Je suis invité à la Japan Expo !

Amis parisiens, je serai en dédicace à la Japan Expo pour la sortie du dernier tome de ma trilogie, les Corsaires de l’Écosphère !

Capture d’écran 2016-06-16 à 10.35.09.png

Inutile de vous dire que j’ai sauté de joie quand j’ai appris la nouvelle, car depuis des années je rêvais d’y aller. Plus qu’un salon, c’est un événement mondial qui, l’année dernière, a accueilli 240.000 visiteurs. Vous pourrez me retrouver avec d’autres auteurs Bragelonne sur le stand D158 dans le hall 5A lors de trois sessions de dédicace :

– Samedi 9 Juillet de 15h00 à 16h00
– Dimanche 10 Juillet de 10h00 à 11h00, puis de 14h00 à 15h00

Yatta !

couverturetome3

 

Published in: on juin 15, 2016 at 12:51  Comments (5)  

Créer un univers imaginaire

Comme vous le savez peut-être, avec Laurent Genefort j’ai participé lors du festival Nice-Fictions à une table ronde dont le thème était « Créateurs d’Univers « . C’est un sujet qui me passionne car pendant treize ans, j’ai développé le royaume des Mers Turquoise. Si vous avez envie de vous transformer en démiurge, voici quelques modestes conseils d’écriture, des réflexions qui n’engagent que moi. Ce sont plus des principes que des règles, et il est fort possible que vous ne soyez pas d’accord, les commentaires du blog sont prévus à cet effet 🙂

Règle numéro 1 : votre univers devrait avoir une légitimité

Pour moi, un univers devrait toujours faire preuve d’originalité. Je ne compte plus le nombre de fois où j’ai été frustré par un roman à l’intrigue prenante, mais qui se déroulait dans un royaume convenu peuplé d’Elfes et de Hobbits… Quel dommage ! Si vous n’êtes pas particulièrement passionné par le Moyen-Âge, pourquoi  choisir cette période surexploitée par la Fantasy et reprendre des créatures archiconnues ?

Si vous tenez impérativement à créer un univers médiéval fantastique classique, à mon sens il faut vous démarquer. Ainsi, la Compagnie Noire de Glen Coock raconte l’histoire d’une troupe de mercenaires aux ordres d’une sorcière qui asservit un royaume. On est dans un univers plutôt classique, mais « côté Mordor » !

compagnie noire

Dans une autre saga écrite par Stan Nicholls, les héros sont des orcs sympathiques inspirés d’amérindiens écolos luttant contre des colons humains. Orcs a donné une sacrée bouffée de fraicheur à la Fantasy des années 2000.

orcs

Elric, de Michael Moorcock, est un chétif nécromancien albinos obligé de prendre des drogues, la faute à un sang déficient. Anti-héros par excellence, il tue sa promise et ravage son royaume dès le tome 1, puis erre dans un monde où s’affrontent les dieux de la Loi et du Chaos.

Elic

Il y a des jours comme ça…

Dans ces trois oeuvres, l’univers heroic-fantasy est relativement conventionnel, mais comme vous l’avez deviné, c’est le point de vue du protagoniste principal qui, lui, est novateur (un soldat servant une force maléfique, des guerriers orcs attachants, un sorcier au destin tragique), un point de vue non-manichéen qui donne à chacun de ces mondes une légitimité.

Règle numéro 2 : chercher la cohérence à tout prix

Bon, je sais, c’est le gars qui a inventé un Monde-Fleur qui parle de cohérence… Vous avez parfaitement le droit de juger mon univers loufoque, il n’empêche que si les Kazarsses, mes hommes-iguanes, sont réduits en esclavage, c’est qu’il y a une bonne raison. Les habitants des Mers Turquoise ne sont pas particulièrement mauvais, en revanche ils ont été traumatisés par un cataclysme survenu deux mille ans auparavant. Bien sûr, l’Église de Brôm exploite habilement ce trauma pour contrôler la population et faire porter le chapeau (à tort ou à raison) aux Kazarsses. Vous vous en doutez, le liant entre l’Église de Brôm et les hommes-iguanes, c’est ce fameux cataclysme. Pour obtenir un univers cohérent, il faut impérativement des liens de cause à effet qui permettent de l’enrichir.

Dans Dune, le chef d’oeuvre de Franck Herbert, l’économie d’un empire galactique repose sur l’épice, une ressource exploitée sur Arrakis, une planète désertique, ce qui a des implications géopolitiques majeures qui constituent le coeur du livre.

Dune

Il est toujours intéressant de bâtir une économie en adéquation avec un environnement donné. Dans mon propre univers, lorsque les pétales du Monde-Fleur se ferment le soir, les astres deviennent invisibles. Certains marins, les lymphogateurs, sont obligés de boire une substance végétale rare, la lymphe, afin de se repérer dans la nuit. Ce liquide coûte donc extrêmement cher.

Il arrive qu’un univers ne soit pas très réaliste, mais qu’il possède une grande cohérence : c’est l’un des points forts des Annales du Disque-Monde et de H2G2, deux oeuvres dotées de géographies délicieusement absurdes.

Règle numéro 3 : la géographie devrait être au service du récit

Un « désert du désespoir » au sud, des « montagnes glacées » au nord, une forêt elfique, un royaume nain souterrain… Je caricature à peine tant ces clichés sont omniprésents dans les romans de fantasy. Bien sûr, ils ne sont pas interdits, mais là encore, je pense qu’il ne faut pas hésiter à détourner les codes. Dans la trilogie de l’Elfe Noire, R.A. Salvatore a la bonne idée de situer l’action sous les (ennuyeux) Royaumes Oubliés.

drizzt

Le héros, Drizzt Do’Urden, vit parmi ses compatriotes elfes noirs, des créatures cruelles qui n’ont jamais vu la lumière du jour et méprisent les êtres de la surface. L’histoire se déroule à Menzoberranzan, une gigantesque cité souterraine. On découvre une société matriarcale reposant sur l’esclavagisme, avec des personnages féminins sadiques inoubliables. Ironie du sort, Drizzt  est un être bon, et donc un paria aux yeux de son peuple. À l’époque, cette trilogie de l’univers de Donjons et Dragons a vraiment apporté quelque chose de nouveau à la Fantasy, de la noirceur mais aussi beaucoup d’humanité  et de l’exotisme.

Oui, je sais, dans les pirates de L’Escroc-Griffe il y a un cliché bien connu qu’on retrouve dans bon nombre d’univers maritimes : le Maelström1. Cependant, le tourbillon des Mers Turquoise a une légitimité puisqu’il est également considéré comme un dieu, et possède une importance centrale dans mon intrigue. Une fois encore, un cliché n’est pas un problème tant qu’on arrive à le détourner. Ce constat vaut aussi pour les êtres tout droit sortis de votre imagination.

Règle numéro 4 : peuples et créatures ont un rôle majeur dans votre univers

Pourquoi inventer des Elfes quand vous pouvez introduire d’autres créatures tout aussi intéressantes ? Si pour X raisons, vous tenez impérativement à créer des Elfes, pourquoi ne pas partir dans une autre direction ? C’est précisément ce qu’ont fait Timothy B. Brown et Troy Denning avec l’univers désespéré de Dark Sun. Ce jeu de rôle ADD2 a pour cadre Athas, une planète désertique ravagée par des guerres magiques.

dune trader

Pour info, le dieu Brôm des Mers Turquoises est un discret hommage à l’artiste Brom qui a illustré Dark Sun.

Dans une ambiance digne de Mad Max et de Gladiator, les Elfes sont devenus des pillards nomades. Ce qui reste de civilisation se développe essentiellement dans des cités-états où l’exercice de la magie est passible de la peine capitale. Les arènes sont le théâtre de combats de gladiateurs, et il n’est pas rare que des demi-géants affrontent des « Mules », hybrides d’Humains et de Nains. Les seuls êtres qui prospèrent dans le désert sont les Thri-Kreens, des créatures insectoïdes semblables à celles de District 9, qui n’ont besoin de boire que deux litres d’eau par semaine. L’eau… une ressource précieuse qui, parait-il, est disponible en grande quantités aux confins de cet enfer de sable : on raconte que par-delà les montagnes il existe des jungles, peuplées de Hobbits cannibales qui ne sont pas sans rappeler les enfants sauvages de Mad Max III. Autant dire qu’on est loin des archétypes de l’heroic-fantasy, avec une myriade d’idées toutes plus géniales les unes que les autres.

shark

« Sand Shark » de Ben Wooten

Les peuples qui habitent votre planète doivent vraiment apporter quelque chose au récit. Dans mon univers, le fait qu’un homme-iguane fasse partie de l’équipage des pirates permet à mon jeune héros d’avoir un autre point de vue sur le monde qui l’entoure, et de bouleverser ses certitudes. On me demande parfois si ma tortue géante est un hommage au Annales du Disque-Monde de Terry Pratchett. En réalité, cette créature est un mythe aussi vieux que l’Humanité. Je crois que c’est surtout l’antique jeu vidéo Golden Axe qui a marqué mon enfance.

tortue2tortue1

Règle numéro 5 : l’étymologie tu chériras

C’est un principe qui découle directement des autres. 99% des auteurs (et j’en fais partie) n’ont pas le temps et la capacité de créer une langue comme le fit Tolkien, mais ce n’est pas une raison pour que vos peuples elfiques se nomment « les Lothloriens », « les Galadriels » ou « les Arwens ». En plus d’être originaux, les noms doivent respecter une logique. Qu’est-ce que j’ai pu râler devant le premier volet du Hobbit de Peter Jackson, quand Radagast appelle le hérisson « Sébastien » ! Ça ne sonne pas du tout « Terre du Milieu » et en plus je me suis fait chambrer par mes amis.

Sebastien

Bon, ok il est mignon, mais ce n’est pas une raison !

Dans mon univers, les surnoms sont omniprésents, et pas seulement chez les pirates. « Le surnom fait l’homme » dit un vieux proverbe des Mers Turquoise, ils sont liés à la réputation d’un personnage et peuvent donc évoluer au cours de sa vie. Seuls certains aristocrates ont le droit à un véritable nom. De manière générale, les noms propres ont une importance cruciale dans une histoire, ils favorisent l’immersion (je tiens à rappeler qu’en 1977, lorsque les traducteurs français se sont penchés sur Star Wars, Luke Skywalker a failli s’appeler Luc Marcheciel. Oui, Luc Marcheciel). Se creuser la tête pour trouver des mots originaux n’est jamais du temps perdu, et peut devenir un plaisir. De la même façon, créer des néologismes donne une âme à votre univers et vous entrainera dans des réflexions surprenantes qui elles-même amèneront de nouvelles idées. C’est ce qui m’est arrivé avec l’hydrodéon, un instrument de musique kazarsse dont je raconte la genèse ici. Être un démiurge, c’est aussi penser à la technologie de son univers.

Règle numéro 6 : science sans conscience n’est que ruine de l’âme

Une civilisation originale présente forcément un certain degré d’avancement technologique, qui peut être proche du néant si votre récit est de la préhistorique – fantasy (j’adore ce genre, pas vous ?) ou bien au contraire extrêmement développé et réaliste (en SF, la fameuse « hard science »). Le piège, c’est de choisir un domaine qu’on connait mal. Bien que je sois historien de formation, je dois vous avouer que ces dernières années, j’ai été tenté d’écrire de la SF réaliste. J’ai fait machine arrière car il me manquait des connaissances en astrophysique. Cela ne veut pas dire que je n’écrirai jamais de SF de ce type, mais je préfère attendre de maîtriser mon sujet que de pondre des énormités. Il n’y a rien de pire que des romans bourrés d’erreurs. Le space opera permet plus de souplesse (et encore…), mais ce n’est pas une raison pour que votre héros s’échappe d’un trou noir comme par magie et viole au passage les lois de la physique. Le maître-mot est « rigueur ». Cela s’applique également en ce qui concerne la culture de votre univers.

Règle numéro 7 : la religion, c’est sacré

La religion est un sujet ô combien complexe, parce qu’on a tendance à projeter notre propre culture sur un monde fictif, sans parler du fait qu’il y a énormément de religions différentes, de l’animisme au polythéisme en passant par le monothéisme, ou le monolatrisme… Difficile de faire original ! À défaut de proposer un système de pratiques et de croyances radicalement différent de ce qui existe sur Terre il faut, je crois, trouver celui qui est le plus approprié à votre civilisation. Tout jugement manichéen est à proscrire : lorsque les Carthaginois sacrifiaient leurs enfants au dieu Baal, ils pensaient le faire pour de bonnes raisons, et c’était probablement tout aussi vrai des Aztèques, Incas, ou Mayas. Même constat pour l’intégrisme. L’idée est profondément dérangeante, mais notre (triste) actualité nous montre tous les jours combien l’obscurantisme est banal. Un fondamentaliste ne se considère pas comme un monstre, et il n’y a pas de raison que ce soit différent dans un univers imaginaire. Spiritualité et religion ne sont pas synonymes. La question que vous devez vous poser, c’est « à quoi ressemble un sage dans votre monde ? » Il a forcément un certain recul sur les traditions, surtout s’il s’agit d’un ermite. Dans le même esprit, un personnage peut faire preuve d’une grande spiritualité sans pour autant être croyant, c’est le cas d’un philosophe. Tiens, d’ailleurs, il y a-t-il des courants philosophiques successifs dans l’histoire de votre monde ? Il peut être pertinent de s’intéresser au passé de votre univers.

Règle numéro 8 : il n’existe pas d’univers sans Histoire

Selon moi, il y a deux écueils à éviter. Le premier, c’est lorsque le lecteur a le sentiment que l’auteur n’a pas du tout pensé au passé de son monde, ça se sent très vite à la lecture. Exemple type, le texte laisse entendre que depuis des temps immémoriaux deux peuples se font la guerre. Si le lecteur a l’impression que la situation n’a guère évolué au cours des milliers d’années, cela peut donner à l’univers une facture « statique » peu enthousiasmante… et pas très crédible (c’est l’un des gros défauts de Star Wars VII, oui je sais, je tourne en boucle avec ce film et je vous saoule au fil des articles mais je n’arrive pas à me maîtriser, J.J. ABRAMS TU ME RENDS DINGUE).

Le second écueil, plus insidieux, est ce que j’appelle le syndrome du prologue. Imaginez qu’un livre commence ainsi :

Plusieurs siècles après la Grande Guerre des Sept Royaumes, le peuple Draï Uruk affronte les ténébreux Gyesis afin d’obtenir le trône d’ivoire. Mais personne ne se doute que, loin à l’Est, les tribus Kardaks rêvent d’une nouvelle alliance entre l’Empire du Crépuscule et la Horde Écarlate du Sud. C’est dans ce contexte de crise que l’armée ulyrienne du mythique général Alta Rin apparaît à la frontière du Nord. Le grand guerrier n’a qu’un objectif : vaincre les mystérieux Urtaxes.

Franchement, qu’est-ce qu’on en a à secouer ? Je ne sais même pas à quoi ressemble un Urtaxe, et je ne vois pas en quoi ce général Alta Rin est « mythique », qu’est-ce qui me le prouve ? Bon, je dois vous avouer que des années avant d’être publié chez Bragelonne, j’avais écrit un prologue de ce genre pour les pirates de L’Escroc-Griffe… Je me suis rendu compte que non seulement ce name droping tombait à plat, mais qu’en plus il cassait d’emblée la magie de l’univers. Au lieu d’évoquer « un contexte de crise » dans un prologue facultatif, pourquoi ne pas faire vivre cette tension au lecteur ? Précipitez-le d’emblée dans une scène de bataille aux côtés de votre mythique général Alta Rin ! Votre lecteur sera aux anges lorsqu’il découvrira que votre roman démarre in media res. Il épousera le point de vue (dramatique) du protagoniste principal, ressentira ses émotions et sera plongé au coeur de l’action. C’est ce qu’on appelle le show don’t tell (mais ceci est un autre débat). Tout ça pour dire que l’histoire de votre monde est fondamentale, car elle vous permet d’obtenir de l’authenticité.

Règle numéro 9 : l’authenticité tu chercheras

À mon sens, l’authenticité est plus importante que le réalisme d’un univers. Mon royaume a beau être imaginaire, et ses bateaux fantaisistes, il n’en demeure pas moins que la navigation sur les Mers Turquoises rappelle furieusement le XVIII-XIXe siècle. L’Escroc-Griffe est un brick-goélette équipé de gadgets, certes, mais en dehors de cette particularité il est crédible et navigue comme un voilier classique comme vous pouvez le constater sur ce schéma.

Capture d’écran 2016-05-18 à 23.26.47

 

Règle numéro 10 : fuir les modes

Je me souviens qu’avant d’être publié, il m’est arrivé de me demander s’il était bien raisonnable d’écrire une trilogie se déroulant sur un monde végétal… La réponse est « probablement pas », mais j’ai la naïveté de croire que l’originalité est toujours récompensée. Cela ne veut pas dire que vous ne devez pas prendre en compte les réserves de vos bêta-lecteurs lorsque vous leur annoncez avoir écrit un livre désopilant sur Adolf Hitler. Il est fort possible que ce bouquin soit consternant, mais quoi qu’il arrive, un minimum de prise de risques est nécessaire. Il n’y a rien de pire pour un écrivain que de suivre une mode, c’est la plus mauvaise des motivations. Après Twilight, un grand nombre de jeunes auteurs se sont lancés dans des histoires de vampires. Certains l’ont fait par amour du genre, et c’est respectable, mais d’autres ont procédé par opportunisme et/ou conformisme… jusqu’au moment où le triomphe de Hunger Games a relancé les dystopies, et qu’il s’est révélé plus difficile de faire publier une histoire de buveurs de sang. Aujourd’hui, le vampire est de nouveau un peu passé de mode. Tel un serpent de mer, il reviendra à nouveau en force dans les rayons des libraires, c’est une certitude, mais toujours est-il que personne ne peut anticiper les tendances des prochaines années, et c’est tant mieux. Quand Pirates des Caraïbes a été diffusé au cinéma en 2003, j’avais déjà commencé à écrire mon tome 1. J’étais enthousiaste à l’idée que les pirates soient de nouveau très populaires auprès du grand public, mais je ne pouvais prévoir que ma trilogie serait publiée bien après le dernier film de la saga… Au final, je n’ai pas eu l’opportunité de surfer sur la vague, mais cela n’a pas empêché mes pirates de trouver un éditeur et des lecteurs. Peu importe les tendances commerciales, du moment que vous restez intègre et que vous écrivez pour le plaisir. Cela dit, fuir les compromis ne vous empêche pas de déterminer quel est l’âge de votre lectorat potentiel, il est toujours crucial de savoir pour qui on écrit. Ainsi vous gagnerez un temps précieux lors des soumissions (et corrections) éditoriales, jusqu’au jour où vos lecteurs auront la chance de découvrir un tout nouvel univers… le vôtre !
stargate


1 J’utilise avec lâcheté cette discrète note de bas de page pour avouer que le Maelström n’est pas le seul cliché que j’utilise dans mes trois romans. Cela dit, si l’on dresse un bilan de ma trilogie, j’ose espérer que le ratio inventivité – clichés joue plutôt en ma faveur.
2 L’acronyme ADD fait référence à Advanced Donjons and Dragons, le mythique jeu de rôle des années 80-90

Published in: on juin 10, 2016 at 9:46  Comments (23)  

Mes Imaginales 2016 ou comment j’ai mangé les frites d’Anthony Ryan

IMG_5436.JPG

Je sais que je me répète, mais chaque année je vis des Imaginales incroyables.

Pourtant, à mon arrivée jeudi matin, tout commence mal : mes livres ne sont pas là, au grand dam de ma libraire ! Pas grave, j’en profite pour passer une excellente journée avec mon amie Dominique Lémuri, auteure d’un magnifique manuscrit SF qui va faire un malheur. Nous flânons dans un parc steampunk.

IMG_5440.JPG

IMG_5446.JPG

IMG_5445.JPG

Le soir, premier restaurant Bragelonne très sympa avec H. V. Gabriel, Mick Resnick, Marie Brennan et Anthony Ryan, l’auteur de Blood Song. Choqué, le dyonisiaque Pierre Pevel découvre mon plat végétarien et me demande pourquoi j’ai été puni.

Vendredi, c’est le grand jour, mes tomes 1 et 2 sont enfin dispos, pas moins de soixante livres imprimés la veille dans l’urgence, en attendant les quarante autres exemplaires, pour un total de cent ouvrages… une vraie histoire de science-fiction. À moins que ce ne soit du steampunk ?

IMG_5455.JPG

Pour la première fois dans ma (courte) carrière d’écrivain, je constate qu’un lecteur m’attend tôt le matin derrière le stand pour une dédicace, je suis bien sûr très touché ! À ma droite, j’ai le plaisir de retrouver Laurence Suhner qui me fait rêver avec ses (vraies) histoires de navigation sur des mers lointaines. À ma gauche, je fais la connaissance de mon voisin, G.D. Arthur, le talentueux auteur d’Eos, qui imite un camelot en train de vendre des barils de lessive. Le souci, c’est que je finis par parler comme lui, sans même m’en rendre compte. Dédicace oblige, nous essayons de nous maîtriser, mais il y en a toujours un pour sortir une énormité, ce qui provoque bien sûr des fou-rires interminables…

Le soir, j’apprends que des amis écrivains ont passé avec succès la redoutable épreuve du speed dating littéraire, on fête ça dignement au restaurant en réservant à Dominique un tonnerre d’applaudissements sous les yeux médusés des serveurs.

Samedi, grosse journée sous une chaleur de plomb, ce qui explique pourquoi nous sommes rouges et gonflés sur les photos (je vous vois venir mais non, ce n’est pas lié à l’alcool ingurgité la veille). L’ambiance est toujours plus folle :

IMG_5453IMG_5459IMG_5466

Je retrouve beaucoup d’amis,  ainsi que des lecteurs de l’année passée qui viennent cette fois pour mon tome 2, quel plaisir d’échanger avec eux ! Je réalise qu’Emma Cresp a eu la gentillesse de ramener (depuis Nice !) une peinture de la Belle Lili qu’elle m’offre (je vous promets que je suis resté sans voix).

 

J’observe une succube en pleine action :

Je discute un peu avec Boulet, qui est très sympa. Le soir, nouveau restaurant Bragelonne avec Kristen Britain et Mick Resnick. Mon voisin de table n’est autre qu’Anthony Ryan, au début très silencieux. Affamé (ma paternité me fait grossir, comme me l’a fait perfidement remarquer Isabelle Sauvage), je constate qu’Anthony n’a pas l’air de toucher à ses frites, placées sur sa seconde assiette. Après une courte hésitation et l’approbation discrète d’Anne-Lorraine, je me décide à lui poser la question fatidique (à lire avec un accent français à couper au couteau) :

– Anthony, you donte laïc your frenches fraïzes ? (D’un geste énergique, il me donne l’assiette)
– Help yourself.

Voilà.

Je sais, vous êtes en entrain de vous dire « quelle piètre image des auteurs français ce morfal donne-t-il », mais le courant passe bien et Anthony Ryan me fait rougir en affirmant qu’il est convaincu que ma trilogie sera un succès, ce qui est trop d’honneur pour le bébé auteur que je suis. À un moment donné, Kristen Britain me demande ce que signifie en anglais les Pirates de L’Escroc-Griffe, mais heureusement Stéphane Marsan vole à mon secours :  » The Pirates of the Crookes Claw » répond-t-il, à mesure que j’explique l’histoire de ce jeu de mots intraduisible.

La chaleur caniculaire a raison des romanciers anglo-saxons, la soirée se poursuit en petit comité avec Stéphane, Pierre Pevel et Patrice Girod, l’auteur de Générations Science-Fiction : de Flash Gordon à Matrix, qui nous raconte quantité d’anecdotes toutes plus passionnantes les unes que les autres, un régal.

avecPierre.jpg

Dimanche, un enseignant vient à mon stand pour m’apprendre que certains de ses élèves lisent les Pirates de L’Escroc-Griffe, grand moment d’émotion… Du coup, je lui offre plein de marque-pages estampillés Goowan.

Le soir, il est déjà temps de partir avec l’ami Brome (le vrai, hein, pas le dieu de mon roman). À l’heure de dresser un bilan des Imaginales 2016, je réalise qu’un an après la sortie des Terres Interdites, ma trilogie continue de vivre sa vie. Quel bonheur de savoir que tant de lecteurs étaient au rendez-vous pour le tome 2 ! Mais j’éprouve également une joie toute aussi grande à l’idée que pas mal de copains auteurs vont voir, d’ici un an ou deux, leurs rêves d’édition s’exaucer, sans parler de ceux qui ont été publiés ces derniers mois. Mon aventure éditoriale est définitivement une aventure collective. Quelle fierté d’appartenir à cette nouvelle vague d’écrivains et de dédicacer aux côtés de Paul Beorn, Nadia Coste, Cindy Van Wilder, Silène Edgar, Célia Flaux, Patricia Lesausse, Luce Basseterre, Aude Cenga et de tant d’autres romanciers… Le rêve ! Ça vaut bien un câlin…

IMG_2990.JPG

Published in: on juin 1, 2016 at 6:50  Comments (8)  
Tags:

Cap sur les Imaginales !

Même si c’est la quatrième fois que je viens à Epinal, ma joie demeure intacte ! Si vous souhaitez me rencontrer, je serai derrière mon stand de jeudi à dimanche, avec mes romans, ainsi que de nouveaux marque-pages aux couleurs des tome 2 et 3…

J’en profite pour vous faire découvrir ce cadeau de l’artiste Emmanuelle Cresp, qui m’a fait une magnifique surprise en illustrant un personnage important de L’Escroc-Griffe, la Belle Lili.

À très vite !

Belle Lili_hd

 

 

Published in: on Mai 25, 2016 at 8:01  Comments (8)  

Les Pirates à l’abordage de Neverland

La date fatidique du 22 juin approche, et les Corsaires de l’Écosphère ont déjà eu le droit à un premier article dans le magazine Neverland, heureux je suis ! Si vous regardez bien, en haut de la page, vous distinguerez  une partie de la somptueuse carte de l’ami Nicolas…

Capture d’écran 2016-05-18 à 14.05.46.png

Nice-Fictions 2016

IMG_5276.JPG

Me voici de retour après une belle édition de Nice-Fictions, dont l’invité d’honneur n’était autre que Laurent Genefort. Ce salon est toujours pour moi un peu spécial car j’ai grandi à Cannes et étudié l’Histoire à Nice, le festival était donc l’occasion de retrouver ma famille et mes amis.

Avec Laurent, j’ai participé vendredi au pied levé à une table ronde sur la création d’univers et je me suis régalé à écouter l’auteur d’Omale que j’ai lu… la veille, dans le train. Une oeuvre impressionnante, un roman qui ressemble presque à un manuel d’éthologie alien. Laurent expliquait qu’à force de travail, il finissait par penser comme ses créatures extra-terrestres, c’était passionnant. Plus tard, il m’a raconté son travail de scénariste de jeu vidéo sur From Dust avec son ami Eric Chahi, l’auteur du mythique Another World que j’ai terminé je ne sais combien de fois.

Les autres tables rondes étaient tout aussi stimulantes (les vidéos seront en ligne bientôt). J’ai été heureux de retrouver Olivier Sanfilippo qui connait mieux que personne les pirates japonais wako. Pendant toute la table ronde, j’ai hésité à lui demander s’il n’avait pas entendu parler d’un pirate appelé « Minute Soupe », mais je n’ai pas osé (et je le regrette).

royco.png

J’ai été interviewé par la sympathique équipe du Carnet Enchanté, avec qui j’ai passé un excellent moment.

20160423_131328.jpg20160425_102622

J’ai également rencontré pour la première fois en vrai mon illustratrice, Céline Lacomblez ! Pour l’occasion, nous avons poussé avec Nathalie Bagadey et Nicolas Pagès un terrifiant cri de guerre de batracien.

IMG_5269.JPG

Puisque je parle de Céline, je dois avouer que j’ai été impressionné par le talent des artistes que j’ai découvert : Vincent Laïk, mais aussi Emmanuelle Cresp.

Avec Emmanuelle Cresp

Avec Emmanuelle Cresp

Samedi soir, j’ai participé avec mes amis à une partie de jeu de rôle d’anthologie, et pas seulement pour le plaisir… mais j’aurai l’occasion de reparler de ce projet dans les années à venir, n’est-ce pas Aldo ? 😉

Dimanche, j’ai assisté, impuissant, à la défaite de mon ami Damien Gaudin dans une partie de baby-foot un peu… bizarre. Vous pouvez entendre à la fin tout mon désarroi.

Vous l’aurez compris, j’ai passé trois jours agréables. Cerise sur le gâteau, en reprenant le train dimanche soir, j’ai admiré un magnifique coucher de soleil… Ce fut un bref séjour, mais quel bonheur d’échanger avec toutes ces belles personnes !

IMG_5284.JPG

Published in: on avril 25, 2016 at 11:38  Comments (16)  

Tables rondes

Capture d’écran 2016-04-20 à 18.40.16.png

Je reviens brièvement donner quelques nouvelles ! J’étais absent, mais j’ai de bonnes excuses. Ces dernières semaines j’ai travaillé sur le Bon À Tirer de mon tome 3, déménagé (et hérité d’une connexion Internet erratique), mais je suis surtout devenu papa…

Pour les méridionaux, je serai présent à la seconde édition du salon Nice-Fictions ce week-end. Je participerai à deux tables rondes :

samedi 17h00 – « Pirates ! »
Ah, les joies de la piraterie ! Quitter la terre ferme et devenir des écumeurs des mers, n’est-ce pas, au fond, ce dont nous rêvons tous ? Partir à l’abordage des belles caravelles richement dotées, narguer des monarchies, rançonner des ports, explorer des îles inconnues, affronter les plus étranges des monstres marins et, après avoir amassé des tonnes d’or et tutoyé les confins du monde, finir sa course au Davy Jones’ Locker, le bar des abysses, pour trinquer avec les fantômes grimaçants des équipages perdus en haute mer. D’ailleurs, science-fiction et fantasy ne seraient-elles pas, au fond, une forme de piraterie littéraire, elles qui n’hésitent pas à défier sous l’étendard de l’audace tous les rois, tous les puissants ?
Modération : Léo Lallot

dimanche 10h30 – « Les nouveaux rivages de la littérature imaginaire en francophonie »
À chaque génération, l’imaginaire se réinvente. Il absorbe et transforme de nouvelles crises, de nouveaux rêves. Dans un monde plus complexe et plus incertain que jamais, la francophonie ne doit pas être envisagée comme une terre assiégée, mais, au contraire, comme l’un des plus beaux espaces de diversité. Qui sont les nouveaux auteurs qui, de Bruxelles à Paris, en passant par Montréal et Genève, nous proposent des rêves divergents sous la bannière d’une même langue ?
Modération : Chantal Robillard

À bientôt !

 

Published in: on avril 20, 2016 at 4:55  Comments (10)  

10 Cloverfield Lane (attention spoilers)

Je n’aime pas le cinéma de « Jar Jar » Abrams pour de nombreuses raisons. Je sais que ça peut surprendre : on parle quand même de l’auteur de Lost, une série qui possédait au début un potentiel incroyable, sans parler du fait que ce cinéaste, au même titre que Quentino Tarantino, Christopher Nolan et Martin Scorsese, est un défenseur de l’argentique, ce que je respecte. Alors pourquoi suis-je si sévère avec Abrams ?

D’une part, ce réalisateur n’a pas compris ce qui faisait l’âme de Star Wars et Star Trek, deux franchises mythiques extrêmement différentes, qu’il a massacrées pour des raisons similaires (rythme hystérique, fan service stérile, deus ex machina, facilités scénaristiques catastrophiques à la Lost, incohérences majeures, désintérêt pour des univers développés sur plusieurs décennies, humour lourdingue embarrassant, personnages caricaturaux et/ou ridicules, manque d’originalité…).

kilo renD’autre part, Abrams manque cruellement de personnalité. Il tente maladivement (à ce niveau c’est de la névrose) d’imiter Steven Spielberg comme le prouve Super Huit. C’est un film émouvant, je le reconnais, mais les références à E.T., aux Goonies, à Rencontres du troisième type et au Amblin des années 80 sont nombreuses. Abrams est plus un fan qu’un visionnaire.

Cela dit, j’adore Cloverfield, qu’il a produit en 2009, une oeuvre réalisée par son ami Drew Goddard, le réalisateur de l’excellent La Cabane dans les bois (et le scénariste du non moins excellent Seul sur Mars). Autant le dire, Abrams n’est jamais meilleur que lorsqu’il est cadré producteur, quand son obsession pour les scénarios à mystères est canalisée. Bien qu’imparfaite, la série Fringe en est la preuve éclatante.

Du coup, je ne savais pas trop quoi penser avant de visionner 10 Cloverfield Lane, je redoutais une suite/remake/reboot sans saveur dans la lignée de l’insipide Star Wars : le Réveil de la Farce.

Kilo Ren GIF.gif

Ah, ces ados…

Contre toute attente, 10 Cloverfield Lane est une excellente surprise, un huit clos magistral qui tient ses promesses. Cerise sur le gâteau, le film est littéralement porté par un trio d’acteurs génial : John Goodman bien sûr, mais aussi Mary Elizabeth Winstead qui crève l’écran façon Helen Ripley dans Alien, et l’étoile montante John Gallagher Jr.

mary.jpg

Film oppressant non dénué d’humour noir, 10 Cloverfield Lane est une oeuvre intelligente qui s’inscrit dans la lignée des films paranoïaques tels que Signes. Et Cloverfield dans tout ça ?  En fait, ce long-métrage se déroule dans le même univers, dixit J.J. Abrams lui-même. 10 Cloverfield Lane est moins une suite qu’un film « dans l’esprit » de Cloverfield (des personnages banals confrontés à une menace extraordinaire dans un milieu claustrophobique), même si son budget n’est que de… 5 millions de dollars. Paradoxalement, ce sont ces moyens réduits qui donnent tant de charme à ce film. Alors certes, J.J. Abrams se comporte une nouvelle fois en copy cat avec la séquence finale qui rappelle furieusement la Guerre des Mondes de – devinez qui ? – Steven Spielberg, mais on aurait tort de s’arrêter à cette faiblesse. Dans ce genre de film, la fin est toujours casse-gueule car il arrive que le spectateur n’obtienne pas de réponse satisfaisante à la question qu’il se pose : les événements qui se déroulent à l’écran sont-ils d’ordre surnaturel ? Ce n’est pas le cas ici. 10 Cloverfield Lane est vraiment la preuve qu’en matière de science-fiction, il y a une vie après les blockbusters sans âmes qu’on nous propose régulièrement au cinéma.

Published in: on avril 3, 2016 at 12:56  Comments (6)  
Tags:

Déshumanisation 3.0

On a beau répéter que les cyberpunks avaient raison, je suis toujours sidéré par le fait que la réalité dépasse la fiction. Vous vous rappelez de « 1984 », des films cauchemardesques de Terry Gilliam, de la série le Prisonnier ou du feu rouge parlant de Blade Runner ? Eh bien la dystopie fait désormais partie du quotidien de Mandelieu, avec des caméras qui interpellent des êtres humains. La preuve avec ce court reportage de TF1 qui semble amuser Jean-Pierre Pernaut.

Pour ceux qui en doutaient encore, on a franchi (depuis bien longtemps ?) une ligne rouge. Si vous ne l’avez pas vu, je vous conseille Red Road, un excellent film britannique qui tirait la sonnette d’alarme dès 2006.

redroad.png

Jackie travaille comme opératrice sur des caméras de surveillance. Chaque jour elle veille sur une petite partie du monde, en protégeant les personnes qui vivent leur vie sous ses yeux. Un jour un homme apparaît sur son moniteur, un homme qu’elle pensait ne jamais revoir, un homme qu’elle ne voulait jamais revoir. À présent elle n’a pas le choix, elle est obligée de se confronter à lui.

Bienvenue dans l’ère de la déshumanisation 3.0. Avec la nouvelle génération de drones, et le prétexte du terrorisme, les gouvernements du monde entier ont fait sauter un tabou , celui du flicage généralisé. Pourquoi être choqué par ce système de surveillance si vous n’avez rien à vous reprocher ? De fait, en partant du principe que nous sommes tous des délinquants potentiels, nous sommes tous suspects. C’est bien sûr un paradigme qu’il faut combattre à tout prix, quitte à employer les mêmes armes. En Turquie, un militant a utilisé un drone pour filmer les actions de la police lors de manifestations à Istanbul, jusqu’au moment où son engin été abattu en plein vol (voir la vidéo de l’article). Cette utilisation politique des drones n’est pas isolée, puisque des manifestants ont agi de manière similaire à Sao Polo, Bangkok ou Kiev.

La guerre de l’information prophétisée par la génération cyberpunk de William Gibson est devenue  réelle.

Matrix GIF.gif

En ce moment même, Obama mène un combat sans merci contre Apple pour obtenir le déchiffrement des iPhone, officiellement pour combattre le terrorisme et le crime.

Cette guerre de l’information n’est que le sommet de l’iceberg. Dans un billet passé relativement inaperçu, le vertigineux avenir des échanges exécutables, on apprend l’existence de la technologie Blockchain au coeur du projet Ethereum, un fantasme de web 3.0, dont on ne sait s’il relève de l’utopie… ou du cauchemar, en particulier pour les hackers.

hacker.jpg

Imaginez une architecture informatique totalement décentralisée avec des contrats automatisés de pair-à-pair encore plus sophistiqués que Bitcoin. Un monde où aucune manipulation n’est possible. Un nouvel Internet dans lequel on pourrait échanger de l’argent via un système économique transparent, configurable ; non censurable ; interopérable… Maintenant, qui décide quoi ? C’est la question soulevée dans l’article de Big Browser avec un exemple tout simple, je me permets de reproduire un extrait de l’article ici :

Imaginons une personne qui cherche un appartement à louer. Il dispose d’un identifiant numérique unique qui lui permet de souscrire à des contrats autonomes. Devant une porte d’appartement à louer, il interroge sur son téléphone son application, qui lui permet d’envoyer de l’argent en échange de l’ouverture de la porte connectée durant son temps de location. (…) La promesse de la blockchain est que les objets vont devenir pleinement autonomes et s’appartenir à eux-mêmes. Ils vont pouvoir exécuter du code : en échange d’argent (une forme de code), la porte libère son accès (via du code) pour être utilisée durant le temps autorisé. Pour Stéphane Tual, il n’y a plus besoin de tierce partie entre la porte de l’appartement à louer et le locataire potentiel. Airbnb n’a plus de raison d’être. Le système permet de louer directement son appartement à quelqu’un et on peut même imaginer louer un appartement en étant juste devant sa porte, s’il est disponible…

Si l’exemple est séduisant, il suppose bien sûr que tout se passe bien. Que l’appartement dans lequel vous entrez va être propre et en bon état, comme annoncé, par exemple. Quand on voit la difficulté des réclamations dans les systèmes de location centralisés comme Airbnb, on se dit tout de même que l’usager sera bien démuni dans un système décentralisé comme celui esquissé. A qui l’usager pourra-t-il faire une réclamation ? A la blockchain ? A la porte ?…

Comment ne pas penser à Ubik de Philip K Dick ? Dans ce classique de la S.F. que je suis en train de lire, l’auteur décrit (en 1969 !) une scène qui préfigure les échanges exécutables. Mention spéciale à ce passage dans lequel le héros se retrouve… enfermé chez lui.

La porte refusa de s’ouvrir et déclara :
— Cinq cents, s’il vous plaît.
À nouveau il chercha dans ses poches. Plus de pièces ; plus rien.
— Je vous paierai demain, dit-il à la porte. (Il essaya une fois de plus d’actionner le verrou, mais celui-ci demeura fermé.) Les pièces que je vous donne, continua-t-il, constituent un pourboire ; je ne suis pas obligé de vous payer.
— Je ne suis pas de cet avis, dit la porte. Regardez dans le contrat que vous avez signé en emménageant dans ce conapt.
Il trouva le contrat dans le tiroir de son bureau ; depuis que le document avait été établi, il avait eu besoin maintes et maintes fois de s’y référer. La porte avait raison ; le paiement pour son ouverture et sa fermeture faisait partie des charges et n’avait rien de facultatif.
— Vous avez pu voir que je ne me trompais pas, dit la porte avec une certaine suffisance.
Joe Chip sortit un couteau en acier inoxydable du tiroir à côté de l’évier ; il s’en munit et entreprit systématiquement de démonter le verrou de sa porte insatiable.
— Je vous poursuivrai en justice, dit la porte tandis que tombait la première vis.
— Je n’ai jamais été poursuivi en justice par une porte. Mais je ne pense pas que j’en mourrai.

Cet extrait a beau être drôle, on ne peut qu’être effrayé par l’automotisation forcenée imposée par les états et les entreprises, surtout quand elle est motivée par une logique de rentabilité. On parle souvent du risque de se retrouver avec des drones automatisés capables de massacrer des êtres humains, mais moins de la vie quotidienne avec ces bornes automatiques qui envahissent de plus en plus notre quotidien… et détruisent l’emploi. Dès que j’ai le choix, j’opte systématiquement pour un(e) caissier(ère) de chair et de sang, parce que c’est plus agréable, et aussi parce que je me sens solidaire de ces employés précaires. Si on continue à automatiser les tâches, que vont-ils devenir ? Je ne parle même pas de la vie dans les grandes villes tentaculaires, déjà extrêmement difficile pour nombre d’individus isolés comme les personnes âgées ou les immigrés qui viennent d’arriver. Ne sommes-nous pas en train de tuer les derniers liens sociaux qui nous unissent ? Comme l’a écrit William Gibson :

Toute technologie émergente échappe spontanément à tout contrôle et ses répercussions sont imprévisibles.

On vaut mieux que ça.

Published in: on mars 18, 2016 at 12:40  Comments (12)  

La librairie du futur existe enfin !

Il y a deux ans, je concluais cet article sur les ebooks en imaginant une impression à la demande d’objets-livres dans les décennies à venir. Depuis (une fois encore), la réalité a rattrapé la fiction bien plus rapidement que je n’osais l’espérer. D’abord aux Etats-Unis à partir de 2007 :

Et aujourd’hui en France (une première européenne), avec cet incroyable robot imprimeur, de la firme Xerox. La libraire des éditions PUF n’a désormais plus de stock ! Il faut entre trois et sept minutes pour que le dispositif fabrique un ouvrage, il suffit que le client choisisse parmi trois millions de titres disponibles… pour le même prix qu’un achat classique. Selon Xerox, l’Espresso peut imprimer 110 pages à la minute, et 840 livres par mois, mais il est recommandé de ne pas dépasser 10.000 unités par an (sûrement pour éviter que la machine ne vieillisse prématurément). La seule vraie contrainte est la taille du livre : à l’heure actuelle on ne peut dépasser 850 pages.

espresso

C’est une révolution centralisatrice sans précédent pour toute la chaîne de l’édition. Avec cette impression à la demande, cela signifie qu’il n’y a plus d’invendus et de mise au pilon, coûteuse pour l’éditeur. Au niveau écologique, le gaspillage est réduit au minimum. Il n’y a même plus besoin de distributeur, l’épineux problème des petites maisons d’édition. Les éditeurs vont pouvoir prendre plus de risques financiers et lancer davantage d’écrivains inconnus, comme à l’époque du pulp. Les ruptures de stock ne seront plus que de l’histoire ancienne, il sera toujours possible d’obtenir des livres introuvables, et même d’imprimer des auto-publiés qui disposent de peu de moyens.

C’est une extraordinaire bonne nouvelle pour les libraires qui subissent depuis une dizaine d’années la révolution numérique des liseuses et le règne d’Amazon. Ils ont l’opportunité d’être à l’avant-garde de la technologie, de réinventer leur métier. On peut imaginer une nouvelle façon d’acheter un bouquin. Lors d’une dédicace un client pourrait rester discuter avec un auteur, tandis que la machine imprimerait son roman. La librairie deviendrait un espace convivial humaniste, dans lequel les gens prendraient le temps d’échanger avec le libraire ou des clients, fureter dans les rayons, boire un verre, et pourquoi pas, se retrouver dans une nouvelle sociabilité qui tiendrait à la fois de la libraire et de la bibliothèque. C’est une nouvelle temporalité qui s’offre à nous.

Je termine par le plus extraordinaire. Je supposais que les livres imprimés de la sorte  étaient standardisés… ce qui n’est pas le cas, dixit Xerox : 11,4 x 14 centimètres, jusqu’à 21 x 26 centimètres. Visiblement, il suffirait juste de changer de réglage ! Est-ce que cela signifie que le libraire peut lancer une impression « Bragelonne » avec une couverture très colorée, puis ensuite sélectionner un format plus austère sans illustration de type Gallimard ? J’avoue que ça fait rêver…

Le seul vrai point noir pour moi, c’est bien sûr le prix de la machine. Il faut compter 68.000 euros, difficile de la rentabiliser, comme le souligne cet article. Même si l’Espresso Book Machine n’est réservée qu’aux grosses librairies, je pense que ce type de technologie ne peut que se démocratiser. À moins que des libraires ne s’associent pour amortir cet achat ?

Une vidéo en temps réel (merci Aldus) :

 Je suis peut-être naïf, mais cette innovation me donne le sourire 🙂

Et vous ?

Published in: on mars 13, 2016 at 6:40  Comments (18)