La Bataille des Cinq Armées

Ce n’est pas un secret : j’entretiens une relation compliquée avec Peter Jackson (qui jusqu’à présent le vit bien). Je fais partie des gens qui ont idolâtré le Seigneur des Anneaux à sa sortie et qui ne jurent que par les versions longues. J’ai aimé un voyage inattendu, hurlé de joie quand le cinéaste néo-zélandais a annoncé qu’il voulait réaliser une trilogie. À l’époque, j’avais cru, à tort, que Jackson allait adapter le conte de mon enfance en deux films et nous livrer un troisième opus totalement original servant de lien entre le Hobbit et le Seigneur des Anneaux. Du coup, l’année dernière j’ai conspué la désolation de Smaug dans cet article incendiaire qui a longtemps été le plus lu de mon blog. Pour résumer : j’avais détesté l’histoire d’amour entre une elfe et un nain, l’abus d’effets numériques, les multiples trahisons vis à vis de l’œuvre originale, la fin en queue de poisson… J’étais si déçu qu’il n’était même pas question de regarder les sacro-saintes versions longues de cette nouvelle trilogie.

Quand la bataille des cinq armées est sorti, je me suis juré de ne pas le voir, déversant mon fiel sur les articles de mes (patients) amis blogueurs.

Mon état d'esprit à la sortie de "la Désolation de Smaug"

Mon état d’esprit à la sortie de « la Désolation de Smaug »

Mardi soir, étant donné que j’avais visionné tous les films de mon cinéma, c’est la mort dans l’âme que je suis allé voir le dernier Peter Jackson, persuadé d’être à nouveau trahi et… hum… comment dire…

Il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis.

Est-ce que cela signifie que j’ai brutalement retourné ma veste ? Pour être franc, les défauts que je redoutais sont bien là : le numérique à outrance, les libertés avec le conte original, l’histoire d’amour, le trop plein d’action… mais, je dois le reconnaître, ces problèmes sont bien moindres que ce que j’imaginais. Vous l’avez deviné, j’ai aimé ce troisième volet des aventures de Bilbo. Peut-être par ce que j’ai fait le deuil de l’adaptation dont je rêvais ? Ou parce que je savais que c’était le dernier long-métrage consacré à la Terre du Milieu ? Toujours est-il que j’ai beaucoup apprécié l’interprétation pleine d’émotion de certains acteurs : Richard Armitage en roi fou, Martin Freeman dans la peau d’un Hobbit héroïque. J’aurais d’ailleurs souhaité plus de scènes les réunissant, car le film est un écho intéressant, quasi psychanalytique, du premier opus : un souverain qui reproduit les erreurs de son grand-père à travers la quête de cette montagne, véritable tombeau malédiction familiale. J’ai aimé l’idée, pour le coup pas très manichéenne, qu’après avoir triomphé Thorin risque de devenir à son tour un dragon assoiffé de richesses. Comment ne pas percevoir dans le destin de ce roi un funeste prélude au Seigneur des Anneaux ? Sans unité, les peuples de la Terre du Milieu sont au bord du gouffre. L’avidité, la tentation du pouvoir, autant de thématiques importantes dans l’œuvre de Tolkien et que Peter Jackson traite, une fois de plus, comme un drame shakespearien à la manière des Deux Tours et du Retour du Roi : il y a beaucoup de Theoden et de Denethor dans le personnage du souverain Thorin.

Thorin, le charismatique roi des nains

Bien sûr, ce ressenti ne peut faire oublier les nombreux défauts du long-métrage. La séquence fan service à Dol Guldur est, avec celle de Legolas en skate-board dans les Deux Tours, la scène la plus embarrassante des six films : Gandalf, Galadriel, Elrond et Saroumane combattent des Nazgûl ninjas numériques commandés par un Sauron qui manque cruellement d’envergure. Les incohérences sont légion : entre les trolls qui ne craignent plus la lumière du jour, la géographie de la Terre du Milieu pas toujours respectée, on a l’impression que Peter Jackson souhaite davantage mettre en scène une histoire épique bourrée d’action qu’un conte poétique. Mais passé ce constat, j’ai aussi eu le sentiment que les pièces d’un puzzle se mettaient en place, et pour cause : après le Seigneur des Anneaux, Tolkien lui-même a tenté, sans succès, de réécrire l’enfantin Bilbo le Hobbit pour assurer une meilleure cohérence avec sa trilogie. Le réalisateur néo-zélandais a décidé de procéder de même : s’éloigner du livre en essayant de ne pas trahir son esprit. Autant dire qu’il s’agit d’un grand écart impossible (Bilbo a été pensé comme un conte naïf), mais qui n’est pas dénué de légitimité quand on sait que Tolkien lui-même était gêné par certaines, osons le mot, incohérences inhérentes à son œuvre de jeunesse. Voilà pourquoi, avec le recul, j’ai réalisé que je ne pouvais qu’être déçu par l’un des trois films (pour info, je n’avais pas aimé la version courte des Deux Tours).

Si, pour moi, le Seigneur des Anneaux restera à jamais la trilogie phare de Peter Jackson, je suis forcé de reconnaître que la saga du Hobbit n’est pas dénuée de qualité. Mardi soir, le barbu de Wellington m’a offert un beau cadeau de Noël : un ultime voyage dans la Terre du Milieu. Merci Monsieur Jackson, j’ai hâte de découvrir vos versions longues !

D’autres avis : Lorhkan, Traqueur Stellaire, Le Bibliocosme, Sardequin

Published in: on janvier 2, 2015 at 10:40  Comments (23)  
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Oui, ce blog est toujours vivant

Je suis vraiment désolé d’être moins présent depuis quelques temps, mais croyez-moi, je n’ai pas procrastiné… et le résultat en vaudra la peine (enfin, j’espère !).

D’ici deux mois, vous en saurez plus sur la bonne nouvelle éditoriale qui concerne les Pirates de l’Escroc-Griffe (et les fameuses surprises dont je vous parle depuis un certain temps déjà).
En attendant, je vous souhaite de joyeuses fêtes de fin d’année ! Prenez soin de vous.

Allez, je me remets au boulot…

Published in: on décembre 26, 2014 at 10:46  Comments (23)  

Interstellar

Pourquoi les Minipouces en illustration ? Réponse dans l’article.

Un agriculteur est envoyé dans l’espace afin de sauver l’Humanité.

Parfois, la bande-annonce d’un long-métrage génère une telle attente qu’on guette avec impatience la sortie du film, surtout quand on sait qu’il est réalisé par Christopher Nolan, un cinéaste qui a marqué les années 2000. (Mémento, le Prestige, The Dark Night, Inception). Cette bande-annonce m’avait vraiment touché :

Est-ce à cause de cette attente que je suis si déçu ? J’aurais aimé livrer sur ce blog une critique dithyrambique, vous dire combien cette épopée spatiale m’a transporté, et je comprends qu’on puisse l’être. Les images, magnifiques, sont accompagnées par l’orgue hypnotique d’Hans Zimmer qui n’est pas sans rappeler la musique de Philip Glass sur Watchmen. À l’exception d’Anne Hataway, les acteurs sont bons.

C’est malheureusement à peu près tout ce que je peux dire de positif… La rencontre ne s’est pas faite et il m’a été impossible de rentrer dans le film, à mon grand regret. Pour tout vous dire, j’ai tellement été frustré de ne pas partager l’enthousiasme de mes proches que j’ai hésité plusieurs semaines avant de publier ce billet amer. Je n’avais plus été déçu à ce point depuis la Désolation de Smaug.

Après une longue introduction se déroulant sur Terre dans un futur proche, ce mélo se perd dans les invraisemblances, épinglées par l’Odieux Connard. Si l’ancien pilote d’essai est le sauveur de l’Humanité, pourquoi n’a-t-il pas été contacté plus tôt par la NASA ? On ne le saura jamais. Toujours est-il que sa mission, je le répète, préparée par la NASA ! n’a de spatiale que le nom : les scientifiques qui pleurent tous les quarts d’heure ne sont absolument pas préparés au voyage et prennent, tout au long du film, des décisions improvisées avec un robot, des vaisseaux et des dialogues qui n’ont rien de crédibles, surtout dans un projet de cette ampleur. Je ne parle même pas d’une mort particulièrement stupide qui aurait pu être évitée avec le robot tout-terrain, dans une séquence dramatique qui m’a fait éclater de rire…

eljhWOM

Bref, un festival d’incohérences qui ferait passer Prometheus pour un documentaire de la BBC.

Avec une technologie si surréaliste sophistiquée, pourquoi les frères Nolan n’ont-ils pas opté pour une époque plus lointaine dans le futur ? Tout au long du métrage règne un flottement, comme si les scénaristes n’avaient pas su choisir entre le ton réaliste de Contact et l’action space opera de Perdus dans l’espace (j’y reviendrai). Ce flottement high-tech low-tech est l’une des raisons qui m’a empêché d’embarquer dans cette odyssée aussi somptueuse que frustrante. Les (bonnes) idées partent dans tous les sens sans qu’elles ne soient véritablement exploitées.

Vous allez me dire que le réalisme n’est pas le sujet du film, mais ces incohérences parasitent l’émotion, on navigue en permanence entre le larmoyant et le glacial. Alors que la bande-annonce promettait une séquence poignante avec un héros bouleversé laissant ses enfants sur Terre, le passage est brutalement bâclé expédié : comment un père peut-il abandonner si rapidement une fillette aussi attachante, qui plus est en pleurs, pour une mission extrêmement dangereuse ?

Difficile d’y croire. Je trouve que Nolan se repose de plus en plus sur des ellipses au lieu de traiter en profondeur les scènes importantes. Il s’agissait d’un des défauts de The Dark Night Rises (comment Batman arrive-t-il à s’en sortir à la fin ? La solution est à peine suggérée dans le film), et c’est encore plus flagrant dans Interstellar. À la différence de l’immersif Gravity, le spectateur est souvent tenu à l’écart du point de vue du protagoniste principalQu’on adore ou qu’on déteste l’œuvre d’Alfonso Cuaron, il faut bien reconnaître au cinéaste mexicain un talent pour se focaliser sur une histoire simple en donnant l’illusion du réalisme. Dans Interstellar, l’émotion promise par la bande-annonce est noyée dans de soporifiques dialogues scientifico-philosophiques abordant des thèmes (l’écologie, les aliens, la paternité, l’amour, la mort…) déjà traitées, en mieux, dans  2001Contact, The Fountain, Solaris ou Tree of life. Jamais Interstellar n’arrive à se hisser à la cheville de ces classiques, à cause d’un scénario extrêmement brouillon bouffi de bons sentiments qui part dans tous les sens, au lieu de se concentrer sur l’un des thèmes en question. Un scénario brouillon ? Un comble quand on sait de quoi est capable l’auteur de Memento et du Prestige... Dans cette interview, Christopher Nolan donne une information intéressante :

Mon frère a travaillé sur ce projet pendant plusieurs années ; il écrivait avec un physicien, Kip Thorne. Au coeur de son projet, il y avait cette idée d’un film SF où la science serait réaliste.

Il semble que Christopher Nolan ait sabordé tout le travail accompli en amont par son frère, surtout à la lecture de la première version du scénario, rendue publique sur le Net. C’est d’autant plus regrettable quand on possède des acteurs aussi talentueux que Michael Caine et Matthew McConaughey, qui s’était déjà illustré dans… Contact.

Ajoutez à cela un message niais (« l’Amour est ce qui permet aux hommes d’explorer d’autres mondes », les Amérindiens apprécieront…), une scientifique illuminée moins dégourdie que le personnage de Sandra Bullock dans Gravity, beaucoup de prétention (dans la dernière demi-heure Nolan se prend pour Stanley Kubrick, il l’avoue à moitié dans cette interview), de nombreuses séquences involontairement comiques qui ont fait sourire la salle (mention spéciale au Minipouce caché dans la bibliothèque 1.), un robot ridicule et vous obtenez, hélas, le plus beau ratage de 2014 . Pour moi, le pire film de Nolan. Reste une magnifique bande-annonce. Dommage…

1. pour les moins de trente ans, voici le générique des Minipouces, le dessin-animé culte des années 80.

D’autres critiques : Les Murmures d’A.C. de Haenne

Published in: on novembre 28, 2014 at 10:43  Comments (23)  
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La machine d’Anticythère et les fabuleux mécanismes de l’Antiquité

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Dans cet article sur mes fouilles archéologiques en Jordanie, j’expliquais comment l’Antiquité m’avait influencé dans la création de mondes imaginaires, surtout au niveau de la technologie. Il est amusant de constater combien nous sommes marqués par une vision linéaire de l’Histoire, comme si le progrès technique s’était régulièrement opéré de la préhistoire jusqu’à nos jours en suivant une diagonale… Rien n’est plus faux ! J’adore jouer avec cette idée dans mes univers fictifs, il faut dire que l’Histoire est une source d’inspiration infinie.

Lorsque des scaphandriers grecs trouvent en 1900 l’épave d’un navire romain revenant de Grèce, ils sont loin d’imaginer que leur découverte va bouleverser notre connaissance de l’Antiquité. Et pour cause : à l’intérieur du bateau a été mise au jour un mécanisme doté d’engrenages, d’aiguilles, de cadrans…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Autre élément étonnant, la présence de signes astronomiques basés sur le cycle lunaire. Pour comprendre la machine il faut étudier aussi bien l’astronomie que les mathématiques… et garder en tête que ce genre d’engin n’apparaît qu’à l’époque de la Renaissance ! Il s’agit donc d’une découverte de premier plan qui amène bien des questions… Est-ce une machine unique ? Qu’est-ce qu’elle nous apporte d’un point de vue historique ? Ces questions sont intéressantes à plus d’un titre, car elles bousculent quelque peu notre vision classique de l’Antiquité.

Un objet complètement inconnu ?

Pas vraiment. Cicéron raconte qu’il a hérité de sa famille d’une machine étrange, et qu’un de ses amis en avait élaboré une autre. [1,14] XIV.

Ce que je vous dirai, reprit Philus, n’est pas nouveau… Gallus fit apporter cette fameuse sphère, seule dépouille dont l’aïeul de Marcellus voulut orner sa maison après la prise de Syracuse, ville si pleine de trésors et de merveilles. J’avais souvent entendu parler de cette sphère qui passait pour le chef-d’œuvre d’Archimède, et j’avoue qu’au premier coup d’oeil elle ne me parut pas fort extraordinaire. Marcellus avait déposé dans le temple de la Vertu une autre sphère d’Archimède, plus connue du peuple et qui avait beaucoup plus d’apparence. Mais lorsque Gallus eut commencé à nous expliquer, avec une science infinie, tout le système de ce bel ouvrage, je ne pus m’empêcher de juger qu’il y avait eu dans ce Sicilien un génie d’une portée à laquelle la nature humaine ne me paraissait pas capable d’atteindre. Gallus nous disait que l’invention de cette autre sphère solide et pleine remontait assez haut, et que Thalès de Milet en avait exécuté le premier modèle; que dans la suite Eudoxe de Cnide, disciple de Platon, avait représenté à sa surface les diverses constellations attachées à la voûte du ciel ; et que, longues années après, Aratus, qui n’était pas astronome, mais qui avait un certain talent poétique, décrivit en vers tout le ciel d’Eudoxe. Il ajoutait que, pour figurer les mouvements du soleil, de la lune et des cinq étoiles que nous appelons errantes, il avait fallu renoncer à la sphère solide, incapable de les reproduire, et en imaginer une toute différente; que la merveille de l’invention d’Archimède était l’art avec lequel il avait su combiner dans un seul système et effectuer par la seule rotation tous les mouvements dissemblables et les révolutions inégales des différents astres. Lorsque Gallus mettait la sphère en mouvement, on voyait à chaque tour la lune succéder au soleil dans l’horizon terrestre, comme elle lui succède tous les jours dans le ciel ; on voyait par conséquent, le soleil disparaître comme dans le ciel, et peu à peu la lune venir se plonger dans l’ombre de la terre, au moment même où le soleil du côté opposé … (Cicéron, de La République, Livre I, Chapitres XI-XV).

Selon les dernières analyses remontant aux années 2000, et les scanners appliqués sur les 82 fragments, il y a 2200 caractères évoquant un texte ésotérique en rapport avec des divinités et le zodiaque, ainsi qu’un manuel d’utilisation.

 

 

 

 

 

 

 

Quatre cadrans indiquaient les positions du Soleil et de la Lune. Il est possible qu’une manivelle actionnait le mécanisme, comme on le voit sur la reconstitution. L’appareil affichait le (moderne) calendrier égyptien ainsi que les signes du zodiaque. Une aiguille indiquait les jours d’éclipse ! Il s’agissait donc d’une calculatrice astronomique. Cette merveille de technologie remet en perspective nos connaissances de l’ingénierie antique.

L’école d’Alexandrie

On sait peu de choses sur les ingénieurs de l’Antiquité, car visiblement l’art mécanique était méprisé. On les retrouve essentiellement à Alexandrie, haut-lieu de la connaissance. Le fait qu’il ait existé au moins trois machines de type Anticythère prouve que la science des mechanopoioi, appelés aussi machinatores était avancée. Si pour l’instant, aucun autre mécanisme antique n’est parvenu jusqu’à nous, on a cependant des témoignages écrits d’engins perfectionnés. Ainsi Ctésibios d’Alexandrie (IIIe siècle avant J.-C.) aurait inventé des canons à eau tellement puissant qu’ils auraient pu propulser des projectiles et défendre une ville. Il élabore des automates, un monte-charge hydraulique, ainsi que le premier orgue de l’Histoire, l’hydraule.
 
 

 
 

Les archéologues ont découvert que l’aqueduc de Barbegal, qui apportait de l’eau aux moulins, alimentait quotidiennement tous les habitants d’Arles en farine !

Cette fameuse école d’Alexandrie prospère durant plusieurs siècles, et influence largement le monde romain. Entre le Ie et le IIe siècle après J.-C., un génie digne de Leonard De Vinci voit le jour : Héron d’Alexandrie. Cet ingénieur est l’inventeur de l’éolipyle, une chaudière fermée qui fait tourner une sphère, une petite « machine à vapeur » archaïque.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ce dispositif ne peut activer de puissants mécanismes, car pour Héron ce n’est qu’une simple expérience pratique. Beaucoup d’historiens et de romanciers se se demandent ce qu’il se serait produit si le savant avait réalisé l’importance de cette découverte, mais il ne faut pas oublier que ce mécanicien ne se contente pas d’inventer une seule machine à vapeur. Il créé des portes de temple, actionnées automatiquement. Un réservoir chauffé par le feu, transforme l’eau contenue dans une sphère en vapeur. Lorsque l’eau revient, les portes colossales se referment ! Héron est doté d’un esprit si brillant que rien ne semble l’arrêter, comme on le constate avec ces inventions destinées aux temples. Aussi incroyable que cela puisse paraître, il imagine un distributeur… d’eau bénite ! Lorsqu’on insère une pièce dans le mécanisme, de l’eau coule devant les fidèles éberlués… Héron n’hésite pas à créer un appareil imitant la voix d’un dieu pour rendre des oracles ! Il s’agit en fait d’un oiseau mécanique qui chante ou reste silencieux. Lorsqu’une question est posée, le prêtre enclenche discrètement un levier qui actionne « l’animal » si celui-ci doit gazouiller… Sur le plan militaire, Héron créé le polybolos, une baliste à culasse mobile qui tire des rafales de projectiles tel un canon mitrailleur gatling du XIXe siècle.

 

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Des machines pour abuser les crédules, des armes… Les inventions de cet ingénieur ne sont pas toutes recommandables ! Mais Héron s’illustre aussi dans le domaine des arts avec un théâtre mécanique doté d’automates en bois. Des sons reproduisent même le bruit du tonnerre. Selon Aulu-Gelle, Archytas de Tarente (Ve-IVe siècle avant J.-C.) aurait inventé quelque chose d’encore plus surprenant : un oiseau volant ! C’est ce qui est décrit dans Les nuits attiques, livre dix :

Cependant il est un prodige, opéré par Archytas, philosophe pythagoricien, qui n’est pas moins étonnant, et dont on conçoit davantage la possibilité. Les plus illustres des auteurs grecs, et entre autres le philosophe Favorinus, qui a recueilli avec tant de soin les vieux souvenirs, ont raconté du ton le plus affirmatif qu’une colombe de bois, faite par Archytas à l’aide de la mécanique, s’envola. Sans doute elle se soutenait au moyen de l’équilibre, et l’air qu’elle renfermait secrètement la faisait mouvoir. Je veux, sur un sujet si loin de la vraissemblance, citer les propres mots de Favorinus :  » Archytas de Tarente, à la fois philosophe et mécanicien, fit une colombe de bois qui volait. Mais, une fois qu’elle s’était reposée, elle ne s’élevait plus; le mécanisme s’arrêtait là.

En définitive, la machine d’Anticythère a confirmé le fait que les prodigieux mécanismes décrits dans les ouvrages grecs et romains n’étaient pas que des cathédrales de l’esprit. À l’aide de théories audacieuses, des ingénieurs ont élaboré pendant plusieurs siècles des machines sophistiquées. Une précieuse connaissance s’est transmise au moins à partir de Thalès, pour ensuite se perdre avec la fin du monde païen. Alors que les Byzantins et les Arabes ont tenté de préserver les traités antiques, l’Europe de l’Ouest a presque complètement oublié ce savoir inestimable. S’il est vrai qu’on a trop souvent dénigré le Moyen-Âge, on ne doit cependant pas minimiser la « science » antique, et admettre l’idée que l’Humanité n’a pas progressé selon une courbe exponentielle idéale telle qu’on l’imagine. Aussi brillantes soient-elles, les civilisations pré-colombiennes n’ont jamais utilisé la roue. L’Antiquité greco-romaine, véritable âge d’or de l’ingénierie, n’a pas fini de nous surprendre… et de nous inspirer.

Sources : Itinera Electronica
Pour aller plus loin, un magnifique documentaire sur Héron d’Alexandrie et ses machines

EDIT : Dans cet article, Timetraveler m’a signalé l’existence d’un « sismographe » chinois datant du IIe siècle après J.-C. ! Des machines fabuleuses à l’époque de la dynastie Han, voilà un beau roman à écrire…

 

Published in: on octobre 10, 2014 at 9:46  Comments (17)  
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Un an déjà !

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Un an d’articles, tempus fugit !

Je suis vraiment heureux de fêter cet anniversaire avec vous, et d’avoir réussi à conserver une certaine régularité avec près d’un billet par semaine. 365 jours, c’est à la fois peu et beaucoup : 55 articles, environ 15.000 vues, un millier de commentaires, avec un pic mensuel de 1500 vues. Ces chiffres feront sourire les blogueurs les plus expérimentés, mais je les prends comme des encouragements.

Je ne vais pas reparler de la joie de découvrir la blogosphère SFFF (« Science-Fiction Fantasy Fantastique »), je l’ai déjà longuement évoquée dans l’article précédent. Cette année aura été très importante pour moi et ce site m’a permis de m’évader lors de mes longues soumissions éditoriales, dans les moments de doute. Ce qui devait être à la base un simple blog sur l’imaginaire est devenu un peu plus que ça, notamment quand je racontais mon quotidien d’auteur curieux, ou plutôt mon curieux quotidien d’auteur. Je suis content que mes articles, éclectiques, aient suscité des réactions (et, parfois, de l’inspiration dixit certaines personnes). Le billet le plus populaire est celui qui traite de mondes parallèles et je suis heureux d’avoir pu contribuer à faire connaître à mon humble niveau le passionnant documentaire du physicien Brian Greene. Détail amusant, je n’ai chroniqué qu’une dizaine de livres, mais les Outrepasseurs et la Voie de la Colère ont rencontré par la suite un énorme succès, mérité. Ce n’est pas le cas du film Cloud Atlas, à mon grand désespoir. Les articles que j’ai eu le plus de plaisir à écrire sont naturellement les « inclassables », notamment de la catégorie « Humeur », qui évoquent le Japonles biopunks, les tardigrades, les univers vivants, les pulps, les Daleks, les dystopies, la Jordanie, ou même la république des lettres… Je vous avoue qu’au début j’avais peur d’être pris pour un fou de vous lasser avec mes élucubrations et j’ai été ravi de constater que je n’étais pas le seul à m’intéresser à des sujets barrés variés… Vous êtes au moins aussi curieux que moi ! J’en profite pour remercier au passage mes habitués ou simples visiteurs : Sardequin, Citarienne, Raven, Earane, Dominique, Fred, Bénédicte Taffin, Misschaussette, PascalblevalFlora, CaroleRxQ, TimetravelerLorhkan, A.C. de HaenneLullabyGuillaume StellaireNicolas B. WulfNarielManiholaVertOlivier SarajaÉlisa, Dorisfac, Loran83Zakath Nath, Sia, Smartmartian, Dionysos, Isabelle Sauvage, XapurA l’ombre des nénupharsGromovarBrize, Faelys, Nicolas, Illiane, E-maginaire, Jae_LouLouisia, Alex Evans, BlackwolfJuneValMalkaVirginie ViviLuce BasseterreLuneLael Chezlaventurierdesreves, Endea, Saile, Elfine NoireJérôme Cigut, pardon pour celles et ceux que je n’ai pas cités. En écrivant ces lignes, je réalise soudain que je n’ai pas souvenir d’avoir été trollé une seule fois, je touche du bois…

Je termine ce billet en vous prévenant que je vous ai concocté des surprises pour le début d’année 2015, j’ai hâte de pouvoir vous en dire plus… En attendant, un immense merci pour votre fidélité aux Pirates de l’Escroc-Griffe !

Published in: on septembre 25, 2014 at 9:42  Comments (36)  
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Refonte du site, vie en construction

Comme vous l’avez peut-être remarqué, au fil des mois le blog s’est transformé en usine à gaz, il était de plus en plus long à charger. Cela devenait un problème pour héberger la totalité de la bande-originale des Pirates de l’Escroc-Griffe, qui sera en ligne début 2015. Dans mon esprit, le blog devait être facilement consultable depuis un smartphone ou une tablette (vive les sites codés en Ajax !), du coup j’ai procédé à quelques changements.

Bien qu’il me fallait un site plus léger, je n’avais pas envie que ma longue liste de liens soit reléguée au second plan, j’ai donc eu l’idée de créer une page « Voisins« . Je ne voulais pas d’un simple catalogue sans âme, mais au contraire une page conviviale. Je n’ai pas référencé tous les blogs que je connais, j’en suis sincèrement désolé, j’espère que certaines personnes ne m’en tiendront pas rigueur. En fait, pour être franc, cette démarche s’inscrit dans ma quête d’une autre temporalité, avec une blogosphère plus réduite, à échelle humaine. Un peu comme ce que j’ai vécu sur le forum d’écriture Cocyclics, une utopique bulle virtuelle qui m’a permis de nouer des amitiés bien réelles, et qui me manque. J’aimerais y être plus présent, mais depuis quelques mois j’ai des contraintes éditoriales. Ironie du sort, c’est Cocyclics qui m’a fait prendre conscience que l’écriture devait devenir mon activité principale, et voilà que je m’éloigne du forum à cause de… l’écriture. Depuis 2010, je lui consacre plusieurs heures par jour. Un pari fou, très risqué professionnellement, mais aussi une source infinie d’épanouissement au fil des ans. Depuis ce billet, j’ai pris conscience combien le temps était important pour qu’un projet de longue haleine mûrisse, qu’il soit artistique, scientifique, humanitaire ou même pédagogique1.

C’est pour cette raison que je suis moins présent sur Twitter et Facebook. Je ne snobe pas ces réseaux, je les trouve même géniaux. Ils me permettent de communiquer avec des personnes passionnantes que je n’aurais jamais pu rencontrer en vrai, sans parler du fait qu’il est pratique d’avoir des nouvelles de « proches éloignés » (ma famille et mes amis sont malheureusement éparpillés aux quatre coins du monde). Mais quand je ne suis pas sur Cocyclics, je privilégie désormais la blogosphère, car j’apprécie son rythme lent : comme on passe beaucoup de temps à rédiger des articles, et à les lire, la qualité des échanges et de la réflexion s’en ressent, sans parler du fait qu’on garde une trace des billets et des commentaires. Je souhaite éviter cette course au temps qu’on ne rattrape jamais, la déshumanisation qui nous guette, les trolls et la vacuité. À propos de vacuité, j’ai eu l’occasion de regarder la fameuse présentation de la montre Apple. J’adore travailler sur Mac, mais pourtant j’ai été frappé de constater combien cette iDéshumanisation 2.0 est insidieuse, notamment dans ce court extrait :

J’estime que je reçois déjà trop de notifications sur mon iPhone/iPad. Plus j’y réfléchis, plus je trouve ce projet d’Apple aussi vain que les lunettes de Google, tant ces deux multinationales tentent d’uniformiser notre rapport à l’Autre. Si un ami m’apprend le décès d’un de ses proches, quel émoticône sera suffisamment triste pour lui adresser toutes mes condoléances ? Faut-il lui envoyer un cœur ?

Je caricature, mais pas tant que ça. Je confesse qu’il m’arrive d’écrire des ♥ sur Facebook. Je suis geek le premier à utiliser des smileys, y compris dans les commentaires de ce blog, mais pour moi, en dehors d’une rencontre réelle, l’écrit, le vrai, demeurera toujours le moyen de communication le plus noble. Le blog est l’une des dernières armes de résistance qui reste pour échanger sur des sujets qui, j’ose l’espérer, ne sont pas superficiels… à condition « d’avoir le temps », pour reprendre la formule consacrée. Ah, ce temps…je suis désormais persuadé qu’il est une richesse qu’il nous faut préserver. Combien de fois nous sommes-nous plaints de ne pas avoir le temps de lire ou d’aller au musée ? La vie vaut-elle la peine d’être vécue si elle ne devient qu’un matérialisme utilitariste imposé par une pensée unique, pour ne pas dire inique ?

Le temps est une richesse qui appartient à tous, luttons pour ne pas en être dépossédé !

PS : si vous trouvez que je suis incendiaire en ce qui concerne l’Apple Watch, je vous invite à découvrir cet article de Slate particulièrement édifiant. On apprend que chez lui, Steve Jobs limitait les gadgets… comme la plupart des patrons de la Silicon Valley ! Tous ces riches technophiles ont conscience des problèmes qu’ils contribuent à créer, car ils envoient leurs enfants dans une école ultra-traditionnelle façon les Choristes pour les protéger des ordinateurs et du monde moderne… Un constat ironique, qu’il faut mettre en perspective avec la futur Apple Watch, surtout le modèle haut de gamme. Je ne connais pas encore le prix précis de la déclinaison or de cette montre, mais faut-il investir plus de 1000 dollars dans un appareil électronique doté d’une batterie à durée de vie limitée, ou bien dans une montre mécanique que l’on transmettra à ses enfants, et petits-enfants ? En ce qui me concerne, le choix est fait…

1. N’y voyez aucun cynisme de ma part, mais je constate que les médias parlent de la logistique d’une troisième guerre en Irak, mais beaucoup moins du budget qui sera investi là-bas pour construire des écoles et former des enseignants progressistes capables de faire reculer l’intégrisme sur le long terme. Tuer des terroristes est infiniment plus facile que d’éduquer des millions de personnes, car l’éducation nécessite… du temps.

Published in: on septembre 19, 2014 at 9:43  Comments (19)  
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Lettres de 1929, Juillet à Décembre, Howard Phillips Lovecraft

Je suis de retour ! Je n’étais pas en vacances, mais occupé à retravailler les deux premiers tomes des pirates de l’Escroc-Griffe.

Je profite de cette rentrée des blogs pour vous faire part d’un coup de cœur : après avoir entendu de nombreux retours positifs sur les audiobooks, j’ai décidé de sauter le pas en écoutant les Lettres de 1929, Juillet à Décembre, de Howard Philipps Lovecraft. Première bonne surprise : l’acteur a une voix qui colle bien à la personnalité du maître de Providence.

Dès les premières minutes, j’ai été frappé par le ton soutenu de ces lettres, pour ne pas dire ampoulé. HPL est un gentleman américain du XVIIIe siècle, perdu en plein XXe siècle, capable d’envoyer à son correspondant une lettre de 70 pages. D’une grande érudition, il s’intéresse à l’Histoire, la littérature, l’astronomie et… le mariage ! « C’est totalement une affaire de chance », écrit-il. « Institution moribonde », « traquenard », pour Lovecraft le mariage doit « se purger des superstitions primitives et de l’institution victorienne ». Une vision très critique, étonnement moderne, qui contraste avec l’image traditionnelle d’un HPL misanthrope. Il suppose que le futur sera « une combinaison de promiscuité sexuelle et de mariage », avec une faible natalité. Pour l’auteur, il y aura nécessairement dans le futur un déclin de la religion, une contraception efficace, des femmes indépendantes économiquement, ainsi que des rapports sexuels furtifs dans les voitures ! L’écrivain redoute qu’en Occident, la vie solitaire en appartement ne devienne la norme, avec une famille de moins en moins présente…

Mais qu’on ne s’y trompe pas, l’auteur a ce futur en horreur. En bon gentleman, il refuse le progrès technique. Passionné de poésie, il adule un monde sur le point de disparaître : pour apprécier la bonne littérature, « il faut promettre de renoncer au cinéma et aux magazines de second ordre ». Dans une lettre aussi touchante que nostalgique, on devine l’amour d’HPL pour les  jardins, collines et prairies d’une Nouvelle Angleterre rurale déjà menacée par la modernité. « Je ne connais aucun paysage sur Terre qui me plaise autant que celui-ci ». Le poète hante les cimetières, à la recherche des tombes de ses ancêtres, « loin du mécanisme et de la modernisation », écrit-il à son ami August Derleth. Il fuit New-York, une ville dépourvue de racines et de traditions, « qui n’est pas un lieu où peut vivre un homme blanc », mais il faut aller au-delà du racisme maladif de l’écrivain tant ce Lovecraft conservateur est également un génie visionnaire qui préfère la Nouvelle Angleterre « aux barbaries mécaniques inconnues qui nous attendent dans le futur ». HPL veut « combattre le futur », sa vacuité, car « les machines utiliseront les hommes ». Avec un talent prophétique, il imagine une société obsédée par l’efficacité. Il est persuadé que l’Amérique se dirige vers une dystopie : des dirigeants intelligents gouverneront une population préoccupée uniquement par les loisirs, contrainte de partager le travail avec les machines… Détail troublant, il redoute même l’effet de la standardisation sur la littérature. « L’uniformité et la quantité éclipsent tout le reste ».

Comment ne pas penser aux ravages de la mondialisation ? « Le mal est très précisément basé sur la croissance et il s’étendra probablement jusqu’à ce qu’il ait rabaissé notre culture à un niveau difficilement supportable pour un être civilisé (…) Le futur socio-politique des Etats-Unis est celui de la domination par des vastes intérêts économiques, dévoués à des idéaux de profits matériels, d’activités sans buts et de confort matériel ; les intérêts contrôlés par des leaders habiles, insensés et rarement bien élevés, recrutés dans le troupeau normalisé au moyen d’une compétition reposant sur l’intelligence brute et le savoir faire pratique. Une lutte pour la position et le pouvoir qui écarte la vérité et la beauté en tant qu’objectifs et leur substitue la force, l’immensité et l’efficacité mécanique. J’aurais horreur d’avoir des descendants qui vivent dans une telle barbarie, une barbarie si tragiquement différente de l’ancienne civilisation de la Nouvelle Angleterre et de la Virginie, à laquelle appartient de plein droit cette terre. Grâce à Dieu, je suis le dernier de ma famille ».

HPL est conscient que les valeurs de son époque ne sont pas « humanistes ». C’est ce Lovecraft qui me touche, l’auteur chaleureux qui félicite avec enthousiasme ses amis Clark Ashton Smith et August Derleth lorsqu’ils sont publiés. Un Lovecraft complexe, qui oppose démocratie et humanisme, un homme riche en contradictions…

Voici un extrait de la fameuse lettre visionnaire qui m’a donné froid dans le dos (la qualité n’est pas très bonne, désolé, c’est ma faute).

Published in: on septembre 12, 2014 at 1:10  Comments (37)  

Les Gardiens de la Galaxie

Enfant, Peter Quill a été enlevé par des extra-terrestres pour devenir un aventurier de l’espace. Des années plus tard, il se retrouve traqué par des chasseurs de primes après avoir volé un mystérieux globe convoité par le sinistre Ronan, qui menace l’univers tout entier. Peter décide alors de conclure une alliance fragile avec des aliens disparates…

Je suis allé voir les Gardiens de la Galaxie sans connaître les fameux comics dont la blogosphère parle depuis des mois. Je m’attendais à découvrir un univers décalé façon H2G2, et je dois reconnaître que j’ai été comblé au-delà de mes espérances ! L’humour est en effet omniprésent dans ce space opera porté par des anti-héros extraordinaires : un humain beau-parleur nostalgique du walkman qui tente sans succès de se faire appeler « Starlord », un raton laveur aussi intelligent que bon tireur mais doté d’un sale caractère, un homme-arbre (interprété par Vin Diesel, oui vous avez bien lu), un alien guerrier incapable de comprendre le second degrés…

La bonne surprise, c’est qu’à la différence de nombreux blockbusters, le film n’oublie pas l’émotion. Les personnages sont empreints d’une certaine mélancolie, et du coup on s’attache vite à ces Misfits de l’espace qui évoluent dans un univers poétique, à l’image de cet incroyable astéroïde creusé dans le crâne « d’une ancienne créature céleste », conçue par le décorateur de Thor, le Monde des ténèbres. Cela faisait des années qu’on avait pas vu une SF si ambitieuse au cinéma, et c’est d’autant plus jouissif que les effets spéciaux sont bluffants avec notamment des combats spatiaux somptueux et des vaisseaux à la technologie originale. La 3D n’est pas en reste avec de magnifiques jeux de lumière qui ne sont pas sans rappeler les méduses phosphorescentes d’Avatar. Les Gardiens de la Galaxie n’est pas une révolution, mais plus une célébration du space opera dans ce qu’il a de plus grandiose, comme si des scénaristes échappés des années 80 disposaient enfin d’effets spéciaux modernes à la mesure de leur imagination, délirante. Ajoutez à ça une BO délicieusement rétro (on parle quand même des Jackson Five !) et vous obtenez LE space opera des années 2010, le Star Wars d’une nouvelle génération. J’ai vraiment hâte de lire les comics !

D’autres critiques : Dionysos,  Lhisbei, Vert, Lorhkan 

Published in: on août 15, 2014 at 9:44  Comments (31)  
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La nuit des Cœurs froids

Harald était un vampire psychique heureux jusqu’à ce qu’une pénurie énergétique frappe les cadavres dont il se nourrit, mettant sa santé en péril. Très vite, il constate que ces dépouilles ont des organes aberrants et le mystère s’épaissit encore lorsque ses homologues buveurs de sang tentent, sans raison apparente, de stopper ses recherches. Avec l’aide d’amis, Harald découvre qu’il n’est pas seul victime de phénomènes pour le moins étranges : au même moment, Glasgow subit une vague affolante de suicides et voit l’apparition d’humains mutants. Tous ces événements ont-ils seulement un lien entre eux ? Nicolas Flamel, devenu immortel grâce à la pierre philosophale, observe, conscient de leur gravité. Il décide alors de réunir une équipe pour enrayer cette menace qui se profile à l’horizon.
Mais les enjeux sont-ils aussi évidents qu’ils le croient ? Bien des surprises les attendent…

En matière d’imaginaire, il n’est pas si courant de découvrir un livre-univers : pour un Dune ou un Seigneurs des Anneaux, combien il y a-t-il d’œuvres stéréotypées ? C’est à la lumière de ce constat que je me suis plongé dans le premier roman d’Esther Brassac, la Nuit des Cœurs froids, lu en avant-première avant sa sortie en librairie et chroniqué avec plusieurs mois de retard, la honte. L’auteure a placé la barre très haut en livrant une œuvre extrêmement ambitieuse, un univers profondément baroque grâce à mélange de magie et de technologie servi dans un écrin steampunk. L’action se déroule dans un Glasgow exubérant envahi par la forêt, les elfes, et les loups-garous. Bref, un multivers bien barré que n’aurait pas renié Michael Moorcock ou un scénariste de Doctor Who ! Même si ces références britanniques sont un peu réductrices.

Esther Brassac ne cesse d’inventer des engins aussi improbables que les taxiflores ou les aérobulles, des véhicules qui font rêver. Vous l’avez deviné, j’ai été impressionné par la profondeur de l’univers. Le monde est développé jusque dans les dernières lignes, avec notamment des révélations sur les Karmonstraques, au point où le background du roman pourrait largement inspirer un jeu de rôle. La Nuit est typiquement l’histoire que l’on relit plusieurs fois pour comprendre les multiples intrigues, un livre-univers qui m’a mis, je dois l’avouer, le cerveau en ébullition tant les réflexions ésotériques et cosmologiques se multiplient au milieu du roman. Mais que les amateurs d’action se rassurent, le rythme s’accélère avec une dernière partie riche en suspens. On dit qu’il n’y a pas de bonne histoire sans méchants réussis, et je dois reconnaître que les Coeurs froids sont aussi effrayants que puissants, mention spéciale à la monstruosité hybride qui m’a vraiment mis mal à l’aise.

J’ai apprécié cette galerie de personnages uniques : Harald, un vampire atypique, accompagné de son inséparable Mouscarpion. Sans parler de la géniale Pétunia, une goule (!) journaliste (!!) qui parle un argot désopilant. Chacune de ses répliques fait mouche, je n’ose imaginer la somme de travail réalisé par l’auteure. « Travail » est décidément le maître-mot…

Au final, Esther Brassac nous livre un premier roman débordant d’énergie comme je les aime. Bien que l’auteure aille très loin dans les extrapolations métaphysiques, au point où j’ai parfois eu du mal à suivre, son univers farfelu (dans ma bouche c’est un compliment) vaut le détour, sans parler de cette plume qui force le respect. J’ai hâte de découvrir son prochain livre.

PS : à signaler, une excellente nouvelle d’Esther Brassac qui se déroule dans le même univers que la Nuit des Cœurs froids. Elle est disponible dans l’anthologie des Éditions du Chat Noir intitulée Montres enchantées. Elle est belle, triste et poignante, je l’ai également beaucoup aimée.

Article réalisé dans le cadre du challenge SFFF au féminin.

Published in: on août 1, 2014 at 9:43  Comments (13)  
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Silicon Valley

 

Attention, HBO nous livre une nouvelle pépite !

Après la somptueuse saison 4 de Game of thrones, voici une comédie corrosive qui s’attaque avec brio au mythe de la Silicon Valley. Mais au lieu de nous proposer une énième success story sur ce pôle high-tech, Mike Judge (l’auteur de Beavis et Butt-Head) nous montre l’envers du décors à travers la (sur)vie d’une startup appelée Pied Piper : des programmeurs asociaux inventent une web application dotée d’un algorithme révolutionnaire permettant des taux de compression jamais atteints dans l’histoire de l’informatique.

Il n’en faut pas plus pour attirer la convoitise de multinationales telle que Hooli, caricature à peine voilée de Google. Tout irait pour le mieux si les membres de Pied Pipper n’étaient pas des développeurs déjantés plus vrais que nature : un drogué aux champignons hallucinogènes qui se prend pour le nouveau Steve Jobs, un sataniste canadien sans-papiers qui ne supporte pas le logo et le nom « Pied Pieper », un leader angoissé incapable d’expliquer son business plan à qui que ce soit…

Silicon Valley est-il un clone de The Big Bang Theory ?

Pas vraiment : les scénaristes, extrêmement documentés, s’attaquent à la culture geek dans toute sa vacuité : lors du fameux concours Tech Crunch qui récompense l’innovation technologique, tous les candidats parlent de rendre « le monde meilleur » en présentant des applications pour le moins… discutables. Les PDG qui s’affrontent à coups de millions de dollars pour racheter Pied Piper sont moins des technophiles que des milliardaires bouffis d’orgueil, prêts à tout pour humilier la concurrence. Dans cet univers virtuel, impossible de savoir quel camp choisir tant les discours pseudo-humanistes façon Apple se heurtent au cynisme ambiant : une entreprise peut être valorisée du jour au lendemain plusieurs centaines de millions de dollars, avant de sombrer comme Chatroulette ou My Space dans l’oubli. « C’est tellement 2009 ! » s’exclame un développeur de la série lorsqu’il découvre un site Internet ringard…

À travers une critique au vitriole du monde de l’informatique et de sa présupposée cool attitude, Mike Judge nous renvoie à l’absurdité de notre société, mais aussi à la gentrification de San Francisco que j’évoquais dans cet article. La jungle du numérique qu’est la Silicon Valley est tournée en dérision avec des scènes à pleurer de rire, à tel point que j’ai regardé deux fois cette série en l’espace de 48h00 ! Certes, il n’y a pour l’instant qu’une saison de 8 épisodes, mais Silicon Valley est promise à un grand avenir. En attendant la saison 2, voici le vrai-faux site conçu par HBO. Et s’il ne suffit pas à vous convaincre, voici un petit extrait d’une scène que j’ai appelée « la séquence qui tue », uploadée rien que pour vous ! (merci de ne pas me dénoncer à l’HADOPI).

PS : pour avoir tous les sous-titres, ne laissez pas le pointeur de la souris sur la fenêtre.

Published in: on juillet 18, 2014 at 6:22  Comments (19)  
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