu, alors que… j’habite à côté de Metz. « Les cordonniers sont les plus mal chaussés »… Il a fallu que je sois invité dans ce salon pour réaliser combien la ville de Metz était dynamique sur le plan culturel. Tout avait pourtant mal commencé : vendredi matin, mon kakemono se brise dans un bruit de tonnerre, provoquant la panique de collégiens amassés devant le stand (de là à dire que l’un d’entre eux a une part de responsabilité dans ce désastre, il n’y a qu’un pas que je franchis allègrement). Je vous avoue que sur le coup, j’ai ressenti un grand trouble dans la Force.

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Fort heureusement, mes amis lorrains étaient là pour sauver mon étendard : grâce au génie mécanique de @Brome et le Saint Scotch de Florian, dès le lendemain les couleurs de Bragelonne flottaient fièrement aux quatre vents.

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En confiance, je pouvais dédicacer dans la sérénité, avec des camarades de l’imaginaire que j’apprécie. Grâce à la 25e Heure du Livre, je connaissais déjà la talentueuse Méropée Malo avec qui je m’amuse toujours beaucoup. Il nous arrive souvent des événements improbables, surtout quand un vieux monsieur bizarre découvre la couverture de Sorcière malgré elle et ne peut s’empêcher de tendre le pouce et l’auriculaire, sorcière oblige…

Je n’ai malheureusement pas eu le temps de beaucoup discuter avec Aurélie Wellenstein, auteure du fameux Roi des Fauves, qu’elle m’avait fait lire en exclusivité bien avant sa publication, mais j’étais assis près de l’ami Paul Beorn dont j’adore la plume. Je dois avouer que lorsqu’il était absent du stand, j’ai parfois assuré la promo du magnifique Septième Guerrier Mage (plusieurs exemplaires vendus à mon actif, mais avec un roman primé aux Imaginales je dois reconnaître que c’était plus que facile…).

Et comme j’ai de la chance, après avoir fait sa connaissance à Nice, j’ai retrouvé Laurent Genefort, l’homme avec qui il est impossible de s’ennuyer. Je pense que si je devais choisir un seul livre à emporter sur une île déserte, je déciderai plutôt d’emmener Laurent lui-même tant sa culture SF est impressionnante, sans parler de ses pertinentes réflexions scientifico-philosophiques sur l’écologie et l’Humanité. Un auteur français visionnaire digne d’un Franck Herbert, mais avec une modestie et une gentillesse qui forcent le respect, c’est assez rare pour être souligné. Cerise sur le gâteau, nous avons plusieurs passions communes.

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Bien sûr, ce festival était aussi l’occasion de saluer des lecteurs de longue date, certains étaient même présents lors ma première dédicace à la FNAC de Metz, en 2015 ! Chaque retrouvaille avec un habitué de L’Escroc-Griffe était un feu d’artifice émotionnel, sans oublier le plaisir de découvrir de nouveaux lecteurs.

Vous l’aurez deviné, si le festival m’a impressionné au niveau de la fréquentation, ce sont les rencontres qui m’ont le plus marqué. Être auteur, c’est passer énormément de temps seul devant son ordinateur… inutile de dire que ces salons constituent de véritables bouffées d’oxygène. C’est le moment de prendre des nouvelles d’amis écrivains, de parler de projets, et de rire dans une ambiance bonne enfant propre à la SFFF. Loin d’être une industrie sans âme, le monde de la littérature relève plus d’un artisanat dont les maillons sont étroitement liés. À ce titre, j’ai été particulièrement touché par ma rencontre avec Nathalie Mysliwiec et sa joyeuse équipe de La librairie d’en Face.

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J’avais l’impression de connaître Nathalie, et pour cause : quelques années auparavant, elle avait été libraire à la FNAC de Metz, et m’avait même accueilli lors de mes toutes premières dédicaces ! Sans des personnes comme Nathalie, Damien et Justine, non seulement ces salons seraient impossibles, mais en plus la chaîne du livre serait privée de maillons humains indispensables. Des femmes et des hommes capables de transmettre la passion de la lecture, cela n’a pas de prix.

Dimanche soir, c’est non sans une certaine émotion que j’ai dit au revoir à toutes ces belles personnes, mais avec la joie de savoir que j’allais retrouver mes amis auteurs dans des festivals. De la même façon, je suis heureux de savoir que La librairie d’en Face soit près de chez moi. J’ai découvert une île au(x) trésor(s), un refuge de l’imaginaire qui me fait rêver.

Rien que pour tous ces moments, cela vaut la peine d’écrire… Tiens, d’ailleurs, ce matin j’avais des idées plein la tête. C’est ce que j’appelle « l’effet salon » 🙂

Published in: on avril 11, 2017 at 9:44  Comments (9)  
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Ghost in the shell

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Au cinéma, il y a des projets d’adaptation qui frisent l’hérésie. Lorsque les geeks ont appris que le mythique Ghost in the shell allait faire l’objet d’un long métrage en prise de vues réelle, qui plus est avec une occidentale dans le rôle titre, certains ont crié au sacrilège. Est-ce une trahison ? Même si l’auteur original, Mamoru Oshii, a défendu Scarlett Johansson, on pouvait légitimement trembler devant ce qui s’annonçait comme un remake.

Dans un futur proche, le major Mira Killian, une femme cybernétique rescapée d’un attentat, lutte contre les plus dangereux criminels. Alors qu’elle s’apprête à affronter un ennemi capable de pirater les esprits, elle découvre qu’on lui a menti : sa vie n’a pas été sauvée, on la lui a volée.

D’emblée, le film est servi par une bande-originale magnifique… qui n’est pourtant pas composée par Kenji Kawai. A la place, on retrouve l’excellent Clint Mansell, connu pour son travail sur Requiem for a dream, The Fountain et Black Swan. Le moins que l’on puisse dire, c’est que le musicien est à la hauteur de son prédécesseur. En s’appropriant certains thèmes, il parvient à distiller une ambiance aussi mystérieuse que cyberpunk. Un cyberpunk qui a forcément évolué depuis le premier Ghost in the shell, sorti en 1995. Avec finesse, le réalisateur dépeint un futur dans lequel les réalité virtuelles et augmentées sont omniprésentes. Une vision fascinante, mais qui donne froid dans le dos avec toutes ces publicités flottantes dans les rues d’un Tokyo revisité à la sauce Hong-Kong. Au milieu de toute cette vacuité numérique, on suit les errances d’une humanité paumée dans un univers technologique qui n’est pas sans rappeler celui du film Avalon. Pourquoi un aveugle devrait se faire greffer de simples yeux alors qu’il existe des dispositifs optiques largement « meilleurs » ?

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Sans surprise, dans un monde où les limites du corps humain sont allègrement repoussées, les questions transhumanistes constituent le coeur du récit. Quel intérêt à rester sobre quand on a un foie mécanique qui peut encaisser des quantités effarantes d’alcool ? Ne sommes-nous pas définis par nos actions plutôt que par nos souvenirs ? Ce qu’on appelle la mémoire a-t-elle seulement une réalité tangible ? La cybernétique, plus proche de nous qu’elle n’y parait, amènera fatalement des problématiques pour le moins troublantes.

Alors, certes, Scarlett Johnson n’est pas asiatique, mais pour ma part j’ai aimé que le scénario joue intelligemment avec cette ambiguïté : à l’origine le major était la japonaise Motoko Kusanagi, avant que son cerveau ne se retrouve emprisonné dans une enveloppe cybernétique, celle du major Mira Killian. Dans une société aussi multiculturelle que ce Tokyo du futur, cette quête d’identité n’en est que plus perturbante, preuve en est lorsque le major rencontre sa mère biologique pour la première fois… Loin d’être troublé par le casting, j’ai adoré cette atmosphère cosmopolite, le fait que n’importe qui puisse comprendre le japonais, technologie oblige, le rêve !

Le seul reproche que je ferais à ce long-métrage, c’est de ne pas avoir été assez loin dans les réflexions philosophiques, mais je suis convaincu que les scénaristes voulaient garder certaines pistes pour des suites, je pense notamment au personnage en partie inspiré par le Marionnettiste. De ce fait, si Ghost in the shell ne demeure « qu’un » film d’action intelligent, ponctuellement illuminé par le charisme de Takeshi Kitano, c’est déjà un petit miracle en soi que d’avoir réussi à livrer une adaptation qui rende un si bel hommage au matériau original. Une oeuvre complémentaire, désenchantée, et qui a su capter l’air du temps.

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Published in: on avril 5, 2017 at 1:14  Comments (4)  
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En bref

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Cette semaine, je risque d’être quelque peu absent… seulement virtuellement, car je vais participer au salon du Livre à Metz, de vendredi à dimanche. Un gros événement, avec pas moins de 35.000 visiteurs attendus ! L’imaginaire ne sera pas en reste puisqu’on retrouvera les incontournables Laurent Genefort et Paul Beorn. Si vous êtes dans le coin et que vous avez envie de bavarder, je serai au stand « Librairie d’en face », dans le chapiteau « grande librairie ». En attendant, demain aura lieu un autre événement : la sortie numérique de mon  intégrale, pour une durée limitée d’un mois seulement. Si vous êtes sur liseuse et que vous ne connaissez pas encore ma trilogie, c’est l’occasion de faire des économies de la découvrir.

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Sinon je voulais aussi vous dire que j’avance à grands pas sur ma nouvelle trilogie. Pendant quelques semaines j’étais bloqué dans mon écriture à cause d’un problème… qui n’en était pas vraiment un, mais grâce à une discussion avec mon amie auteure Dominique Lémuri, les obstacles que mon esprit avait construit se sont dissipés. C’est un vrai bonheur que de retrouver cet univers, je me sens dans la peau d’un Peter Pan adulte redevenu jeune qui retourne dans un Pays Imaginaire… qu’il avait un peu oublié.

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Même si l’histoire sera complètement accessible à une personne qui n’a jamais lu les pirates de L’Escroc-Griffe, je me rends compte que trois tomes, ce n’était pas suffisant. Comble de l’ironie, en tant que lecteur j’ai toujours un peu râlé quand les écrivains déclinent leur saga en sept volumes (ou plus). Aujourd’hui, je réalise qu’écrire une histoire sur plusieurs trilogies est peut-être la formule qui me correspond le mieux… enfin, l’avenir le dira.

À bientôt les amis !

Published in: on avril 4, 2017 at 7:51  Comments (4)  
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Un reboot du Seigneur des Anneaux ?

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La rumeur est de plus en plus insistante à Hollywood, mais le projet d’une nouvelle trilogie se précise. Le premier film de cette saga devrait voir le jour en 2021, à l’occasion des 20 ans de la sortie de la Communauté de l’Anneau. Pour ce projet pharaonique (on parle quand même d’un budget total de 600 million de dollars !), les studios auraient porté leur choix sur une valeur sure, Michael Bay. S’il n’a pour l’instant pas confirmé la rumeur, l’auteur de Transformers, Bad Boys et Armageddon a réagi :

À ce stade des négociations, c’est beaucoup trop tôt pour s’avancer sur quoi que ce soit, mais je serais bien évidemment honoré de réaliser une nouvelle version de cette trilogie mythique. J’éprouve un immense respect pour Peter Jackson, mais je crois qu’avec les progrès du numérique on peut aller beaucoup plus loin dans l’action.

La société New Line n’a pas confirmé ces informations, mais on parle déjà d’un partenariat avec Disney qui co-produirait le film, afin de lancer une nouvelle ligne de jouets.

Source : Fish Mag

Published in: on avril 1, 2017 at 11:56  Comments (7)  

Zelda, Breath of the Wild

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Je n’ai jamais chroniqué de jeu vidéo sur ce blog mais à événement exceptionnel, article exceptionnel… Pourtant, quand la presse a commencé à parler du « meilleur jeu Nintendo de ces 20 dernières années », je me suis montré méfiant. Le monde vidéo-ludique n’est pas épargné par le sensationnalisme, on le constate souvent avec des titres notés 21/20… Et puis, il y a quelques jours, mes amis Fred et Céline ont eu la gentillesse de m’envoyer un mystérieux colis par la Poste… qui s’est révélé être la version Wii U de Zelda,  Breath of The Wild. « Tu ne peux pas passer à côté » m’a répété Fred, écrivain lui aussi… Intrigué, j’ai donc laissé une chance à ce jeu, d’autant plus que cela tombait à pic : un passage de mon roman me posait problème depuis plusieurs semaines sans que je comprenne pourquoi. Dans ce genre de moment je fais toujours une pause histoire de revenir sur mon texte avec un point de vue neuf… et des solutions.

L’histoire débute avec le personnage de Link. Amnésique, il se réveille après un sommeil d’un siècle dans un royaume qui a connu une guerre terrible. Son but : percer les mystères du passé et vaincre Ganon, le fléau.

D’emblée, on est frappé par la beauté des images, dignes d’une oeuvre de Miyazaki, avec cette impression d’évoluer dans un manga. Certes, le graphisme est à l’opposé du réalisme d’un Horizon zero dawn, voir même d’un Last of us qui commence à dater. Pourtant, dès les premières minutes, les concepteurs du jeu arrivent à instaurer une ambiance contemplative façon Shadow of colossus, une atmosphère qui flanque la chair de poule. Ce n’est d’ailleurs pas le seul point commun entre les deux titres.

« Liberté », c’est le mot qui me vient à l’esprit quand je pense à Zelda. Dans un univers absolument immense, il est possible d’escalader des montagnes, d’explorer à cheval les  steppes, d’errer dans des forêts millénaires et même de naviguer sur l’océan.

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L’immersion est totale, grâce notamment à une bande-originale très discrète, pour ne pas dire minimaliste. Parfois, cet accompagnement musical se réduit à quelques notes de piano mélancoliques… Rarement on a eu une telle impression de vide, bien loin de l’hystérie de certains MMORPG dans lesquels il faut tuer des monstres et réussir des quêtes pour progresser. Une impression de vide certes, mais qui stimule l’imagination, surtout quand on visite des ruines chargées d’Histoire… Comme si ce n’était pas suffisant, on peut recycler à peu près tout ce qu’on trouve dans la nature, créer des potions dans un esprit un peu Minecraft, pour ne pas dire McGyver… On est loin des itinéraires balisés des traditionnels jeux à monde ouvert ! Bien sûr, le protagoniste principal a un but, vaincre Ganon, mais c’est le seul impératif, le joueur est totalement libre de ses choix. Rapidement on ressent l’euphorie des jeux-vidéos des années 80-90, cette magie d’antan, l’illusion d’un monde sans limites. On se surprend à admirer un coucher de soleil au sommet d’une falaise, à observer l’ombre des nuages sur des plaines verdoyantes tout en écoutant le vent.

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On visite des villages fortement inspirés par la période Jomon, le Japon préhistorique (les concepteurs du jeu ont d’ailleurs avoué que les célèbres statues nippones ont influencé le design des gardiens).

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On discute également avec des personnages secondaires très attachants. Tenez, est-ce que vous savez pourquoi la femme du meunier du village d’Elimith passe ses journée à surveiller le moulin, toute seule, près d’un arbre ? Eh bien en bavardant un peu avec elle on apprend qu’elle n’est pas du coin, que sa famille lui manque et que son mari est obsédé par son travail… ce qui explique pourquoi chacun vit un peu de son côté, évitant ainsi les disputes. Dans bien des jeux, les « figurants » n’auraient pas été si bien caractérisés, mais ici on partage avec cette femme un moment mélancolique troublant, presque une tranche de vie…

L’autre idée de génie du jeu, c’est l’amnésie initiale du protagoniste principal. En faisant de Link un personnage à la recherche de son passé, les concepteurs jouent à fond la carte nostalgie à mesure que les souvenirs reviennent… renvoyant le joueur à sa propre enfance/adolescence. Métaphoriquement, il s’est effectivement passé un siècle depuis The Legend of Zelda (1987 pour la version NES), A link to the past (1992, Super NES) et Ocarina of time (1998, Nintendo 64), pour ne nommer que quelques titres emblématiques de cette longue saga. Qu’on soit joueur occasionnel ou fan acharné, au fond peu importe. Cette quête des origines n’appartient pas seulement à Link, mais aussi à celles et ceux qui ont grandi avec ce mythe transgénérationnel.

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« Tu ne peux pas passer à côté ». Après avoir joué à Zelda, les mots de mon ami Fred ont pris une résonance particulière. Cette leçon de show don’t tell m’a permis de débloquer le passage problématique de mon nouveau livre qui me gênait depuis plusieurs semaines. Non pas que ce jeu m’ait inspiré, mais Breath of the Wild est si exemplaire au niveau de la narration que je me suis recentré sur l’essentiel, avec cette simple question : « qu’est-ce que tu veux raconter ? ».

Pour conclure, Zelda est un jeu auquel on pense quand on ne joue pas, et qu’on a envie de finir, ce qui n’est pas si courant. Picasso disait « les bons artistes copient, les grands artistes volent ». Les concepteurs de Breath of The Wild ne se sont pas contentés d’emprunter les bonnes idées des meilleurs jeux vidéos des cinq dernières années, ils les ont également transcendées pour livrer un chef-d’œuvre qui a profondément troublé Ubisoft… rien que ça.

Published in: on mars 28, 2017 at 8:43  Comments (8)  
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Le mythe, cette sagesse ancestrale

Hier, il s’est passé quelque chose d’incroyable. Le Te Awa Tyoua, le fleuve sacré des Maoris, a été reconnu comme entité vivante par le Parlement néo-zélandais ! Non seulement ce cours d’eau a désormais une personnalité juridique, mais en plus la loi établit que la tribu locale et son fleuve possèdent un lien spirituel étroit, ce qui permettra de les protéger de la pollution. Un mythe reconnu d’utilité publique, cela semble difficilement concevable en France. Je me suis imaginé les Parisiens en train de vénérer la Seine… jusqu’au moment où j’ai réalisé que la déesse Sequana était effectivement adorée par le peuple des Parisii durant l’Antiquité*. À cette époque, les mythes et la nature ne faisaient qu’un.

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Comment avons-nous pu autant changer ? Aujourd’hui, en Occident, le mot « mythe » n’est plus synonyme que de construction imaginaire, au mieux il désigne une allégorie, un conte ne possédant qu’une dimension morale. Grâce à la physique, nous disposons d’un regard rationnel sur l’univers, dès l’enfance nous apprenons à quantifier notre environnement, et à prendre des décisions en fonction de paramètres logiques… mais il semble que notre cerveau n’ait pas toujours fonctionné ainsi. Et si au fil des siècles nous avions brimé les mythes qui sommeillent en chacun de nous ? C’est ce que laisse entendre Alan Moore dans son chef d’œuvre, From Hell. À un moment donné le personnage de Sir William et son cocher illettré, Netley, entretiennent une discussion passionnante à propos des visions mystiques du poète William Blake (n’hésitez pas à zoomer avec votre navigateur si besoin).

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Dans les appendices de From Hell, Alan Moore développe le fond de sa pensée en racontant l’histoire vraie de légionnaires romains qui n’osent franchir une rivière, jusqu’au moment où la chronique militaire, officielle, relate le plus sérieusement du monde que « le Grand Dieu Pan apparut, ramassa la trompette de l’un des hérauts, traversa facilement la rivière à gué et joua une sonnerie en atteignant la rive opposée ». (From Hell, page 521). Rassurés par la bonne augure, les soldats traversent le cours d’eau.

Pourquoi ces visions mystiques étaient-elles monnaie courant chez nos ancêtres ? En se basant sur des recherches scientifiques, Moore souligne qu’au cours des siècles, le corpus callosum, la partie qui relie les deux lobes de notre cerveau, s’est épaissie pour devenir de plus en plus efficace. Aujourd’hui, pour traverser une rue nous ne nous rendons même pas compte que nous effectuons à la vitesse de la lumière des calculs extrêmement complexes, qui sont envoyés de l’hémisphère droit inconscient vers l’hémisphère gauche conscient via ce fameux corpus callosum. Si par le passé, celui-ci était moins développé, peut-être que sous l’Antiquité les visions surnaturelles n’étaient que des messages d’un inconscient qui ne pouvait communiquer autrement ? Peut-être que l’intuition primait sur la raison ?

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Durant cette période, les mythes constituaient une explication valable de phénomènes naturels, comme le montre le célèbre Pythagore, dont le théorème est encore enseigné au collège. Figure respectée de la philosophie occidentale, il était également un mystique. Dans sa jeunesse, il fut le disciple d’Épiménide, un chaman hyperboréen couvert de tatouages. À cette époque on trouvait encore en Europe des kapnobatai, « ceux qui avalent des nuages » (de cannabis). Célèbres pour leurs visions, ces sages eurent une grande influence sur les premiers philosophes de la Grèce antique, dont Pythagore. Ce dernier croyait si fort en la réincarnation qu’il était végétarien, et transmettait au sein de sa société secrète, véritable franc-maçonnerie avant l’heure, un savoir ésotérique digne d’un gourou. Ses visions étaient liées à des mythes, au point où il prétendait être la réincarnation d’Éthalidès, l’un des membres de l’expédition des Argonautes, les héros de la Toison d’or. Ce mélange des genres entre philosophie et mysticisme n’est guère surprenant chez les Grecs quand on sait que les civilisations anciennes confondaient mythe et Histoire. En Gaule, les bardes diffusaient un savoir sacré emprunt de poésie : plus qu’un art, raconter des légendes et les partager relevait d’une spiritualité « primordiale ». Les mythes permettaient à nos ancêtres de vivre en harmonie avec la nature. Ils ne formaient pas seulement une croyance, mais aussi une sagesse qui servait à appréhender le monde au même titre que les mathématiques ou l’astronomie. On le constate encore aujourd’hui avec Stonehenge durant le solstice d’été.

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En Gaule, après la victoire des légions romaines de César, les druides furent éradiqués pour des raisons politiques, car ces intermédiaires entre les hommes et la nature possédaient trop d’influence. Quelques siècles plus tard, ce qui restait de « paganisme » fut balayé par les missionnaires chrétiens. C’est entre le IVe et Ve siècle après J.-C. que l’Europe a perdu la majeure partie de ses racines. Saint Martin de Tours se vantait de détruire tous les temples gallo-romains qui avaient le malheur de croiser sa route. Il souhaitait anéantir cette spiritualité « de proximité », étroitement liée à la nature. Non loin de chez moi, il existe à Koeningsmaker une église bâtie sur un temple païen dédié à Mithra… mais comme vous pouvez le constater sur ma photo, la figure du dieu oriental a été recyclée !

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C’était le cas de nombreuses églises du nord-est de la France et de la Belgique. Avec l’arrivée des missionnaires, la parole universelle du Christ devint la mesure de toute chose, du moins pour les masses peu éduquées. « Croissez et multipliez » : la nature était destinée à être maitrisée par l’Homme pour la plus grande gloire de Dieu, tandis que les animaux, des créatures sans âme, se voyaient privés de Salut Éternel. Au Moyen-Âge, les bardes tentèrent de maintenir oralement une tradition celte qui se délitait, mais il n’était plus question de chanter ouvertement des mythes païens. Ainsi le Graal, le chaudron d’abondance symbolisant l’immortalité, capable de donner la connaissance et de ressusciter les morts, devint le Saint Graal, la coupe qui recueillit le sang du Christ.

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La spiritualité était de plus en plus réservée aux  mystiques, aux ermites et aux moines qui s’isolaient de la société. Elle devint élitiste, monothéiste, et perdit de son caractère populaire, panthéiste et profondément « écologique ».

En Corse on retrouve encore un peu de cette culture ancestrale avec le mazzeru, lointain héritier du chaman hyperboréen. Le mazzeru est une personne possédant un don particulier qui se transmet de génération en génération, telle la lycanthropie. Lors de rêves échappant à sa volonté, le mazzeru chasse et « tue » le premier animal qu’il rencontre. Lorsqu’il retourne la bête sur le dos, la tête de l’animal se transforme en un visage humain connu du mazzeru. Cela signifie que cette personne va mourir prochainement. Si le mazzeru reconnait à temps sa victime, il peut agir de manière bénéfique en se contentant de blesser l’animal au lieu de l’achever. L’individu tombera alors malade ou subira un accident, mais il aura la vie sauve. Les visions du mazzeru sont d’ordre onirique, mais elles donnent un sens au monde, à l’image des Bochimans d’Afrique subsaharienne : lorsqu’un enfant fait un rêve récurrent dans lequel il est dévoré par une bête sauvage, durant la journée sa tribu va l’encourager à affronter son cauchemar, comme s’il s’agissait d’une véritable épreuve, jusqu’à ce que l’enfant « tue » l’animal et retrouve un sommeil paisible. Plusieurs millénaires avant Freud, les Bochimans ont inventé une thérapie collective. Chez les Aborigènes le rêve, bien plus qu’une vision mystique, constitue le coeur de leur mythologie. Ils considèrent que bien avant la création de la Terre existait « le Temps du rêve », un monde d’esprits qu’on peut encore rejoindre aujourd’hui, et qui permet de déchiffrer des présages ou de soigner. Certains Aborigènes pensent que des esprits-serpents ont façonné des montagnes telles qu’Uluru… quand ces montagnes ne sont pas elles-mêmes les restes de créatures géantes.

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Un jour, des anthropologues australiens étudièrent avec scepticisme les légendes d’une tribu. Ces Aborigènes affirmaient que dans un lointain passé, leur région présentait une végétation radicalement différente de celle d’aujourd’hui. Les scientifiques analysèrent des pollens fossilisés… et constatèrent que le mythe disait vrai, d’autres légendes furent même confirmées. Ces pollens étaient vieux de 10.000 ans, ce qui signifiait que les Aborigènes s’étaient transmis depuis la préhistoire une culture symbolique riche de sens, une tradition bien plus anciennes que les pyramides : le mythique bunyip aurait été inspiré par le diprotodon, disparu il y a… 50.000 ans.

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Cette spiritualité indissociable de la nature a été, elle aussi, durement affectée par les missionnaires chrétiens.

Ironie du sort, si l’Église a coupé l’Occident de ses racines, elle a été à son tour victime d’une autre religion, celle du matérialisme inhérent au XIXe siècle. Plus tard, les années 60 ont sonné le glas de la domination du christianisme sur nos moeurs, laissant un désarroi spirituel plus terrible que jamais. Comment trouver sa place dans l’univers quand on a grandi dans une ville polluée, loin de la campagne ? Comment peut-on se respecter et respecter les autres quand on ne sent aucun lien avec ce qui nous entoure, sans parler de sa culture et de son passé ? Nous ne sommes pas faits pour vivre dans des cités tentaculaires, privés de nos racines et de nos mythes. Beaucoup de gens manquent de spiritualité, et pas seulement les jeunes des quartiers difficiles, loin s’en faut, il n’y a qu’à voir la tristesse qui règne dans certaines maisons de retraite. Pourtant, une civilisation industrialisée est capable de conserver son folklore ancestral. L’année dernière, je suis tombé sur un magnifique article de Neil Jomunsi qui évoquait le shintoïsme, popularisé en Occident grâce aux oeuvres de Miyazaki, notamment Princesse Mononoke, dont la musique m’a toujours envouté.

Le shintoïsme est la plus ancienne spiritualité du Japon, un animisme peuplé de dieux qui sont autant de représentations mythiques de la nature. Ainsi au pays du Soleil Levant il n’y a rien de choquant à honorer l’esprit d’une rivière ou d’une montagne, d’éprouver une intimité avec ce qui nous entoure, une certaine harmonie, y compris dans les villes, je l’ai moi-même constaté lors de mes voyages. Sur mes photos, on observe des statues de kami, vénérées par les moines shintoïstes.

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Alors qu’en Occident, les missionnaires chrétiens du IXe siècle luttaient sans relâche contre le paganisme et instituaient la fête de la Toussaint, au même moment au Japon s’opérait un syncrétisme entre le shintoïsme local et une nouvelle tradition importée de Chine : le bouddhisme. À cette époque, le moine Kukai expliquait qu’il n’y avait aucune différence entre ces sagesses, Bouddha étant associé à la déesse du Soleil Amaterasu, tandis que les esprits kami shintoïstes étaient apparentés aux bodhisattvas. Cette tolérance s’est maintenue au fil des siècles : lorsqu’on franchit le tori-i d’un sanctuaire, on est frappé de constater combien les moines de cet espace sacré sont accueillants, y compris avec des occidentaux. On peut se laver les mains à l’aide d’une louche pour se présenter devant les kami  exempt de toute souillure, mais ce n’est pas une obligation.

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Bien sûr, le Japon d’aujourd’hui n’est pas épargné par la pollution ou le matérialisme, mais dans les campagnes existe encore une atmosphère particulière, lorsqu’on visite des temples perdus dans les collines japonaises. Même au cœur de Tokyo, il n’est pas rare de découvrir des petits parcs un rien mélancolique dans lesquels on peut se ressourcer. J’aime l’idée qu’un peuple, malgré son développement technologique, ait conservé un lien profond avec la nature et ses mythes. Pour ma part, cela fait dix ans que je ne suis plus allé au Japon, mais cela ne m’empêche pas de me promener régulièrement dans ma forêt, à quelques minutes à peine de la maison. On raconte qu’autrefois Charlemagne y chassait. Je ne sais pas si la légende est vraie, mais pour celui qui sait écouter son coeur, les esprits des rivières ne sont jamais très loin.

* L’empereur Julien parlait même d’une eau « très agréable et très limpide à voir et à qui veut boire »…

EDIT : suite à la discussion qui s’en est suivie sur Facebook, des amis m’ont signalé ces liens passionnants :

La vie secrète des arbres

Une construction suspendue en Islande « pour laisser aux elfes le temps de déménager »

Le mythique « chat-renard » des légendes corses existe bel et bien

Published in: on mars 17, 2017 at 12:35  Comments (19)  
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Show don’t tell or should I go (2/2)

Vendredi dernier, on parlait de show don’t tell et plus précisément d’immersion. L’immersion est vitale car c’est l’une des clefs pour accrocher le lecteur. Même si c’est difficile, il faut éviter les mises à distance avec le protagoniste principal, par exemple les verbes tels que « ressentir, voir, entendre, réaliser, comprendre… ».

À mon sens, un auteur ne devrait pas écrire du tell en point de vue externe du style :

Le champ de bataille était effrayant. Gore le barbare entendait les flèches siffler autour de lui. Le guerrier s’adressa à ses compagnons et leur ordonna de fuir. 

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« Le champ de bataille était effrayant »

Dans cet exemple, on suit le destin du personnage de manière détachée : Gore entend des flèches « siffler autour de lui », mais on n’a pas l’impression d’être de son point de vue. Je pense qu’on devrait plutôt opter pour :

Les cris des mourants avaient de quoi rendre fou, sans parler de cette foutue odeur de cadavre. Gore se retourna vers ses compagnons recouverts de boue. Les flèches sifflaient de tous les côtés.
– Foutez le camp !

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« Le champ de bataille était effrayant »

Dans la seconde proposition, écrite en point de vue interne, on ne précise pas que Gore « entend », « s’adresse » ou « ordonne », les odeurs, les pensées, les émotions et les sons s’imposent d’eux-même. Son injonction (« il leur ordonna de fuir ») se transforme en une ligne de dialogue (« foutez le camp ! »). Une remarque grossière, mais crédible dans la bouche d’un barbare. Puisqu’on parle de dialogue, il faut éviter autant que faire se peut ce que j’appelle la dialoguite. Voici un exemple écrit avec les pieds :

Gore le barbare se retourna vers ses compagnons.
– Les gars, je vous résume le plan : on franchit cette porte, on trouve Flamor le dragon. Et là, on le bute.
– Flamor ? répéta le nain végétarien. Tu parles de la créature qui a brûlé en une nuit le village de Bois-Lointain à l’époque de la Seconde Guerre des Cœurs Sombres ?
– Heureusement que le mage Artefax nous a donné les épées divines tueuses de dragon, s’exclama l’elfe culturiste.
– J’espère qu’elles fonctionneront, bougonna le nain. Je n’ose imaginer ce qu’il adviendrait du royaume si nous venions à échouer…

Mon exemple écrit avec les pieds souffre de dialoguite aiguë. De manière générale, les échanges manquent de naturel. La question sur Flamor le dragon posée par le nain est aussi lourde qu’inutile : il y a de fortes chances que le lecteur se fiche éperdument et du village, et de cette guerre lointaine. Et puis ce n’est pas logique : à ce stade du récit, comment le nain peut-il ignorer que son groupe est sur le point d’affronter un dragon ? Visiblement, ils sont venus pour ça. La réflexion de l’elfe est un gros clin d’oeil appuyé au lecteur pour rappeler que les personnages sont bien équipés et éviter un deus ex machina, mais du coup c’est tout aussi lourdingue. Et bien sûr, la tirade finale du nain censée amener de la tension prépare insidieusement le lecteur à l’idée que le dragon va s’échapper et menacer tout le royaume… Je ne parle même pas des incises :

répéta le nain
s’exclama l’elfe
bougonna le nain

Il y en a trop. Si on décide d’en mettre dans un texte, il faut éviter d’en placer plus de deux d’affilée. Après deux répliques, on peut alterner avec l’état d’esprit du protagoniste principal, ou bien décrire l’environnement, afin d’éviter un symptôme caractéristique de la dialoguite : le syndrome du décor vide. Les personnages sont tellement pris dans une discussion que l’auteur oublie de décrire le contexte autour d’eux, ce qui donne à la séquence une facture pièce de théâtre qui manque cruellement de vie. Quand des individus conversent, la terre ne s’arrête pas de tourner pour autant ! Au fond, l’univers est un personnage comme un autre, on en a un bel exemple avec le magnifique film d’animation les cinq légendes.

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À un moment donné, Jack Frost, la Fée des dents, le lapin de Pâques, le père Noel et le marchand de sable discutent très sérieusement d’une stratégie pour sauver les rêves des enfants. À l’arrière plan, deux lutins susceptibles se disputent, avant de poursuivre leurs gags hors-champ, tandis que les personnages principaux continuent d’échanger des idées.

Par la suite, on ne voit plus les lutins à l’écran, mais on entend des bruits d’objet brisés à droite et à gauche de l’image, on imagine que cette dispute savoureuse prend des proportions épiques, on regrette même que l’écran ne soit pas plus grand ! C’est pour moi un moment merveilleux : arriver à faire croire au spectateur que l’univers qu’il découvre dépasse de loin ce qu’il voit. Si la magie opère au cinéma, alors que dire d’un roman SFFF* alimenté par l’imagination, l’essence même du show don’t tell ? Si un auteur n’arrive pas à entretenir l’illusion d’un univers vivant, et qu’il raconte une histoire plutôt qu’il ne la fait vivre, le contrat de confiance qu’il passe avec le lecteur est rompu.

J’ai peut-être l’air de mener un djihad contre le tell, mais malgré tous les efforts consentis, il y en aura toujours dans les livres, je pense notamment aux transitions du type « au bout d’une semaine de navigation, le voilier parvint à bon port ». Je suis d’accord sur le fait qu’on puisse insérer du tell à dose homéopathique, si besoin. Dans les pirates, je procède ainsi avec les extraits de l’Encyclopédie Royale, un livre imaginaire qu’on retrouve tout au long de la trilogie, en début de chapitre. Preuve en est avec les premières lignes de mon chapitre 7 :

Navire de ligne : les vaisseaux de la Marine royale se classent en fonction de leurs ponts et de leurs canons. Les navires de classe Squale ne comptent qu’un pont pour soixante-quatorze canons. Les classes Orca possèdent deux ponts pour quatre-vingts canons. Le Solennel, unique représentant de la classe Colossus, dispose de trois ponts de cent dix-huit canons et d’assez de puissance de feu pour envoyer par le fond n’importe quel navire.

Extrait de l’Encyclopédie Royale

Ici c’est un tell assumé (l’article encyclopédique est censé exister pour de bon), mais ce tell est court, il amène de la richesse à l’univers… et on ne le retrouve pas en plein milieu d’une bataille. Bien sûr, je suis loin d’être le seul à insérer du background au début d’un chapitre, Franck Herbert, Robin Hobb et Bernard Werber ne m’ont pas attendu pour procéder ainsi**.

En résumé, le show don’t tell est un continent si vaste qu’il faudrait plusieurs vies pour l’explorer. Pour des scènes dans lesquelles il y a de l’action, du suspens, ou de l’émotion, je pense que le tell est à proscrire, mais ce n’est que mon avis. D’autres auteurs auront une opinion différente, y compris sur Cocyclics : si vous écrivez de la SFFF*, je vous recommande d’aller faire un tour sur ce forum d’écriture qui a changé ma vie.

En guise de conclusion, puisqu’on parlait de Franck Herbert, je vous laisse avec un prologue extrêmement tell… mais que j’adore, celui du Dune de David Lynch.

 

* Science-Fiction Fantasy Fantastique

** Loin de moi l’idée de me comparer à ces illustres auteurs, hein !

Published in: on mars 10, 2017 at 10:25  Comments (21)  

Logan

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Dans un futur proche, un certain Logan, épuisé, s’occupe de Charles Xavier dans un lieu gardé secret, à la frontière Mexicaine. Les tentatives de Logan pour se retrancher du monde et rompre avec son passé vont échouer lorsqu’une jeune mutante traquée va se retrouver soudainement face à lui…

Après le désastreux X-Men Apocalypse, nombreux étaient les fans qui attendaient ce Logan au tournant. Il faut dire que sur le papier, le film avait tout pour séduire : une interdiction aux moins de 12 ans, et surtout un Hugh Jackman de plus en plus charismatique à mesure que les années passent… La bande-annonce pouvait laisser présager un scénario basique, en réalité il s’agit d’une relecture salutaire du mythe. À la façon de Christopher Nolan pour sa trilogie Batman, James Mangold filme un Wolverine réaliste au possible, dans une mise en abyme savoureuse : Logan peste lorsqu’il découvre les fadaises racontées dans les comics X-Men ! Héros crépusculaire qui n’est pas sans rappeler le Clint Eastwood d’Impitoyable, Hugh Jackman livre une performance d’acteur qui restera dans les annales, grâce à une interprétation bouleversante de son personnage, un écorché vif qui arrive à un tournant de sa vie.

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Il est aidé par un Patrick Stewart émouvant, sans oublier la jeune Dafne Keen qui vole presque la vedette à ses partenaires. Pessimiste comme un western des années 70, Logan est bien plus sombre que les derniers volets de la série. Il n’est guère question de sauver le monde, celui-ci est déjà corrompu par les multinationales qui se livrent à d’affreuses manipulations génétiques dont les OGM ne constituent que la surface de l’iceberg. On n’en saura pas plus sur ce qui est arrivé aux X-Men, et c’est tant mieux : James Mangold se concentre avec justesse sur la fin d’une histoire tragique commencée 17 ans plus tôt. Impossible de ne pas être ému aux larmes quand on sait que c’est la dernière fois qu’Hugh Jackman met les griffes… Logan est, avec les deux premiers X-Men, l’un des meilleurs épisodes de la série.

 

Published in: on mars 7, 2017 at 7:02  Comments (15)  
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Show don’t tell or should I go (1/2)

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Ces dernières semaines je me suis fait un peu plus rare sur le blog, mais c’était pour la bonne cause : j’ai avancé sur le tome 1 de ma nouvelle trilogie et dépassé le cap des 50.000 signes, ce qui correspond, en nombre de pages, à une grosse nouvelle. Cela peut paraître peu, alors qu’au début de l’année dernière je pouvais écrire 500.000 signes en quelques mois. Aujourd’hui, le processus est plus long, car je donne des biberons pense être plus exigeant sur un aspect fondamental du texte : le show don’t tell, un anglicisme qu’on pourrait traduire par « ne le dis pas, montre-le ! ».

Le show don’t tell est essentiel, il évite qu’un récit ne soit trop statique, trop « raconté » (tell). J’ai découvert cette technique en 2011 sur mon forum d’écriture, Cocyclics, et depuis ce jour béni, ce procédé m’a permis d’amener plus de vie dans mes histoires. Parfois je rêve d’emprunter une machine à remonter le temps pour dire à mon moi du passé « arrête d’écrire comme ça ! ».

Pour vous prouver les bienfaits du show don’t tell,  voici le début de mon premier roman…  dans sa version pourrie 2010, répétitions incluses. Soyez indulgents sans pitié ! Écrire, c’est aussi savoir encaisser les critiques, l’ego doit être mis de côté. Alors essayons de bêta-lire tout ça sans rigoler sommairement (soupir) :

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L’orage tropical s’en alla de Port Guilache, petite ville aux vieilles maisons en bois. La cité portuaire avait été bâtie à même la falaise. L’Homme avait dû creuser dans la roche pour élaborer un véritable labyrinthe de ruelles étroites et escarpées. Ce dédale urbain contrastait avec ses grands quais spacieux qui accueillaient de nombreux bateaux. Comme la tempête n’était plus qu’un mauvais souvenir, le gouverneur ordonna de faire coulisser la gigantesque muraille protégeant la rade. Aussitôt, une centaine d’esclaves enchaînés à une grande roue se mirent en branle sous les coups de fouet. Au bout de quelques instants, un antique mécanisme anima lentement la colossale enceinte.
Alors que les mouettes chantaient le retour du beau temps, on entendait en ville une autre musique, moins agréable. Dans l’unique maison de passe des environs, les mousquetaires du roi, ivres morts, chantaient des chansons paillardes sans que personne y trouvâ à redire.
Le roi Mange-Sang, monarque de Saviola, gouvernait d’une main de fer les Mers Turquoises comme ses ancêtres auparavant, aussi avait-on tout intérêt à ne pas contrarier ses soudards.
Hormis les soldats qui beuglaient depuis les chambres des filles de joie, la clientèle était pour le moins réduite.
Au rez-de-chaussée du bordel, vers le fond de la salle, un vieux borgne était vautré sur une table. Non loin de lui, une prostituée balayait. Derrière le comptoir, un homme chauve à la grosse bedaine astiquait le bois du bar. Une vilaine cicatrice à la gorge lui donnait un air patibulaire. À côté, deux vieillards édentés se trouvaient assis autour d’une table. Ils venaient de finir une partie de Royauté, le jeu le plus populaire de la région. À cette époque de la saison, jouer aux cartes permettait d’oublier la chaleur tropicale et l’inévitable transpiration qui collait à la peau… Au moment où le vainqueur ramassait ses gains, un mousquetaire éméché quitta l’une des chambres du premier étage. L’ivrogne descendait l’escalier tout en se grattant l’entrejambe.

—Eh bien, murmura l’un des joueurs, il y a toujours plus de soldats…
—Je ne te le fais pas dire, chuchota son compère, en s’essuyant la morve du nez. Des fois, j’me dis que j’aurais mieux fait de crever dans ma jeunesse comme un vrai pirate, plutôt que de voir les hommes du roi agir en toute impunité !
—Ça c’est bien vrai, p’t’être qu’à cause de nous il y avait plus de massacres et de batailles, mais au moins il y avait pas cette dictature et le monde était plus sauvage, affirma l’ancien en toussant. Et puis en cas de guerre on était l’ultime rempart contre l’Empire Pourpre d’Orient, même si au fond personne ne croyait qu’il existait… Le Monde change, que veux-tu…
Un courant d’air vint interrompre le vieil homme. La porte d’entrée s’était ouverte brutalement. La fumée ambiante laissait à présent deviner deux silhouettes imposantes. L’un des nouveaux venus était un grand brun aux yeux noirs portant une boucle d’oreille. La forte carrure devait avoir la cinquantaine, mais son physique massif ne pouvait dissimuler un ventre rebondi, séquelle de longues années de beuveries. Une cape jaune fixée sur ses épaules cachait si bien son bras gauche qu’on se demandait si le bougre en possédait encore un. Sur son épaule droite on remarquait une petite grenouille verte portant un collier relié à une lanière de cuir. L’homme s’efforçait de sourire, mais son visage n’exprimait qu’une sorte de rictus désespéré. Un improbable costume pourpre dépareillé fixé avec des bretelles achevait de donner au personnage un air solennel grotesque. L’autre individu était de race K’zarssse. Il s’agissait d’un homme-iguane d’environ deux mètres de haut, vêtu d’une simple ficelle qui laissait apparaître un corps verdâtre impressionnant. Ses yeux rouges, dénués d’émotions, scrutaient la salle. Les muscles saillants recouverts d’écailles arboraient de nombreuses cicatrices, ainsi que des tatouages tribaux. Un long appendice caudal, toujours en mouvement, menaçait de frapper à tout moment un éventuel adversaire. La gueule laissait apparaître des crocs longs comme des couteaux. Une crête multicolore hérissée sur le crâne s’étendait tout le long du dos, à la manière d’autres reptiles. L’homme-lézard portait une besace en cuir et ne semblait pas détenir d’armes. Ses cent vingt kilos de muscles exempts de graisse y  étaient sûrement pour quelque chose… Certains clients du bordel regardèrent ce nouveau venu avec hostilité, car comme la plupart de ces reptiles étaient réduits en esclavage, les humains éprouvaient un mélange de crainte et de haine envers ceux qui avaient eu la chance de s’affranchir… ou de fuir.

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Mais qu’est-ce que c’est que ce truc ?

Comment dire… Comme vous pouvez le constater, c’est mal écrit. Fort heureusement, mon éditeur n’a jamais lu ce chapitre 1 qui m’aurait grillé direct, c’est une certitude. On dit qu’il n’est jamais simple d’accrocher le lecteur dès les premières lignes, et je dois bien avouer que ce damné chapitre m’a enquiquiné pendant longtemps. Ce passage, c’est tout ce qu’il ne faut pas faire sur un bouquin. Premier problème : le point de vue omniscient. Je commence le roman en décrivant la ville, qui plus est en m’adressant aux lecteurs ! On est pas du tout du point de vue d’un personnage, c’est très détaché, on n’est pas impliqué émotionnellement… difficile de rentrer dans l’histoire. La narration est vraiment à revoir. À un moment donné je précise que :

Hormis les soldats qui beuglaient depuis les chambres des filles de joie, la clientèle était pour le moins réduite.

C’est ce que j’appelle le syndrome du démineur, le fait d’expliquer ce qui va se produire. Du coup, on gâche la surprise. De plus, au lieu de raconter qu’on entend des chansons, il vaut mieux que le lecteur découvre tout seul les paroles, c’est d’ailleurs ce qui fait tout le charme d’un livre tel que la Communauté de l’Anneau. Dans le même ordre d’idée :

les humains éprouvaient un mélange de crainte et de haine envers ceux qui avaient eu la chance de s’affranchir.

Expliquer que X « ressent de la crainte » revient à dire aux lecteurs « bon, ben là vous êtes censé avoir peur également, hein, je compte sur vous les gars ! ». Ça ne marche pas, et pour cause : au mieux on est désolé qu’il existe dans cet univers des tensions raciales, mais l’empathie s’arrête là. C’est normal, si l’auteur affirme qu’un individu éprouve une émotion aussi forte que la haine, je lui réponds systématiquement « c’est toi qui le dis, prouve-le ! ». Je ne le crois pas sur parole, j’ai besoin de sentir la peur émaner d’un personnage poursuivi par une créature, de me retrouver à sa place, au point d’avoir la trouille de tourner la page.

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Le second problème avec ce vieil extrait pourri des pirates, c’est la description affreusement statique des personnages, ce que j’appelle le syndrome du comptable.

Il s’agissait d’un homme-iguane d’environ deux mètres de haut.

Et pourquoi pas deux mètres dix ? Deux mètres cinquante ? Ou un mètre quatre-vingt-dix-neuf, tiens ? À ce stade du récit, le lecteur n’en a rien à secouer ! Il veut juste ressentir la tension de la scène. Le noyer sous des informations inutiles, c’est le meilleur moyen de le faire décrocher.

Ma version 2015 est différente. Non seulement l’histoire commence avec un nouveau chapitre un, mais en plus j’utilise le point de vue interne de mon héros, Caboche, qu’on découvre lors d’une scène dramatique.

 — Caboche ! Tu ne pourras pas te cacher longtemps, sale petit voleur !
Recroquevillé dans sa cape noire, l’adolescent observait deux hommes de la milice urbaine patrouiller dans la rue boueuse. Une pluie de pollens blanchâtres s’abattait sur ses longs cheveux blonds, mais il demeurait immobile, accroupi derrière la roue d’un chariot.
— Caboche ! Si tu ne veux pas crever comme ta traînée de mère, tu as intérêt à revenir à l’orphelinat, crois-moi !
Les yeux embués par des larmes de rage, le fugitif serra très fort la garde de sa pistorapière. Il sortit avec lenteur la lame de sa cape, enclencha le chien, avant de pointer l’arme vers le milicien cagoulé. Il revoyait sa mère étendue sur le sol, morte pour un crime qu’elle n’avait pas commis. Son doigt tremblait sur la détente. Il suffisait d’exercer une simple pression et son honneur serait lavé.
— Aucune trace de lui, grommela un milicien. Allons-nous-en.
Lorsque le dernier homme disparut de sa vue, l’orphelin dissimula sous sa cape l’arme qu’il avait volée. Les jambes flageolantes, il se redressa pour s’appuyer sur le mur d’une vieille bâtisse et respira à nouveau. Le monde tournait autour de lui. Il ferma un instant les yeux, pris de nausées. Son cœur martelait sa poitrine. Alors que ses poursuivants s’éloignaient dans la rue crasseuse de Port Guilache, Caboche se demandait pourquoi il n’avait pas tiré. Avait-il agi par ruse, ou bien par lâcheté ? Cela ne servait à rien de se torturer de la sorte. Il n’avait qu’une balle, et même s’il avait réussi à tuer cette ordure, il aurait fini pendu au bout d’une corde.
D’un revers de la main, il essuya ses larmes. Il repensa aux ultimes paroles de sa mère, quatre mots qui l’avaient fait tenir durant toutes ces années d’orphelinat militaire, jusqu’à son évasion la semaine précédente.
« Ton père est vivant. »
(…)

Comme vous pouvez le constater, il n’est plus question de décrire la ville de façon omnisciente genre :

Alors que les mouettes chantaient le retour du beau temps, on entendait en ville une autre musique, moins agréable. 

L’univers reste pourtant extrêmement important, mais c’est désormais un personnage discret, placé en toile de fond, qu’on va découvrir progressivement. L’accent est mis sur le héros et l’émotion grâce au point de vue interne. Dans une histoire, le lecteur doit, bien sûr, s’identifier avec le protagoniste principal , mais aussi comprendre le plus rapidement possible quel est l’enjeu. Ici, on sait dès les premières lignes que mon orphelin en cavale doit retrouver la trace de son père, ce qui génère de la tension. Du coup,  j’ai été contraint de recycler la scène pourrie du bar et la décaler dans le chapitre 2. Dans ce dernier petit extrait, Caboche discute avec un vieil aveugle appelé Mauvaise Pioche.

(…)
— Caboche ! appela Mauvaise Pioche. Dis-moi ce qui se passe ?
L’orphelin balaya de la main un nuage de fumée. Il fronça les sourcils. Ces gens bizarres… il les connaissait.
— Je ne sais pas d’où ils viennent, mais ils ne sont sûrement pas d’ici. Il y a un gros brun barbu, dans les cinquante ans, avec un costume bleu marine de capitaine. Il cache si bien son bras gauche dans sa cape noire que c’est à se demander s’il en possède encore un. Il y a une… une… une petite grenouille verte perchée sur son épaule ! Elle a même un collier relié à une lanière en cuir.
— Et l’autre ?
— C’est un Kazarsse, chuchota l’adolescent tandis que les deux individus approchaient du bar.
— Quoi ? Un homme-iguane ? Qu’est-ce que tu racontes, les bars sont interdits aux esclaves.
— Il n’a pas de chaînes aux pieds, il est libre.
— Impossible !
Alors que Mauvaise Pioche poussait un juron, Caboche n’arrivait pas à détacher son regard du reptile. Il n’avait jamais vu un colosse pareil. La créature, qui n’avait pas une once de graisse, arborait une quantité impressionnante de cicatrices et de tatouages sur ses écailles. Comment avait-il pu échapper à l’esclavage ? Le Kazarsse portait en bandoulière sur son épaule une besace recouverte de poils. L’espace d’un instant, il réajusta la poche en cuir qui se balançait contre sa hanche. Caboche réalisa que la poche en question était en réalité un instrument de musique à clavier surmonté d’une bulle de verre remplie d’eau. Les yeux de l’adolescent s’illuminèrent. Un hydrodéon ! C’était la première fois qu’il en voyait un. Comment un gitan des mers pouvait-il jouer d’un tel instrument ? Et à qui l’avait-il volé ? Les marins d’une table voisine éclatèrent de rire, et l’un d’entre eux, un bagarreur édenté du nom de Relatif, prit la parole :
— Hé le musicien ! Avec mes amis on se demandait si tu savais danser la gigue ! Allez, danse pour nous !
L’homme s’apprêtait à se lever de son siège lorsque la queue du reptile claqua dans les airs tel un fouet. Le Kazarsse bardé de muscles regardait fixement le marin. Sa crête menaçante, hérissée sur son crâne, était de toutes les couleurs et s’étendait le long du dos.
— Un mâle adulte, murmura Caboche.
Relatif retourna s’asseoir, tout penaud. Ses compagnons se concentraient désormais sur leur partie de Royauté, comme si l’avenir du royaume en dépendait.
— C’est un esclave en fuite ? s’inquiéta Mauvaise Pioche.
— Je ne crois pas.
— Avec tes foutues réponses me voilà bien avancé ! (…)

Même si cette version 2015 est loin d’être parfaite, les descriptions sont moins statiques car elles viennent à la fois d’un dialogue, et du point de vue de l’orphelin.

Bien sûr, si je réécrivais toute cette séquence aujourd’hui, elle serait probablement meilleure, un texte est toujours perfectible. Un roman est comparable à un sondage politique, il n’est qu’une photographie de votre façon d’écrire à un instant T, rien de plus. Tant qu’il n’est pas publié, on peut toujours aller plus loin dans l’immersion, c’est même un impératif absolu si l’on veut accrocher le lecteur et, à plus forte raison, l’éditeur. La bonne nouvelle, c’est qu’il existe plein de techniques simples pour corriger le tir. Je reviendrai là-dessus la semaine prochaine.

Published in: on mars 3, 2017 at 10:05  Comments (35)