Tables rondes

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Je reviens brièvement donner quelques nouvelles ! J’étais absent, mais j’ai de bonnes excuses. Ces dernières semaines j’ai travaillé sur le Bon À Tirer de mon tome 3, déménagé (et hérité d’une connexion Internet erratique), mais je suis surtout devenu papa…

Pour les méridionaux, je serai présent à la seconde édition du salon Nice-Fictions ce week-end. Je participerai à deux tables rondes :

samedi 17h00 – « Pirates ! »
Ah, les joies de la piraterie ! Quitter la terre ferme et devenir des écumeurs des mers, n’est-ce pas, au fond, ce dont nous rêvons tous ? Partir à l’abordage des belles caravelles richement dotées, narguer des monarchies, rançonner des ports, explorer des îles inconnues, affronter les plus étranges des monstres marins et, après avoir amassé des tonnes d’or et tutoyé les confins du monde, finir sa course au Davy Jones’ Locker, le bar des abysses, pour trinquer avec les fantômes grimaçants des équipages perdus en haute mer. D’ailleurs, science-fiction et fantasy ne seraient-elles pas, au fond, une forme de piraterie littéraire, elles qui n’hésitent pas à défier sous l’étendard de l’audace tous les rois, tous les puissants ?
Modération : Léo Lallot

dimanche 10h30 – « Les nouveaux rivages de la littérature imaginaire en francophonie »
À chaque génération, l’imaginaire se réinvente. Il absorbe et transforme de nouvelles crises, de nouveaux rêves. Dans un monde plus complexe et plus incertain que jamais, la francophonie ne doit pas être envisagée comme une terre assiégée, mais, au contraire, comme l’un des plus beaux espaces de diversité. Qui sont les nouveaux auteurs qui, de Bruxelles à Paris, en passant par Montréal et Genève, nous proposent des rêves divergents sous la bannière d’une même langue ?
Modération : Chantal Robillard

À bientôt !

 

Published in: on avril 20, 2016 at 4:55  Comments (10)  

10 Cloverfield Lane (attention spoilers)

Je n’aime pas le cinéma de « Jar Jar » Abrams pour de nombreuses raisons. Je sais que ça peut surprendre : on parle quand même de l’auteur de Lost, une série qui possédait au début un potentiel incroyable, sans parler du fait que ce cinéaste, au même titre que Quentino Tarantino, Christopher Nolan et Martin Scorsese, est un défenseur de l’argentique, ce que je respecte. Alors pourquoi suis-je si sévère avec Abrams ?

D’une part, ce réalisateur n’a pas compris ce qui faisait l’âme de Star Wars et Star Trek, deux franchises mythiques extrêmement différentes, qu’il a massacrées pour des raisons similaires (rythme hystérique, fan service stérile, deus ex machina, facilités scénaristiques catastrophiques à la Lost, incohérences majeures, désintérêt pour des univers développés sur plusieurs décennies, humour lourdingue embarrassant, personnages caricaturaux et/ou ridicules, manque d’originalité…).

kilo renD’autre part, Abrams manque cruellement de personnalité. Il tente maladivement (à ce niveau c’est de la névrose) d’imiter Steven Spielberg comme le prouve Super Huit. C’est un film émouvant, je le reconnais, mais les références à E.T., aux Goonies, à Rencontres du troisième type et au Amblin des années 80 sont nombreuses. Abrams est plus un fan qu’un visionnaire.

Cela dit, j’adore Cloverfield, qu’il a produit en 2009, une oeuvre réalisée par son ami Drew Goddard, le réalisateur de l’excellent La Cabane dans les bois (et le scénariste du non moins excellent Seul sur Mars). Autant le dire, Abrams n’est jamais meilleur que lorsqu’il est cadré producteur, quand son obsession pour les scénarios à mystères est canalisée. Bien qu’imparfaite, la série Fringe en est la preuve éclatante.

Du coup, je ne savais pas trop quoi penser avant de visionner 10 Cloverfield Lane, je redoutais une suite/remake/reboot sans saveur dans la lignée de l’insipide Star Wars : le Réveil de la Farce.

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Ah, ces ados…

Contre toute attente, 10 Cloverfield Lane est une excellente surprise, un huit clos magistral qui tient ses promesses. Cerise sur le gâteau, le film est littéralement porté par un trio d’acteurs génial : John Goodman bien sûr, mais aussi Mary Elizabeth Winstead qui crève l’écran façon Helen Ripley dans Alien, et l’étoile montante John Gallagher Jr.

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Film oppressant non dénué d’humour noir, 10 Cloverfield Lane est une oeuvre intelligente qui s’inscrit dans la lignée des films paranoïaques tels que Signes. Et Cloverfield dans tout ça ?  En fait, ce long-métrage se déroule dans le même univers, dixit J.J. Abrams lui-même. 10 Cloverfield Lane est moins une suite qu’un film « dans l’esprit » de Cloverfield (des personnages banals confrontés à une menace extraordinaire dans un milieu claustrophobique), même si son budget n’est que de… 5 millions de dollars. Paradoxalement, ce sont ces moyens réduits qui donnent tant de charme à ce film. Alors certes, J.J. Abrams se comporte une nouvelle fois en copy cat avec la séquence finale qui rappelle furieusement la Guerre des Mondes de – devinez qui ? – Steven Spielberg, mais on aurait tort de s’arrêter à cette faiblesse. Dans ce genre de film, la fin est toujours casse-gueule car il arrive que le spectateur n’obtienne pas de réponse satisfaisante à la question qu’il se pose : les événements qui se déroulent à l’écran sont-ils d’ordre surnaturel ? Ce n’est pas le cas ici. 10 Cloverfield Lane est vraiment la preuve qu’en matière de science-fiction, il y a une vie après les blockbusters sans âmes qu’on nous propose régulièrement au cinéma.

Published in: on avril 3, 2016 at 12:56  Comments (6)  
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Déshumanisation 3.0

On a beau répéter que les cyberpunks avaient raison, je suis toujours sidéré par le fait que la réalité dépasse la fiction. Vous vous rappelez de « 1984 », des films cauchemardesques de Terry Gilliam, de la série le Prisonnier ou du feu rouge parlant de Blade Runner ? Eh bien la dystopie fait désormais partie du quotidien de Mandelieu, avec des caméras qui interpellent des êtres humains. La preuve avec ce court reportage de TF1 qui semble amuser Jean-Pierre Pernaut.

Pour ceux qui en doutaient encore, on a franchi (depuis bien longtemps ?) une ligne rouge. Si vous ne l’avez pas vu, je vous conseille Red Road, un excellent film britannique qui tirait la sonnette d’alarme dès 2006.

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Jackie travaille comme opératrice sur des caméras de surveillance. Chaque jour elle veille sur une petite partie du monde, en protégeant les personnes qui vivent leur vie sous ses yeux. Un jour un homme apparaît sur son moniteur, un homme qu’elle pensait ne jamais revoir, un homme qu’elle ne voulait jamais revoir. À présent elle n’a pas le choix, elle est obligée de se confronter à lui.

Bienvenue dans l’ère de la déshumanisation 3.0. Avec la nouvelle génération de drones, et le prétexte du terrorisme, les gouvernements du monde entier ont fait sauter un tabou , celui du flicage généralisé. Pourquoi être choqué par ce système de surveillance si vous n’avez rien à vous reprocher ? De fait, en partant du principe que nous sommes tous des délinquants potentiels, nous sommes tous suspects. C’est bien sûr un paradigme qu’il faut combattre à tout prix, quitte à employer les mêmes armes. En Turquie, un militant a utilisé un drone pour filmer les actions de la police lors de manifestations à Istanbul, jusqu’au moment où son engin été abattu en plein vol (voir la vidéo de l’article). Cette utilisation politique des drones n’est pas isolée, puisque des manifestants ont agi de manière similaire à Sao Polo, Bangkok ou Kiev.

La guerre de l’information prophétisée par la génération cyberpunk de William Gibson est devenue  réelle.

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En ce moment même, Obama mène un combat sans merci contre Apple pour obtenir le déchiffrement des iPhone, officiellement pour combattre le terrorisme et le crime.

Cette guerre de l’information n’est que le sommet de l’iceberg. Dans un billet passé relativement inaperçu, le vertigineux avenir des échanges exécutables, on apprend l’existence de la technologie Blockchain au coeur du projet Ethereum, un fantasme de web 3.0, dont on ne sait s’il relève de l’utopie… ou du cauchemar, en particulier pour les hackers.

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Imaginez une architecture informatique totalement décentralisée avec des contrats automatisés de pair-à-pair encore plus sophistiqués que Bitcoin. Un monde où aucune manipulation n’est possible. Un nouvel Internet dans lequel on pourrait échanger de l’argent via un système économique transparent, configurable ; non censurable ; interopérable… Maintenant, qui décide quoi ? C’est la question soulevée dans l’article de Big Browser avec un exemple tout simple, je me permets de reproduire un extrait de l’article ici :

Imaginons une personne qui cherche un appartement à louer. Il dispose d’un identifiant numérique unique qui lui permet de souscrire à des contrats autonomes. Devant une porte d’appartement à louer, il interroge sur son téléphone son application, qui lui permet d’envoyer de l’argent en échange de l’ouverture de la porte connectée durant son temps de location. (…) La promesse de la blockchain est que les objets vont devenir pleinement autonomes et s’appartenir à eux-mêmes. Ils vont pouvoir exécuter du code : en échange d’argent (une forme de code), la porte libère son accès (via du code) pour être utilisée durant le temps autorisé. Pour Stéphane Tual, il n’y a plus besoin de tierce partie entre la porte de l’appartement à louer et le locataire potentiel. Airbnb n’a plus de raison d’être. Le système permet de louer directement son appartement à quelqu’un et on peut même imaginer louer un appartement en étant juste devant sa porte, s’il est disponible…

Si l’exemple est séduisant, il suppose bien sûr que tout se passe bien. Que l’appartement dans lequel vous entrez va être propre et en bon état, comme annoncé, par exemple. Quand on voit la difficulté des réclamations dans les systèmes de location centralisés comme Airbnb, on se dit tout de même que l’usager sera bien démuni dans un système décentralisé comme celui esquissé. A qui l’usager pourra-t-il faire une réclamation ? A la blockchain ? A la porte ?…

Comment ne pas penser à Ubik de Philip K Dick ? Dans ce classique de la S.F. que je suis en train de lire, l’auteur décrit (en 1969 !) une scène qui préfigure les échanges exécutables. Mention spéciale à ce passage dans lequel le héros se retrouve… enfermé chez lui.

La porte refusa de s’ouvrir et déclara :
— Cinq cents, s’il vous plaît.
À nouveau il chercha dans ses poches. Plus de pièces ; plus rien.
— Je vous paierai demain, dit-il à la porte. (Il essaya une fois de plus d’actionner le verrou, mais celui-ci demeura fermé.) Les pièces que je vous donne, continua-t-il, constituent un pourboire ; je ne suis pas obligé de vous payer.
— Je ne suis pas de cet avis, dit la porte. Regardez dans le contrat que vous avez signé en emménageant dans ce conapt.
Il trouva le contrat dans le tiroir de son bureau ; depuis que le document avait été établi, il avait eu besoin maintes et maintes fois de s’y référer. La porte avait raison ; le paiement pour son ouverture et sa fermeture faisait partie des charges et n’avait rien de facultatif.
— Vous avez pu voir que je ne me trompais pas, dit la porte avec une certaine suffisance.
Joe Chip sortit un couteau en acier inoxydable du tiroir à côté de l’évier ; il s’en munit et entreprit systématiquement de démonter le verrou de sa porte insatiable.
— Je vous poursuivrai en justice, dit la porte tandis que tombait la première vis.
— Je n’ai jamais été poursuivi en justice par une porte. Mais je ne pense pas que j’en mourrai.

Cet extrait a beau être drôle, on ne peut qu’être effrayé par l’automotisation forcenée imposée par les états et les entreprises, surtout quand elle est motivée par une logique de rentabilité. On parle souvent du risque de se retrouver avec des drones automatisés capables de massacrer des êtres humains, mais moins de la vie quotidienne avec ces bornes automatiques qui envahissent de plus en plus notre quotidien… et détruisent l’emploi. Dès que j’ai le choix, j’opte systématiquement pour un(e) caissier(ère) de chair et de sang, parce que c’est plus agréable, et aussi parce que je me sens solidaire de ces employés précaires. Si on continue à automatiser les tâches, que vont-ils devenir ? Je ne parle même pas de la vie dans les grandes villes tentaculaires, déjà extrêmement difficile pour nombre d’individus isolés comme les personnes âgées ou les immigrés qui viennent d’arriver. Ne sommes-nous pas en train de tuer les derniers liens sociaux qui nous unissent ? Comme l’a écrit William Gibson :

Toute technologie émergente échappe spontanément à tout contrôle et ses répercussions sont imprévisibles.

On vaut mieux que ça.

Published in: on mars 18, 2016 at 12:40  Comments (12)  

La librairie du futur existe enfin !

Il y a deux ans, je concluais cet article sur les ebooks en imaginant une impression à la demande d’objets-livres dans les décennies à venir. Depuis (une fois encore), la réalité a rattrapé la fiction bien plus rapidement que je n’osais l’espérer. D’abord aux Etats-Unis à partir de 2007 :

Et aujourd’hui en France (une première européenne), avec cet incroyable robot imprimeur, de la firme Xerox. La libraire des éditions PUF n’a désormais plus de stock ! Il faut entre trois et sept minutes pour que le dispositif fabrique un ouvrage, il suffit que le client choisisse parmi trois millions de titres disponibles… pour le même prix qu’un achat classique. Selon Xerox, l’Espresso peut imprimer 110 pages à la minute, et 840 livres par mois, mais il est recommandé de ne pas dépasser 10.000 unités par an (sûrement pour éviter que la machine ne vieillisse prématurément). La seule vraie contrainte est la taille du livre : à l’heure actuelle on ne peut dépasser 850 pages.

espresso

C’est une révolution centralisatrice sans précédent pour toute la chaîne de l’édition. Avec cette impression à la demande, cela signifie qu’il n’y a plus d’invendus et de mise au pilon, coûteuse pour l’éditeur. Au niveau écologique, le gaspillage est réduit au minimum. Il n’y a même plus besoin de distributeur, l’épineux problème des petites maisons d’édition. Les éditeurs vont pouvoir prendre plus de risques financiers et lancer davantage d’écrivains inconnus, comme à l’époque du pulp. Les ruptures de stock ne seront plus que de l’histoire ancienne, il sera toujours possible d’obtenir des livres introuvables, et même d’imprimer des auto-publiés qui disposent de peu de moyens.

C’est une extraordinaire bonne nouvelle pour les libraires qui subissent depuis une dizaine d’années la révolution numérique des liseuses et le règne d’Amazon. Ils ont l’opportunité d’être à l’avant-garde de la technologie, de réinventer leur métier. On peut imaginer une nouvelle façon d’acheter un bouquin. Lors d’une dédicace un client pourrait rester discuter avec un auteur, tandis que la machine imprimerait son roman. La librairie deviendrait un espace convivial humaniste, dans lequel les gens prendraient le temps d’échanger avec le libraire ou des clients, fureter dans les rayons, boire un verre, et pourquoi pas, se retrouver dans une nouvelle sociabilité qui tiendrait à la fois de la libraire et de la bibliothèque. C’est une nouvelle temporalité qui s’offre à nous.

Je termine par le plus extraordinaire. Je supposais que les livres imprimés de la sorte  étaient standardisés… ce qui n’est pas le cas, dixit Xerox : 11,4 x 14 centimètres, jusqu’à 21 x 26 centimètres. Visiblement, il suffirait juste de changer de réglage ! Est-ce que cela signifie que le libraire peut lancer une impression « Bragelonne » avec une couverture très colorée, puis ensuite sélectionner un format plus austère sans illustration de type Gallimard ? J’avoue que ça fait rêver…

Le seul vrai point noir pour moi, c’est bien sûr le prix de la machine. Il faut compter 68.000 euros, difficile de la rentabiliser, comme le souligne cet article. Même si l’Espresso Book Machine n’est réservée qu’aux grosses librairies, je pense que ce type de technologie ne peut que se démocratiser. À moins que des libraires ne s’associent pour amortir cet achat ?

Une vidéo en temps réel (merci Aldus) :

 Je suis peut-être naïf, mais cette innovation me donne le sourire 🙂

Et vous ?

Published in: on mars 13, 2016 at 6:40  Comments (18)  

À l’abordage des Imaginales… et de Nice-Fictions

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Les beaux-jours reviennent… ainsi que les salons. J’ai le plaisir de vous annoncer que je suis de nouveau invité aux Imaginales et à Nice-Fictions ! C’est toujours une joie immense pour moi de participer à ces fêtes de l’imaginaire, l’occasion de retrouver des amis, des lecteurs, des auteurs… parfois les trois en même temps !

Lors de ces événements les tomes 1 et 2 de ma trilogie seront, bien sûr, disponibles… en attendant la sortie des Corsaires de l’Écosphère le 22 juin.

Merci à ces festivals, et merci à Bragelonne !

YATTA !!!

 

Published in: on mars 11, 2016 at 11:01  Comments (13)  
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Corsaires de l’Écosphère et autres surprises

Comme ces coquins d’Amazon viennent de vendre la mèche*, je peux enfin vous donner des nouvelles de mon tome 3 qui sortira le 22 juin. Je sais que j’ai pris mon temps, mais le délais supplémentaire accordé par Bragelonne m’a permis de peaufiner la fin de cette longue aventure. Sincèrement, je pense que c’est le plus intéressant des trois volets, le livre dans lequel j’explore au maximum l’univers de la trilogie. Je me suis vraiment bien amusé, même si les 9 mois (!) de corrections n’ont pas été de tout repos. Le bébé se porte bien et fait plus de 900.000 signes (le chiffre risque de continuer à grimper car ma deadline est fixée au 30 mars, pendant que vous lisez ces lignes je suis toujours en train de bosser). Ce sera donc le volume le plus épais de la saga. Si vous connaissez les Feux de mortifice, vous ne serez pas surpris d’apprendre que ce tome 3 s’intitulera les Corsaires de l’Écosphère. Voici la couverture :

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C’est mon livre le plus personnel, le plus mystique aussi. Les habitués de ce blog le savent, à mon humble niveau, j’aime bien discuter de sujets barrés métaphysiques. Mes personnages voient beaucoup de leurs certitudes voler en éclats dans cette quête qui, par certains aspects, est spirituelle. J’espère que ce roman vous divertira et qu’il vous donnera envie de vous intéresser d’un peu plus près à notre propre univers et ses mystères.

Je peux également vous livrer quelques informations sur la teneur de ce qui vous attend. Si vous n’avez pas lu le tome 2, je vous conseille de sauter le prochain paragraphe. ATTENTION SPOILERS.

Quand je racontais que l’action se déroulait immédiatement après la fin du tome 2, j’avoue ne pas avoir dit complètement la vérité. En fait, on suivra à la fois le voyage de Caboche dans l’Écosphère, et le règne de la Belle Lili trois ans après le départ des Pirates de L’Escroc-Griffe.

FIN DES SPOILERS

Il y aura également des petites surprises d’ordre éditorial dans le contenu de ce tome 3, des « bonus » (dont certains inédits). Voici en avant-première l’une de ces surprises (n’hésitez pas à zoomer, c’est plus joli).

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L’histoire de cette carte est très particulière, car son illustrateur est un ami d’enfance, Nicolas Nasari. Quand nous avions 15 ans, avec d’autres amis nous formions une bande de copains inséparable (et c’est toujours le cas). On passait notre temps à jouer à mon jeu de rôle amateur, les Huit Lances de Diamant. Nous imaginions des aventures hautes en couleur dans un monde qui ne s’appelait pas encore « les Mers Turquoises », mais il y avait des Oundis. Nicolas était déjà un illustrateur de talent, et au collège, les chevaliers en armure qu’il dessinait pendant la permanence me faisaient rêver. Vingt ans plus tard, c’est à mon tour de le faire voyager… Bienvenue sur L’Escroc-Griffe, Nico !

* Fort heureusement le résumé d’Amazon, très « Allociné », ne sera pas le quatrième de couverture définitif, ouf !

Published in: on mars 2, 2016 at 6:43  Comments (32)  

Les sciences prodigieuses de l’Empire byzantin, manifeste pour un nouveau steampunk

Comme la plupart d’entre vous, j’aime lire du steampunk, mais dans cet article sur la machine d’Anticythère et les mécanismes de l’Antiquité, nous avions vu que bien avant l’ère de la vapeur, il existait des engins sophistiqués. En tant qu’auteur, j’adore l’idée de pousser la technologie dans ses derniers retranchements, et pas seulement celle du XIXe siècle.

Le Moyen-Âge constitue un cadre idéal, avec une civilisation considérablement en avance sur l’Occident d’un point de vue technique : l’Empire byzantin. Franchement, pourquoi les auteurs n’exploitent pas davantage cette période ? De nombreux documents attestent d’une supériorité technologique pour le moins effarante. Ainsi, au Xe siècle, l’ambassadeur Liutprand de Crémone rapporte un récit digne d’une histoire de science-fiction :

Devant l’empereur se trouvait un arbre de bronze recouvert d’or dont les branches étaient garnies d’oiseaux de bronze, qui imitaient les cris des vrais oiseaux. Le trône impérial était fabriqué de telle façon qu’il paraissait d’abord très bas, puis plus haut et à un autre moment complètement en l’air. Des lions dorés, de bois ou de bronze, semblaient le garder ; ils frappaient le sol de leur queue tandis qu’un rugissement sortait de leur bouche ouverte où ils roulaient la langue. J’approchai de l’empereur et j’accomplis trois fois la proskynèse (prosternation par terre).

De toute évidence, les Byzantins ont conservé la science des automates, d’inoffensives machines déjà mentionnées par les auteurs grecs de l’Antiquité. Ces automates rappellent ceux de Philon de Byzance, l’inventeur de Pan et le cerf assoiffé, d’oiseaux hydrauliques, ainsi que de la fameuse servante (un « robot » rudimentaire)

Si vous rêvez d’écrire une roman médiéval qui se déroule à Constantinople et que vous avez besoin d’informations sur la science byzantine, confrontée à l’obscurantisme religieux, je suis votre homme.

nom de la rose

Le fanatisme donne une vilaine peau

 Minute ! C’est quoi la différence entre Byzance, Constantinople, et Istanbul ?

En géographie, pratiquement aucune. Byzance est une riche cité grecque de l’Antiquité. Plus tard, à l’époque de l’Empire romain, l’empereur Constantin fait reconstruire une nouvelle capitale pour remplacer Rome, car les frontières à l’Est sont menacées par les barbares. C’est ainsi que Constantinople nait en 330 après J.-C. Son histoire est étroitement liée à celle d’Alexandrie, et à la « chute de l’Empire romain » qui intervient officiellement en 476 après J.-C., date de l’abdication de son dernier empereur fantoche, le jeune Romulus Augustule… dans l’indifférence la plus totale. Aujourd’hui la plupart des historiens sont d’accord pour dire qu’il n’y a pas de chute brutale de l’Empire romain. Quelques scientifiques remettent même en cause l’idée d’une décadence et préfèrent parler de continuité. Ils n’ont pas tort : si l’Empire romain a décliné, les choses se sont gâtées bien avant 476. En 410, les Goths (je parle des barbares, hein, et non des gens en noir qui écoutent de la musique triste) pillent Rome, et prouvent que les ignorants n’ont pas attendu Daesh pour s’attaquer à la culture. Le sac de Rome est un véritable crime contre l’Humanité car les archives impériales sont détruites, les bibliothèques brûlées, les professeurs assassinés. Cette catastrophe civilisationnelle a des répercussions au niveau universitaire, dans toutes les disciplines. Alors que Constantinople résiste (et prouve qu’elle existe), en Occident, il n’y a désormais plus de cadre intellectuel fertile favorisant les ingénieurs. Le sac de Rome n’est malheureusement pas un événement tragique isolé.

Bon, c’est moche, mais quel rapport avec Constantinople et Alexandrie ?

Ironie du sort, c’est depuis Constantinople que le monothéisme va porter un autre coup terrible à la science antique. En 380, le tristement célèbre empereur Théodose, un fanatique chrétien homophobe avec qui je n’aurais pas aimé partir en vacances, proclame le christianisme religion officielle et interdit le polythéisme. Concrètement, cela signifie qu’on empêche aux « païens » d’acceder à leurs lieux de culte et qu’on supprime toutes leurs cérémonies. Les temples sont détruits ou consacrés en églises, les statues des divinités brisées. Sans surprise, la bibliothèque d’Alexandrie est incendiée en 391, au grand dam de la philosophe, mathématicienne et astronome Hypathie, dont les travaux disparaissent dans les flammes (si vous avez l’occasion, regardez le beau film qui lui est consacré, Agora).


Bon nombre de recherches scientifiques sont perdues à jamais. On estime que moins de 10% des livres antiques, nous ont été transmis, et le plus souvent sous une forme remixée christianisée. Ainsi, en philosophie, l’étude de Platon n’est tolérée que dans une optique monothéiste. Il faudra attendre le XIXe siècle pour retrouver une bibliothèque de la taille de celle d’Alexandrie. Dans le domaine de la mécanique, les recherches sur les éolipyles, les premières machines à vapeur, vont subir un coup d’arrêt de plus d’un millénaire. Les travaux ne reprennent officiellement qu’en 1551, avec le polymathe arabe, Taqi al-Din.

Les philosophes deviennent des cibles de choix pour les fanatiques chrétiens : quelques années après l’incendie de sa bibliothèque, la malheureuse Hypathie est amenée de force dans une église. Déshabillée, elle est frappée à coups de tessons, puis les restes de son corps démembré sont trainés dans la rue. Par la suite, les derniers intellectuels tels que Étienne d’Alexandrie (philosophe, mathématicien, astronome, et alchimiste) se voient contraints de migrer à… Constantinople, qui va profiter de cette diaspora. Ironie du sort, l’intolérance de Théodose provoquera l’arrivée de bon nombre de philosophes dans sa propre cité !

La mort de Théodose en 395, le dernier vrai psychopathe empereur d’envergure, marque la fin de l’Empire romain tel qu’on le connait. Ses deux fils se partagent l’Empire romain d’Occident et l’Empire romain d’Orient, à l’intérieur duquel on parle grec plutôt que latin. Plus jamais l’Empire romain antique ne sera réuni.

empire

Ce partage territorial et administratif a une grande importance. Tandis que l’Europe subit les invasions barbares, et que le foyer intellectuel d’Alexandrie meurt à petit feu, Constantinople demeure le garant d’un art de vivre, d’une certaine « romanité ». Ses habitants se considèrent comme les seuls ressortissants de l’Empire romain, « l’Empire romain d’Orient » (vous suivez toujours ?).

Ses savants vont assurer la transmission du savoir antique, de la science et de l’ingénierie de façon spectaculaire. Ainsi, lors des sièges, pour ne pas manquer de farine, le général Bélisaire invente les moulins à roues à aubes qui seront utilisés jusqu’au XIXe siècle.

À la différence de Rome, la Constantinople de l’empereur chrétien Justinien résiste aux envahisseurs barbares pendant tout le VIe siècle, et reprend même de nombreux territoires : l’Italie, l’Afrique du Nord, le Sud de l’Espagne, le Proche-Orient, les Balkans…

 

 

L’apogée de l’Empire, en jaune les conquêtes de Justinien

Attendez, tout n’était pas rose ! Sous le règne de Justinien, l’école néoplatonicienne d’Athènes est interdite, les païens et les juifs sont proscrits… 

Je vous le concède… mais ces répressions, aussi révoltantes soient-elles, ne doivent pas occulter les formidables avancées accomplies durant cette période. L’antique basilique de la Sagesse Divine de Constantin est reconstruite et devient la basilique Sainte-Sophie, le dernier chef d’oeuvre de l’Antiquité. Sainte-Sophie restera pendant près de mille ans la plus grande église du monde. Des aqueducs et des murailles cyclopéennes sont érigés. Les égouts et fontaines de Constantinople, qui reposent sur la science hydraulique des Grecs, émerveillent les voyageurs. Avec Justinien, l’Antiquité vit son crépuscule. Après sa mort en 565, l’Empire ne conserve que les Balkans, l’Asie Mineure et le Sud de l’Italie. Les ingénieurs orientaux doivent inventer les armes les plus efficaces pour aider l’armée contre ses multiples ennemis, il en va de la survie de Constantinople. C’est à cette époque que nait le trébuchet à traction, une redoutable machine à projectiles capable de démolir des fortifications.

trebuchet byzantin

Sur les mers, les « Romains » utilisent contre les Arabes et les Turcs une invention terrifiante, le feu grégeois (le « feu grec »), dont le secret de fabrication est jalousement conservé par les alchimistes.

Le « feu grec » ?

En fait cette substance est connue sous de nombreux noms différents : feu liquide, romain, de guerre, explosif… Son origine remonte, comme les automates, à l’Antiquité. Il s’agit d’un mélange tellement inflammable qu’il brûle même dans l’eau, mais la composition de ce feu chimique est aujourd’hui perdue. On raconte que des siècles plus tard, un savant de Louis XV a réussi à trouver à nouveau la recette. Horrifié, le roi aurait détruit la formule !

Plus de mille ans avant l’invention du napalm au Vietnâm, la flotte de Constantinople emploie le feu grégeois de différentes manières. En mer, des tubes, véritables lance-flammes avant l’heure, arment les navires byzantins. Les simples explosions ne manquent pas de donner un avantage psychologique certain. Au niveau du mécanisme, une pompe est activée, et propulse le terrible liquide. La chaleur est telle que les siphonarios, les soldats responsables de la machine, doivent se protéger derrière des écrans thermiques en fer ! Il existe d’autres inconvénients : la portée, ainsi que les conditions atmosphériques. Le mauvais temps interdit tout simplement l’utilisation de cette arme.

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Aussi incroyable que cela puisse paraître, il existe une version « portable » de ce lance-flammes, le cheirosiphōn, « siphon à mains », que l’on utilise pendant les sièges. Ses effets sont dévastateurs comme l’atteste Jean de Joinville lors de la Septième Croisade de Saint-Louis :


Il était aussi large en avant, comme un tonneau de vinaigre, et la queue de feu qui traînait derrière était grosse comme une grande lance, et il fait un tel bruit, comme il est venu, qu’il sonnait comme le tonnerre du ciel. Il ressemblait à un dragon volant dans les airs. Une telle lumière vive avait-elle brillé, que l’on pouvait voir tout sur le camp comme s’il faisait jour, en raison de la grande masse de feu, et l’éclat de la lumière versée. Trois fois cette nuit-là ils lancèrent le feu grec contre nous.

 

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Autre arme connue, toute aussi dévastatrice, la grenade, projetée par des catapultes qui peuvent atteindre leurs cibles à plus de 400 mètres de distance. Elle est utilisée pour incendier les bateaux ennemis.

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Même si les habitants de l’Empire continuent de s’appeler les Rhomaioi (« Romains »), les historiens ne parlent plus d’Empire romain d’Orient mais d’Empire byzantin. Si malgré plusieurs incendies, la bibliothèque de Constantinople permet de transmettre un précieux savoir, à Alexandrie la science antique, elle, n’est déjà plus qu’un lointain souvenir. Le constat est d’autant plus cruel quand on lit ce texte d’un moine chrétien égyptien du VIIe siècle, Jean de Nikiou, à vous glacer le sang. Vous vous souvenez de la pauvre Hypatie, la  philosophe, mathématicienne et astronome dont je vous parlais plus haut ? Voilà ce que ce sympathique moine a retenu de la mort de sa compatriote, un peu plus de deux siècles après son supplice à Alexandrie… :

En ces temps apparut une femme philosophe, une païenne nommée Hypatie, et elle se consacrait à plein temps à la magie, aux astrolabes et aux instruments de musique, et elle ensorcela beaucoup de gens par ses dons sataniques. Et le gouverneur de la cité l’honorait excessivement ; en effet, elle l’avait ensorcelé par sa magie. Et il cessa d’aller à l’église comme c’était son habitude… Une multitude de croyants s’assembla guidée par Pierre le magistrat — lequel était sous tous aspects un parfait croyant en Jésus-Christ — et ils entreprirent de trouver cette femme païenne qui avait ensorcelé le peuple de la cité et le préfet par ses sortilèges. Et quand ils apprirent où elle était, ils la trouvèrent assise et l’ayant arrachée à son siège, ils la trainèrent jusqu’à la grande église appelée Césarion. On était dans les jours de jeûne. Et ils déchirèrent ses vêtements et la firent traîner (derrière un char) dans les rues de la ville jusqu’à ce qu’elle mourût. Et ils la transportèrent à un endroit nommé Cinaron où ils brûlèrent son corps. Et tous les gens autour du patriarche Cyrille l’appelèrent  » le nouveau Théophile », car il avait détruit les derniers restes d’idolâtrie dans la cité.

Cela en dit long sur le recul du savoir antique en seulement deux cent ans…

Fort heureusement, alors que beaucoup d’oeuvres « païennes » sont vouées aux gémonies par l’Église catholique, les Byzantins contribuent à préserver la culture occidentale en conservant des textes philosophiques majeurs, comme ceux d’Aristote. En médecine, pendant plusieurs siècles l’Occident fait n’importe quoi se base sur Gallien, tandis que les Byzantins préfèrent Hippocrate, et surpassent les connaissances chirurgicales des Francs à l’époque des Croisades.

Ceux qui se font appeler « Romains » ne sont pas seulement les dépositaires du savoir antique, ils l’enrichissent considérablement aux contact des civilisations arabes et perses. La géographie grecque est complétée par le biais d’atlas, en partie grâce au comptoir égypto-byzantin de l’île de Dioscoride, au large du Yemen : les Byzantins commercent avec Kerala, au sud de l’Inde !

En 1054 l’Église chrétienne subit le schisme, la « séparation » : l’Église orthodoxe du patriarche de Constantinople se détache de l’Église catholique du pape de Rome, ce qui aura, là aussi, des conséquences scientifiques. À la différence de leurs homologues de l’Occident catholique, jamais les astronomes byzantins ne sont persécutés.

Il n’est donc guère étonnant que Constantinople possède une avance intellectuelle considérable sur l’ensemble de l’Europe médiévale. À mon grand regret, ce sujet est peu abordé car pendant longtemps en Occident on a méprisé cette civilisation (d’où l’expression « administration byzantine » pour désigner quelque chose d’inutilement compliquée). Pourtant, ces sciences techniques, loin d’être anecdotiques, témoignaient d’une culture brillante, raffinée et humaniste. Fille de Rome et d’Alexandrie, Constantinople aura une influence durable sur l’architecture de son temps, preuve en est avec la basilique à coupoles de Saint Marc à Venise, les mosquées ottomanes, la cathédrale de Kiev, la mosquée de Damas, le dôme du Rocher… La prise de Constantinople en 1453 par les Turcs, et ce qu’on appellerait aujourd’hui la « fuite des cerveaux » vers l’Occident, marqua un renouveau spectaculaire. Une période de prospérité quasiment sans précédent en Europe. Plus qu’un retour vers l’Antiquité… une Renaissance.

Si vous voulez aller plus loin, je vous conseille un excellent site qui a en partie inspiré mon article, celui du musée des technologies des Grecs de l’Antiquité.

Published in: on février 27, 2016 at 11:45  Comments (13)  

Copains de plume

Aujourd’hui je vous propose un article un peu particulier, puisque je vais parler de certains copains de plume ! Comme je l’expliquais dans ce billet, avant d’être publié pendant un temps j’ai travaillé mon premier roman sur un forum d’écriture qui a changé ma vie, Cocyclics, « la mare » pour les intimes. Là-bas, j’ai noué des amitiés durables avec bon nombre de « grenouilles ». À l’époque, on se donnait des coups de fouet pour progresser « bêta-lisait » en rêvant de publication. Certains de ces auteurs sont devenus très connus, comme par exemple Paul Béorn (Bragelonne), ou Cindy Van Wilder, primée aux Imaginales.

Pénurie de rasoirs aux Imaginales 2015

Cindy, fraîchement primée aux Imaginales 2014, la gloire !

Depuis la sortie de mon tome 1, j’avoue que je lis moins qu’avant (ce qui est très mal ! Dans Écriture, Stephen King répète que lire fait partie du boulot de l’écrivain), mais j’ai la joie de constater que certains livres que j’avais bêta-lus ont été publiés récemment.

On commence avec Mathias Moucha, qui s’était fait connaître chez Bragelonne avec Seuls, un excellent thriller « lovecraftien » (sur lequel je n’ai pas travaillé). Cette semaine, il revient avec les gardiens de la république, le tome 1 d’une trilogie fantasy antique.

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La couverture qui tue

La République de Tyrène, gouvernée par le segonte et mage Syllion, multiplie les conquêtes depuis trois ans. Malgré ces succès, de graves tensions menacent la cité-État. Le Sénat est le théâtre d’une lutte sans merci entre les partisans du segonte et ceux de la paix.
Elryn, frère cadet de Syllion et officier des Troupes grenat, découvre qu’une conspiration se trame contre le Sénat et que son frère en est l’instigateur. Il n’a pas d’autre choix que de se lancer dans une guerre fratricide pour tenter de sauver la République.
Le Sénat parviendra-t-il à démêler les nombreux nœuds du complot ? Tyrène saura-t-elle affronter les rébellions qui grondent ? Et qui est cette aventurière au regard noisette, qui aide Elryn sans même le connaître ?

Si vous aimez les complots politiques avec des sénateurs pourris jusque à la moelle, de grandes batailles antiques, et une ambiance sombre, ce livre est pour vous. À l’époque, j’étais une peau de vache, je n’avais pas ménagé Mathias, notamment au niveau de son personnage principal, que je trouvais un peu trop tendre.

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C’est un vrai plaisir que de relire cette nouvelle version, beaucoup plus aboutie. J’ai retrouvé l’atmosphère pessimiste qui m’avait tant plu sur Seuls, mais dans un tout autre registre. Cerise sur le gâteau, le tome 2 (que j’ai lu en avant-première) sera encore meilleur.

On continue avec l’inclassable Esther Brassac. Inclassable car elle écrit dans un style très littéraire une fantasy ambitieuse, avec des univers extrêmement fouillés. J’avais chroniqué sur ce blog la nuit des Coeurs froids, cette fois Esther offre aux Editions du Chat Noir (une maison d’édition que j’adore) un nouveau roman uchronique qui se déroule à l’époque du Second Empire intitulé Par la grâce des Sans-Noms.

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Oksibure, mon chouchou, est en haut à gauche

Mars 1890.
Voilà près de vingt ans que la guerre franco-prussienne est terminée. Le canon hypersyntrophonique utilisé par Napoléon III a assuré une victoire retentissante au goût pourtant amer. Les retombées de l’arme monstrueuse ont causé des millions de morts à la surface de la Terre, détruisant également la faune par une lèpre incurable tandis que la végétation mourait peu à peu. Grâce à l’intelligence des scientifiques autant qu’au pouvoir des enchanteurs, un dôme de trois mille six cents kilomètres carrés a été construit, permettant de sauvegarder une zone du sud-ouest de la France, le Royaume garonnais.
Alors que tout espoir de voir la vie renaître au-delà de la frontière artificielle est perdu, des crimes en série abjects sont perpétrés dans la cité tolossayne. Le préfet charge un fin limier, Oksibure, spectre coincé entre le monde des vivants et celui des morts, de résoudre cette terrible affaire.
Au même moment, Aldebrand loue une maison dans le centre de la cité pour y résider quelques mois avec ses amis : Cropityore, un incube de dix-huit mille ans et Katherine de Clair-Morange, humaine récemment transformée en vampire en raison d’une vieille malédiction. Tous trois désirent créer un album gothique pour le compte d’une prestigieuse maison d’édition. Bien qu’il soit à la recherche de sa jumelle disparue dans d’étranges circonstances, Aldebrand va devoir aider Katherine à assumer les pénibles répercussions de sa métamorphose. Tout au moins, croit-il que ce sont là des problèmes bien suffisants à assumer. Il est loin d’imaginer que la demeure louée va bientôt concrétiser des cauchemars plus terribles encore.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que les personnages sont hauts en couleur ! J’ai eu un coup de cœur pour Oksi, un détective charismatique et torturé qui m’a fait penser à l’Homme invisible d’H. G. Wells.

hommeinvisible

Oksibure, un être au passé tourmenté qui comporte bien des zones d’ombre…

L’univers, d’une extrême richesse, n’est pas en reste, avec de multiples clins d’oeil à l’Histoire. Comme dans la nuit des Coeurs froids, l’intrigue donne parfois l’impression de partir dans tous les sens, mais c’est ce qui fait aussi le charme de ce livre baroque et ésotérique. Esther a pris de l’expérience depuis la nuit, et je trouve son nouveau roman beaucoup plus maîtrisé que le précédent.

Quand j’avais quinze ans, avant l’arrivée du Net, à mon humble niveau je rêvais d’entretenir des correspondances amicales avec d’autres auteurs de ma génération, sans imaginer que ce rêve deviendrait réalité vingt ans plus tard. En temps normal, écrire est un travail solitaire, et c’est donc un privilège que de faire partie de cette belle aventure humaine. Une aventure qui, je l’espère, n’est pas prête de se terminer !

Published in: on février 19, 2016 at 10:03  Comments (10)  

Deadpool

deadpool

Deadpool. Le film que j’attendais avec un mélange d’impatience et d’effroi.

Impatience, parce que Deadpool est l’un des personnages de comics les plus déjantés de l’univers Marvel, doté d’un super pouvoir absolument génial : il est capable de briser le quatrième mur, c’est-à-dire de parler au lecteur !

Effroi, parce qu’une fois encore, Deadpool est… l’un des anti-héros les plus déjantés de l’univers Marvel. Comment proposer une histoire de super-héros trash interdit aux moins de douze ans ? Le budget de « seulement » 50 millions de dollars pouvait faire craindre le pire, comparé aux coûts faramineux des autres productions Marvel.

Une fois n’est pas coutume, il faut saluer le courage de la Fox qui a entendu les fans. Dès les premières minutes, les concessions sont mises au placard avec une séquence d’action d’anthologie aussi drôle que violente. Deadpool nous raconte son quotidien tout en massacrant des méchants avec créativité, mention spéciale à la scène de l’allume-cigare. Difficile de retenir une ligne de dialogue plutôt qu’une autre tant les punchlines abondent, on est emportés dans des montagnes russes qui ne s’arrêtent jamais et des mises en abyme au dixième degré.

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Deapool est une plongée improbable dans la pop culture, entre Fight Club pour son montage frénétique et Kick Ass pour son humour noir. Le réalisateur n’épargne rien ni personne, le personnage de Deapool se permet d’égratigner au passage les films X-Men, et même son interprète, Ryan Reynolds !

Long-métrage complètement fou, seulement limité par la structure d’un scénario classique, une histoire de vengeance, Deapool ne fera pas l’unanimité. Film what the fuck un peu vain pour les uns, expérience cinématographique subversive pour les autres, en ce qui me concerne Deadpool est une oeuvre jubilatoire immédiatement sympathique, à des années-lumières des (trop) sages Avengers. Quel pied !

Published in: on février 17, 2016 at 1:16  Comments (7)  

 Pourquoi il ne faut jamais écrire de trilogie

Pour moi, il y a trois fautes qu’un jeune auteur ne devrait jamais commettre :

– écrire pour devenir riche et célèbre
– envoyer un premier jet à des éditeurs
– commencer par une trilogie

Que les choses soient claires, si vous n’avez jamais été publié, écrire une trilogie est aussi facile qu’apprendre l’alpinisme sur la face nord de l’Everest. Un one shot (autrement dit, un bouquin qui se suffit à lui-même) c’est déjà assez compliqué comme ça, mais commencer par une trilogie… Pourquoi diable une trilogie ?

Même Gandalf est de mon avis

Même Gandalf est de mon avis

Je sais qu’en vous mettant en garde, j’ai l’air d’une vieille marâtre aigrie qui tente de briser votre rêve, mais croyez-moi, je sais de quoi je parle. Quoi ? Oui, j’ai écrit une… une… trilogie, mais on s’écarte du…. euh, oui, elle a été publiée, et alors ?… Bon, je vous vois venir. Vous voulez quand même l’écrire, votre saga, et rien ne vous fera changer d’avis, hein ? (soupir). Ok. Mais vous devez savoir dans quoi vous vous embarquez, et comment vous préparer à ce terrible combat. Montons sur le ring.

Avant de s’atteler à cette lourde tâche, il faut se poser pas mal de questions. Les premières sont naturellement « pourquoi écrire une trilogie » et surtout « pourquoi les trilogies fascinent tant de lecteurs et d’auteurs (dont votre serviteur) ? »

En fait, il y a une explication historique, enfin, je crois. Artistiquement parlant, écrire une histoire en trois volets est ancré dans notre culture occidentale : déjà à l’époque d’Eschyle, il existait des tragédies grecques prestigieuses en trois actes comme par exemple L’Orestie. Inconsciemment, on associe ce découpage à de l’élégance dialectique (thèse, antithèse, synthèse). La littérature comporte bon nombre d’exemples tels que les Trois Mousquetaires d’Alexandre Dumas, ou encore la Trilogie cosmique de C.S. Lewis, mais bien évidemment l’oeuvre qui a marqué la littérature mondiale, c’est le Seigneur des Anneaux. Ironie du sort, J.R.R. Tolkien n’avait pas prévu de diviser son épopée, c’était une décision de l’éditeur motivée par le prix du papier ! Toujours est-il que cette histoire épique a profondément influencé des générations de lecteurs et d’écrivains, peut-être parce que le Seigneur des Anneaux représente un idéal de la littérature de l’imaginaire : honnêtement, qui n’a pas poussé un soupir en tournant la dernière page de cette oeuvre phare du XXe siècle ? On a passé tellement de temps avec ces personnages qu’on a l’impression de les connaître depuis toujours. À la fin de l’histoire, je me souviens que je n’avais aucune envie de quitter Frodon et Sam, au point de lire les appendices, et je crois que cette expérience de lecture hors-normes a marqué les esprits. Ce qui rend ces longues sagas si attrayantes, c’est le fait qu’on a le temps de nouer une complicité avec des héros qui deviennent des amis.

Depuis les années 50, les trilogies ont envahi la littérature de l’imaginaire avec les Guerriers du Silence, la Trilogie de Mars, la Trilogie de l’elfe noir, la croisade noire du Jedi fouÀ la Croisée des Mondes, Hunger Gamesla Trilogie du Vide mais aussi le cinéma avec les Bronzés Star Wars.

Mais si vous reconnaissez qu’il existe un grand nombre de trilogies, c’est que ce n’est pas si compliqué à écrire, non ?

En fait, ce qu’il faut savoir, c’est qu’un changement majeur dans votre tome 1 (personnage, intrigue, univers…) a des répercussions sur les suites. En gros, vous travaillez sur trois chantiers en même temps, et c’est en partie pour cette raison qu’en matière d’écriture je suis plutôt « architecte », j’utilise un plan, contrairement à certains amis « jardiniers » que j’admire et qui écrivent à l’instinct. D’ailleurs, vous devez absolument savoir si vous êtes architecte ou jardinier, mais ceci est une autre histoire. Le problème avec ces trois chantiers, c’est qu’en tant que jeune écrivain, vous allez en permanence vous améliorer : quand vous aurez terminé votre tome 3, vous ne pourrez plus voir en peinture votre tome 1. Vous ferez donc des corrections sur votre premier roman… et lorsque vous aurez fini, votre tome 2 vous paraitra terriblement maladroit. Vous le corrigerez, et ainsi de suite… Écrire c’est se transformer en Sisyphe, même quand vous avez eu la chance d’être publié : je peux vous assurer que si je devais reprendre mon premier bouquin aujourd’hui, presque un an après sa publication, il serait différent*

Plus tard, quand vous aurez terminé, relu et longuement corrigé votre tome 1, vous allez être confronté à un dilemme : faut-il avoir tout écrit avant de soumettre votre bébé à des maisons d’édition ? Pas simple de répondre à cette question… Dans un monde idéal, je dirais que oui : en accouchant de vos tomes 2 et 3, vous vous évitez une future pression éditoriale quand votre premier opus sera publié et qu’on vous demandera quelques mois plus tard si la suite est prête, ce qui n’est pas négligeable. Des grands auteurs comme Stephen King ou George R.R. Martin ont subi ce stress, et il y a de bonnes chances que ce soit le cas pour vous.

Écrire tout d’une traite vous permet également d’échapper à des incohérences majeures, étant donné que votre éditeur aura une vue privilégiée sur l’intégralité de votre oeuvre. Il aura assez de recul pour vous faire remarquer que Jean-Paul le Hobbit, le gentil fermier qui sauve Gore le barbare à la fin de votre tome 3, a passé l’arme à gauche au milieu du tome 1. Il suffit alors de ressusciter Jean-Paul pendant les corrections éditoriales. Naturellement, cette modification est impossible à effectuer lorsque le tome 1 est déjà publié : Jean-Paul est mort pour de bon. En écrivant votre tome 3, vous réalisez avec douleur combien ce bon vieux JP était essentiel à l’intrigue, mais vous êtes obligé de trouver une autre solution, avec plus ou moins de finesse, si vous voulez sauver Gore le barbare**. De manière plus positive, écrire tout d’une traite vous permet aussi de mettre plus de liant dans l’histoire : c’est toujours extrêmement gratifiant pour le lecteur de découvrir à la fin d’un cycle que, dès les premières pages, l’auteur savait où il allait. Et pour l’écrivain, il n’y a rien de plus jouissif que de s’amuser à dissimuler des détails a priori anodins qui prennent une importance capitale dans le tome 3.

Bien sûr, le drame dans tout ça, c’est que vous avez autant de bonnes raisons de ne pas écrire toute votre oeuvre d’un coup et pour cause : lorsque vous soumettez votre tome 1, au bout de quelques mois vous vous demandez si vous n’avez pas passé des années à écrire une trilogie pour rien (même s’il reste l’option de l’auto-édition). Si votre tome 1 est publié mais que les lecteurs ne sont pas au rendez-vous, il se peut que votre éditeur vous annonce avec regret la fin de l’aventure. Ça ne fait pas de lui un monstre : depuis la crise de 2008, de nombreuses maisons d’édition ont disparu et votre éditeur joue sa vie à chaque sortie, hélas. À vrai dire, les séries inachevées sont monnaie courante : il faut savoir que les lecteurs d’aujourd’hui sont moins fidèles que par le passé, ce qui est compréhensible. À quoi bon lire la suite si on n’accroche pas au tome 1, alors qu’il y a toujours plus de livres à découvrir ? Lors d’un salon, un ami éditeur m’expliquait qu’il n’était pas contre une trilogie dans le même univers, mais à condition que les romans soient indépendants, avec des personnages différents.

Au fait, je ne sais pas vous, mais moi j'ai bien aimé le dernier Tarantino

Impossible de me rappeler pourquoi j’ai inséré ce GIF du dernier Tarantino…

En ce qui me concerne, au moment de soumettre mon premier bouquin j’avais déjà écrit le tome 2, et le tome 3 dans les grandes lignes (ce qui explique pourquoi j’ai été contraint de reprendre en profondeur le dernier volet, étant donné que les tomes 1 et 2 avaient muri lors des corrections éditoriales). Avec le recul, je pense que c’était le bon choix, mais chaque auteur a sa propre façon de travailer : certains estiment qu’il est insensé d’investir autant de temps et d’énergie sur des tomes 2 et 3 pour une publication incertaine. Personne n’a raison ou tort, vous seul pouvez trancher.

Bon, maintenant que vous savez dans quoi vous vous embarquez, je vais vous dire pourquoi écrire une trilogie est la plus belle chose qui soit. Ne me regardez pas avec cette mine étonnée. Oui, vous avez gagné, je l’avoue, écrire une trilogie, c’est grisant, merveilleux, gratifiant et délicieusement terrifiant. Ca vaut vraiment le coup… mais quand l’histoire s’y prête. Ce constat vaut pour tous les médias, y compris le cinéma. Il n’y a rien de pire qu’une saga comme la Vérité si je mens, non pas parce que j’ai horreur des comédies françaises. Ce que je veux dire, c’est que ces suites sont faites pour de mauvaises raisons (au hasard, l’argent…) alors qu’une trilogie devrait au contraire être pensée comme telle, dès l’écriture des premières lignes. Un peu comme à la télévision avec Six feet under, The Wire, les Soprano ou Breaking Bad… des séries différentes, mais qui bénéficient d’une vraie fin satisfaisante, contrairement au Lost de Jean-Jacque Abrams (oui, pour moi il s’appelle Jean-Jacque).

Un exemple tout simple : le premier Rambo, un chef d’oeuvre du cinéma américain. Ne ricanez pas, je suis très sérieux. Ce film raconte l’histoire d’un vétéran du Vietnam qui rentre traumatisé au pays, dans la misère la plus totale. Alors qu’il s’attendait à être accueilli en héros, le voilà désormais SDF, en pleine errance. Humilié et torturé par la police d’un shérif sadique, cette victime redevient une machine à tuer. À l’origine, le film devait se terminer par la mort du personnage de Sylvester Stallone (la scène avait même été tournée), mais au final, dans les années 80 on a eu droit à deux suites consternantes… alors que le premier opus se suffisait à lui-même. On pourrait dresser le même bilan avec d’autres sagas comme Robocop.

On ne le dira jamais assez, une trilogie n’a rien à voir avec une démarche commerciale, les suites ne peuvent être du réchauffé. Une trilogie doit être légitime, c’est-à-dire que le dernier volet doit susciter une intense réflexion chez le lecteur/spectateur, et bien évidemment de l’émotion. Mieux : dans la mesure du possible, l’ultime chapitre est pensé dès le début de l’écriture. Voici selon moi les meilleures trilogies de tous les temps, tous médias confondus. Des histoires qui ont marqué l’inconscient collectif. (Je ne reviens pas sur le Seigneur des Anneaux, j’ai dit tout le bien que je pensais du chef d’oeuvre de Tolkien dans cet article. Même constat pour Hunger Games).

Le Parrain

Le Parrain est pour moi l’exemple même de la trilogie réussie. Un premier chapitre novateur, un deuxième volet original (Francis Ford Coppola eut la merveilleuse idée d’adopter une structure risquée en flashbacks, et de faire appel à Robert De Niro pour incarner Vito Corleone jeune, le père d’Al Pacino), et un dernier acte au goût amer, avec cette magnifique question philosophique : qu’est-ce que le pouvoir ? Le dénominateur commun de ces trois films, c’est la famille, celle des Corleone, mais aussi celle de Coppola qui apparait régulièrement à l’écran dans une vertigineuse et émouvante mise en abyme : le bébé baptisé du premier volet n’est autre que Sofia Coppola, qu’on retrouve des années plus tard dans le dernier chapitre. La boucle est bouclée dans cette trilogie que vous ne pouvez pas refuser…

Ça (EDIT : trois tomes… mais seulement dans l’édition française J’ai lu)

Pour moi, Ça est peut-être ce que Stephen King a écrit de mieux avec le Fléau (une autre belle trilogie) et la Tour Sombre. Imaginez un clown tueur de gosses qui sévit aux Etats-Unis, des protagonistes qui sont encore enfants, et deux lignes temporelles (1954/1984) qui ne forment qu’une seule et même histoire… Ce cocktail donne une trilogie haletante qui se lit d’une traite. Le King approche de l’excellence car je serais bien en peine de vous dire quel tome j’ai préféré, signe que l’ensemble est homogène. C’est une vraie trilogie dans le sens noble du terme, avec une fin qui procure des frissons, mais surtout beaucoup de nostalgie et de tendresse façon Stand by me : 25 ans après l’avoir lue, je me souviens encore des sept jeunes héros du Club des Ratés.

La Guerre des Étoiles (la vraie trilogie)

Même si le Retour du Jedi ne bénéficie pas d’un scénario extraordinaire, les épisodes IV, V et VI forment un cycle relativement cohérent, grâce notamment à un deuxième acte dramatique à souhait (la capture de Han Solo, la fameuse révélation de Darth Vader). Détail incroyable, durant le tournage de l’épisode IV, Lucas n’était pas sûr que Vador soit le père de Luke.

Le cinéaste a failli écrire la trilogie parfaite, on ne peut d’ailleurs que regretter le départ du producteur Gary Kurtz après l’Empire Contre-Attaque, pour cause de divergence artistique avec Lucas sur ce qui s’appelait encore la Revanche du Jedi. Dans ce long dossier de Star Wars Universe, Gary Kurtz livre un témoignage passionnant  teinté d’amertume :

L’idée originale était que Han Solo soit récupéré au début de l’histoire et qu’il meure ensuite au milieu de l’histoire, durant un raid sur une base impériale.

Le fil de l’histoire qui a été totalement jeté par la fenêtre, et qui était vraiment important à mes yeux, était celui de Vador tentant de convaincre Luke de le rejoindre pour renverser l’Empereur. Car ensemble, ils avaient assez de pouvoir pour le faire. Il ne devait pas dire qu’il voulait dominer le monde et être le chef maléfique. C’était une transition. Vador devait se dire : « J’observe à nouveau ce que j’ai accompli, le chemin qu’a pris ma vie et la personne que je sers », et dans la tradition samouraï, « si je peux unir mes forces avec mon fils, qui est aussi fort que moi, peut-être pourrai-je réparer certains de mes torts. »  Tout cela devait être développé dans Le Retour du Jedi. L’histoire était donc plus poignante, et la fin était le couronnement de Leia qui devenait la reine de ce qui restait de son peuple, assumant le symbole royal. Cela signifiait qu’elle était désormais isolée des autres, et Luke s’en allait seul. C’était essentiellement une fin douce-amère. Elle n’était pas sa soeur qui se révélait juste pour tout conclure parfaitement. Sa soeur était à l’autre bout de la galaxie et elle ne devait pas débarquer avant l’épisode suivant. Ca aurait été assez triste, mais également poignant et optimiste car ils auraient gagné une bataille. Mais l’idée d’un autre assaut sur une autre Etoile de la Mort n’était pas présente du tout… Ca a finalement été du réchauffé de La Guerre des Etoiles, avec de meilleurs effets spéciaux. Et il n’y avait pas d’Ewoks… C’était entièrement différent. L’histoire était également plus adulte et plus simple.

Une soeur cachée de Luke devait donc apparaître dans les films ultérieurs à la trilogie. D’autres notes de Lucas pour L’Empire Contre-Attaque précisaient qu’elle suivait une formation de Jedi en même temps que Luke, dans une autre partie de la galaxie. Mis à part cet élément, Kurtz prétend que l’intrigue des suites « était très vague. C’était le périple de Luke pour devenir un Chevalier Jedi de premier plan dans le moule d’Obi-Wan Kenobi, et son ultime confrontation avec l’Empereur. C’étaient les grandes lignes et il n’y avait rien d’autre ».

Il semble donc que Lucas, peu satisfait du ton pessimiste de l’Empire Contre-Attaque, ait décidé de tout miser sur une happy end. Si pour le gosse des années 80 qui demeure en moi, le Retour du Jedi soutient la comparaison avec les épisodes IV et V (nostalgie oblige) l’adulte que je suis ne peut s’empêcher d’imaginer ce que la vision de Gary Kurtz aurait donné. On aurait évité une incohérence majeure entre la Revanche des Sith et le Retour du Jedi, quand cette mythomane de Léïa dit à Luke qu’elle se souvient du visage de sa mère (pfff, j’te jure), et on aurait peut-être eu un chef d’oeuvre du calibre de l’Empire Contre-Attaque

Evil Dead

« Chez Prix Bas les prix sont bas ! »

L’une des trilogies les plus drôles de l’histoire du cinéma. Un film d’horreur, une suite burlesque, et un épilogue qui se déroule au temps des chevaliers de la Table Ronde (et du Nécronomicon !), le tout porté par le talent inouï de Bruce Campbell, alias « Ash », l’homme à la tronçonneuse, exterminateur de morts-vivants… Une satire au vitriol de l’american way of life par Sam Raimi.***

Retour vers le Futur

Que peut-on dire de plus sur cette trilogie loufoque mille fois saluée par la critique ? Faut-il rappeler que c’est l’une des plus intelligentes sagas temporelle jamais réalisées ? Les détails sont soignés, et l’ironie toujours présente : Mac Fly retourne dans les années 50, rencontre sa mère… qui tombe amoureuse de lui. De l’humour, de l’émotion, une véritable pépite des années 80.

Les Fourmis

Les Fourmis, c’est pour moi l’oeuvre phare de Bernard Werber (avec les Thanatonautes). Je suis fan de ses premiers livres (et uniquement des premiers). Cet auteur a subi des attaques féroces, parfois justifiées (je pense notamment au très décevant Papillon des Étoiles), mais quoi qu’il en soit, cette trilogie reste un monument de la littérature de l’imaginaire. Fable philosophique, roman scientifique, enquête policière, les Fourmis, c’est un peu tout ça à la fois. Et l’auteur accomplit l’exploit de mettre du liant avec des personnages qui n’ont, a priori, rien à voir.

Dead or Alive (DOA)

La plus longue ligne de coke de l’Histoire du Cinéma (Dead or Alive I)

La trilogie extrême du cinéaste surdoué japonais Takashi Miike, interdite aux moins de 77 ans. Le seul rapport entre les trois volets, ce sont les deux acteurs principaux ! Le premier DOA est un film de yakuzas ultra-violent qui se termine par un duel au bazooka (!!). Le deuxième chapitre, contemplatif et mélancolique (!!!), se déroule dans une province japonaise au charme désuet, tandis que le troisième long-métrage est orienté SF cyberpunk… Seul un réalisateur de la trempe de Takashi Miike pouvait faire preuve d’un tel culot, pour un résultat what the fuck absolument jouissif. Le cinéaste fait voler en éclats tous les principes que j’ai énumérés dans mon article, mais s’affranchir de toutes les règles, n’est-ce pas là la marque du génie ? 🙂

Merci de nous parler de cinéma japonais, mais où voulez-vous en venir exactement ?

Pardon, je m’égare. En bref, si vous êtes un jeune auteur comme moi, je vous déconseille fortement de commencer par une trilogie, mais si c’est votre rêve, et que votre projet nécessite impérativement ce format très particulier, alors il faut vous lancer et éviter de douter par la suite. « Fais-le ou ne le fais-pas, il n’y a pas d’essai » expliquait ce bon vieux Yoda. Écrire une trilogie, c’est un peu comme être dans la peau d’un boxeur qui prépare les championnats du monde.

Vous êtes un écrivain, ce qui revient à dire que vous êtes votre pire ennemi, donc n’oubliez pas de prendre soin de vous. Et puis, tant qu’à faire, arrêtez de lire cet article un peu déprimant. Je vous ai parlé de combat quotidien à travers des métaphores sportives comme la boxe ou l’alpinisme, d’accord, mais il ne faut jamais perdre de vue qu’écrire doit rester, autant que faire se peut, un plaisir avant tout.

Alors courage pour votre future trilogie et, surtout, amusez-vous bien !

* Ce constat est le même pour tous les auteurs. En 2003, Stephen King a repris le Pistolero qu’il avait écrit à la fin des années 70.

** Sans que ce ne soit non plus dramatique, j’ai été confronté à ce cas de figure en terminant les corrections éditoriales de mon tome 2. J’ai eu envie de mieux introduire une caractéristique propre à un personnage, mais bien sûr le tome 1 était déjà publié. Tant pis, c’est la vie.

*** J’ai longtemps hésité à mettre la trilogie Spider-Man du même réalisateur dans mon classement (j’avais beaucoup aimé les deux premiers), mais de l’avis même de Sam Raimi,  Spider-Man 3 « ne fonctionne pas très bien ».

Published in: on janvier 22, 2016 at 6:42  Comments (25)  
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