Une date pour l’édition papier des Pirates de l’Escroc-Griffe

Je m’apprêtais à aller au cinéma voir Jupiter Ascending (oui, j’écris « Jupiter Ascending« , car je trouve le titre français « Jupiter : le destin de l’univers » horrible…) lorsque j’ai reçu un mail de Bragelonne : le tome 1 des Pirates de l’Escroc-Griffe sera publié en papier le même jour que pour la version numérique, soit le 18 mars…. et voilà que je commence à être impatient !

À très vite pour ma critique du dernier Wachowski !

Published in: on février 10, 2015 at 4:23  Comments (14)  
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On parle des Pirates dans le magazine Neverland

Pour les abonnés qui n’ont pas encore reçu leur numéro de Neverland, voici l’article (décalé) consacré aux Pirates de l’Escroc-Griffe. Vous remarquerez que je suis en bonne compagnie avec l’intimidant Stephan Wul et la talentueuse Cécile Duquenne, l’auteur de l’excellente série les Foulards rouges que j’avais eu le plaisir de chroniquer ici. Il est aussi question des « mousquetaires », les nouveaux auteurs français qui se faufilent chez Bragelonne… À mon humble niveau, je suis heureux de faire partie de cette vague !

Published in: on janvier 31, 2015 at 2:08  Comments (4)  
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Souvenirs de Marnie

Collégienne mal dans sa peau, Anna est envoyée par sa mère adoptive à la campagne chez son oncle et sa tante afin de se ressourcer. En proie à des rêves étranges, elle découvre un manoir abandonné, habité par une mystérieuse adolescente : Marnie.

Pendant qu’on parle du départ du maître Miyazaki et de la fin d’un âge d’or de l’animation japonaise, le studio Ghibli ne cesse de nous livrer des perles. La dernière en date : les Souvenirs de Marnie, une histoire poignante qui flirte avec le surnaturel. Comme dans bien des films Ghibli, on retrouve une ambiance empreinte de mélancolie. Anna tente d’échapper à son mal-être et se retrouve à errer dans une campagne japonaise plus vraie que nature. En faisant l’expérience d’une amitié fusionnelle avec Marnie, Anna va peu à peu découvrir les secrets du manoir abandonné, secrets qui la transformeront à jamais. Le long-métrage oscille sans cesse entre le mélodrame et le fantastique, cette histoire de fantômes pourrait tout aussi bien être le récit d’une dépression nerveuse sévère. L’ambiguité fait tout le charme de ce film particulièrement touchant : on suit avec émerveillement les aventures oniriques de personnages émouvants. L’oncle et la tante de Marnie sont époustouflants de vérité, au point où j’ai oublié que j’étais devant un film d’animation. Si les Souvenirs de Marnie n’auront peut-être pas le succès du Vent se lève, pour ma part j’ai été bouleversé par cette histoire douce-amère sur laquelle plane l’ombre de Miyazaki. Le réalisateur Hiromasa Yonebayashi peut vraiment être fier de ce film lyrique au dessin somptueux : on redécouvre un Japon délicieusement champêtre, presque intemporel.

Après l’échec commercial du conte de la Princesse Kaguya au Japon, le destin du studio Ghibli dépendra largement de l’accueil réservé à Marnie dans le reste du monde, ce qui ne manque pas de me serrer le cœur tant j’adule ces films artisanaux, à l’opposé du cynisme hollywoodien. Je ne sais pas combien de temps Ghibli pourra nager à contre-courant, mais je vous recommande chaudement ce qui est peut-être son dernier diamant…

Published in: on janvier 30, 2015 at 11:05  Comments (15)  
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La couverture du tome 1 des Pirates de l’Escroc-Griffe

C’est avec émotion que je vous dévoile enfin la couverture du tome 1 des Pirates de l’Escroc-Griffe ! Un immense merci à toute l’équipe de Bragelonne, à Claire et Marie qui ont cogité pendant plusieurs mois…

Pour info, la tortue est une vue stylisée de Shakayuto, une créature que vous rencontrerez dans le roman. Cette scène est un moment particulièrement important pour les Pirates de l’Escroc-Griffe. J’espère que cette couverture vous plaira autant qu’à moi !

Published in: on janvier 28, 2015 at 2:38  Comments (46)  

Les Pirates de l’Escroc-Griffe seront publiés chez Bragelonne !

 


C’est officiel, l’intégralité de ma trilogie va être publiée à partir du mercredi 18 mars ! Comme si cette bonne nouvelle ne suffisait pas, j’ai la chance et l’honneur de rejoindre l’éditeur de mes rêves, Bragelonne… Cette maison d’édition est connue pour avoir fait découvrir en France l’immense David Gemmel, Patrick Rothfuss et tant d’autres auteurs prestigieux : bien avant que Game of thrones ne devienne un phénomène de société, Bragelonne avait traduit en 2008 du George R.R. Martin. Aujourd’hui, on trouve dans son catalogue des géants tels que Stephen King, Arthur C. Clarke, Graham Masterton, Joe Abercrombie, Tim Powers, Raymond E. Feist, Clive Barker, Robert E. Howard, Peter Straub, Robert Jordan, Margaret Weis… Recevoir la confiance d’une si grande maison d’édition est extrêmement émouvant pour moi, d’autant plus que j’ai une histoire particulière avec elle. L’histoire d’une vie, en fait.

Comme bon nombre d’enfants des années 80, j’ai découvert la littérature de l’imaginaire avec Bilbo le Hobbit, Jules Verne ou H.G Wells. Le petit écran m’a aussi marqué : le mercredi après-midi, je ne manquais jamais un animé, en particulier les Trois Mousquetaires.

Bon, c’est vrai que les protagonistes étaient des chiens (!), mais sinon l’intrigue était fidèle à Alexandre Dumas, que j’adorais… J’aimais ce mariage entre fantastique, aventures et Histoire, et je me souviens avoir été impressionné par le pirate Rackham le Rouge du Secret de la Licorne. 

Comme je ne savais pas encore lire, ces images étaient une source de frustration, j’avais envie de comprendre le texte qui accompagnait les illustrations, sans parler de tous ces romans de la bibliothèque familiale qui demeuraient inaccessibles. Quand j’ai appris à lire, un nouveau monde s’est offert à moi : je me suis mis à dévorer quantité d’ouvrages. C’est à cette époque que j’ai durablement été marqué par « les livres dont vous êtes le héros ».

J’en écrivais dans des cahiers (le premier s’appelait le Pays Maudit), et il m’arrivait même, lors des récréations, de raconter des « histoires interactives » devant mes camarades : je leur décrivais une situation, ils effectuaient un choix et j’improvisais la suite de leurs aventures… Je me sentais décalé car je préférais les monstres aux héros et rêvais de vivre des aventures comme dans l‘Île au trésor, la Guerre des Mondes, Vingt mille lieues sous les mers, Bilbo le Hobbit ou la Fameuse Invasion de la Sicile par les ours. Quand l’institutrice m’expliquait que les dragons n’existaient pas, j’éprouvais un mélange de tristesse et d’indignation. Je quittais alors ce monde ennuyeux en rejoignant la folle équipe du baron de Münchhausen sur la Lune. Je me demandais si mes grands-parents avaient vécu leur jeunesse dans un monde en noir et blanc, comme dans les vieux films, et à partir de quel âge on se transformait brutalement en adulte1. Tous les matins, j’essayais de déplacer un verre rempli d’eau par la force de la pensée. Pendant des années, je me lamentais sur la tragique extinction des dinosaures, les animaux les plus intéressants de la Création, et je me promettais de devenir explorateur afin de retrouver un plésiosaure dans le Loch Ness. Je passais des heures à essayer de localiser l’Atlantide sur une carte, et lorsque le chat venait me voir, je tentais durant le reste de l’après-midi de lui apprendre à lire… sans succès.

J’ai continué à m’évader durant l’adolescence avec Casus Bellile Seigneur des Anneaux, le cycle du Champion éternel de Michael Moorcock (jeux de rôle oblige), H.P. Lovecraft (ah, L’appel de Cthulhu !), Anne Rice (et le World of Darkness), sans parler de Dune, Dragonlance, Dark Sunla trilogie de l’elfe noir, Akira, la Tour sombre, Warhammer 40.000 ou bien encore la Croisade noire du Jedi fou. J’ai grandi avec ces univers au bord de la Méditerranée, regrettant que la Fantasy ne soit pas plus peuplée d’archipels infestées de pirates. Au cinéma, j’avais été impressionné par le film Pirates, que j’ai d’ailleurs toujours préféré aux Pirates des Caraïbes de Disney.

Dans les deux cas, ces aventures maritimes se déroulaient immanquablement sur Terre, et non dans un monde à la Donjon et Dragons, peuplé de monstres. Je canalisais ma frustration en imaginant des pirates dans mes parties de Star Wars, le jeu de rôle, ou des Eldars, les fameux Elfes de l’espace… J’inventais des univers pour mes amis comme le jeu de rôle les Huit Lances de Diamant, inspiré de mon premier livre dont vous êtes le héros, le Pays Maudit.

Plus tard, alors que j’étudiais l’Histoire à l’université, mes amis ont insisté pour que je lise Pierre Bordage, Serge Lehman et Roland C. Wagner. C’est à cette époque que j’ai réalisé qu’il existait une littérature francophone de genre contemporaine, très dynamique. Tiens… En 1999, j’écrivais mon premier roman, une œuvre fantastique inachevée, en partie rédigée lors de fouilles archéologiques non loin de Pétra, mais mon inspiration se perdit dans le sable du désert jordanien. La même année, je subissais de lourdes opérations pour me faire retirer deux tumeurs. Après tous ces événements, positifs comme négatifs, ce n’était pas seulement mon regard sur le monde qui avait changé, mais aussi mon écriture. Je réalisais qu’écrire demandait de la maturité.

Pendant ma convalescence, je me décidais à écrire des nouvelles pour le plaisir. J’avais beaucoup d’autres projets en tête, mais il m’était difficile de retrouver l’enthousiasme de mon premier roman. Essayer d’en écrire un autre me donnait l’impression d’être infidèle.

En 2000, j’étudiais encore à l’université lorsqu’un beau jour, j’aperçus dans les rayons de la Fnac une nouvelle collection de livres aux couvertures flamboyantes. Quel choc ! Qui pouvait bien publier de si beaux ouvrages de fantasy ? La maison d’édition s’appelait Bragelonne, en hommage à l’écrivain de mon enfance, Alexandre Dumas et son célèbre Vicomte de Bragelonne. Moi qui avait été élevé au Folio SF, je redécouvrais l’existence du grand format. Au-delà des illustrations, je me rappelle surtout de cette envie quasi-irrépressible d’acheter ces ouvrages juste en lisant les résumés, alléchants : les Orcs héroïques de Stan Nicholls, Richard Cypher et l’épée de vérité

J’avais beau adorer cette maison d’édition, si quelqu’un m’avait dit que j’allais un jour, à mon tour, être publié par Bragelonne, j’aurais éclaté de rire ! Je n’avais même pas réussi à terminer l’écriture de mon premier roman…

En 2003, l’adaptation du Retour du Roi par Peter Jackson triompha au cinéma et remporta dans la foulée onze Oscars. Le Seigneur des Anneaux devenait un phénomène de société, au même titre que la Guerre des Étoiles. Savoir que le monde entier se passionnait pour l’Heroïc-Fantasy me rendait heureux, mais j’avais soif d’explorer d’autres rivages sans elfes, nains ou hobbits. Parallèlement, je réalisais que les histoires de pirates se passaient presque toujours sur Terre au XVIIe ou au XVIIIe siècle. Et si mon futur roman se déroulait au royaume des Mers Turquoise, avec ses hommes-iguanes réduits en esclavage ? Et si l’histoire tournait autour du capitaine Bretelle, un pirate qui n’avait jamais réussi un abordage ?

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Ça y est, j’avais enfin un nouveau projet ! Pour m’ôter toute pression, je décidais de ne me donner qu’un seul objectif : terminer l’écriture du livre. Après l’échec de mon premier roman, inachevé, j’avais cruellement conscience que le défi n’était pas simple. Même si mon univers, le Monde-Fleur, était exotique, le récit devait rester une aventure dans l’esprit d’Alexandre Dumas. Je rédigeais donc chaque chapitre à la manière des feuilletons du XIXe siècle, avec les inévitables rebondissements et autres fins à suspens. Je me souviens qu’en 2005, l’année de mon premier voyage au Japon, je poussais le vice jusqu’à envoyer par mails des épisodes à mes amis qui attendaient une semaine pour lire la suite. Les mousquetaires noirs, les duels à la pistorapière, le cardinal Vélin, tous ces éléments constituaient des hommages à une époque romantique aujourd’hui révolue, mais aussi à la culture pulp, au steampunk, aux jeux vidéos ainsi qu’aux mangas. À mesure que j’avançais, je me rendais compte que je développais à travers mon équipage pirate, de façon inconsciente, une thématique qui me tenait à cœur : la quête du père, la famille, la différence, la tolérance, des sujets tragi-comiques que j’appréciais chez Wes Anderson (la Famille Tenenbaumla Vie aquatique…). En 2010, j’avais enfin mon premier jet. Je n’avais plus qu’à le corriger. Naïvement, je croyais me rapprocher de l’édition…

Et puis, une nuit de mars 2011, alors que le sommeil me fuyait, je découvris sans le savoir le site qui allait changer ma vie : Cocyclics.

« La mare », comme l’appellent affectueusement ses membres, « les grenouilles »2. Un forum d’écriture créé par Syven (qui a ma gratitude éternelle), sur lequel on pouvait faire bêta-lire des textes, et en retour être bêta-lu. Et pourquoi pas, être publié par un éditeur partenaire comme Bragelonne ! Cette nuit là, je me pris à rêver d’une telle aventure… Au bout de quelques semaines passées sur ce site avec Fred, Gabrielle, Eric et bien d’autres grenouilles, j’avais plus progressé dans mon écriture qu’au cours des huit dernières années. Je réalisais alors qu’un premier jet ne constituait pas la fin, mais le début du voyage. Traduction : la première version des pirates de l’Escroc-Griffe était largement perfectible… Combien de fois je me suis félicité de ne pas l’avoir envoyée aux éditeurs !

Je passais deux années à me prendre des coups de fouet me  livrer à des corrections acharnées. Grâce à ce forum virtuel, je nouais de solides amitiés bien réelles, dignes des trois mousquetaires… Je découvrais aussi que j’étais capable d’écrire d’autres bouquins (mais ceci est une autre histoire). En mai 2013, mon roman recevait enfin l’estampille Cocyclics, qui me donnait la possibilité de soumettre mon livre aux maisons d’édition telles que Bragelonne. Je reçus des retours positifs mais avant de me décider, je souhaitais attendre toutes les réponses. Sur les conseils de Pénélope Chester, j’allais aux Imaginales à Epinal passer le « speed dating ». Le principe était simple : chaque auteur disposait de quelques minutes pour présenter son projet à des éditeurs. Le jour J, je rencontre Pierre Bordage, avec qui je déjeune. Lorsque je lui annonce que je participe au speed-dating, il me dit qu’il va croiser les doigts pour les pirates ! Et quelques heures plus tard, le coeur battant, je me retrouve devant Stéphane Marsan en personne, le co-fondateur de Bragelonne… un grand moment ! Stéphane est enthousiasmé par le pitch du roman, on discute jeux de rôle… et il me demande de lui envoyer le tome 1. La suite, vous la connaissez…

Voilà pourquoi je suis si touché par la confiance que m’ont témoigné Stéphane Marsan et Claire Deslandes. Je ne remercierai jamais assez ces passionnés de l’imaginaire d’avoir cru en mes pirates… qui vont m’échapper pour vivre leur vie. J’ai aussi une reconnaissance infinie pour mes soeurs et frères de plume, les grenouilles de Cocyclics, qui m’ont encouragé durant toutes ces années, et une tendresse particulière pour Anne-Lorraine, mon âme-soeur, toujours là pour m’encourager. Le tome 1 sera disponible début 2015 en papier et en numérique dans la collection Snark, j’ai vraiment hâte de vivre ce moment avec vous !

EDIT 2016 : comble de bonheur, l’aventure s’est poursuivie avec une édition intégrale en grand format de ma trilogie, je raconte la suite de cette belle histoire ici.

1. Si quelqu’un connait la réponse…

2. Aussi incroyable que cela puisse paraître, j’ai inventé la grenouille du capitaine Bretelle avant de découvrir la mare. Vous avez dit « destin » ?

Published in: on janvier 9, 2015 at 10:42  Comments (101)  
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No pasarán

Ce jour de deuil sera un peu particulier pour moi. En tant qu’auteur, j’ai réfléchi à ma propre conception de la liberté d’expression. Ironie du sort, j’ai appris juste après l’attentat la fameuse bonne nouvelle que j’attends depuis si longtemps… Inutile de vous dire qu’après ce drame, la bonne nouvelle est devenue bien dérisoire…

Triste coïncidence, mes romans parlent souvent de fanatisme religieux, mais aussi de tolérance… Je pense qu’à mon très humble niveau, le plus beau des hommages, c’est de continuer à écrire coûte que coûte. Parfois, je me demande si les intégristes de mes histoires ne vont pas trop loin dans l’intolérance, et à chaque fois, l’actualité me prouve malheureusement que la bêtise et la haine dépassent en horreur mes fictions. Devant tant de cruauté, faut-il s’arrêter d’écrire ? Certainement pas.

« Traite les sujets graves avec légèreté, et les sujets légers avec gravité » enseigne la voie du samouraï. J’ai la chance de pouvoir, avec ma plume, combattre le fascisme. Continuer d’écrire normalement, c’est la meilleure façon d’honorer ceux qui sont tombés pour la liberté d’expression.

J’ai tout naturellement une pensée émue pour les victimes de Charlie Hebdo, les policiers tués et les familles endeuillées… comme vous.

No pasarán !

Published in: on janvier 7, 2015 at 11:27  Laissez un commentaire  
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La Bataille des Cinq Armées

Ce n’est pas un secret : j’entretiens une relation compliquée avec Peter Jackson (qui jusqu’à présent le vit bien). Je fais partie des gens qui ont idolâtré le Seigneur des Anneaux à sa sortie et qui ne jurent que par les versions longues. J’ai aimé un voyage inattendu, hurlé de joie quand le cinéaste néo-zélandais a annoncé qu’il voulait réaliser une trilogie. À l’époque, j’avais cru, à tort, que Jackson allait adapter le conte de mon enfance en deux films et nous livrer un troisième opus totalement original servant de lien entre le Hobbit et le Seigneur des Anneaux. Du coup, l’année dernière j’ai conspué la désolation de Smaug dans cet article incendiaire qui a longtemps été le plus lu de mon blog. Pour résumer : j’avais détesté l’histoire d’amour entre une elfe et un nain, l’abus d’effets numériques, les multiples trahisons vis à vis de l’œuvre originale, la fin en queue de poisson… J’étais si déçu qu’il n’était même pas question de regarder les sacro-saintes versions longues de cette nouvelle trilogie.

Quand la bataille des cinq armées est sorti, je me suis juré de ne pas le voir, déversant mon fiel sur les articles de mes (patients) amis blogueurs.

Mon état d'esprit à la sortie de "la Désolation de Smaug"

Mon état d’esprit à la sortie de « la Désolation de Smaug »

Mardi soir, étant donné que j’avais visionné tous les films de mon cinéma, c’est la mort dans l’âme que je suis allé voir le dernier Peter Jackson, persuadé d’être à nouveau trahi et… hum… comment dire…

Il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis.

Est-ce que cela signifie que j’ai brutalement retourné ma veste ? Pour être franc, les défauts que je redoutais sont bien là : le numérique à outrance, les libertés avec le conte original, l’histoire d’amour, le trop plein d’action… mais, je dois le reconnaître, ces problèmes sont bien moindres que ce que j’imaginais. Vous l’avez deviné, j’ai aimé ce troisième volet des aventures de Bilbo. Peut-être par ce que j’ai fait le deuil de l’adaptation dont je rêvais ? Ou parce que je savais que c’était le dernier long-métrage consacré à la Terre du Milieu ? Toujours est-il que j’ai beaucoup apprécié l’interprétation pleine d’émotion de certains acteurs : Richard Armitage en roi fou, Martin Freeman dans la peau d’un Hobbit héroïque. J’aurais d’ailleurs souhaité plus de scènes les réunissant, car le film est un écho intéressant, quasi psychanalytique, du premier opus : un souverain qui reproduit les erreurs de son grand-père à travers la quête de cette montagne, véritable tombeau malédiction familiale. J’ai aimé l’idée, pour le coup pas très manichéenne, qu’après avoir triomphé Thorin risque de devenir à son tour un dragon assoiffé de richesses. Comment ne pas percevoir dans le destin de ce roi un funeste prélude au Seigneur des Anneaux ? Sans unité, les peuples de la Terre du Milieu sont au bord du gouffre. L’avidité, la tentation du pouvoir, autant de thématiques importantes dans l’œuvre de Tolkien et que Peter Jackson traite, une fois de plus, comme un drame shakespearien à la manière des Deux Tours et du Retour du Roi : il y a beaucoup de Theoden et de Denethor dans le personnage du souverain Thorin.

Thorin, le charismatique roi des nains

Bien sûr, ce ressenti ne peut faire oublier les nombreux défauts du long-métrage. La séquence fan service à Dol Guldur est, avec celle de Legolas en skate-board dans les Deux Tours, la scène la plus embarrassante des six films : Gandalf, Galadriel, Elrond et Saroumane combattent des Nazgûl ninjas numériques commandés par un Sauron qui manque cruellement d’envergure. Les incohérences sont légion : entre les trolls qui ne craignent plus la lumière du jour, la géographie de la Terre du Milieu pas toujours respectée, on a l’impression que Peter Jackson souhaite davantage mettre en scène une histoire épique bourrée d’action qu’un conte poétique. Mais passé ce constat, j’ai aussi eu le sentiment que les pièces d’un puzzle se mettaient en place, et pour cause : après le Seigneur des Anneaux, Tolkien lui-même a tenté, sans succès, de réécrire l’enfantin Bilbo le Hobbit pour assurer une meilleure cohérence avec sa trilogie. Le réalisateur néo-zélandais a décidé de procéder de même : s’éloigner du livre en essayant de ne pas trahir son esprit. Autant dire qu’il s’agit d’un grand écart impossible (Bilbo a été pensé comme un conte naïf), mais qui n’est pas dénué de légitimité quand on sait que Tolkien lui-même était gêné par certaines, osons le mot, incohérences inhérentes à son œuvre de jeunesse. Voilà pourquoi, avec le recul, j’ai réalisé que je ne pouvais qu’être déçu par l’un des trois films (pour info, je n’avais pas aimé la version courte des Deux Tours).

Si, pour moi, le Seigneur des Anneaux restera à jamais la trilogie phare de Peter Jackson, je suis forcé de reconnaître que la saga du Hobbit n’est pas dénuée de qualité. Mardi soir, le barbu de Wellington m’a offert un beau cadeau de Noël : un ultime voyage dans la Terre du Milieu. Merci Monsieur Jackson, j’ai hâte de découvrir vos versions longues !

D’autres avis : Lorhkan, Traqueur Stellaire, Le Bibliocosme, Sardequin

Published in: on janvier 2, 2015 at 10:40  Comments (23)  
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Oui, ce blog est toujours vivant

Je suis vraiment désolé d’être moins présent depuis quelques temps, mais croyez-moi, je n’ai pas procrastiné… et le résultat en vaudra la peine (enfin, j’espère !).

D’ici deux mois, vous en saurez plus sur la bonne nouvelle éditoriale qui concerne les Pirates de l’Escroc-Griffe (et les fameuses surprises dont je vous parle depuis un certain temps déjà).
En attendant, je vous souhaite de joyeuses fêtes de fin d’année ! Prenez soin de vous.

Allez, je me remets au boulot…

Published in: on décembre 26, 2014 at 10:46  Comments (23)  

Interstellar

Pourquoi les Minipouces en illustration ? Réponse dans l’article.

Un agriculteur est envoyé dans l’espace afin de sauver l’Humanité.

Parfois, la bande-annonce d’un long-métrage génère une telle attente qu’on guette avec impatience la sortie du film, surtout quand on sait qu’il est réalisé par Christopher Nolan, un cinéaste qui a marqué les années 2000. (Mémento, le Prestige, The Dark Night, Inception). Cette bande-annonce m’avait vraiment touché :

Est-ce à cause de cette attente que je suis si déçu ? J’aurais aimé livrer sur ce blog une critique dithyrambique, vous dire combien cette épopée spatiale m’a transporté, et je comprends qu’on puisse l’être. Les images, magnifiques, sont accompagnées par l’orgue hypnotique d’Hans Zimmer qui n’est pas sans rappeler la musique de Philip Glass sur Watchmen. À l’exception d’Anne Hataway, les acteurs sont bons.

C’est malheureusement à peu près tout ce que je peux dire de positif… La rencontre ne s’est pas faite et il m’a été impossible de rentrer dans le film, à mon grand regret. Pour tout vous dire, j’ai tellement été frustré de ne pas partager l’enthousiasme de mes proches que j’ai hésité plusieurs semaines avant de publier ce billet amer. Je n’avais plus été déçu à ce point depuis la Désolation de Smaug.

Après une longue introduction se déroulant sur Terre dans un futur proche, ce mélo se perd dans les invraisemblances, épinglées par l’Odieux Connard. Si l’ancien pilote d’essai est le sauveur de l’Humanité, pourquoi n’a-t-il pas été contacté plus tôt par la NASA ? On ne le saura jamais. Toujours est-il que sa mission, je le répète, préparée par la NASA ! n’a de spatiale que le nom : les scientifiques qui pleurent tous les quarts d’heure ne sont absolument pas préparés au voyage et prennent, tout au long du film, des décisions improvisées avec un robot, des vaisseaux et des dialogues qui n’ont rien de crédibles, surtout dans un projet de cette ampleur. Je ne parle même pas d’une mort particulièrement stupide qui aurait pu être évitée avec le robot tout-terrain, dans une séquence dramatique qui m’a fait éclater de rire…

eljhWOM

Bref, un festival d’incohérences qui ferait passer Prometheus pour un documentaire de la BBC.

Avec une technologie si surréaliste sophistiquée, pourquoi les frères Nolan n’ont-ils pas opté pour une époque plus lointaine dans le futur ? Tout au long du métrage règne un flottement, comme si les scénaristes n’avaient pas su choisir entre le ton réaliste de Contact et l’action space opera de Perdus dans l’espace (j’y reviendrai). Ce flottement high-tech low-tech est l’une des raisons qui m’a empêché d’embarquer dans cette odyssée aussi somptueuse que frustrante. Les (bonnes) idées partent dans tous les sens sans qu’elles ne soient véritablement exploitées.

Vous allez me dire que le réalisme n’est pas le sujet du film, mais ces incohérences parasitent l’émotion, on navigue en permanence entre le larmoyant et le glacial. Alors que la bande-annonce promettait une séquence poignante avec un héros bouleversé laissant ses enfants sur Terre, le passage est brutalement bâclé expédié : comment un père peut-il abandonner si rapidement une fillette aussi attachante, qui plus est en pleurs, pour une mission extrêmement dangereuse ?

Difficile d’y croire. Je trouve que Nolan se repose de plus en plus sur des ellipses au lieu de traiter en profondeur les scènes importantes. Il s’agissait d’un des défauts de The Dark Night Rises (comment Batman arrive-t-il à s’en sortir à la fin ? La solution est à peine suggérée dans le film), et c’est encore plus flagrant dans Interstellar. À la différence de l’immersif Gravity, le spectateur est souvent tenu à l’écart du point de vue du protagoniste principalQu’on adore ou qu’on déteste l’œuvre d’Alfonso Cuaron, il faut bien reconnaître au cinéaste mexicain un talent pour se focaliser sur une histoire simple en donnant l’illusion du réalisme. Dans Interstellar, l’émotion promise par la bande-annonce est noyée dans de soporifiques dialogues scientifico-philosophiques abordant des thèmes (l’écologie, les aliens, la paternité, l’amour, la mort…) déjà traitées, en mieux, dans  2001Contact, The Fountain, Solaris ou Tree of life. Jamais Interstellar n’arrive à se hisser à la cheville de ces classiques, à cause d’un scénario extrêmement brouillon bouffi de bons sentiments qui part dans tous les sens, au lieu de se concentrer sur l’un des thèmes en question. Un scénario brouillon ? Un comble quand on sait de quoi est capable l’auteur de Memento et du Prestige... Dans cette interview, Christopher Nolan donne une information intéressante :

Mon frère a travaillé sur ce projet pendant plusieurs années ; il écrivait avec un physicien, Kip Thorne. Au coeur de son projet, il y avait cette idée d’un film SF où la science serait réaliste.

Il semble que Christopher Nolan ait sabordé tout le travail accompli en amont par son frère, surtout à la lecture de la première version du scénario, rendue publique sur le Net. C’est d’autant plus regrettable quand on possède des acteurs aussi talentueux que Michael Caine et Matthew McConaughey, qui s’était déjà illustré dans… Contact.

Ajoutez à cela un message niais (« l’Amour est ce qui permet aux hommes d’explorer d’autres mondes », les Amérindiens apprécieront…), une scientifique illuminée moins dégourdie que le personnage de Sandra Bullock dans Gravity, beaucoup de prétention (dans la dernière demi-heure Nolan se prend pour Stanley Kubrick, il l’avoue à moitié dans cette interview), de nombreuses séquences involontairement comiques qui ont fait sourire la salle (mention spéciale au Minipouce caché dans la bibliothèque 1.), un robot ridicule et vous obtenez, hélas, le plus beau ratage de 2014 . Pour moi, le pire film de Nolan. Reste une magnifique bande-annonce. Dommage…

1. pour les moins de trente ans, voici le générique des Minipouces, le dessin-animé culte des années 80.

D’autres critiques : Les Murmures d’A.C. de Haenne

Published in: on novembre 28, 2014 at 10:43  Comments (23)  
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La machine d’Anticythère et les fabuleux mécanismes de l’Antiquité

à 09.51.53

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Dans cet article sur mes fouilles archéologiques en Jordanie, j’expliquais comment l’Antiquité m’avait influencé dans la création de mondes imaginaires, surtout au niveau de la technologie. Il est amusant de constater combien nous sommes marqués par une vision linéaire de l’Histoire, comme si le progrès technique s’était régulièrement opéré de la préhistoire jusqu’à nos jours en suivant une diagonale… Rien n’est plus faux ! J’adore jouer avec cette idée dans mes univers fictifs, il faut dire que l’Histoire est une source d’inspiration infinie.

Lorsque des scaphandriers grecs trouvent en 1900 l’épave d’un navire romain revenant de Grèce, ils sont loin d’imaginer que leur découverte va bouleverser notre connaissance de l’Antiquité. Et pour cause : à l’intérieur du bateau a été mise au jour un mécanisme doté d’engrenages, d’aiguilles, de cadrans…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Autre élément étonnant, la présence de signes astronomiques basés sur le cycle lunaire. Pour comprendre la machine il faut étudier aussi bien l’astronomie que les mathématiques… et garder en tête que ce genre d’engin n’apparaît qu’à l’époque de la Renaissance ! Il s’agit donc d’une découverte de premier plan qui amène bien des questions… Est-ce une machine unique ? Qu’est-ce qu’elle nous apporte d’un point de vue historique ? Ces questions sont intéressantes à plus d’un titre, car elles bousculent quelque peu notre vision classique de l’Antiquité.

Un objet complètement inconnu ?

Pas vraiment. Cicéron raconte qu’il a hérité de sa famille d’une machine étrange, et qu’un de ses amis en avait élaboré une autre. [1,14] XIV.

Ce que je vous dirai, reprit Philus, n’est pas nouveau… Gallus fit apporter cette fameuse sphère, seule dépouille dont l’aïeul de Marcellus voulut orner sa maison après la prise de Syracuse, ville si pleine de trésors et de merveilles. J’avais souvent entendu parler de cette sphère qui passait pour le chef-d’œuvre d’Archimède, et j’avoue qu’au premier coup d’oeil elle ne me parut pas fort extraordinaire. Marcellus avait déposé dans le temple de la Vertu une autre sphère d’Archimède, plus connue du peuple et qui avait beaucoup plus d’apparence. Mais lorsque Gallus eut commencé à nous expliquer, avec une science infinie, tout le système de ce bel ouvrage, je ne pus m’empêcher de juger qu’il y avait eu dans ce Sicilien un génie d’une portée à laquelle la nature humaine ne me paraissait pas capable d’atteindre. Gallus nous disait que l’invention de cette autre sphère solide et pleine remontait assez haut, et que Thalès de Milet en avait exécuté le premier modèle; que dans la suite Eudoxe de Cnide, disciple de Platon, avait représenté à sa surface les diverses constellations attachées à la voûte du ciel ; et que, longues années après, Aratus, qui n’était pas astronome, mais qui avait un certain talent poétique, décrivit en vers tout le ciel d’Eudoxe. Il ajoutait que, pour figurer les mouvements du soleil, de la lune et des cinq étoiles que nous appelons errantes, il avait fallu renoncer à la sphère solide, incapable de les reproduire, et en imaginer une toute différente; que la merveille de l’invention d’Archimède était l’art avec lequel il avait su combiner dans un seul système et effectuer par la seule rotation tous les mouvements dissemblables et les révolutions inégales des différents astres. Lorsque Gallus mettait la sphère en mouvement, on voyait à chaque tour la lune succéder au soleil dans l’horizon terrestre, comme elle lui succède tous les jours dans le ciel ; on voyait par conséquent, le soleil disparaître comme dans le ciel, et peu à peu la lune venir se plonger dans l’ombre de la terre, au moment même où le soleil du côté opposé … (Cicéron, de La République, Livre I, Chapitres XI-XV).

Selon les dernières analyses remontant aux années 2000, et les scanners appliqués sur les 82 fragments, il y a 2200 caractères évoquant un texte ésotérique en rapport avec des divinités et le zodiaque, ainsi qu’un manuel d’utilisation.

 

 

 

 

 

 

 

Quatre cadrans indiquaient les positions du Soleil et de la Lune. Il est possible qu’une manivelle actionnait le mécanisme, comme on le voit sur la reconstitution. L’appareil affichait le (moderne) calendrier égyptien ainsi que les signes du zodiaque. Une aiguille indiquait les jours d’éclipse ! Il s’agissait donc d’une calculatrice astronomique. Cette merveille de technologie remet en perspective nos connaissances de l’ingénierie antique.

L’école d’Alexandrie

On sait peu de choses sur les ingénieurs de l’Antiquité, car visiblement l’art mécanique était méprisé. On les retrouve essentiellement à Alexandrie, haut-lieu de la connaissance. Le fait qu’il ait existé au moins trois machines de type Anticythère prouve que la science des mechanopoioi, appelés aussi machinatores était avancée. Si pour l’instant, aucun autre mécanisme antique n’est parvenu jusqu’à nous, on a cependant des témoignages écrits d’engins perfectionnés. Ainsi Ctésibios d’Alexandrie (IIIe siècle avant J.-C.) aurait inventé des canons à eau tellement puissant qu’ils auraient pu propulser des projectiles et défendre une ville. Il élabore des automates, un monte-charge hydraulique, ainsi que le premier orgue de l’Histoire, l’hydraule.
 
 

 
 

Les archéologues ont découvert que l’aqueduc de Barbegal, qui apportait de l’eau aux moulins, alimentait quotidiennement tous les habitants d’Arles en farine !

Cette fameuse école d’Alexandrie prospère durant plusieurs siècles, et influence largement le monde romain. Entre le Ie et le IIe siècle après J.-C., un génie digne de Leonard De Vinci voit le jour : Héron d’Alexandrie. Cet ingénieur est l’inventeur de l’éolipyle, une chaudière fermée qui fait tourner une sphère, une petite « machine à vapeur » archaïque.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ce dispositif ne peut activer de puissants mécanismes, car pour Héron ce n’est qu’une simple expérience pratique. Beaucoup d’historiens et de romanciers se se demandent ce qu’il se serait produit si le savant avait réalisé l’importance de cette découverte, mais il ne faut pas oublier que ce mécanicien ne se contente pas d’inventer une seule machine à vapeur. Il créé des portes de temple, actionnées automatiquement. Un réservoir chauffé par le feu, transforme l’eau contenue dans une sphère en vapeur. Lorsque l’eau revient, les portes colossales se referment ! Héron est doté d’un esprit si brillant que rien ne semble l’arrêter, comme on le constate avec ces inventions destinées aux temples. Aussi incroyable que cela puisse paraître, il imagine un distributeur… d’eau bénite ! Lorsqu’on insère une pièce dans le mécanisme, de l’eau coule devant les fidèles éberlués… Héron n’hésite pas à créer un appareil imitant la voix d’un dieu pour rendre des oracles ! Il s’agit en fait d’un oiseau mécanique qui chante ou reste silencieux. Lorsqu’une question est posée, le prêtre enclenche discrètement un levier qui actionne « l’animal » si celui-ci doit gazouiller… Sur le plan militaire, Héron créé le polybolos, une baliste à culasse mobile qui tire des rafales de projectiles tel un canon mitrailleur gatling du XIXe siècle.

 

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Des machines pour abuser les crédules, des armes… Les inventions de cet ingénieur ne sont pas toutes recommandables ! Mais Héron s’illustre aussi dans le domaine des arts avec un théâtre mécanique doté d’automates en bois. Des sons reproduisent même le bruit du tonnerre. Selon Aulu-Gelle, Archytas de Tarente (Ve-IVe siècle avant J.-C.) aurait inventé quelque chose d’encore plus surprenant : un oiseau volant ! C’est ce qui est décrit dans Les nuits attiques, livre dix :

Cependant il est un prodige, opéré par Archytas, philosophe pythagoricien, qui n’est pas moins étonnant, et dont on conçoit davantage la possibilité. Les plus illustres des auteurs grecs, et entre autres le philosophe Favorinus, qui a recueilli avec tant de soin les vieux souvenirs, ont raconté du ton le plus affirmatif qu’une colombe de bois, faite par Archytas à l’aide de la mécanique, s’envola. Sans doute elle se soutenait au moyen de l’équilibre, et l’air qu’elle renfermait secrètement la faisait mouvoir. Je veux, sur un sujet si loin de la vraissemblance, citer les propres mots de Favorinus :  » Archytas de Tarente, à la fois philosophe et mécanicien, fit une colombe de bois qui volait. Mais, une fois qu’elle s’était reposée, elle ne s’élevait plus; le mécanisme s’arrêtait là.

En définitive, la machine d’Anticythère a confirmé le fait que les prodigieux mécanismes décrits dans les ouvrages grecs et romains n’étaient pas que des cathédrales de l’esprit. À l’aide de théories audacieuses, des ingénieurs ont élaboré pendant plusieurs siècles des machines sophistiquées. Une précieuse connaissance s’est transmise au moins à partir de Thalès, pour ensuite se perdre avec la fin du monde païen. Alors que les Byzantins et les Arabes ont tenté de préserver les traités antiques, l’Europe de l’Ouest a presque complètement oublié ce savoir inestimable. S’il est vrai qu’on a trop souvent dénigré le Moyen-Âge, on ne doit cependant pas minimiser la « science » antique, et admettre l’idée que l’Humanité n’a pas progressé selon une courbe exponentielle idéale telle qu’on l’imagine. Aussi brillantes soient-elles, les civilisations pré-colombiennes n’ont jamais utilisé la roue. L’Antiquité greco-romaine, véritable âge d’or de l’ingénierie, n’a pas fini de nous surprendre… et de nous inspirer.

Sources : Itinera Electronica
Pour aller plus loin, un magnifique documentaire sur Héron d’Alexandrie et ses machines

EDIT : Dans cet article, Timetraveler m’a signalé l’existence d’un « sismographe » chinois datant du IIe siècle après J.-C. ! Des machines fabuleuses à l’époque de la dynastie Han, voilà un beau roman à écrire…

 

Published in: on octobre 10, 2014 at 9:46  Comments (17)  
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