L’Appel de Cthulhu

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Cette semaine, j’ai eu un immense coup de cœur pour une maison d’édition injustement méconnue, Lyre Audio. L’été dernier, j’avais déjà chroniqué un audiobook extraordinaire découvert sur iTunes, Lettres de 1929, Juillet à Décembre, de Howard Phillips Lovecraft. Oui, extraordinaire, car en décidant de faire lire l’œuvre épistolaire du maître de Providence à un acteur, Lyre Audio nous permettait de participer à une expérience fascinante : plonger dans l’intimité torturée de HPL. J’ai eu la joie de découvrir récemment que cet éditeur a publié d’autres écrits du même auteur, dont le célébrissime Appel de Cthulhu, texte qui a marqué au fer rouge plusieurs générations d’écrivains. L’Appel de Cthulhu est au fantastique ce que le Seigneur des Anneaux est à l’héroic fantasy : un monument de la littérature. C’est donc avec une certaine excitation que je me suis mis à écouter cet audiobook au casque. Première belle surprise : le narrateur est l’excellent Xavier Béja, la voix des Lettres de 1929.

 

 

J’apprécie le travail de ce doubleur, qu’on retrouve aussi bien au cinéma (le Hobbit, Maléfique) que dans les séries télévisées (Nip/TuckPrison Break, House of CardsHow I Met Your Mother...). L’acteur livre à nouveau une prestation convaincante : à mesure que le récit bascule dans l’horreur, sa voix se modifie, soulignant ainsi le désarroi du héros. On sent qu’il y a une vraie direction artistique, impression renforcée par une musique ténébreuse à souhait, mais jamais envahissante. J’ai rapidement été captivé par ce récit qui a marqué mon adolescence. Au risque de choquer les puristes, le format audiobook m’a fait redécouvrir l’intrigue sous un jour nouveau : j’avais oublié combien la dernière partie était haletante, je rêve d’une adaptation cinéma. Mythologie autour de cultes blasphématoires, ruines cyclopéennes, horreur indicible, misanthropie maladive, l’Appel de Cthulhu est la parfaite synthèse des névroses de Lovecraft. La fin du texte, un abîme de noirceur, ne laisse pas indemne.

Au final, Lyre Audio a de nouveau accompli un travail phénoménal, courageux, qu’il faut absolument saluer. Cette édition de l’Appel de Cthulhu est un OVNI littéraire d’une très grande qualité, un chef d’œuvre d’1h30 à ne rater sous aucun prétexte, indispensable pour tout fan de HPL qui se respecte. Iä, Iä, Cthulhu fhtagn !

Published in: on mars 6, 2015 at 10:41  Comments (11)  
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Une chasse au trésor pour les Pirates de l’Escroc-Griffe

Le trésor est dans la barre...

Le trésor est dans la barre…

Comme nous sommes à moins d’un mois de la sortie des Pirates de l’Escroc-Griffe  il est temps de vous offrir un vrai cadeau, fidèles lecteurs. Pourquoi un cadeau ? Hé bien avant de devenir un blog en 2013, escroc-griffe.com était un simple site qui me permettait de présenter sommairement ce qui n’était encore qu’un projet (fou) d’écriture. Les plus anciens se rappelleront peut-être qu’il y avait même des appendices et des annexes concernant l’histoire des Mers Turquoises1… Au fil des années, vous m’avez soutenu, ce qui s’est révélé très important quand j’attendais désespérément une réponse éditoriale. Du coup, j’ai envie de partager avec vous une surprise qui ne sera officiellement dévoilée que le 18 mars.

Si vous cherchez bien, il y a un trésor caché sur le blog ! Ce n’est pas une blague, il est assez précieux pour que j’en parle à la dernière page de mon tome 1, j’explique même comment le déterrer. Bien sûr, nous ne sommes pas encore le 18 mars, mais si le cœur vous en dit vous pouvez déjà vous lancer à la recherche de ce butin sur les Mers Turquoises et le découvrir en exclusivité plusieurs semaines avant les premiers lecteurs du livre.

Pour vous aider dans cette quête, je donne deux indices :

– J’ai déjà parlé de la nature de ce trésor dans un article.
– Le billet en question a été édité et actualisé, dedans vous trouverez un troisième et dernier indice crucial pour comprendre ce qu’est le trésor.

N’hésitez pas à utiliser les commentaires du blog, mon Twitter ainsi que ma page Facebook pour tenter de me corrompre me faire part de vos avancées, me questionner et, peut-être, me prévenir quand vous aurez découvert le trésor. Je dis volontairement « peut-être » : en tant que pirate, je comprendrais tout à fait que la personne qui trouvera ce bien précieux veuille en profiter égoïstement… du moins, jusqu’à la sortie du livre !

Bon vent, et prenez garde. Comme le dit le vieux proverbe des Mers Turquoises, « tout finit dans le Maelström »…

1. Ces appendices ont été retirées car au fil des années l’univers n’a cessé de s’enrichir. Cela dit, vous les retrouverez cette année…

Published in: on février 20, 2015 at 10:39  Comments (12)  
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Les Nouveaux héros

 

Un petit génie de la robotique nommé Hiro Hamada découvre qu’un complot criminel menace de détruire la ville de San Fransokyo. Avec l’aide de son plus proche ami, Baymax le robot infirmier, et de ses compagnons qu’il va transformer en une bande de superhéros high-tech, Hiro va tout faire pour sauver la ville et sa population de l’infâme Yokai…

Vous allez peut-être vous dire « Encore un film de super-héros ? ». À mon humble avis, rater cette sortie événement serait une grossière erreur et pour cause : pour la première fois, Disney adapte un comics Marvel ! Et pas n’importe lequel : il s’agit de Big Hero 6, l’histoire de super-héros officiant au Japon. À la base, ce projet d’adaptation était loin d’être évident : pour des raisons de droits, il n’était pas possible de reprendre certains des personnages originaux. Disney a donc supprimé le Samouraï d’argent qui apparait dans Wolverine : Le Combat de l’immortel, et pris une décision qui pour moi est absolument géniale : situer l’action dans la (sublime) ville imaginaire de San Fransokyo. Jamais dans le film l’histoire de San Fransokyo n’est abordée, mais on comprend très vite qu’il s’agit d’une ville uchronique, impression confirmée par Scott Watanabe, le directeur artistique : selon lui, le long-métrage se déroule dans un futur alternatif. Après le terrible tremblement de terre de 1906, San Francisco a été reconstruite par les Japonais, très expérimentés dans la gestion des séismes. Passée la surprise des premières images, on est complètement ébahis par la richesse de cet univers : les cerisiers en fleurs, le Golden Gate Bridge à l’architecture shintoïste… Les détails sont hallucinants et donnent presque envie de se balader dans cette ville fictive, synthèse idéale de deux cultures pourtant radicalement opposées. San Fransokyo est si crédible qu’elle est fait d’ores et déjà partie des cités imaginaires les plus marquantes du Septième Art, au même titre que la Los Angeles de Blade Runner et la Dark City d’Alex Proyas.

Bien que les images soient splendides, Les Nouveaux héros bénéficie également de personnages intéressants et d’un scénario assez sombre pour un Disney, puisque le jeune Hiro est confronté au deuil. Un deuil particulièrement douloureux, qu’il affrontera avec un robot aussi maladroit qu’attachant : Baymax.

 

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

J’ai à nouveau eu le sentiment que les scénaristes anticonformistes ont pris le pouvoir chez Disney : parier sur l’intelligence du spectateur, proposer des histoires à plusieurs niveaux de lecture, sans oublier l’émotion. Ce qui explique peut-être pourquoi les Disney sont de moins en moins manichéens : Hiro est hanté par la vengeance, tandis que le super-méchant a ses raisons…

Si vous allez voir Les Nouveaux héros, surtout restez juste après le générique, il y a un beau clin d’œil aux fans de Marvel. Anecdote incroyable, les auteurs du film ont réalisé deux mois avant la sortie qu’ils avaient oublié de tourner cette séquence pourtant incontournable dans tout Marvel qui se respecte !

D’autres avis : Bouddica, Lorhkan, A.C. de Haenne

Jupiter : le destin de l’univers

 

La Science-Fiction et moi, c’est une longue histoire d’amour qui a débuté en 1982, l’année de mes… 5 ans. Je me souviens avoir été ému aux larmes par E.T. et depuis ce jour, j’adore ce cinéma de genre qui nous a offert tant d’œuvres mythiques : Blade Runner, Alien, l’ Empire Contre-Attaque. Trente ans plus tard, j’ai été bouleversé par un autre long-métrage tout aussi extraordinaire : Cloud Atlas, réalisé par les Wachowski et Tom Tykwer.

Dans cette critique, je n’ai pas eu de mots assez forts pour célébrer cette histoire de SF qui, selon moi, approche de la perfection. Après une telle claque cinématographique, dire que j’attendais avec impatience le nouveau Wachowski, Jupiter Ascending, relevait de l’euphémisme ! Même si la bande-annonce laissait deviner un blockbuster orienté action (et sans Tom Tykwer à la réalisation).

L’impression de regarder un blockbuster se confirme dès la première partie du long-métrage avec des séquences space opera absolument époustouflantes : les auteurs de Matrix nous proposent un univers baroque magnifique qui n’est pas sans rappeler, dans une certaine mesure, celui de John Carter, surtout au niveau des vaisseaux spatiaux.

C’est à mon sens le gros point fort des films de SF depuis 2009, et la sortie d’Avatar : on a le sentiment que n’importe quel roman SFFF pourrait être facilement adapté tant la CGI amène une liberté totale au cinéaste. L’émotion n’est pas en reste avec l’introduction poignante de Jupiter, l’héroïne du film : avec beaucoup d’humour, les Wachowski se livrent à une relecture post-moderne de mythes ancestraux comme Cendrillon, le vampire… et même le loup-garou ! Il fallait s’y attendre, les réalisateurs de Cloud Atlas abordent également le thème de la réincarnation sous une perspective intéressante, celle de la génétique. Ce qui se révèle vite frustrant tant les Wachowski ne font qu’effleurer des problématiques passionnantes, notamment celle d’une moisson de l’Humanité façon Mass Effect. Là où Cloud Atlas posait de nombreuses questions métaphysiques, Jupiter Ascending se contente d’être un efficace film d’action calibré grand spectacle.

Jupiter Ascending reste un excellent blockbuster, aussi drôle qu’intelligent, mais moins visionnaire que Cloud Atlas. Cette comparaison inévitable ne doit pas pour autant nous faire bouder ce plaisir (coupable ?). À la différence de bien d’autres réalisateurs hollywoodiens, les Wachowski font preuve de générosité en livrant une œuvre sincère digne d’un pulp, une œuvre qui risque d’être (encore) incomprise. Jupiter Ascending a la naïveté romantique des fresques épiques de jadis, et c’est tant mieux !

D’autres avis : Lorhkan

Published in: on février 10, 2015 at 11:34  Comments (24)  

Une date pour l’édition papier des Pirates de l’Escroc-Griffe

Je m’apprêtais à aller au cinéma voir Jupiter Ascending (oui, j’écris « Jupiter Ascending« , car je trouve le titre français « Jupiter : le destin de l’univers » horrible…) lorsque j’ai reçu un mail de Bragelonne : le tome 1 des Pirates de l’Escroc-Griffe sera publié en papier le même jour que pour la version numérique, soit le 18 mars…. et voilà que je commence à être impatient !

À très vite pour ma critique du dernier Wachowski !

Published in: on février 10, 2015 at 4:23  Comments (14)  
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On parle des Pirates dans le magazine Neverland

Pour les abonnés qui n’ont pas encore reçu leur numéro de Neverland, voici l’article (décalé) consacré aux Pirates de l’Escroc-Griffe. Vous remarquerez que je suis en bonne compagnie avec l’intimidant Stephan Wul et la talentueuse Cécile Duquenne, l’auteur de l’excellente série les Foulards rouges que j’avais eu le plaisir de chroniquer ici. Il est aussi question des « mousquetaires », les nouveaux auteurs français qui se faufilent chez Bragelonne… À mon humble niveau, je suis heureux de faire partie de cette vague !

Published in: on janvier 31, 2015 at 2:08  Comments (4)  
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Souvenirs de Marnie

Collégienne mal dans sa peau, Anna est envoyée par sa mère adoptive à la campagne chez son oncle et sa tante afin de se ressourcer. En proie à des rêves étranges, elle découvre un manoir abandonné, habité par une mystérieuse adolescente : Marnie.

Pendant qu’on parle du départ du maître Miyazaki et de la fin d’un âge d’or de l’animation japonaise, le studio Ghibli ne cesse de nous livrer des perles. La dernière en date : les Souvenirs de Marnie, une histoire poignante qui flirte avec le surnaturel. Comme dans bien des films Ghibli, on retrouve une ambiance empreinte de mélancolie. Anna tente d’échapper à son mal-être et se retrouve à errer dans une campagne japonaise plus vraie que nature. En faisant l’expérience d’une amitié fusionnelle avec Marnie, Anna va peu à peu découvrir les secrets du manoir abandonné, secrets qui la transformeront à jamais. Le long-métrage oscille sans cesse entre le mélodrame et le fantastique, cette histoire de fantômes pourrait tout aussi bien être le récit d’une dépression nerveuse sévère. L’ambiguité fait tout le charme de ce film particulièrement touchant : on suit avec émerveillement les aventures oniriques de personnages émouvants. L’oncle et la tante de Marnie sont époustouflants de vérité, au point où j’ai oublié que j’étais devant un film d’animation. Si les Souvenirs de Marnie n’auront peut-être pas le succès du Vent se lève, pour ma part j’ai été bouleversé par cette histoire douce-amère sur laquelle plane l’ombre de Miyazaki. Le réalisateur Hiromasa Yonebayashi peut vraiment être fier de ce film lyrique au dessin somptueux : on redécouvre un Japon délicieusement champêtre, presque intemporel.

Après l’échec commercial du conte de la Princesse Kaguya au Japon, le destin du studio Ghibli dépendra largement de l’accueil réservé à Marnie dans le reste du monde, ce qui ne manque pas de me serrer le cœur tant j’adule ces films artisanaux, à l’opposé du cynisme hollywoodien. Je ne sais pas combien de temps Ghibli pourra nager à contre-courant, mais je vous recommande chaudement ce qui est peut-être son dernier diamant…

Published in: on janvier 30, 2015 at 11:05  Comments (15)  
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La couverture du tome 1 des Pirates de l’Escroc-Griffe

C’est avec émotion que je vous dévoile enfin la couverture du tome 1 des Pirates de l’Escroc-Griffe ! Un immense merci à toute l’équipe de Bragelonne, à Claire et Marie qui ont cogité pendant plusieurs mois…

Pour info, la tortue est une vue stylisée de Shakayuto, une créature que vous rencontrerez dans le roman. Cette scène est un moment particulièrement important pour les Pirates de l’Escroc-Griffe. J’espère que cette couverture vous plaira autant qu’à moi !

Published in: on janvier 28, 2015 at 2:38  Comments (46)  

Les Pirates de l’Escroc-Griffe seront publiés chez Bragelonne !

 


C’est officiel, l’intégralité de ma trilogie va être publiée à partir du mercredi 18 mars ! Comme si cette bonne nouvelle ne suffisait pas, j’ai la chance et l’honneur de rejoindre l’éditeur de mes rêves, Bragelonne… Cette maison d’édition est connue pour avoir fait découvrir en France l’immense David Gemmel, Patrick Rothfuss et tant d’autres auteurs prestigieux : bien avant que Game of thrones ne devienne un phénomène de société, Bragelonne avait traduit en 2008 du George R.R. Martin. Aujourd’hui, on trouve dans son catalogue des géants tels que Stephen King, Arthur C. Clarke, Graham Masterton, Joe Abercrombie, Tim Powers, Raymond E. Feist, Clive Barker, Robert E. Howard, Peter Straub, Robert Jordan, Margaret Weis… Recevoir la confiance d’une si grande maison d’édition est extrêmement émouvant pour moi, d’autant plus que j’ai une histoire particulière avec elle. L’histoire d’une vie, en fait.

Comme bon nombre d’enfants des années 80, j’ai découvert la littérature de l’imaginaire avec Bilbo le Hobbit, Jules Verne ou H.G Wells. Le petit écran m’a aussi marqué : le mercredi après-midi, je ne manquais jamais un animé, en particulier les Trois Mousquetaires.

Bon, c’est vrai que les protagonistes étaient des chiens (!), mais sinon l’intrigue était fidèle à Alexandre Dumas, que j’adorais… J’aimais ce mariage entre fantastique, aventures et Histoire, et je me souviens avoir été impressionné par le pirate Rackham le Rouge du Secret de la Licorne. 

Comme je ne savais pas encore lire, ces images étaient une source de frustration, j’avais envie de comprendre le texte qui accompagnait les illustrations, sans parler de tous ces romans de la bibliothèque familiale qui demeuraient inaccessibles. Quand j’ai appris à lire, un nouveau monde s’est offert à moi : je me suis mis à dévorer quantité d’ouvrages. C’est à cette époque que j’ai durablement été marqué par « les livres dont vous êtes le héros ».

J’en écrivais dans des cahiers (le premier s’appelait le Pays Maudit), et il m’arrivait même, lors des récréations, de raconter des « histoires interactives » devant mes camarades : je leur décrivais une situation, ils effectuaient un choix et j’improvisais la suite de leurs aventures… Je me sentais décalé car je préférais les monstres aux héros et rêvais de vivre des aventures comme dans l‘Île au trésor, la Guerre des Mondes, Vingt mille lieues sous les mers, Bilbo le Hobbit ou la Fameuse Invasion de la Sicile par les ours. Quand l’institutrice m’expliquait que les dragons n’existaient pas, j’éprouvais un mélange de tristesse et d’indignation. Je quittais alors ce monde ennuyeux en rejoignant la folle équipe du baron de Münchhausen sur la Lune. Je me demandais si mes grands-parents avaient vécu leur jeunesse dans un monde en noir et blanc, comme dans les vieux films, et à partir de quel âge on se transformait brutalement en adulte1. Tous les matins, j’essayais de déplacer un verre rempli d’eau par la force de la pensée. Pendant des années, je me lamentais sur la tragique extinction des dinosaures, les animaux les plus intéressants de la Création, et je me promettais de devenir explorateur afin de retrouver un plésiosaure dans le Loch Ness. Je passais des heures à essayer de localiser l’Atlantide sur une carte, et lorsque le chat venait me voir, je tentais durant le reste de l’après-midi de lui apprendre à lire… sans succès.

J’ai continué à m’évader durant l’adolescence avec Casus Bellile Seigneur des Anneaux, le cycle du Champion éternel de Michael Moorcock (jeux de rôle oblige), H.P. Lovecraft (ah, L’appel de Cthulhu !), Anne Rice (et le World of Darkness), sans parler de Dune, Dragonlance, Dark Sunla trilogie de l’elfe noir, Akira, la Tour sombre, Warhammer 40.000 ou bien encore la Croisade noire du Jedi fou. J’ai grandi avec ces univers au bord de la Méditerranée, regrettant que la Fantasy ne soit pas plus peuplée d’archipels infestées de pirates. Au cinéma, j’avais été impressionné par le film Pirates, que j’ai d’ailleurs toujours préféré aux Pirates des Caraïbes de Disney.

Dans les deux cas, ces aventures maritimes se déroulaient immanquablement sur Terre, et non dans un monde à la Donjon et Dragons, peuplé de monstres. Je canalisais ma frustration en imaginant des pirates dans mes parties de Star Wars, le jeu de rôle, ou des Eldars, les fameux Elfes de l’espace… J’inventais des univers pour mes amis comme le jeu de rôle les Huit Lances de Diamant, inspiré de mon premier livre dont vous êtes le héros, le Pays Maudit.

Plus tard, alors que j’étudiais l’Histoire à l’université, mes amis ont insisté pour que je lise Pierre Bordage, Serge Lehman et Roland C. Wagner. C’est à cette époque que j’ai réalisé qu’il existait une littérature francophone de genre contemporaine, très dynamique. Tiens… En 1999, j’écrivais mon premier roman, une œuvre fantastique inachevée, en partie rédigée lors de fouilles archéologiques non loin de Pétra, mais mon inspiration se perdit dans le sable du désert jordanien. La même année, je subissais de lourdes opérations pour me faire retirer deux tumeurs. Après tous ces événements, positifs comme négatifs, ce n’était pas seulement mon regard sur le monde qui avait changé, mais aussi mon écriture. Je réalisais qu’écrire demandait de la maturité.

Pendant ma convalescence, je me décidais à écrire des nouvelles pour le plaisir. J’avais beaucoup d’autres projets en tête, mais il m’était difficile de retrouver l’enthousiasme de mon premier roman. Essayer d’en écrire un autre me donnait l’impression d’être infidèle.

En 2000, j’étudiais encore à l’université lorsqu’un beau jour, j’aperçus dans les rayons de la Fnac une nouvelle collection de livres aux couvertures flamboyantes. Quel choc ! Qui pouvait bien publier de si beaux ouvrages de fantasy ? La maison d’édition s’appelait Bragelonne, en hommage à l’écrivain de mon enfance, Alexandre Dumas et son célèbre Vicomte de Bragelonne. Moi qui avait été élevé au Folio SF, je redécouvrais l’existence du grand format. Au-delà des illustrations, je me rappelle surtout de cette envie quasi-irrépressible d’acheter ces ouvrages juste en lisant les résumés, alléchants : les Orcs héroïques de Stan Nicholls, Richard Cypher et l’épée de vérité

J’avais beau adorer cette maison d’édition, si quelqu’un m’avait dit que j’allais un jour, à mon tour, être publié par Bragelonne, j’aurais éclaté de rire ! Je n’avais même pas réussi à terminer l’écriture de mon premier roman…

En 2003, l’adaptation du Retour du Roi par Peter Jackson triompha au cinéma et remporta dans la foulée onze Oscars. Le Seigneur des Anneaux devenait un phénomène de société, au même titre que la Guerre des Étoiles. Savoir que le monde entier se passionnait pour l’Heroïc-Fantasy me rendait heureux, mais j’avais soif d’explorer d’autres rivages sans elfes, nains ou hobbits. Parallèlement, je réalisais que les histoires de pirates se passaient presque toujours sur Terre au XVIIe ou au XVIIIe siècle. Et si mon futur roman se déroulait au royaume des Mers Turquoise, avec ses hommes-iguanes réduits en esclavage ? Et si l’histoire tournait autour du capitaine Bretelle, un pirate qui n’avait jamais réussi un abordage ?

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Ça y est, j’avais enfin un nouveau projet ! Pour m’ôter toute pression, je décidais de ne me donner qu’un seul objectif : terminer l’écriture du livre. Après l’échec de mon premier roman, inachevé, j’avais cruellement conscience que le défi n’était pas simple. Même si mon univers, le Monde-Fleur, était exotique, le récit devait rester une aventure dans l’esprit d’Alexandre Dumas. Je rédigeais donc chaque chapitre à la manière des feuilletons du XIXe siècle, avec les inévitables rebondissements et autres fins à suspens. Je me souviens qu’en 2005, l’année de mon premier voyage au Japon, je poussais le vice jusqu’à envoyer par mails des épisodes à mes amis qui attendaient une semaine pour lire la suite. Les mousquetaires noirs, les duels à la pistorapière, le cardinal Vélin, tous ces éléments constituaient des hommages à une époque romantique aujourd’hui révolue, mais aussi à la culture pulp, au steampunk, aux jeux vidéos ainsi qu’aux mangas. À mesure que j’avançais, je me rendais compte que je développais à travers mon équipage pirate, de façon inconsciente, une thématique qui me tenait à cœur : la quête du père, la famille, la différence, la tolérance, des sujets tragi-comiques que j’appréciais chez Wes Anderson (la Famille Tenenbaumla Vie aquatique…). En 2010, j’avais enfin mon premier jet. Je n’avais plus qu’à le corriger. Naïvement, je croyais me rapprocher de l’édition…

Et puis, une nuit de mars 2011, alors que le sommeil me fuyait, je découvris sans le savoir le site qui allait changer ma vie : Cocyclics.

« La mare », comme l’appellent affectueusement ses membres, « les grenouilles »2. Un forum d’écriture créé par Syven (qui a ma gratitude éternelle), sur lequel on pouvait faire bêta-lire des textes, et en retour être bêta-lu. Et pourquoi pas, être publié par un éditeur partenaire comme Bragelonne ! Cette nuit là, je me pris à rêver d’une telle aventure… Au bout de quelques semaines passées sur ce site avec Fred, Gabrielle, Eric et bien d’autres grenouilles, j’avais plus progressé dans mon écriture qu’au cours des huit dernières années. Je réalisais alors qu’un premier jet ne constituait pas la fin, mais le début du voyage. Traduction : la première version des pirates de l’Escroc-Griffe était largement perfectible… Combien de fois je me suis félicité de ne pas l’avoir envoyée aux éditeurs !

Je passais deux années à me prendre des coups de fouet me  livrer à des corrections acharnées. Grâce à ce forum virtuel, je nouais de solides amitiés bien réelles, dignes des trois mousquetaires… Je découvrais aussi que j’étais capable d’écrire d’autres bouquins (mais ceci est une autre histoire). En mai 2013, mon roman recevait enfin l’estampille Cocyclics, qui me donnait la possibilité de soumettre mon livre aux maisons d’édition telles que Bragelonne. Je reçus des retours positifs mais avant de me décider, je souhaitais attendre toutes les réponses. Sur les conseils de Pénélope Chester, j’allais aux Imaginales à Epinal passer le « speed dating ». Le principe était simple : chaque auteur disposait de quelques minutes pour présenter son projet à des éditeurs. Le jour J, je rencontre Pierre Bordage, avec qui je déjeune. Lorsque je lui annonce que je participe au speed-dating, il me dit qu’il va croiser les doigts pour les pirates ! Et quelques heures plus tard, le coeur battant, je me retrouve devant Stéphane Marsan en personne, le co-fondateur de Bragelonne… un grand moment ! Stéphane est enthousiasmé par le pitch du roman, on discute jeux de rôle… et il me demande de lui envoyer le tome 1. La suite, vous la connaissez…

Voilà pourquoi je suis si touché par la confiance que m’ont témoigné Stéphane Marsan et Claire Deslandes. Je ne remercierai jamais assez ces passionnés de l’imaginaire d’avoir cru en mes pirates… qui vont m’échapper pour vivre leur vie. J’ai aussi une reconnaissance infinie pour mes soeurs et frères de plume, les grenouilles de Cocyclics, qui m’ont encouragé durant toutes ces années, et une tendresse particulière pour Anne-Lorraine, mon âme-soeur, toujours là pour m’encourager. Le tome 1 sera disponible début 2015 en papier et en numérique dans la collection Snark, j’ai vraiment hâte de vivre ce moment avec vous !

EDIT 2016 : comble de bonheur, l’aventure s’est poursuivie avec une édition intégrale en grand format de ma trilogie, je raconte la suite de cette belle histoire ici.

1. Si quelqu’un connait la réponse…

2. Aussi incroyable que cela puisse paraître, j’ai inventé la grenouille du capitaine Bretelle avant de découvrir la mare. Vous avez dit « destin » ?

Published in: on janvier 9, 2015 at 10:42  Comments (101)  
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No pasarán

Ce jour de deuil sera un peu particulier pour moi. En tant qu’auteur, j’ai réfléchi à ma propre conception de la liberté d’expression. Ironie du sort, j’ai appris juste après l’attentat la fameuse bonne nouvelle que j’attends depuis si longtemps… Inutile de vous dire qu’après ce drame, la bonne nouvelle est devenue bien dérisoire…

Triste coïncidence, mes romans parlent souvent de fanatisme religieux, mais aussi de tolérance… Je pense qu’à mon très humble niveau, le plus beau des hommages, c’est de continuer à écrire coûte que coûte. Parfois, je me demande si les intégristes de mes histoires ne vont pas trop loin dans l’intolérance, et à chaque fois, l’actualité me prouve malheureusement que la bêtise et la haine dépassent en horreur mes fictions. Devant tant de cruauté, faut-il s’arrêter d’écrire ? Certainement pas.

« Traite les sujets graves avec légèreté, et les sujets légers avec gravité » enseigne la voie du samouraï. J’ai la chance de pouvoir, avec ma plume, combattre le fascisme. Continuer d’écrire normalement, c’est la meilleure façon d’honorer ceux qui sont tombés pour la liberté d’expression.

J’ai tout naturellement une pensée émue pour les victimes de Charlie Hebdo, les policiers tués et les familles endeuillées… comme vous.

No pasarán !

Published in: on janvier 7, 2015 at 11:27  Laissez un commentaire  
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