« D’où tirez-vous votre inspiration ? »

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Comme bien des auteurs, il ne se passe pas un salon sans qu’on me pose cette question qui m’a longtemps fait sourire. Il y a quelques années, j’ai écrit sur ce blog que l’inspiration n’était qu’un mythe, qu’elle s’entretenait à mesure qu’on restait plusieurs heures par jour à écrire derrière l’écran de son ordinateur.

En réalité, je pense désormais que c’est, disons, plus compliqué. Bien sûr, les réflexions qui vont suivre ne sont que des théories de ma part ! Mais il est bon de partir d’un cadre théorique pour, par la suite, parler de techniques artisanales efficaces. Oui, j’ose aborder un grand tabou de la littérature : pour moi, l’inspiration n’est qu’un outil comme un autre, qu’il est possible d’aiguiser, comme n’importe quel outil… mais qu’est-ce qu’on entend par « inspiration » ?

Dans notre société matérialiste, il est difficile de s’imaginer que jusqu’au XIXe siècle, les gens avaient une conception in spiritum de l’inspiration, avec des idées qui tombaient (au sens propre) du ciel, les artistes jouant le rôle de prophètes incompris en lien avec le divin.

Cette conception très ancienne a volé en éclats avec la naissance de l’art moderne, tant en littérature qu’en peinture, sculpture… Aujourd’hui il n’est plus question de sacraliser quoi que ce soit, l’art devenant « banal », et non issu d’une inspiration divine, pour le meilleur et pour le pire. Pablo Picasso n’a-t-il pas dit  » les bons artistes copient, les grands artistes volent » ?

Mais alors d’où vient l’inspiration ? Tout au long de ma vie, j’ai évolué en ce qui concerne cette question. Bien sûr, l’auteur est conditionné par ses lectures. À force de lire des livres il recycle, au moins inconsciemment, des idées… mais pour moi l’inspiration est bien plus subtile que cela. Quand j’étudiais l’Histoire à l’université, pendant un temps j’ai cru à la vision romantique de Platon, à un monde des Idées, invisible. J’imaginais une noosphère qui entourait la Terre, et le fait que les artistes dits « géniaux » étaient seulement des artistes un peu plus « connectés » que d’autres à ces idées qui flottaient dans l’atmosphère.

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Ce qui me confortait dans cette vision, c’est qu’une part non négligeable d’idées me viennent de rêves. C’est le cas d’un arc narratif d’un de mes romans, les Corsaires de l’Écosphère. Quasiment toute l’intrigue autour des loups de Leucédoine est issue d’un songe. Cela n’a rien d’exceptionnel, n’importe quel écrivain peut procéder ainsi, et certains scientifiques célèbres ont même fait des découvertes grâce à cet état de conscience modifié que tout le monde connait, mais qui est sous-exploité.

Il y a une technique pour se rappeler de ses rêves : dès le réveil, il suffit de les noter sur un carnet (pour ma part j’utilise mon smartphone). Au bout d’une semaine, le cerveau s’habitue à cette gymnastique et les songes deviennent de plus en plus clairs. À force de pratique régulière, il arrive qu’on se souvienne de plusieurs rêves effectués durant une même nuit. Il faut juste veiller à maintenir cette activité toute l’année. Une prise de notes irrégulière rend plus difficile ce phénomène de mémorisation, mais même après une coupure d’un mois, il suffit de quelques jours pour remettre son cerveau en condition.

Aujourd’hui, je ne crois plus à un monde des idées ou à une noosphère, car les rêves ne constituent pas ma seule source d’inspiration. En 2014 j’ai découvert la méditation, qui m’a apporté énormément de bienfaits dans mon quotidien, je l’avais d’ailleurs raconté dans mon article Hygiène de l’écrivain. Je médite tous les jours chez moi, mais également dans le temple bouddhiste que je fréquente une fois par semaine. À un moment donné, je me suis posé la question de savoir si la méditation ne constituait pas un frein à l’écriture : si le but ultime de la méditation est d’être heureux, en harmonie avec les autres, de se libérer des désirs, frustrations et autres souffrances, le risque n’est-il pas de ne plus avoir envie d’écrire ?

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En réalité, en ce qui me concerne, c’est exactement le contraire qui s’est produit, non sans une certaine ironie. En 2016, j’ai passé six mois de ma vie à écrire le synopsis très détaillé d’un roman historique fantastique… jusqu’au jour où je suis allé, comme tous les lundi soir, à mon temple tibétain. J’étais particulièrement serein lorsque soudain, en pleine méditation, des idées me sont venues. Là encore, cela n’a rien de surprenant. Grâce à la méditation, l’esprit est plus disposé à se reconnecter avec cette formidable source de créativité qu’est l’inspiration. De la même façon que vous supprimez des programmes inutiles qui tournent en tâche de fond sur votre ordinateur sans votre accord, des programmes qui consomment énormément de ressources, la méditation permet de se détacher des angoisses, colères et frustrations, et de prendre conscience du mal qu’elles nous font.

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Libéré de ces poids, votre esprit est bien plus à l’aise pour aller pêcher des idées… même si cela peut avoir de drôles de conséquences. Ce soir là, mes nouvelles idées n’avaient absolument rien à voir avec le synopsis sur lequel j’avais travaillé pendant six mois ! Mais j’étais tellement enthousiaste que dans le train retour, je n’ai pas eu d’autre choix que de les noter, et de passer une nuit blanche à écrire avant de partir sur un nouveau projet, j’en avais d’ailleurs parlé ici. Le phénomène s’est reproduit ultérieurement lors d’une méditation. Cette fois-ci, je n’ai pas lâché mon travail en cours, mais suite à cette session j’ai encore passé une nuit blanche, « contraint » de penser à de futurs projets de romans, ce qui fut aussi excitant qu’éreintant. Fort heureusement, par la suite je n’ai pas connu d’autres nuits blanches, mais il m’arrive de temps en temps « d’obtenir » pendant une méditation, des idées ou même des solutions à certains problèmes scénaristiques.

Ces expériences intimes m’ont laissé un temps songeur : est-ce que je n’étais pas en train de dévoyer ma pratique de la méditation pour en faire une activité futile, un tantinet égoïste ? En réalité c’était, là encore, une inquiétude sans fondement : la méditation permet de mieux se connaître. Grâce à elle, je renoue avec l’inspiration car à ce moment précis, je fais tout simplement la paix avec moi-même.

Si vous êtes en mal d’inspiration, procrastinateur, ou terrorisé par le syndrome de la page blanche, la méditation peut constituer un excellent outil, que vous soyez athée, agnostique ou croyant importe peu. De plus, il n’y a pas besoin de connaître la position du lotus ou de souffrir le martyr ! Il suffit de prendre dix minutes dans une journée. Des méditations de vingt ou trente minutes sont possibles, mais si on manque de temps il vaut mieux effectuer dix minutes tous les jours que de pratiquer occasionnellement. Il faut s’asseoir confortablement sur un coussin, les jambes croisées en tailleur, mais une chaise fera aussi bien l’affaire, le plus important étant de demeurer le dos droit, à l’aise, les yeux mi-clos. Les mains peuvent être unies comme sur la photo, ou bien posées sur les genoux. Il existe toutes sortes de position, le but étant de se concentrer sur un support. Ça peut être le mur en face de vous, ou bien votre propre respiration.

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Contrairement aux idées reçues, le but n’est pas de se retrouver dans un état second ou de supprimer les pensées (c’est impossible), mais de les observer, sans jugement. Que ces pensées et émotions soient angoissantes ou réjouissantes est secondaire, il n’y a pas de bonne ou de mauvaise méditation, l’essentiel étant de rester en retrait et de constater que notre esprit est perpétuellement assailli par un bruit de fond. « Il faut que je termine mon travail/J’ai faim/Untel m’agace/Est-ce que j’ai bien fermé la portière de la voiture ? ». Toutes ces pensées et émotions ne sont que des perturbations sans substance, des sortes d’hallucinations qui nous empêchent d’être dans le moment présent, car nous n’avons même pas conscience que nous obéissons en permanence à ces pulsions. Or, comme je l’avais évoqué dans cet article, écrire est un non-agir. Le fait de méditer quotidiennement vous permet de vous détacher peu à peu de ce bruit de fond, d’y accorder moins d’importance. Pour les personnes extrêmement occupées, il existe même une application gratuite très populaire sur smartphone, Petit Bambou, qui permet d’effectuer des méditations guidées de seulement dix minutes par jour, juste avec des écouteurs.

Après plusieurs années de pratique, on réalise doucement que dans l’absolu, il n’y a pas de différence entre la méditation et la non-méditation, et que chaque événement, même le plus douloureux, est potentiellement un enseignement. La plupart de nos souffrances viennent du fait que notre cerveau invente régulièrement des prophéties auto-réalisatrices (« je suis sûr que je vais encore passer une journée pourrie au boulot/vivement  les vacances à la mer, je vais bien m’amuser ») qui conditionnent notre perception de la réalité, en bien ou en mal. Entretenir une vision duale de la vie en voulant faire constamment, et à tout prix, deux activités en même temps est source de tensions… et ne sert qu’à provoquer des migraines ! C’est le fait d’être en paix à chaque instant de son existence qui nourrit l’inspiration, être vraiment dans l’instant présent, que ce soit en prenant le métro, ou même en lavant la vaisselle. Récemment, une amie universitaire m’a parlé d’une étude menée par des chercheurs japonais sur les balades en forêt, souvent sources d’inspiration pour les écrivains. Il semblerait que des hormones entrent directement en jeu dans le mécanisme de l’inspiration ! Une promenade contemplative aurait donc des effets comparables à la méditation, ce qui n’est pas vraiment une surprise. À l’époque de la Grèce antique, Aristote enseignait déjà à ses élèves la philosophie en marchant, ce qui explique pourquoi ces philosophes s’appelaient les péripatéticiens, ceux qui aiment marcher.

En vous parlant d’hormones, j’ai peut-être l’air de dresser un tableau idyllique digne d’un Bisounours…

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… mais même le stress, bien canalisé, peut être une source d’inspiration. Il m’est en effet arrivé plusieurs fois de me retrouver au pied du mur à cause d’une contrainte éditoriale, je devais écrire ou réécrire des passages de mon roman dans un laps de temps serré. La peur s’est transformée en excitation à mesure que j’allais au plus simple. Alors que j’avais été bloqué dans mon écriture, et que j’avais du mal à avancer, cette épreuve me permettait d’adopter une démarche zen en m’immergeant totalement dans le récit, comme si ma vie en dépendait. Au moment où j’écrivais, plus rien d’autre n’existait. « Cela fait trois semaines que ce chapitre compliqué te pose des problèmes ? Supprime-le et avance coûte que coûte » me suis-je dit à un moment donné, pensant à la fameuse maxime « derrière chaque crise une opportunité ». Aujourd’hui, alors que j’écris un premier jet, j’ai peu de contraintes éditoriales, mais ces expériences me servent encore lorsque je me retrouve de nouveau confronté à un problème que je juge a priori délicat. Je n’hésite plus à trancher au sabre un passage de mon texte, même si j’y suis attaché.

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Je n’entretiens plus de vision duale dans mon écriture  : les problèmes ne le sont que dans mon esprit. Si c’est confus pour moi, ça le sera aussi pour mon lecteur. Le tumulte sans fin du quotidien parasite notre créativité, quand nous ne nous sommes pas déchirés entre les contraintes professionnelles et nos responsabilités familiales, ou toutes sortes de dualités. Ce sont les tensions que nous créons qui provoquent le syndrome de la page blanche, et rien d’autre.

J’ai un jour eu une discussion à ce propos avec un éditeur. Il m’expliquait qu’entre vingt et trente ans, les auteurs ont tendance à moins écrire : ils sont absorbés par leurs études, vivent des expériences, puis finissent par trouver du travail, rencontrer quelqu’un et éventuellement fonder une famille. Vers trente – trente-cinq ans, les écrivains se stabilisent, reprennent le chemin de l’inspiration et de l’écriture.  Bien sûr, chaque cas est différent, mais je me reconnais énormément dans ce portrait, et je pense que certains amis s’y retrouveront aussi. Il y a deux grandes leçons à en tirer.

La première, c’est que l’inspiration vient en partie des expériences que nous vivons, bonnes ou mauvaises. L’imaginaire d’un auteur se réalise aussi sans écrire, car il a besoin de réel, de voyager, de vivre des moments heureux, des deuils… toutes ces expériences rendront ses romans meilleurs. A vingt-deux ans, je voulais écrire l’histoire d’un homme défiguré qui était amoureux. Ce personnage possédait une grande expérience de la vie, mais arrivé au tiers du roman, j’étais dans l’incapacité d’aller plus loin, car ce protagoniste principal était bien plus mature que moi.

La seconde leçon, c’est bien entendu le fait que pour être inspiré, un auteur a besoin d’un minimum de stabilité, tant matériel qu’émotionnelle. Besoin d’être heureux. Tous ces auteurs maudits morts dans la misère au XIXe siècle ne doivent pas occulter une réalité éloignée des clichés : un auteur bien dans sa peau est un meilleur écrivain. Ce n’est pas un Bisounours qui le dit, mais le maître de l’horreur lui-même. Dans Écriture, Mémoires d’un métier, Stephen King explique que

Écrire n’a rien à voir avec gagner de l’argent, devenir célèbre, draguer les filles ou se faire des amis. En fin de compte, écrire revient à enrichir la vie de ceux qui liront vos ouvrages, mais aussi à enrichir votre propre vie. C’est se tenir debout, aller mieux, surmonter les difficultés. Et faire en sorte qu’on soit heureux, d’accord ? Oui, faire qu’on soit heureux. Une partie de ce livre, trop longue peut-être, décrit comment j’ai appris cela. Une autre, plus importante, s’efforce d’expliquer comment on peut mieux le faire. Le reste, et peut-être la meilleure partie, est une autorisation en bonne et due forme : vous le pouvez, vous le devez et, si vous êtes assez courageux pour vous lancer, vous y arriverez. Écrire est magique, écrire est l’eau de la vie au même titre que n’importe quel art. L’eau est gratuite. Alors buvez. Buvez, buvez à satiété.

Chaque seconde d’existence est potentiellement source d’inspiration, à condition de savoir écouter les histoires qui sommeillent en nous.

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Published in: on septembre 22, 2017 at 9:34  Comments (7)  

Mother ! (attention, je décortique le film…)

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Une femme vit dans une maison avec son mari, un poète en manque d’inspiration. Le couple voit sa relation remise en question par l’arrivée d’invités imprévus, perturbant leur tranquillité.

Depuis 1997, Darren Aronofsky fait partie d’un cercle très fermé à Hollywood, celui des cinéastes qui écrivent la plupart de leurs scénarios, quitte à proposer des projets expérimentaux visionnaires. Après avoir signé un haletant thriller mathématique (Pi), un drame psychédélique (Requiem for a dream) puis un autre, mystique (The Fountain), Aronofsky s’est imposé comme l’un des réalisateurs les plus doués de sa génération. À la fin des années 2000 son talent a fini par être reconnu par le grand public, grâce à un dytique étonnant, un trait d’union entre le catch (The Wrestler, poignant) et la danse (Black Swan, sulfureux). Après un Noé bancal (je n’ai aimé que la première demi-heure), j’attendais avec hâte que Aronofsky renoue avec un cinéma plus intimiste. C’est le cas de Mother !, un film très risqué.

ATTENTION, JE RÉVÈLE TOUT

Grâce à une galerie d’acteurs sublimes, Aronofsky s’empare d’une intrigue simple (un artiste et sa femme reçoivent des inconnus) pour doucement basculer progressivement dans le surréalisme : pourquoi le personnage du poète se sent-il obligé d’accepter ces visiteurs indélicats ? Qu’est-ce que cette maison cache ? Pourquoi un cœur semble battre dans les fondations ? Avec un humour noir savoureux, le réalisateur s’amuse à brouiller les pistes, pour mieux déstabiliser le spectateur. De prime abord, ces deux personnages irréconciliables semblent être les deux forces qui animent l’Humanité, le yin et le yang, dans un cycle sans fin. La Femme souhaite donner la vie et aimer, quand l’Homme veut être dans l’action et dominer, pour le meilleur (la naissance d’un enfant) et le pire (l’Apocalypse). Seul le pardon permet la libération de la souffrance, à condition de lâcher prise sur le plan matériel (la maison).

Après quelques heures de réflexion, j’ai réalisé qu’en réalité, ce film est surtout une métaphore biblique d’une Mère-Nature vierge, jusqu’à ce que Dieu, artiste démiurge en proie à l’ennui, décide de créer l’Humanité afin d’être vénéré et ainsi retrouver l’inspiration. Le premier invité porte une blessure au niveau d’une côte… tout comme Adam. Dieu permet à sa femme de le rejoindre, une Eve vénéneuse et sensuelle, obsédée par l’atelier de l’artiste, et la connaissance contenue dans son diamant. En brisant ce diamant caché, le couple provoque la fureur de Dieu, qui condamne l’accès à ce jardin d’Eden. Les deux enfants du couple pénètrent alors dans la maison, avant que l’ainé ne tue son frère cadet, reproduisant le meurtre d’Abel par Caïn. La tâche de sang qui imprègne le plancher est le péché originel, qui disparaît au moment où Mère Nature se retrouve enceinte de Dieu : l’artiste a renoué avec l’inspiration et écrit son chef d’oeuvre, un texte émouvant destiné à être partagé avec le plus grand nombre, qui a valeur de testament. Malheureusement, ce bonheur n’a qu’un temps à mesure que l’Humanité entière envahit le logis de Mère Nature et idolâtre Dieu, sans même comprendre le message contenu dans son œuvre. Guerres de religion, pillages… La maison se transforme en un champ de bataille, un purgatoire dans lequel Mère Nature va connaître toutes les souffrances possibles et imaginables à mesure qu’elle s’éloigne de son mari, toujours prêt à pardonner à l’Humanité.

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Dieu n’hésitera pas à lui donner son fils conçu avec Mère Nature, mais le bébé innocent est sacrifié. Folle de douleur, Mère Nature incendie la maison dans une explosion apocalyptique, tuant au passage l’Humanité toute entière. Indemne, Dieu prend dans ses bras Mère Nature, mourante. Elle avoue n’avoir jamais cessé de l’aimer, malgré son égoïsme. Dieu lui arrache le coeur, et fabrique un nouveau diamant à partir des cendres de la maison, qui se répare. Dans le lit conjugal, une nouvelle Mère Nature apparaît…

Drame mystique, cosmique et même écologique, Mother ! risque de déconcerter plus d’un spectateur par sa radicalité, sa fin violente ainsi que sa dimension spirituelle. Ce film sera adoré ou détesté, parce qu’il s’agit d’un chef d’oeuvre sans concessions. Après un tiède été 2017 constellé de blockbusters décevants, la sincérité, le courage et l’audace d’Aronofsky n’en sont que plus respectables, pour ne pas dire admirables. Ce réalisateur est immense…

Published in: on septembre 20, 2017 at 9:59  Comments (5)  
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Ça

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Derry, octobre 1957. Sept gamins se regroupent au sein du « club des ratés ». Rejetés par leurs camarades, ils sont les cibles favorites des gros durs de l’école. Pendant ce temps, un clown assassine les enfants qui ont le malheur de croiser sa route. La police est incapable d’attraper le tueur qui se cache dans les égouts car, depuis toujours, Derry est en proie à une créature qui émerge des égouts tous les 27 ans pour se nourrir d’enfants. Bien décidés à rester soudés, les Ratés tentent de surmonter leurs peurs pour enrayer un nouveau cycle meurtrier. Un cycle qui a commencé un jour de pluie lorsqu’un petit garçon poursuivant son bateau en papier s’est retrouvé face au clown Grippe-Sou…

1991. L’année de mes 14 ans, rien ne va plus. Mon père est absent, je déménage et deviens le souffre-douleur du collège, jusqu’à me faire tabasser, tandis que mes résultats scolaires sont en chute libre. La seule chose qui m’intéresse, c’est m’évader dans des mondes imaginaires, et aller régulièrement au cinéma voir Terminator 2 : le Jugement Dernier, jusqu’à ce que le film ne soit plus à l’affiche.

Été 1991. En trainant dans une librairie, je découvre un roman dont la couverture du tome 1 me fascine. L’illustration est choquante, mais le trait du dessin est enfantin, comme s’il s’agissait d’un conte.

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Est-ce vraiment un récit d’horreur ? Comment peut-on évoquer l’assassinat d’un enfant ? Et qui est ce clown maléfique ? Une pulsion irrépressible me pousse à acheter le bouquin de cet écrivain dont tout le monde parle, un certain Stephen King. Dès les premières pages, mes craintes se confirment : il est bien question du meurtre d’un gosse, une scène absolument atroce, mais l’histoire ne se résume pas à ça. Il est aussi question d’une bande de jeunes mal dans leur peau, le club des ratés, des enfants à peine entrés dans l’adolescence qui vont nouer une solide amitié. Des personnages paumés qui me font furieusement penser à ce que je vis au quotidien à cette époque. Je ne le sais pas encore, mais j’ai mis le doigt dans un engrenage, et plus rien ne sera comme avant. Durant cet été de l’angoisse 1991, je dévore les trois volumineux livres de poche et flingue mes vacances, passant l’essentiel de mon temps à explorer avec le club des ratés les égouts humides et puants de Derry, et braver les Friches Mortes, la peur au ventre. C’est la première fois qu’un roman me procure une telle angoisse, et en même temps je ne veux pas abandonner ces amis imaginaires qui me font rire et que j’aime tant, j’ai l’impression de les connaître depuis toujours. Avec eux, je ne suis plus un adolescent solitaire, et je ne me sens plus rejeté. Avec eux, je comprends que mon adolescence n’est qu’un mauvais moment à passer. En arrivant aux dernières pages, je ne peux empêcher mes larmes de couler, sachant que je vais dire adieu aux personnages les plus attachants qu’il m’ait été donné de rencontrer. Au moment de refermer le dernier tome, j’ai la certitude que Ça est l’une des meilleures histoires que j’ai jamais lue, et ce pour de nombreuses raisons.

En décidant de prendre pour antagoniste un clown tueur de gosses, l’auteur du Fléau s’attaque à un tabou : la mort des enfants, mais sans jamais tomber dans la violence gratuite. Là où bon nombre de romanciers auraient imaginé un serial killer caricatural à une seule dimension, Stephen King fait preuve de subtilité avec un monstre qui se nourrit de la peur, autant dire l’un des méchants les plus terrifiants de l’Histoire de l’Imaginaire ! Et pourtant, Ça n’est pas seulement un grand roman d’épouvante, il s’agit également d’un grand roman tout court, bouleversant, grâce à de jeunes personnages profondément émouvants. Avec une infinie tendresse, King décrit des Goonies des années 50 qui évoluent dans une Amérique nostalgique qui n’existe plus. Cette Amérique n’est pas sans rappeler celle de la novella le Corps, un chef d’œuvre qui a inspiré au cinéma le cultissime Stand by me.

Sans jamais tomber dans le misérabilisme, l’auteur raconte dans Ça le quotidien de personnages confrontés au monde des adultes, les véritables monstres du récit. La fin de l’enfance ne serait-elle pas une thématique cathartique pour le King ? Probablement. Tout petit, le futur écrivain a vu un camarade se faire percuter par un train, alors qu’ils jouaient tous les deux près d’un chemin de fer. Il est revenu chez lui en état de choc, sans pouvoir prononcer un mot, et ce n’est que quelques jours plus tard que sa famille a fait le lien entre ce curieux comportement et l’accident mortel. Bien qu’il n’en garde pas un souvenir clair, cet épisode traumatisant se retrouve régulièrement dans l’œuvre de l’auteur, que ce soit avec la Tour Sombre, Cujo, la Tempête du siècle et naturellement le Corps. Dans Ça, la perte de l’innocence prend une place centrale dans un récit extrêmement ambitieux de par sa construction. On alterne entre les séquences flashbacks de 1957, et le « présent » qui se déroule en 1984, les enfants étant devenus 27 ans plus tard des adultes névrosés.

Roman aussi effrayant qu’émouvant, Ça fut adapté en 1990 sous la forme d’une mini-série en deux parties, de qualité inégale, intitulée « Il » est revenu.

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Si la mini-série était très respectueuse de la structure du livre en adoptant les flashbacks du récit, et portée par un Tim Curry terrifiant, chaque partie ne durait qu’1h36 pour une durée totale de 3h00, ce qui était insuffisant pour restituer fidèlement les nombreux événements de l’histoire.

C’est donc non sans une certaine angoisse à l’idée de revivre ce fameux été 1991 joie que je suis allé hier au cinéma, rassuré sur le fait que la nouvelle adaptation, dirigée par le talentueux réalisateur de Mama, allait bénéficier de deux films de plus longue durée et d’un plus gros budget. Exit les flashbacks, le premier chapitre est uniquement consacré à l’enfance des personnages. Autre choix adopté par le cinéaste, l’époque : l’arc narratif des enfants ne se déroule pas durant les années 50, mais pendant les années 80. Une idée que je trouve absolument géniale, car cette modernisation a le mérite de rendre le récit beaucoup plus immersif étant donné que les premiers lecteurs de Ça ont découvert le roman à la fin des années 80. Une troublante mise en abyme, mais qui ne tombe pas non plus dans l’outrance : pas besoin d’être fan des eighties pour apprécier ce film qui prend à la gorge dès les premières minutes, c’est peu de le dire. L’introduction m’a autant choqué que celle présente dans le livre.

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Une séquence très dure qui donne la nausée et n’est pas sans rappeler les films d’horreur des années 80, ainsi que la violence graphique du cinéma de Paul Verohen et David Cronenberg (Robocop, la Mouche). Je suis même étonné que le film n’ait pas été interdit aux moins de 16 ans ! Les collégiens présents dans la salle, bruyants avant la projection, sont devenus brusquement silencieux à partir de cette fameuse scène, et ne se sont plus manifestés jusqu’à la fin du film… De la même façon que les cinéphiles des années 60 avaient été choqués par l’iconique séquence des Oiseaux d’Alfred Hitchcock, puis traumatisés par la scène d’ouverture des Dents de la mer dans les années 70, je pense que l’introduction de Ça restera dans l’histoire du Cinéma, tant l’idée sous-jacente est forte : « attention, n’importe qui peut mourir ! ».

Passée cette séquence éprouvante pour les nerfs, on retrouve avec plaisir un casting à la hauteur de Stranger Things, auquel on s’attache immédiatement. Les acteurs sont tous excellents, mention spéciale aux jeunes interprètes de Richie, Beverly, et Georgie, étonnants de justesse. Le personnage du clown Grippe-Sou (« Ils flottent. En bas, nous flottons tous. Viens flotter avec nous ! ») est terrifiant, moins drôle que celui de la version de 1990, mais beaucoup plus dérangeant, on le sent vraiment se repaître de la peur… C’était finalement une bonne idée de ne pas engager Freddy Kruger pour ce rôle, et de le confier à un acteur moins connu.

L’émotion est au rendez-vous dans ce film qui restitue parfaitement la mélancolie du roman, et son atmosphère étouffante, avec des adultes à l’esprit embrumé par l’influence maléfique de Ça, inconscients de la gravité de la situation. Livrés à eux-mêmes, les adolescents n’ont pas d’autre choix que de se confronter à leurs pires craintes. Monstre protéïforme se réveillant tous les 27 ans, Ça va jouer avec leurs angoisses intimes, des angoisses qui resurgiront bien plus tard à l’âge adulte…

Bien que le long-métrage ne soit pas assez long pour restituer certaines scènes marquantes du livre (je pense notamment à l’oiseau gigantesque, ainsi qu’à la séquence du cinéma avec Bowers qui a son importance), ce premier film n’en demeure pas moins une réussite totale qui laisse présager du meilleur pour le prochain chapitre, il est en effet question de scènes coupées qui seront recyclées en flashbacks. Cette adaptation extrêmement complexe est un véritable tour de force qui n’est pas sans rappeler un autre exploit, l’adaptation cinématographique du Seigneur des Anneaux, longtemps réputée impossible à cause de la taille de la trilogie écrite par Tolkien.

Cerise sur le gâteau, Stephen King lui-même a vu deux fois Ça et l’a adoré… La boucle est bouclée.

Published in: on septembre 16, 2017 at 5:03  Comments (27)  

Coup de Tonnerre sur l’Imaginaire

Ce week-end, je me suis rendu pour la première fois en Bourgogne à Tonnerre, une ville qui possède un magnifique patrimoine : ce n’est pas tous les jours qu’on dédicace dans un hôpital du XIIIe siècle !

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Pour cette toute première édition, j’ai retrouvé avec grand plaisir mes camarades de l’imaginaire. Avec Mélanie Fazi, on a beaucoup échangé à propos de notre passion commune : Stephen King, actualité cinématographique oblige… c’est peu dire qu’on attend la sortie de « Ça » avec impatience ! J’ai failli partager ma chambre avec l’inénarrable Bruno Pochesci qui mériterait une place sur l’Escroc-Griffe tant sa vie est un roman.

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J’ai eu également eu le plaisir de retrouver certaines « voisines de Bragelonne », Céline Landressie et Jeanne Faivre Darcier, mais aussi les amis de l’Armada et mon ancienne collègue de travail Anne-Sophie Kindraich, qui, à l’époque, écrivait aussi de la fantasy sans que je le sache, alors qu’on enseignait dans le même bahut ! J’ai écouté pendant des heures le passionnant Olivier Deparis parler de cinéma, littérature et astrophysique, sa culture est impressionnante.

C’était également pour moi le moment de discuter pour la première fois avec Jérôme Baud, Morwen, Emmanuel Delporte et sa femme, Béatrice « valise » Ruffié Lacas, Françoise Grenier Droesch, Ruwan Aerts, Morgane Caussarieu, Sylvie Dolhabaratz Morales, SM Chevalier, Ménéas Marphil ou Stefan Platteau, pardon pour les personnes dont je n’ai pas réussi à retrouver les noms. Merci à Morwen et Jérome Baud de m’avoir invité à prendre une bière, Armada est vraiment une maison d’édition comme je les aime : un éditeur et des auteurs au diapason qui ne se prennent pas au sérieux. Pendant le salon, plusieurs auteurs ont émis l’idée d’écrire sous pseudo du « dino porn », mais je ne peux pas révéler les noms des personnes compromises dans ce sulfureux projet.

Il n’y en avait pas que pour la littérature : deux peintres japonais, Shoji Tanaka et Kaoru Koga, étaient venus présenter leurs toiles.

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Kaoru Kaoga est originaire de Kamakura, ville que je connais bien, ce fut l’occasion d’échanger près d’un cabinet des curiosités digne de Jules Verne.

 

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J’ai retrouvé les sympathiques Stayly Dompierre,  et Christophe Dougnac. Quelques instants plus tard, un inconnu débarque devant mon stand :
– Tu sais qui je suis ? me demande-t-il non sans une certaine assurance.
– Euh… non.
– Je suis le type qui a fait ta couv’.
Et c’est là que je réalise que je me retrouve en chair et en os devant Johann « Yoz » Bodin, quelle joie !

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Un moment émouvant dans la carrière d’un moyennement jeune auteur, car une couverture réussie importe beaucoup dans le succès d’un roman et Yoz m’a gâté à ce niveau. Cerise sur le gâteau, il est humble, et d’une grande gentillesse, ce qui est toujours appréciable quand on possède un talent tel que le sien, regardez ses sublimes illustrations :

 

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Il y avait tellement d’activités que j’ai loupé l’immanquable procession au flambeau, mais heureusement Mélanie a pris une belle photo (que je lui pique au passage, eh oui je suis comme ça)

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J’ai quand même eu la chance de visiter l’impressionnante Fosse Dione qui fut l’objet, durant l’Antiquité, d’un culte polythéiste (Dione viendrait de la déesse gauloise Divona, « divine »). À cette époque, la procession religieuse devait être fascinante, il faut vraiment que je m’achète rapidement une machine à remonter le temps, c’est trop frustrant.

 

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Puisqu’on parle d’Histoire, à la Fleur des Délices j’ai gouté  des gâteaux vieux de plusieurs siècles (façon de parler).

 

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Un grand merci à l’organisation, aux bénévoles et aux exposants qui nous ont enchantés avec des costumes, décors et spectacles tous plus féériques les uns que les autres. Merci aux lecteurs qui sont parfois venus de loin pour la dédicace, à Sylvie, Mon univers fantasy,  Rémi et les libraires de la librairie Plume et Images, et bien sûr merci à Oncle Bragelonne.

 

Published in: on septembre 13, 2017 at 1:47  Comments (14)  
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Nouvelles du front

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Alors que je passe un été très occupé, je trouve enfin un peu de temps pour le blog, ouf ! L’occasion pour moi de vous parler de mon quatrième roman. J’avance bien, l’écriture du premier jet est de plus en plus fluide et régulière, je m’amuse beaucoup. Lors d’une nuit blanche, plusieurs autres projets sont venus s’inviter dans mon cerveau bizarre qui n’en demandait pas tant, me voilà occupé pour les dix prochaines années ! En ce qui concerne le projet actuel, j’ai passé le cap des 125.000 signes. Cet automne, le premier jet en fera probablement 400.000, avant de prendre du poids pendant l’hiver les corrections.

Ensuite, il sera temps d’envoyer à quelques bêta-lecteurs la nouvelle version. Début 2018, je me lancerai à nouveau dans une série de travaux en fonction des coups de fouet aimables commentaires de mes bourreaux amis(es).

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Je rêve de donner le manuscrit à mon éditeur avant les prochaines Imaginales qui se tiendront en Mai. Je l’annonce sans langue de bois, j’aimerais être publié en 2019 afin de ne pas être oublié par mes lecteurs !

Dit ainsi, ça peut paraître ridicule ou égocentrique, mais comme de nombreux auteurs je suis confronté à un dilemme. D’un côté, l’idéal serait d’être publié tous les deux ans, mais de l’autre, je veux pouvoir être fier de chacun de mes enfants de papier. Pour moi, le pire serait de me dire « ce bouquin, je ne l’assume pas car il n’est pas abouti mais j’ai accepté qu’il soit publié car j’avais besoin d’une actualité éditoriale à tout prix ». C’est pour cette raison que je prends quand même mon temps*. 2019 serait l’année idéale, mais si ce n’est pas possible, tant pis, mon « livre en retard » n’en sera que meilleur. Enfin, j’espère !

* Oui, je suis l’homme qui annonce qu’il est en retard, ni vu ni connu j’t’embrouille.

 

Published in: on août 11, 2017 at 9:40  Comments (12)  
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Valérian et la cité des mille planètes

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J’ai toujours entretenu un rapport amour-haine avec le cinéma de Luc Besson. Si dans les années 80-90, j’ai visionné en boucle Subway, le Grand Bleu, Nikita et Léon, par la suite j’avoue avoir été de plus en plus déçu par ses autres œuvres : pour moi le Cinquième Élément était inégal, et Jeanne d’Arc franchement raté. Au cours des années 2000, je me suis peu à peu détaché de ce cinéaste, constatant que le producteur avait dévoré le réalisateur pétri de talent qu’il était autrefois. En 2013 j’ai quand même laissé sa chance à son Malavita, bien mal m’en a pris : je me souviens avoir quitté la salle au milieu de la projection. Ce ratage m’a ôté toute envie de voir Lucy…

C’est donc non sans une certaine crainte que je me suis rendu hier soir à l’avant-première de Valérian et la cité des mille planètes, surtout après que des journalistes américains aient descendu le film. Gosse, j’étais fan de la bande-dessinée de Pierre Christin et Jean-Claude Mézières, et je rêvais d’un long-métrage français à la hauteur de ce monument de l’imaginaire.

Valérian mérite-t-il ces critiques aussi négatives ? Pour moi, la réponse est clairement non. Les premières minutes sont, je pèse mes mots, absolument géniales avec notamment un passage jouissif : l’histoire délirante de la cité des mille planètes, suivie de la séquence poignante sur Mül. Le film de Luc Besson est un hommage vibrant à la culture space opera dans ce qu’elle a de plus exotique : là où Star Wars VII échouait à proposer de nouvelles races extraterrestres mémorables, quelle générosité dans Valérian ! Avec une maestria digne du premier volet des Gardiens de la Galaxie, le cinéaste français n’a de cesse de révéler des créatures toutes plus impressionnantes les unes des autres, que ce soit les fermiers Poulong ou les nombreux robots de la cité des mille planètes.

On a l’impression de découvrir un monde foisonnant de vie qui dépasse largement ce que l’on voit sur l’écran, un univers qui a fortement influencé George Lucas. Le Watto marchand de la Menace Fantôme rappelle les Shingouz… eux aussi commerçants, mais c’est loin d’être la seule analogie.

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Je le reconnais volontiers, le film n’est pas exempt de défauts : des dialogues banals, un scénario classique, deux héros pas très charismatiques… pourtant, je trouve le french bashing de certaines critiques américaines profondément injuste, surtout quand on se livre à une comparaison avec les sorties de cet été : il y a mille fois plus d’audace et de créativité dans Valérian que dans la suite des Gardiens de la Galaxie et la majorité des Marvel (même si j’ai aimé dernièrement Spiderman Homecoming). N’est-ce pas le comble du cynisme que de s’acharner sur une œuvre qui présente le mérite de ne pas être une suite, un remake ou une préquelle ? Si ce long-métrage peut sembler bizarre, c’est tout simplement parce qu’il nous sort de la zone de confort plutôt lisse imposée par Hollywood et Disney. Avec un ton décalé, parfois satirique, le réalisateur tourne en ridicule les consommateurs d’un supermarché virtuel qui rappelle furieusement Amazon. Véritable bad boy, Valérian n’hésite pas à tirer le premier avec un panache que n’aurait pas renié Han Solo dans Un nouvel Espoir. Il y a de la fraicheur dans cette aventure, mais aussi des vrais moments de cinéma : la séquence du night club dans laquelle on découvre une Rhyana hallucinante, la poursuite aquatique avec un Alain Chabat transformé en pirate…  Si la narration comporte des maladresses, le film est emprunt d’une telle sincérité que pour ma part je suis prêt à tout lui pardonner.

Au-delà du débat sur les qualités et les faiblesses de Valérian, c’est l’avenir même d’un cinéma de genre français à gros budget qui est conditionné par la réussite de ce long-métrage. Un échec au box-office condamnerait durablement d’autres productions de ce type, et conforterait les producteurs de l’hexagone dans leur volonté de ne financer que des comédies franchouillardes comme Bienvenue chez les ch’tis, Profs et autres films de Danny Boon/Kev Adams/Christian Clavier… Un blockbuster doit-il être forcément américain ? Comme pour Arès que j’avais chroniqué ici, je vous conseille de ne pas écouter les critiques négatives et de vous forger votre propre opinion à propos du space opera  » le plus magique et féérique que j’ai vu ces dernières années, une expérience inoubliable sur grand écran » . Ce n’est pas moi qui le dit, mais Peter Jackson lui-même…

Published in: on juillet 26, 2017 at 9:39  Comments (23)  

Les mouettes ont les pieds au sec

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Je suis désolé de ne pas avoir donné de nouvelles, mais depuis mon retour des Imaginales j’ai beaucoup écrit… quand je n’étais pas sur les routes. Quel plaisir de visiter la France ! Ce week-end, j’étais invité au Salon du Livre de Mer de Noirmoutier, ce qui m’a touché car il s’agit d’un festival de vrais marins. J’étais impressionné de rencontrer des aventuriers chevronnés tels que Sébastien Destremau, Georges Pernoud et Philippe Poupon. Je suis allé de surprises en surprises : Noirmoutier est une île si grande qu’elle regroupe plusieurs communes. Elle dispose depuis quelques années d’un pont, mais avec une altitude extrêmement peu élevée : oubliez les falaises de mes histoires de pirates ! Le port est tout aussi surprenant : un simple chenal, étroit, donnant sur l’Atlantique, bien éloigné des clichés des romans d’aventures du XIXe siècle.

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En se baladant dans les rues, on a le sentiment de découvrir une France hors du temps, authentique, avec ses maisons de pêcheurs pittoresques, son magnifique château, le marais salant derrière une digue, la chaussée Jacobsen, assaillie depuis plus deux siècles par l’océan.

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Les gens sont d’une grande hospitalité, simples et chaleureux, sans parler des auteures, aussi adorables que talentueuses : Violaine Desportes, l’enfant du pays qui participait à son premier salon et avec qui j’ai bien rigolé, Nathalie Minne et sa bonne humeur légendaire, Michèle Montmoulinex, marraine d’un rorqual (!) et bien sûr Marie Foucard, spécialiste de la Terre de Feu et de l’Antarctique, qui a navigué pendant 14 ans (en famille !) sur les mers glaciales du Sud…

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Autant dire que lors des repas ce fut un régal que d’écouter ces femmes et ces hommes parler de leurs aventures, employant des expressions improbables comme « les mouettes ont les pieds au sec » pour réclamer à boire… J’ai découvert quantité d’histoires incroyables, comme celle du père Jaouen qui emmenait sur son navire de jeunes délinquants et toxicomanes afin de les aider à se réinsérer dans la société. Ce fut l’occasion de réaliser, si je l’avais oublié, combien la vie en mer est difficile : sur un voilier, les livres pourrissent, les vêtements moisissent, et il faut constamment solutionner des problèmes techniques. En quittant un port pour retrouver l’océan sauvage, on est parfois rattrapé par la mélancolie, surtout lorsqu’on observe les lumières des maisons, autant de foyers douillets, s’éloigner dans la nuit glaciale…

J’ai moi-même quitté ce salon le coeur serré, avec l’impression de laisser derrière moi un monde à la fois familier et exotique, entre mythe et réalité. Un immense merci à Lydie, Gérard et les bénévoles pour leur accueil chaleureux, Bénédicte et Vincent, mes libraires dévoués du Trait d’Union, l’ami Daniel Pagés pour sa gentillesse, sans oublier Bragelonne. Hissez haut !

 

Published in: on juin 26, 2017 at 11:37  Comments (6)  
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Retour sur Terre

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Me voilà de retour après de merveilleuses Imaginales, et un coffre à souvenirs bien rempli.

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Même si je me fais régulièrement chambrer par mes amis pour mon naturel très (trop ?) enthousiaste, je crois que je resterai à jamais un fanboy, heureux de rencontrer ses idoles. À ce titre, j’ai été touché par la gentillesse de Christopher Priest, qui m’a salué par un tonitruant « Hi Jean-Sébastien » ! auquel j’ai répondu par un piteux « Aïe Christopher, eau ar iou  » ? À ma grande surprise, il se souvenait de moi, on avait parlé de l’adaptation du Prestige, que je vénère. Comme chaque année, j’ai apprécié la simplicité des écrivains anglo-saxons tels que James Morrow. J’ai notamment eu la chance de dîner avec Bradley P. Beaulieu, adorable, et Scott Lynch, très drôle, surtout quand il raconte dans la langue de Molière à Olivier Gay son désespoir de ne pas mieux parler le français.

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C’était bien sûr aussi l’occasion de rencontrer les frenchies, je dédicaçais, excusez du peu ! entre Fabien Cerutti et Jean-Laurent Del Socorro. Deux auteurs vraiment drôles, en plus d’être talentueux, c’était un vrai plaisir que de passer ces Imaginales avec eux. À un moment donné l’immense Jean-Luc Rivera m’a fait l’honneur de rejoindre mon stand, vantant les mérites de ma trilogie à des lecteurs impressionnés par cette véritable encyclopédie de l’Imaginaire…

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J’ai revu nombre d’anciens amis auteurs, impossible de tous les nommer, pardon pour les oublis ! Quel bonheur de retrouver Stéphane Pavanelli, Dominique Lémuri, André Woodcock, Thierry Fernandez, Marie Caillet, Bénédicte Coudière, Franck Dive, Laurent Genefort, Luce Basseterre, Héloïse de Ré, Michael Roch, Cécile Duquenne, G.D. Arthur, Sébastien Tissandier, Philippe Besancenet, Jean Vigne et sa moitié, Doris Facciolo, Stéphane Desienne, Olivier Saraja, Silène Edgar, Paul Beorn, Romain d’Huissier, Aude Cenga, Mathieu Rivero, Manon Fargeton, Andréa Deslacs, Alex Evans, Anne-Sophie Kindraich, Aurélie Wellenstein, Alehx, Christophe Nicolas, Jean-Claude Duynach, Olivier Sanfilippo, Cindy Van Wilder, Agnès Marot et Élodie Serano, quel plaisir que d’écouter Lise Syven me parler du fascinant univers de Saving Paradise, ou bien encore d’échanger avec la pétillante Méropée Malo, et le sage Régis Goddyn. Le soir était également un moment privilégié pour manger les frites de Pierre Pevel, merci à lui discuter avec mon éditeur, c’était passionnant d’apprendre tant de choses sur les coulisses de l’édition.

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J’ai d’ailleurs une anecdote assez incroyable à vous confier. En 2012, alors que je n’étais pas publié et que je venais pour la première fois à Epinal, je déjeunais avec Pierre Bordage, Vincent Jounieaux, mon amie Virginie et un jeune homme passionné de Fantasy, Victor. Je me souviens qu’avec Victor, nous avions beaucoup discuté, on se prenait à rêver d’une publication. Ironie du sort, le soir même, je passais avec succès le speed dating littéraire. Et voilà que vendredi dernier, un garçon au visage familier m’aborde.

– Eh ! C’est Victor, tu te rappelles de moi ?
– Victor ? Bien sûr ! On avait mangé avec Pierre Bordage.
– En fait je suis Victor Fleury, l’auteur de l‘Empire Électrique chez Bragelonne !

Imaginez ma stupéfaction ! Victor avait fini par se frotter lui aussi au speed dating littéraire. Qui aurait cru que cinq années plus tard nous serions tous les deux publiés chez Brage ? J’étais tellement heureux pour lui que je l’ai serré dans mes bras ! De la même façon, j’ai découvert qu’Arnaud Codeville était devenu un auto-publié à succès. Il a même gagné le concours des plumes francophones organisé par Amazon !

Vous l’aurez deviné, pour moi les Imaginales c’est ça, un festival plein de surprises, capable d’exaucer des rêves d’adolescent. Grâce à Épinal, j’ai eu la chance de bavarder avec Karim Berouka que j’écoutais religieusement au lycée à l’époque de Ludwig Von 88.

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J’ai retrouvé une autre idole de jeunesse, Bruno Bellamy, illustrateur du magazine culte Casus Belli.

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J’ai appris par Bénédicte Coudière que l’équipage du mythique Belem allait emporter un exemplaire des pirates de l’Escroc-Griffe !

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Et puis, il y a la magie des dédicaces. J’ai enfin pu avoir sur le stand ma trilogie complète, c’était donc l’occasion d’échanger avec d’anciens lecteurs qui ont lu la totalité de ma saga… quel soulagement de savoir qu’ils avaient aimé les trois tomes ! Un moment particulièrement émouvant, celui où Stéphane, un cosplayer, est venu à mon stand déguisé en « Patiente Vite », le chat pilote de zombies de mon tome 3 !

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J’ai été touché et honoré, de réaliser que mon histoire ne m’appartenait plus vraiment, c’est le plus beau cadeau que je pouvais recevoir de mes lecteurs.

Je termine ce long article en adressant un immense merci à mes compagnons de l’imaginaire qui ont eu la gentillesse d’être venu me faire coucou sur mon stand, pardon pour les oublis  : Lowëya, Panthera, Katia Lanero Zamora, Luani, Arcane, Capucine, Iliane, Mistigri, Sia d’Encres, Elyna, Ermina, @brome, Cindy Chaussette, Lilie Bagage, Gab Stael, Axelle C, Crazy, Célia Deiana, Caladhiel, Pénélope Chester, Florian Klein, Anaïs et Hadrien, Jonathan Alaëlle, Patrice Verry, Marianne Stern, Eva Reitzer, Lofarr… Vivement l’année prochaine !

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Published in: on Mai 23, 2017 at 6:53  Comments (19)  
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Imaginales en approche

Une fois de plus, je serai de jeudi à dimanche en dédicace aux Imaginales, l’événement incontournable en France pour tout fan de SFFF qui se respecte. Que vous soyez lecteurs ou auteurs, j’ai hâte de vous retrouver !

 

Published in: on Mai 16, 2017 at 11:11  Comments (2)  
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Les Futuriales

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Me voici de retour après une pause de deux semaines, la faute à la vraie vie, et à cette hystérie électorale qui me désole. Heureusement, il y a eu un festival pour prendre une bouffée d’air, les Futuriales.

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Un salon qui m’a permis de revoir les amis Bénédicte Taffin, Nadia Coste, G.D. Arthur, Laurent Genefort, Franck Dive, Damien Snyers, Romain d’Huissier et Anne-Sophie Kindraich, mais aussi de faire la connaissance de Ruperto Sanquer, une auteure géniale.

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J’ai rencontré de nouveaux lecteurs, et retrouvé des amis de longue date qui me manquent. Cerise sur le gâteau, Laurent a eu la gentillesse de m’offrir un de ses romans, Points Chauds.

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Sans surprise, c’est Latium qui a remporté le Prix Révélation des Futuriales, il va bien falloir que je lise un jour ce roman SF acclamé par la critique !

Published in: on Mai 5, 2017 at 9:53  Comments (1)  
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