La nuit des Cœurs froids

Harald était un vampire psychique heureux jusqu’à ce qu’une pénurie énergétique frappe les cadavres dont il se nourrit, mettant sa santé en péril. Très vite, il constate que ces dépouilles ont des organes aberrants et le mystère s’épaissit encore lorsque ses homologues buveurs de sang tentent, sans raison apparente, de stopper ses recherches. Avec l’aide d’amis, Harald découvre qu’il n’est pas seul victime de phénomènes pour le moins étranges : au même moment, Glasgow subit une vague affolante de suicides et voit l’apparition d’humains mutants. Tous ces événements ont-ils seulement un lien entre eux ? Nicolas Flamel, devenu immortel grâce à la pierre philosophale, observe, conscient de leur gravité. Il décide alors de réunir une équipe pour enrayer cette menace qui se profile à l’horizon.
Mais les enjeux sont-ils aussi évidents qu’ils le croient ? Bien des surprises les attendent…

En matière d’imaginaire, il n’est pas si courant de découvrir un livre-univers : pour un Dune ou un Seigneurs des Anneaux, combien il y a-t-il d’œuvres stéréotypées ? C’est à la lumière de ce constat que je me suis plongé dans le premier roman d’Esther Brassac, la Nuit des Cœurs froids, lu en avant-première avant sa sortie en librairie et chroniqué avec plusieurs mois de retard, la honte. L’auteure a placé la barre très haut en livrant une œuvre extrêmement ambitieuse, un univers profondément baroque grâce à mélange de magie et de technologie servi dans un écrin steampunk. L’action se déroule dans un Glasgow exubérant envahi par la forêt, les elfes, et les loups-garous. Bref, un multivers bien barré que n’aurait pas renié Michael Moorcock ou un scénariste de Doctor Who ! Même si ces références britanniques sont un peu réductrices.

Esther Brassac ne cesse d’inventer des engins aussi improbables que les taxiflores ou les aérobulles, des véhicules qui font rêver. Vous l’avez deviné, j’ai été impressionné par la profondeur de l’univers. Le monde est développé jusque dans les dernières lignes, avec notamment des révélations sur les Karmonstraques, au point où le background du roman pourrait largement inspirer un jeu de rôle. La Nuit est typiquement l’histoire que l’on relit plusieurs fois pour comprendre les multiples intrigues, un livre-univers qui m’a mis, je dois l’avouer, le cerveau en ébullition tant les réflexions ésotériques et cosmologiques se multiplient au milieu du roman. Mais que les amateurs d’action se rassurent, le rythme s’accélère avec une dernière partie riche en suspens. On dit qu’il n’y a pas de bonne histoire sans méchants réussis, et je dois reconnaître que les Coeurs froids sont aussi effrayants que puissants, mention spéciale à la monstruosité hybride qui m’a vraiment mis mal à l’aise.

J’ai apprécié cette galerie de personnages uniques : Harald, un vampire atypique, accompagné de son inséparable Mouscarpion. Sans parler de la géniale Pétunia, une goule (!) journaliste (!!) qui parle un argot désopilant. Chacune de ses répliques fait mouche, je n’ose imaginer la somme de travail réalisé par l’auteure. « Travail » est décidément le maître-mot…

Au final, Esther Brassac nous livre un premier roman débordant d’énergie comme je les aime. Bien que l’auteure aille très loin dans les extrapolations métaphysiques, au point où j’ai parfois eu du mal à suivre, son univers farfelu (dans ma bouche c’est un compliment) vaut le détour, sans parler de cette plume qui force le respect. J’ai hâte de découvrir son prochain livre.

PS : à signaler, une excellente nouvelle d’Esther Brassac qui se déroule dans le même univers que la Nuit des Cœurs froids. Elle est disponible dans l’anthologie des Éditions du Chat Noir intitulée Montres enchantées. Elle est belle, triste et poignante, je l’ai également beaucoup aimée.

Article réalisé dans le cadre du challenge SFFF au féminin.

Published in: on août 1, 2014 at 9:43  Comments (13)  
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Silicon Valley

 

Attention, HBO nous livre une nouvelle pépite !

Après la somptueuse saison 4 de Game of thrones, voici une comédie corrosive qui s’attaque avec brio au mythe de la Silicon Valley. Mais au lieu de nous proposer une énième success story sur ce pôle high-tech, Mike Judge (l’auteur de Beavis et Butt-Head) nous montre l’envers du décors à travers la (sur)vie d’une startup appelée Pied Piper : des programmeurs asociaux inventent une web application dotée d’un algorithme révolutionnaire permettant des taux de compression jamais atteints dans l’histoire de l’informatique.

Il n’en faut pas plus pour attirer la convoitise de multinationales telle que Hooli, caricature à peine voilée de Google. Tout irait pour le mieux si les membres de Pied Pipper n’étaient pas des développeurs déjantés plus vrais que nature : un drogué aux champignons hallucinogènes qui se prend pour le nouveau Steve Jobs, un sataniste canadien sans-papiers qui ne supporte pas le logo et le nom « Pied Pieper », un leader angoissé incapable d’expliquer son business plan à qui que ce soit…

Silicon Valley est-il un clone de The Big Bang Theory ?

Pas vraiment : les scénaristes, extrêmement documentés, s’attaquent à la culture geek dans toute sa vacuité : lors du fameux concours Tech Crunch qui récompense l’innovation technologique, tous les candidats parlent de rendre « le monde meilleur » en présentant des applications pour le moins… discutables. Les PDG qui s’affrontent à coups de millions de dollars pour racheter Pied Piper sont moins des technophiles que des milliardaires bouffis d’orgueil, prêts à tout pour humilier la concurrence. Dans cet univers virtuel, impossible de savoir quel camp choisir tant les discours pseudo-humanistes façon Apple se heurtent au cynisme ambiant : une entreprise peut être valorisée du jour au lendemain plusieurs centaines de millions de dollars, avant de sombrer comme Chatroulette ou My Space dans l’oubli. « C’est tellement 2009 ! » s’exclame un développeur de la série lorsqu’il découvre un site Internet ringard…

À travers une critique au vitriole du monde de l’informatique et de sa présupposée cool attitude, Mike Judge nous renvoie à l’absurdité de notre société, mais aussi à la gentrification de San Francisco que j’évoquais dans cet article. La jungle du numérique qu’est la Silicon Valley est tournée en dérision avec des scènes à pleurer de rire, à tel point que j’ai regardé deux fois cette série en l’espace de 48h00 ! Certes, il n’y a pour l’instant qu’une saison de 8 épisodes, mais Silicon Valley est promise à un grand avenir. En attendant la saison 2, voici le vrai-faux site conçu par HBO. Et s’il ne suffit pas à vous convaincre, voici un petit extrait d’une scène que j’ai appelée « la séquence qui tue », uploadée rien que pour vous ! (merci de ne pas me dénoncer à l’HADOPI).

PS : pour avoir tous les sous-titres, ne laissez pas le pointeur de la souris sur la fenêtre.

Published in: on juillet 18, 2014 at 6:22  Comments (19)  
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Certains livres sont réservés aux riches

La dramaturgie d'Yves Lavandier, vendu il y a un mois

La dramaturgie d’Yves Lavandier, vendu il y a un mois

Vous trouvez le titre de cet article provocateur ? Et pourtant c’est désormais la triste réalité. Je ne parle pas de grimoires du XVe siècle recherchés par des bibliophiles fortunés, mais bien de bouquins récents. Dans cet article, je m’indignais avec naïveté qu’Amazon permette de vendre une petite fortune des ouvrages d’occasion et/ou épuisés. Pour info, la toute dernière édition de la dramaturgie d’Yves Lavandier est disponible sur le site de l’auteur ici, pour 36 euros. Un livre neuf, à comparer avec les 350 euros demandés sur Price Minister… En cherchant d’autres « vieux » titres, je me suis rendu compte que cette pratique est banale sur le Net, que ce soit sur Price Minister ou la Fnac, « agitateur culturel »…

Le même titre sur Google books il y a quelques semaines...

Le même titre sur Google books il y a quelques semaines…

De nombreux livres sont concernés par ce phénomène, et ne sont même pas disponibles en numérique. « Rien de neuf sous le soleil, c’est la loi du marché, la rareté a un prix » diront certains. Certes. Mais on parle quand même de culture, d’un bien qui devrait être accessible au plus grand nombre. Vous allez me répondre que je peux très bien obtenir des livres indisponibles à la bibliothèque et c’est précisément ce que je fais lorsque j’effectue des recherches pour mon futur roman. Je me rends à la bibliothèque à pied, j’emprunte pour un mois deux ouvrages, je photographie avec mon smartphone certains chapitres pour les relire plus tard. J’avoue que c’est un travail agréable : au fil de mes recherches, j’ai découvert des trésors. Mais jusqu’à quand cela sera-t-il possible ? En Angleterre, les bibliothèques ferment par centaines. Les habitués du blog A l’ombre des nénufars savent que la situation des libraires en France n’est pas plus réjouissante. Il faut dépenser beaucoup de temps et d’argent pour accéder à certains livres « rares », alors que nous vivons dans un pays riche qui a donné naissance à la philosophie des Lumières ! Notre société ne devient-elle pas de plus en plus dystopique ? Dans son plaidoyer, Neil Jomunsi défend une autre conception de la rareté, plus humaniste, que je partage sans réserve (l’article et les commentaires sont passionnants). Les artistes, les libraires et les bibliothécaires sont, elles aussi, des personnes rares, les précieuses cellules d’un écosystème fragile qu’il faut à tout prix préserver. S’il disparait, les multinationales comme Amazon auront le champ libre pour nous imposer leur logique commerciale, avec toutes les dérives que cela implique.

PS : Je ne saurais trop recommander aux amoureux du livre le site Abebooks. Pour 350 euros, vous pouvez obtenir non pas un livre récent comme sur Amazon ou Price Minister, mais le Phraseologia generalis, un bel ouvrage datant de 1681. On trouve même sur ce site d’autres livres du XVIIe siècle à moins de 100 euros. De vraies raretés…

Published in: on juillet 4, 2014 at 9:40  Comments (36)  
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Les cyberpunks avaient raison

Des activistes de The Counterforce vomissent sur un bus de Yahoo

Des activistes de The Counterforce vomissent sur un bus de Yahoo

 

 

 

 

 

 

 

 

Les « anti-high-tech » se répandent dans la Silicon Valley ! Non, ce n’est pas un scénario de science-fiction, mais le constat du Monde.fr dans cette série d’articles parus il y a un mois. Les activistes du mouvement Counterforce s’en prennent aux bus de Google ainsi que d’autres multinationales et dénoncent… la flambée de l’immobilier. La flambée de l’immobilier ? Mais quel rapport avec les multinationales ? Hé bien San Francisco, devenue la ville la plus chère des Etats-Unis, est victime d’une gentrification : les nouveaux arrivants, plus aisés, s’approprient un espace initialement occupé par des habitants ou usagers moins favorisés. À San Francisco, il existe même une loi permettant aux propriétaires d’expulser des personnes âgées installées depuis longtemps pour louer plus cher les appartements aux cadres de Facebook, Apple, Yahoo ainsi que d’autres compagnies. Les bus de Google, de plus en plus nombreux, sont équipés de matériel high-tech pour que leurs employés continuent de travailler, tandis que les bus publics sont victimes de bouchons interminables. Alors qu’une couteuse chasse aux contrevenants (9,5 millions de dollars par an pour un million de dollars de revenus) a provoqué la mort d’un resquilleur abattu par la police (!), Google échappe à une facture de plusieurs dizaines de millions de dollars.

 

Si je suis d’accord sur l’idée que Google créé des emplois et qu’on doit s’abstenir de toute vision manichéenne, il faut reconnaître que les écrivains cyberpunks étaient des visionnaires : dans les années 80, des romanciers comme William « Neuromancien » Gibson ont décrit un futur cauchemardesque dominé par les multinationales omnipotentes, Internet, et les désastres écologiques. Un monde aseptisé qui a horreur de la contestation.

À l’ère des réseaux sociaux, nous entrons doucement dans un moyen-âge technologique avec des entreprises qui ont plus de pouvoir que les états. C’est ce qu’on constate aujourd’hui avec le « GAFA » constitué par Google, Apple, Facebook et Amazon, des entités dotées de PIB supérieurs à ceux de nombreux pays.

Source : France Télévision

Source : France Télévision

 

Comme pour les problèmes écologiques, nous sommes tous plus ou moins responsables de cette (r)évolution qui modifie en profondeur notre société : les citoyens se transforment peu à peu en consommateurs, et même en adeptes religieux, il n’y a qu’à voir sur les sites web les disputes entre les fans d’iOs et ceux d’Android. Ces liens d’allégeance de followers et de fans, dignes d’un régime féodal, constituent autant de toiles d’araignées tissées par les multinationales : tandis que Google propose toujours plus de services gratuits, il faut désormais un compte Facebook pour se connecter à de nombreux sites. La gratuité de certains services n’est bien sûr qu’une illusion : « si c’est gratuit, c’est vous le produit » a-t-on coutume de dire sur le Net. Vous allez me dire que ces problèmes sont mineurs, mais ce qui se passe actuellement à San Francisco est un nuage qui annonce des tempêtes plus graves pour notre monde réel. Alors qu’Amazon veut peser de tout son poids pour supprimer la loi du prix unique sur les livres français, ce qui aurait des conséquences catastrophiques pour les éditeurs, Google investit massivement dans les voitures autonomes…. gratuites.

 

Dans un futur proche, les utilisateurs du service de géolocalisation Google Now pourront se rendre en Google cars dans des magasins sélectionnés. Les commerçants financeront le service en échange de la publicité. C’est loin d’être de la science-fiction puisque l’année dernière Google a investi 258 millions de dollars dans le leader mondial des VTC, Uber. Il s’agit d’un service permettant, à l’aide d’un smartphone, de réserver une voiture de tourisme avec chauffeur selon le véhicule le plus proche. Et les Google cars fonctionnent déjà au Névada, en Floride, en Californie et dans le Michigan.

Bien évidemment, comme tout un chacun, je suis fasciné par l’innovation technologique, et j’admire l’incroyable bilan écologique de San Francisco. Mais les entreprises commerciales prennent un poids déraisonnable sur notre vie quotidienne. Quand Amazon aura tué définitivement la concurrence grâce à ses livraisons par drone en moins d’une heure, qu’est-ce qui empêchera cette firme d’augmenter ses prix ? De manière générale, si tous(tes) les caissiers(ières) sont remplacé(e)s par des machines, qu’adviendra-t-il des gens sans qualification qui chercheront du travail ? Ou de la grand-mère isolée qui ne pourra plus bavarder avec la caissière (bon ok, la grand-mère qui bavarde avec les caissières, c’est moi) ?

On a beau se réjouir de la suppression des métiers pénibles, je ne peux m’empêcher de penser que les cauchemars des cyberpunks sont en train de se réaliser : dans ce moyen-âge technologique, les serfs que nous sommes obéissent aux multinationales, les véritables seigneurs de ce monde. Et dans ce futur, la contestation est inconcevable.

Vous trouvez que j’exagère ? Cette dystopie se déroule en ce moment même sur nos écrans avec la Coupe du monde : la toute-puissante Fifa a exigé que le Brésil adopte une législation, la Lei Geral da Copa. Grâce à cette loi, la Fifa peut vendre des billets plein tarif sans prendre en compte les étudiants et les retraités. Dans un rayon de 2 kilomètres autour des stades, il est interdit de vendre des produits autres que ceux des partenaires officiels. La vente d’alcool, normalement interdite dans les stades pour réduire la violence, est autorisée pour Budweiser, bière officielle du Mundial. Encore plus ahurissant, en vertu de cette même loi, les citoyens qui portent atteinte à l’image de la Fifa ou des sponsors lors des nombreuses manifestations sont condamnés par des tribunaux d’exception ! Grâce à la magie de la technologie, la Fifa a même censuré l’enfant indien à la banderole du match d’ouverture.

La Fifa impose d’une main de fer sa loi aux états mais, curieusement, lorsque des esclaves népalais exploités par le Qatar meurent en masse sur le chantier de la coupe du monde 2022, cette fédération n’intervient pas… Il y a 30 ans, la génération cyberpunk a tiré la sonnette d’alarme sur les dérives des multinationales. Alors que notre société ne cesse de se déshumaniser, ne serait-il pas grand temps de se recentrer sur l’essentiel ?

Published in: on juin 20, 2014 at 9:40  Comments (36)  

… Et Disney devint féministe

 

J’ai vu il y a quelques jours Maléfique, le dernier long-métrage de Disney, et je suis ressorti de la salle impressionné. Quel film ! Une relecture postmoderne du conte de fée, extrêmement audacieuse : faire de l’archétypale sorcière l’héroïne du récit, confier aux femmes les rôles principaux sans pour autant tomber dans la caricature, éviter le manichéisme et les clichés, sans parler de la musique de Lana Del Rey… Il fallait un courage inouï pour produire un tel projet, et pourtant Walt Disney Pictures l’a fait.  Le célèbre studio s’est en fait modernisé  avec Alice au pays des merveilles de Tim Burton, un film assez convenu, mais doté d’un personnage fort. L’année dernière, Sam Raimi montrait plus d’audace pour Le Monde fantastique d’Oz, avec James Franco dans le rôle titre.

Dans ce long-métrage, Oz est un coureur de jupon invétéré, un bourreau des cœurs mythomane, un salaud qui transforme littéralement les femmes qu’il séduit en sorcières… et en devient la victime. Oz se lie d’amitié avec une poupée de porcelaine (belle métaphore !), et apprend à respecter les femmes. J’ai beaucoup aimé ce long-métrage drôle et intriguant, à plusieurs niveaux de lecture, qui en a précédé un autre, encore plus ambitieux : Dans l’ombre de Mary, La Promesse de Walt Disney (le titre original est bien meilleur : Saving Mr. Banks). Dans cette mise en abyme réaliste, le film raconte comment Walt Disney a invité à Hollywood l’écrivain Pamela Lyndon Travers pour adapter au cinéma son célèbre livre pour enfants, Mary Poppins. Problème : Travers est une vieille fille aigrie qui méprise ses dessins-animés !

Dans l’ombre de Mary évite l’écueil du projet familial orienté grand public, consensuel : la comédie glisse doucement vers le drame, avec un ton adulte pour le moins douloureux. Travers a donné vie à Mary Poppins parce que son enfance misérable n’avait rien d’un conte de fée. Entre rires et larmes, la scène « Laissons-le s’envoler » (« Let’s Go Fly A Kite ») fait déjà partie des plus belles scènes de l’histoire du Cinéma : l’espace d’une chanson, Travers abandonne son masque d’adulte pour retrouver son âme d’enfant…

Dans l’ombre de Mary est un film mélancolique qui refuse la facilité avec un personnage féminin odieux, à la fois fort et fragile, extrêmement moderne pour son époque.

Maléfique confirme l’impression que Disney s’intéresse de plus en plus aux zones d’ombre de ses héroïnes, en s’abstenant de les juger. Relecture sombre de la Belle au bois dormant, le protagoniste principal est une créature mi-ange mi-démon qui vit en symbiose avec un univers panthéiste éloigné de nos valeurs judéo-chrétiennes : lorsque le temps de la guerre a sonné, toutes les créatures de Maléfique deviennent, à regret, des ennemis farouches de l’Humanité. La Nature, féminine et sensuelle, affronte un roi obsédé par les armes en métal dans une lutte aux accents écologiques. La symbolique sexuelle, inhérente aux contes de fée, est ici particulièrement forte : passer la nuit avec un mortel et se retrouver au matin seule, les ailes brisées… On ne pouvait faire plus explicite !

En l’espace de quelques années on a assisté à un changement de paradigme : qu’elle est loin l’époque où Walt Disney interdisait aux femmes de dessiner ! Qu’elles soient des personnages imaginaires (Alice, Maléfique), ou historiques (Pamela Lyndon Travers), les femmes constituent désormais un vrai sujet de réflexion chez Disney. Plus qu’une évolution, il s’agit d’une révolution bienvenue dans un Hollywood obsédé par les remakes, reboots et autres séquelles de blockbusters testosteronés. Un triomphe de la créativité qui fera date : Walt Disney Pictures est la preuve qu’un grand studio peut donner le pouvoir à l’imagination dans ce qu’elle a de plus noble. Après un premier putsch manqué dans les années 80 avec le trou noir, le Dragon du lac de feu et Tron, les scénaristes anticonformistes sont à nouveau aux commandes chez Disney. Pourvu que ça dure* !

* Espérons que ça porte chance à Star Wars VII…

 

Published in: on juin 6, 2014 at 9:50  Comments (23)  
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Au revoir les Imaginales…

 

 

Les Imaginales 2014, c’est déjà fini, mais je ne suis pas prêt d’oublier…

La bonne humeur communicative de Joe Abercrombie

 

 

Les cours d’étrusque de Jean–Philippe Jaworski

 

 

La féérie qui régnait au bord de la Moselle

 

 

 

 

 

 

Les yeux de Cindy Van Wilder au moment de recevoir son prix Imaginale Jeunesse pour les Outrepasseurs, roman que j’avais eu le plaisir de chroniquer ici.

 

 

Son discours

 

 

Mes autres amis écrivains qui deviennent au fil des ans des amis tout court, n’est-ce pas Jean Vigne ?

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Le plaisir de rencontrer mes voisins blogueurs comme Doris, sur le stand d’Elenya éditions

 

 

Sans oublier la gentillesse de Joe Abercrombie…

Rendez-vous aux Imaginales !

Il n’y aura pas d’article ce vendredi car je serai à Epinal. J’espère vous y voir en chair et en os ! Je porterai cette besace reçue pour mon anniversaire… À très vite !

 

 

 

Published in: on Mai 21, 2014 at 9:52  Comments (25)  
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Les pays qui m’ont inspiré : la Jordanie

Le temple

Dans cet article je parlais du Japon, un pays qui m’a profondément marqué, et pas seulement au niveau de l’écriture. En 1999, j’ai aussi eu la chance de découvrir une autre contrée hors-normes, la Jordanie, dans le cadre d’une campagne de fouilles archéologiques organisée par le C.N.R.S. et l’I.F.A.P.O. Cette belle aventure, je la dois à un homme, le professeur François Villeneuve, de l’École Normale Supérieure. Alors que je n’étais encore qu’un étudiant en Histoire de 22 ans, il eut la gentillesse de me recruter dans son équipe afin de fouiller l’antique temple nabatéen de Khirbet Edh Dharih… en plein mois de juillet ! Nous étions logés dans l’école désaffectée d’un petit village. Tous les jours, nous nous levions à 5h00 du matin pour prendre les land rovers et profiter au maximum de la fraicheur.

Le matériel indispensable à des fouilles archéologiques

Une grue pour restaurer le temple

Tetris

La nuit, il faisait si froid que nous dormions souvent avec des pulls, mais la journée, la température dépassait facilement les 35 °C… Dans ces conditions, nous en étions réduits à effectuer des fouilles seulement la matinée. À dix heures, nous faisions une pause pour manger de la pastèque et boire (le « fatour ») car nous travaillions dans un environnement aride, pour ne pas dire désertique : il n’était pas rare de tomber sur un scorpion, et cette année-là ce fut un collègue archéologue qui en fit les frais avec une piqûre au doigt.

Mes premières fouilles (en haut, mon matériell)

Mes premières fouilles (en haut, mon matériel)

Plus la matinée avance, plus nos gestes ralentissent… À 13h00, le travail devient impossible.

Le même site, quelques jours plus tard.

Le même site, quelques jours plus tard : toujours plus profond

Parfois, la soif était si terrible que déglutir devenait douloureux, mais nous étions tous motivés à l’idée de fouiller le temple d’un peuple fascinant : les Nabatéens. À la manière des Japonais, les Nabatéens furent influencés par les peuples qui les entouraient tout en conservant une culture originale. On retrouve dans leur architecture une influence arabe, égyptienne et grecque… Pas étonnant que nous ayons découvert cette méduse !

 

C’est lors d’une visite à Pétra que j’ai pris la mesure de cette architecture monumentale. Pour atteindre cette île du désert, il faut traverser le Wadi Rum, pénétrer dans une région montagneuse via un défilé très étroit, le Sîq. Et là, soudain, le Kahzneh s’offre à vous : un mausolée de 43 mètres de haut. C’est Pétra qui m’a inspiré une île des Mers Turquoises dotée de canyons : Perdition.

Dans le Sîq. Derrière moi, le Kahzneh

Dans le Sîq. Derrière moi, le Kahzneh

 

Avec mes compagnons au pied du Khazneh

Avec mes compagnons au pied du Khazneh

Une architecture hors-normes...

Une architecture hors-normes…

Ensuite, on monte près de 800 marches…

Des tombes royales

Des tombes royales

Les fameux "djinns", très impressionnants...

Sur la droite, les fameux « djinns », des pierres très impressionnantes…

Un sanctuaire sacrificiel (si mes souvenirs sont bons...)

Un sanctuaire sacrificiel (si mes souvenirs sont bons…)

… et après cette ascension on découvre l’El Deir (« le monastère ») et ses chapiteaux ioniques, un monument qui serait dédié au roi divinisé Obodas Ier. Devenu monastère chrétien au quatrième siècle après J.C., l’El Deir a conservé son urne funéraire à son sommet. Cet édifice m’a inspiré la forteresse de Perdition, construite sur les ruines d’une civilisation mystérieuse…

   

Ces fouilles archéologiques ont aussi été pour moi l’occasion de rencontrer un peuple accueillant, dans des conditions privilégiées. Je repense parfois à ce guide de Pétra qui n’avait jamais vu la mer, et qui me racontait avec gravité qu’il descendait des Nabatéens. Ou cette nuit passée dans le désert du Wadi Rum, à dormir à moitié enterré dans le sable sous une infinité d’étoiles. Et ce silence… Deux jours plus tard, je revenais en France sous la pluie avec une dizaine de kilos en moins, et une violente angine. En sortant de l’aéroport de Nice, je sentais l’humidité dans l’air tout autour de moi, avec l’impression que les gens étaient littéralement gorgés d’eau. Alors que les arrosages automatiques se lançaient sous la pluie, j’étais émerveillé par cette richesse qui m’entourait, et horrifié par le gaspillage. Pour la première fois de ma vie, je réalisais la chance que j’avais de vivre dans un pays riche en eau.

En regardant ces photos, je ne peux m’empêcher de ressentir de la nostalgie. Du haut de mes 22 ans, j’étais emprunt d’une certaine innocence : dans ce monde pré-11 septembre, l’Irak et la Syrie n’étaient pas en guerre, et il était encore possible de visiter le souk d’Alep, les bouddhas de Bâmiyân en Afghanistan… J’avais la naïveté de penser que ces trésors archéologiques seraient toujours à l’abris de la folie des hommes. Mais tous ces drames n’effaceront jamais mes convictions humanistes, au cœur des Pirates de l’Escroc-Griffe.

En mémoire de Moussa et Fayçal

Pour en savoir plus sur cette campagne de fouilles, ça se passe ici.

Published in: on Mai 19, 2014 at 9:45  Comments (39)  
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L’homme qui murmurait à l’oreille des tardigrades

 

 

 

 

 

 

 

La semaine dernière, je vous ai proposé un article assez délirant (mais pas tant que ça) sur la théorie scientifique d’un univers vivant, mais faute de place, je ne vous ai pas parlé d’un animal qui me passionne, le tardigrade. Je suis tellement fan de ce « marcheur lent » (du latin tardigradus) qu’en 2009 j’ai même acheté un microscope pour l’étudier ! Et je n’ai pas pu m’empêcher d’en caser un dans le tome 3 des Pirates de l’Escroc-Griffe… Bon, quel rapport avec mon billet précédent ?

À la fin des années 90, je suis tombé sur un article scientifique hallucinant : des chercheurs ont extrait par hasard de la glace des tardigrades congelés surnommés «oursons d’eau», des animaux à huit pattes qui mesurent jusqu’à 1,5 millimètres de diamètre. Les scientifiques étaient persuadés qu’ils étaient morts, mais à leur grande surprise, les tardigrades ont repris vie après un long sommeil ! En cas de stress physique, ces petites bêtes qui ne vivent habituellement que quelques mois rentrent en cryptobiose : elles rétractent leurs huit pattes pour perdre 99% de leur eau, et la remplacent par un antigel de synthèse. Dans cet état, même avec des capteurs ultra-sophistiqués, il est impossible de déterminer si ces créatures sont vivantes ou mortes !

Les tardigrades sont omniprésents : on les trouve dans les mousses et lichens de nos forêts, au sommet de l’Himalaya, dans les régions polaires, et même dans les océans à 4000 mètres de profondeur ! Il faut dire que ces bestioles disposent de propriétés étonnantes. Elles peuvent encaisser des doses de rayons X mortelles pour l’homme, résister à une température de -272°C (un degré du zéro absolu), ou de  150 ° pendant quelques minutes. Plus incroyable encore, les oursons d’eau peuvent supporter 60.000 mètres de fond ! Étrange quand on sait que la fosse des Mariannes, le point le plus profond de la planète, fait « seulement » 11.000 mètres de profondeur… Pourquoi ces animaux sont-ils suradaptés à notre environnement ? En 2007, je n’étais pas au bout de mes surprises : cette année-là, une fusée russe a emmené dans l’espace des tardigrades pendant 12 jours. À ma grande stupéfaction, la plupart des « marcheurs lents » ont résisté au vide. Malgré les rayonnements ultra-violets, connus pour abimer les chromosomes, les tardigrades survivants ont pu se reproduire à leur retour, ce qui laisse entendre que ces créatures répareraient leur ADN !

Pour résumer, ces animaux sont capables de survivre dans le vide spatial, de supporter des pressions et des températures inconnues sur Terre, ont résisté à cinq extinctions majeures d’espèces sur plusieurs centaines de millions d’années, ainsi qu’à bien d’autres environnements extrêmes… Ces organismes suradaptés ont-ils voyagé dans des météorites avant d’atteindre notre belle planète bleue ? La panspermie est-elle possible ? L’éternel rêveur que je suis n’a pu s’empêcher de songer à ces questions, sans imaginer un seul instant que des biologistes américains et russes allaient se pencher dessus également ! Le but de la mission LIFE (Living Interplanetary Flight Experiment) était d’envoyer durant trois ans dans l’espace des organismes extremophiles tels que des bactéries, des mousses, et des tardigrades. Le voyage devait les amener jusqu’à la lune martienne de Phobos, avant leur retour sur Terre. Malheureusement, le module s’est écrasé dans l’océan Pacifique.

Il y a fort à parier que dans les années à venir, d’autres tardigrades seront envoyés dans l’espace. Peut-être qu’un jour les scientifiques arriveront à prouver que la vie dans l’univers est un phénomène courant, sinon banal…

EDIT : il y a peut-être des milliers de tardigrades en vie sur la Lune

La bactérie et la baleine

Galacidalacidesoxyribonucleicacid, Salvador Dalí

 

Suite à une conversation avec un ami sur l’univers, j’ai pensé à cette allégorie poético-scientifique.

Prenons l’un des plus petits êtres vivants connus sur Terre, une ultramicrobactérie de 0,3 micromètres de diamètre capable de vivre dans de l’eau salée. Imaginons que cette minuscule bactérie soit, miracle ! dotée d’une conscience et de sens. Elle évolue dans la mer et, comme la plupart des ultramicrobactéries, ne grandit, ni ne se reproduit, pour résister à des conditions difficiles. Imaginons maintenant qu’elle soit avalée par une baleine bleue de 30 mètres de long, puis recrachée. Notre bactérie en aurait-elle seulement conscience ? On peut en douter car, comme elle mesure 0,3 micromètres, une goutte d’eau d’1 millimètre de long serait déjà pour elle un vaste territoire de 1000 micromètres. Alors comment pourrait-elle se représenter un organisme aussi complexe que l’intérieur d’une baleine ? Là encore, notre ultramicrobactérie devrait mesurer l’univers à partir de sa taille, 0,3 micromètres. Pour elle, le cétacé ferait donc 30 millions de micromètres. Cela reviendrait, pour un humain d’1,80 mètres, à imaginer devant lui un géant d’une hauteur de 180.000 kilomètres, presque la moitié de la distance Terre-Lune. À notre échelle, le doigt de pied de ce géant serait aussi grand qu’une montagne qui disparaitrait dans les nuages, au point où nous refuserions d’admettre que nous sommes en présence d’un être vivant, capable de nous avaler sans même s’en apercevoir ! Ce qui est farfelu pour nous le serait tout autant pour notre micro-organisme, qui tenterait d’imaginer dans quoi pourrait bien nager une baleine… Comment notre bactérie pourrait-elle se représenter plus d’un milliard de km3 de mers et d’océans ?

Bactéries sur des os de baleine

Bactéries jaunes sur des os de baleine


 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

De notre point de vue, nous avons du mal à réaliser que deux êtres vivants aussi dissemblables qu’une bactérie et une baleine possèdent de l’ADN de la taille d’une molécule… alors que ces deux êtres n’ont pas grand chose en commun. Et pourtant, la vie et la mort de l’un peut conditionner étroitement l’existence de l’autre sans que les deux en aient « conscience ». Ainsi, dans les profondeurs des mers, des bactéries se développent sur des os de baleines. Dans ce milieu, à mesure que l’oxygène se raréfie, les bactéries provoquent une augmentation du sulfure et l’arrivée d’espèces qui vivent en symbiose. Les bactéries sur les os utilisent comme source d’énergie le sulfure d’hydrogène produit par d’autres bactéries qui s’attaquent à l’intérieur de l’os. C’est le début d’une chaîne alimentaire spécifique aux abysses, la chimiosynthèse. À l’échelle d’une bactérie à la durée de vie limitée, un os de baleine est un univers infini qui n’a ni début ni fin.

À notre propre échelle, nous n’avons pas conscience que les bactéries qui vivent à l’intérieur de nos intestins ont un rôle bénéfique. Et là encore, si ces bactéries étaient dotées de conscience, il serait difficile pour elles de concevoir une telle symbiose. À une échelle encore plus grande, qui nous dit que l’univers ne serait pas un système biologique, un réseau inconcevable pour les pauvres bactéries que nous sommes ? Détail amusant, au niveau macroscopique on trouve dans l’univers des objets fractals aux formes similaires à celle de l’ADN ou d’un coquillage, ce sont les galaxies :

Puisqu’on parle de réseau et de cosmos, il est intéressant de constater que les galaxies se groupent en amas. Les scientifiques admettent que notre Voie lactée et la galaxie d’Andromède sont liées gravitationnellement, comme bon nombre de galaxies. Au début de l’année, des astronomes ont enfin pu photographier une partie de ce réseau, de l’hydrogène illuminé par un quasar, et ainsi détecter une gigantesque nébuleuse de gaz et de poussières d’environ deux millions d’années-lumière de diamètre. Bien qu’ils soient totalement différents, le cerveau humain et un superamas de galaxies sont des systèmes d’une complexité inouïe.

Comparer un réseau neuronal avec l’univers connu serait bien sûr faire preuve de réductionnisme tant ces deux systèmes n’ont rien en commun. Mais l’idée de réseau est étroitement associée à la notion d’organisation, de complexité… et donc de sophistication. Ce qui est ironique, c’est que nous étudions bon nombre de réseaux autour de nous, mais que nous avons toujours le plus grand mal à définir ce qu’est « la vie ». Au niveau microscopique, les biologistes ne considèrent pas les virus comme des êtres vivants, mais les classent dans la catégorie des « entités biologiques ». Qui nous dit que l’univers connu n’est pas la minuscule brique d’un organisme vivant bien plus complexe que tout ce que nous pourrions imaginer ? Cela pourrait apporter une réponse au mystère du principe anthropique : certains scientifiques, religieux et philosophes estiment que l’univers comporte tellement de paramètres précis pour que la vie soit possible, que ce même univers a forcément été créé pour que l’homme soit au sommet de cette pyramide de la complexité. Mais avec la théorie d’un univers vivant, l’explication serait beaucoup plus simple :  la vie serait…. banale, et l’homme un maillon de l’évolution, au même titre qu’un virus.

Si dans les siècles ou millénaires à venir, cette hypothèse farfelue venait à être confirmée, ce serait à nouveau une terrible blessure narcissique pour les bactéries l’Humanité.

Bonus : l’épisode « L’univers est-il vivant ? » de la série scientifique « Voyage dans l’espace-temps » de Science Channel, présenté et produit par Morgan Freeman, qui propose plusieurs théories d’astrophysiciens et de biologistes.

 

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Published in: on Mai 2, 2014 at 9:40  Comments (19)  
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