Trois raisons d’aimer la Fantasy

Pas évident au pays de Descartes de s’affirmer en tant que lecteur de Fantasy (et d’en écrire). Lorsqu’on reconnait être passionné par ce genre littéraire/cinématographique, on se heurte rapidement au snobisme dont est victime la SFFF* en général. Ce syndrome peut se résumer par ce dialogue-type que vous avez sûrement déjà vécu.

Snob lambda : – T’aime bien ces trucs, toi ?

Geek lambda : – Euh, tu sais que la Science-Fiction a accouché de chefs-d’oeuvre ?

(Regard perplexe du snob lambda) : – Comme quoi ?

Geek lambda : – Ben 2001 l’Odyssée de l’Espace par exemple. C’est un Kubrick, mais tu savais que c’était aussi un bouquin d’Arthur C. Clarke ?

Et là, forcément, le débat devient faussé car vous pouvez être sûr que lorsque vous allez citer Blade Runner, Rencontres du Troisième Type, Alien, l’Empire Contre-Attaque, Starship Troopersla Mouche, Donnie Darko, Solaris, Retour vers le FuturTerminator, V pour Vendetta, Dark City, E.T., The Thing, Cloud Atlas, Akira ou Robocop, le snob vous répondra froidement :

– Oui, mais là ce sont des chefs-d’oeuvre du Septième Art, ce n’est pas de la Science-Fiction, c’est du grand cinéma.

Inutile de dire que face à une telle personne, oser parler de romans fantasy comme le Seigneur des Anneaux, Conan le Barbare ou Game of Thrones revient à avouer que vous êtes un attardé qui croit encore aux dragons. Alors au prochain ricanement, vous n’avez qu’à lui prouver que la Fantasy a autant de légitimité que la littérature blanche. Il vous faut juste trois arguments.

Argument numéro un : la Fantasy est une littérature aussi vieille que l’Humanité

Pour faire simple : l’un des textes les plus anciens de l’Histoire, l’Épopée de Gilgamesh, n’est ni plus ni moins que le récit d’un super-héros sumérien capable de vaincre un géant et un taureau céleste, qui va ensuite partir en quête d’Ut-napishtim, survivant du Déluge, afin d’obtenir la vie éternelle. Au Moyen-Orient, cette épopée a eu à l’époque autant de succès que le Seigneur des Anneaux. Je ne parle même pas des religions de l’Illiade et l’Odyssée, de la mythologie antique et de son bestiaire peuplé de cyclopes, de minotaures, de centaures et de chevaux ailés…

C’est à ce moment précis que le snob lambda vous rétorque :

«  Ça c’est de la mythologie, moi je te parle de grands écrivains. Cite-moi un seul romancier issu de ta chère « fantasy » qui ait marqué la littérature, en dehors de George R.R. Martin et J. R. R. Tolkien« 

Argument numéro deux : depuis longtemps, des écrivains prestigieux écrivent de la Fantasy

Je déteste ce terme de « prestigieux », mais malheureusement dans ce genre de discussion vous êtes parfois obligé de pousser votre adversaire interlocuteur dans les cordes. Commencez avec Lewis Caroll et Les Aventures d’Alice au pays des merveilles (1865), avant d’enchaîner avec L. Frank Baum et son Magicien d’Oz, J. M. Barrie (Peter Pan) et lord Dunsany, auteur de la Fille du roi des Elfes, qui a eu une influence sur, tiens donc ! la dark fantasy de Lovecraft. Poursuivez votre travail de sape avec Robert E. Howard, Terry Pratchett et Stephen « la Tour Sombre » King et enfin terminez avec Michael Moorcock, le punk de la Fantasy : franchement, vous avez déjà vu un héros shakespearien de la trempe d’Elric ? On parle quand même d’un nécromancien drogué qui tue involontairement sa cousine son amante à cause d’une épée buveuse d’âmes ! On pourrait d’ailleurs arriver au même constat avec Glen Cook et la Compagnie Noire, une histoire de mercenaires qui se vendent au plus offrant, sans parler des guerriers de David Gemmel. On est loin du manichéisme supposé propre au genre, non ?

« Bon d’accord il y a des romans fantasy écrits par des romanciers célèbres, J.K Rowling ou Robin Hobb, et même des univers sombres, mais rien ne vaut les grands auteurs classiques et leurs oeuvres réalistes.« 

Après avoir encaissé ce coup bas, pour gagner du temps trollez votre interlocuteur.

Argument numéro trois : le réalisme, ça ne veut rien dire

« Madame Bovary, Salammbo et Germinal ne sont pas plus réalistes que Bilbo le Hobbit, le Monde de Narnia et Harry Potter. »

Pendant que votre adversaire s’étrangle d’indignation, poursuivez tranquillement votre démonstration en assénant le coup de grâce : les trois œuvres citées plus haut sont des fictions. S’il est vrai que Flaubert a étudié l’archéologie avant d’écrire Salambo, ainsi que les effets de l’arsenic pour Madame Bovary, il n’en demeure pas moins qu’une oeuvre de fiction n’est rien d’autre qu’une fenêtre biaisée sur cette chose abstraite qu’on appelle le réel, avec tout ce que cela implique de subjectivité. Si plusieurs photographes peuvent prendre des clichés très variés d’un même paysage avec des appareils différents sans jamais pouvoir restituer toute la richesse perçue par un oeil humain, est-il raisonnable de classer une littérature supposée noble, en genres et sous-genres ? Les impressionnistes et les surréalistes ont depuis longtemps rendu caduque la conception d’un art classique indépassable. De la même façon, les auteurs de Fantasy accèdent à une vérité, l’auteur du Seigneur des Anneaux en est le plus bel exemple.

Tolkien en 1916

Tolkien en 1916

Lorsque l’ancien combattant J. R. R. Tolkien écrit son épopée il est, comme Frodon, un soldat qui a été blessé au front. À l’instar de son personnage, il a survécu aux tranchés tandis que nombre de ses proches n’en sont jamais revenus (Boromir, Théoden/  l’ami d’enfance Rob Gilson, le poète Geoffrey Bache Smith). Pourquoi est-il encore en vie alors que ses frères d’armes, promis à de grandes carrières littéraires, sont morts ? Comment retrouver la banalité du quotidien après une telle épreuve ? La guerre a été une initiation cruelle qui poussera le romancier, comme n’importe quel survivant d’un grand drame collectif, à s’interroger sur le sens de l’existence.

Nombreux sont les vivants qui mériteraient la mort. Et les morts qui mériteraient la vie. Pouvez-vous la leur rendre, Frodon ? Alors, ne soyez pas trop prompt à dispenser la mort en jugement. Même les grands sages ne peuvent connaître toutes les fins.

Gandalf, la Communauté de l’Anneau

Dans le Seigneur des Anneaux, Frodon ne se remettra jamais vraiment de sa vieille blessure qui le fait souffrir, et la mélancolie qui le gagne l’incitera à quitter la Terre du Milieu pour voguer vers Valinor, l’île des Elfes. Une mort symbolique, libératrice, véritable catharsis pour Tolkien. Le Seigneur des Anneaux est moins une fresque guerrière que l’histoire d’une belle amitié telle qu’on pouvait la vivre dans l’enfer des tranchées. Dans l’une de ses lettres, l’écrivain compare les Marais des Morts et la Porte Noire du Mordor « au Nord de la France, après la bataille de la Somme », il a probablement été marqué par l’effroi des chevaux face aux chars d’assaut allemands, véritables monstres d’acier…

D’un certain point de vue, le Seigneur des Anneaux est d’un réalisme saisissant puisque cette trilogie porte les stigmates de la Grande Guerre. L’auteur traumatisé utilise ses personnages pour se livrer à des réflexions universelles : qu’est-ce que l’héroïsme ? Pourquoi un homme ordinaire arrive-t-il à accomplir des actes extraordinaires ? Comment agir avec courage quand le monde lui-même semble dénué d’espoir et que la mort parait inéluctable ? À travers les paroles de Gandalf, Tolkien amène une réponse humaniste à toutes ces questions :

Tout ce que nous avons à décider, c’est ce que nous devons faire du temps qui nous est imparti.

Dong !

La Fantasy n’a pas à être comparée à la littérature blanche parce que catégoriser des livres ou opposer des genres comme je le fais, c’est procéder à une ghettoïsation puérile dont personne ne sortira grandi. Il y a de bons et de mauvais romans de fantasy… comme dans n’importe quelle autre littérature. À l’heure où la mondialisation pousse les lecteurs à acheter massivement les mêmes best-sellers écrits par un nombre restreint d’auteurs à succès, la Fantasy, comme la Science-Fiction, est précieuse, car elle permet d’adopter un autre regard sur le monde. Savoir changer de point de vue n’est pas seulement une preuve d’intelligence, c’est aussi le meilleur moyen de s’évader pour échapper aux affres de la conformité. Imaginer, rêver, c’est se prémunir de tous les fanatismes, ainsi que du nihilisme matérialiste qui guette le monde moderne.

Vive la Fantasy ! Et comme dirait Aragorn…

* SFFF signifie « Science-Fiction Fantastique Fantasy »

Published in: on avril 10, 2015 at 7:28  Comments (46)  
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Snark, ce n’est pas que du numérique ! (2/2)

FNAC de Metz, jeudi

FNAC de Metz, jeudi

La semaine dernière, je vous parlais d’impression à la demande haute qualité, la POD. Entre temps, j’ai enfin reçu mon roman ! Un grand moment d’émotion, j’ai même pris soin de filmer l’accouchement, euh, l’événement (oui, cette publication prend des proportions assez délirantes).

Comme vous pouvez le constater, le Snark a le poil luisant. Je suis comblé avec cette édition papier, le livre soutient vraiment la comparaison avec d’autres titres Bragelonne en ce qui concerne la finition. Au niveau des différences entre les deux versions : l’ebook a une petite valeur ajoutée, la carte des Mers Turquoises en couleurs (du moins si vous la regardez sur iPad ou sur un ordinateur), tandis que la version papier dispose d’un QR Code à la fin.

Avec cette POD de haute qualité, je pense sincèrement qu’on opère un changement de paradigme. Avant Snark, il y avait une guerre perpétuelle entre les adeptes du papier et les partisans du numérique. Mais aujourd’hui, ce conflit n’a plus de sens : on peut acheter des œuvres qu’on juge essentielles en papier, tout en faisant des acquisitions numériques. En choisissant de ne pas choisir, Bragelonne a opté pour une hybridation quasi-parfaite.

Ici se termine cet article en deux parties sur Snark, vu de l’intérieur. Je ne vous cache pas que c’est grisant de naviguer entre deux univers : retrouver son bouquin en librairie tout en testant une forme d’édition plus expérimentale, celle du numérique. Le meilleur des deux mondes, en somme. Cerise sur le gâteau, l’édition papier est depuis une semaine dans le top 100 Fnac des meilleures ventes Fantasy SF. Quoi qu’il arrive, ce sera une belle aventure !

FNAC de Cannes

FNAC de Cannes, jeudi

Published in: on mars 27, 2015 at 1:08  Comments (8)  
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Merci

Oui, merci pour ce cadeau incroyable. La version numérique des Pirates de l’Escroc-Griffe était mercredi matin la 104.535 meilleure vente Amazon, et puis le soir, le roman se retrouvait à la 41e place du classement Fantasy aux côtés du Trône de fer (42e), du Fou et l’Assassin (43e) et de la Roue du Temps (44e). Je vous avoue que sur le coup, j’ai eu du mal à y croire.

Les meilleures ventes en Fantasy, top 100, mercredi 18 au soir


 
 

Jeudi matin, le bouquin était 17e dans le classement Fantasy, non loin de la Huitième couleur du regretté Terry Pratchett (7e), et 337e au niveau du classement général.

Les meilleures ventes en Fantasy, top 100,

Les meilleures ventes en Fantasy, top 100, jeudi 19 mars au matin

Et la version papier ? Bien qu’elle soit provisoirement en rupture de stock, elle était jeudi matin 1690e chez Amazon. Et là vous êtes en train de penser  » comment de l’impression à la demande peut être en rupture de stock » ? En fait, Amazon doit toujours avoir des livres en réserve, mais depuis la sortie des Pirates, la demande est très forte. Même constat à la FNAC, depuis ce matin l’édition papier fait partie des 100 meilleures ventes Fantasy.

Le soir du samedi 21 mars, mes Pirates se retrouvent 17e meilleure vente papier FNAC en Fantasy derrière les différents tomes de Game of Thrones et de l’Assassin Royal, et devant le dernier Stephen King, que j’adore. Je n’ai pas honte de dire que j’ai versé une petite larme…


 
 

Vous l’aurez compris, ça va être plus que compliqué de rester en haut de ce top en si bonne compagnie ! Tout va maintenant dépendre des critiques, bonnes ou mauvaises. En attendant l’inévitable retour dans le monde réel, j’essaie de savourer chaque seconde de ce rêve éveillé… Merci infiniment !

7e au classement FNAC Fantasy dimanche soir, yata !

7e au classement FNAC Fantasy dimanche soir, yata !

Dernière mise à jour le dimanche 22 mars

Snark, ce n’est pas que du numérique ! (1/2)

 

 

 

Je profite de la sortie des Pirates de l’Escroc-Griffe pour revenir sur une idée reçue, largement répandue : la collection Snark de Bragelonne ne proposerait que des ebooks… rien n’est plus faux !

Un livre Snark est quasi-similaire à un grand format Bragelonne, il y a seulement 4 millimètres de différence.

Pour le lecteur, la seule particularité de l’impression à la demande (la fameuse « POD »), c’est qu’on ne trouve pas le bouquin en rayon (sauf si votre libraire est un fan des Pirates de l’Escroc-Griffe et qu’il l’a commandé !). En dehors de cette spécificité, un livre Snark se commande de la même façon que n’importe quel autre bouquin. Si je prends comme exemple mon premier roman, il a un numéro ISBN. Il est également disponible sur le site de la FNAC :

Sur Amazon :

Et, bien sûr, chez votre librairie habituelle…

Voilà, j’espère avoir éclairci cette « subtilité » ! Dans le prochain article, je posterai une vidéo du roman (j’attends mon exemplaire avec impatience…) en faisant un test comparatif grand format – POD.

Published in: on mars 18, 2015 at 1:01  Comments (5)  
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La bande-annonce des Pirates de l’Escroc-Griffe

J’espère que cette bande-annonce vous plaira ! N’hésitez pas à cliquer sur l’option HD, c’est plus joli.
(Pour info, car on me pose la question régulièrement, le 18 mars le livre sort EN PAPIER et en numérique et pourra être commandé dans n’importe quelle librairie. Je vous livrerai d’ailleurs mes impressions sur l’édition papier des Pirates une fois que je l’aurai entre les mains).

J-5

Le Précieux, sur le site de Bragelonne

Plus que quelques jours d’attente ! J’ai hâte de savoir à quoi va ressembler mon roman « en vrai ».

J’ai peu d’informations, si ce n’est que :

– Je parle des Pirates sur le webzine les Bouquinautes.

– l’édition papier sera disponible en même temps que la version numérique le jour de la sortie.
– la version papier fera 463 pages.

C’est quasiment la taille des Voies d’Anubis chez Bragelonne. Ce détail ne manque pas de me faire sourire, car j’ai toujours eu l’impression que mon tome 1 était « court » ! Au fur et à mesure des corrections, le livre a pris de l’épaisseur, mais je ne l’ai pas vu grandir grossir. Il reste cependant largement moins volumineux qu’un pavé comme le Nom du Vent :

Comme le prouve indiscutablement ma photo, les Voies d'Anubis aura quasiment la même taille que les Pirates de l'Escroc-Griffe, mais les deux romans auront néanmoins des dimensions à celles de Heidi, mon chat persan (merci pour sa collaboration)

Mon roman aura quasiment la même taille que les Voies d’Anubis, mais une chose est certaine, les deux livres auront des dimensions inférieures à celles d’un chat persan de taille adulte (merci à Heidi pour son énergique collaboration).

En ce qui concerne les dédicaces, j’ai deux dates à vous annoncer si l’envie vous prend de me rencontrer :

– le mercredi 8 avril à la FNAC de Cannes (à partir de 16h00)

Par contre ce n’est pas du jeunesse, c’est une erreur de la FNAC

 
 
– le samedi 18 avril au CULTURA de Terville près du Leclerc (de 14h00 à 18h00)
Il y en aura d’autres.

Voilà. Une page se tourne, j’ai cette drôle d’impression que le livre ne m’appartient plus. Quand je regarde les sorties du mois de mars, je suis à la fois intimidé de me retrouver avec Peter Straub (depuis mes 14 ans je vénère Le Talisman, co-écrit avec le King en personne) et en même temps heureux, à mon très humble niveau, de rejoindre une grande famille de l’imaginaire…

Published in: on mars 13, 2015 at 10:42  Comments (26)  
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Chappie


 

Si des scientifiques du futur tentaient de recréer un réalisateur à partir de l’ADN de James Cameron et de David Cronenberg, il est fort probable que l’hybride s’appellerait Neill Blomkamp. Cinéaste pétri de talent, le metteur en scène sud-africain est l’enfant terrible du cinéma de Science-Fiction des années 2010. Dès son premier film, District 9, il livre un incroyable film subversif sur l’apartheid. Le thème de la ségrégation revient dans Elysium, dystopie imparfaite mais ô combien bien plus aboutie que de nombreux blockbusters estivaux. Pour Chappie, Blookamp explore à nouveau des sujets qui lui tiennent à cœur en faisant preuve d’une efficacité redoutable avec une science sans conscience qui n’est que ruine de l’âme. L’histoire de ce robot est un véritable conte de fée cyberpunk, l’hommage poignant d’un geek à Ghost in the Shell, Robocop, Pinocchio, Apple Seed et Short Circuit !

Un bel hommage à Apple Seed

Un bel hommage à Apple Seed



 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

Un conte de fée ultra-référenciel aussi cruel qu’émouvant, qui nous questionne sur notre propre humanité : l’homme naît-il bon ? Blookamp semble le penser en nous dépeignant cet androïde profondément attachant, kidnappé par un gang violent. Chappie va être confronté à la jungle urbaine de Johannesburg, mais aussi au regard de son créateur. Le voyou qui prend le robot sous son aile est de prime abord un salopard habitué à la loi du plus fort, mais l’ingénieur qui a créé Chappie n’est-il pas tout aussi monstrueux ? On peut se poser la question tant le gain de la conscience est source de souffrance pour un être artificiel : la scène de la lapidation, bouleversante, est aussi poignante que certaines séquences d’I.A. du maître Spielberg.



 

Si on peut reprocher au long-métrage quelques raccourcis scénaristiques et des méchants parfois caricaturaux, il n’en demeure pas moins que Chappie est un film hallucinant, servi par des effets spéciaux fabuleux et un rythme trépidant. Du début jusqu’à la fin, le spectateur n’a de cesse de s’angoisser pour ce robot indestructible et pourtant si vulnérable. Oeuvre transhumaniste comme peut l’être la série Real Humans, Chappie est un conte touchant dans l’ère du temps : avons-nous le droit de créer des individus conscients susceptibles de souffrir ? Peut-on employer des robots pour assurer l’ordre ou mener des guerres contre des êtres humains ? Ces questions risquent de devenir de plus en plus brûlantes dans les prochaines décennies…

D’autres avis : Lhisbei, Anudar

Published in: on mars 10, 2015 at 11:41  Comments (7)  
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L’Appel de Cthulhu

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Cette semaine, j’ai eu un immense coup de cœur pour une maison d’édition injustement méconnue, Lyre Audio. L’été dernier, j’avais déjà chroniqué un audiobook extraordinaire découvert sur iTunes, Lettres de 1929, Juillet à Décembre, de Howard Phillips Lovecraft. Oui, extraordinaire, car en décidant de faire lire l’œuvre épistolaire du maître de Providence à un acteur, Lyre Audio nous permettait de participer à une expérience fascinante : plonger dans l’intimité torturée de HPL. J’ai eu la joie de découvrir récemment que cet éditeur a publié d’autres écrits du même auteur, dont le célébrissime Appel de Cthulhu, texte qui a marqué au fer rouge plusieurs générations d’écrivains. L’Appel de Cthulhu est au fantastique ce que le Seigneur des Anneaux est à l’héroic fantasy : un monument de la littérature. C’est donc avec une certaine excitation que je me suis mis à écouter cet audiobook au casque. Première belle surprise : le narrateur est l’excellent Xavier Béja, la voix des Lettres de 1929.

 

 

J’apprécie le travail de ce doubleur, qu’on retrouve aussi bien au cinéma (le Hobbit, Maléfique) que dans les séries télévisées (Nip/TuckPrison Break, House of CardsHow I Met Your Mother...). L’acteur livre à nouveau une prestation convaincante : à mesure que le récit bascule dans l’horreur, sa voix se modifie, soulignant ainsi le désarroi du héros. On sent qu’il y a une vraie direction artistique, impression renforcée par une musique ténébreuse à souhait, mais jamais envahissante. J’ai rapidement été captivé par ce récit qui a marqué mon adolescence. Au risque de choquer les puristes, le format audiobook m’a fait redécouvrir l’intrigue sous un jour nouveau : j’avais oublié combien la dernière partie était haletante, je rêve d’une adaptation cinéma. Mythologie autour de cultes blasphématoires, ruines cyclopéennes, horreur indicible, misanthropie maladive, l’Appel de Cthulhu est la parfaite synthèse des névroses de Lovecraft. La fin du texte, un abîme de noirceur, ne laisse pas indemne.

Au final, Lyre Audio a de nouveau accompli un travail phénoménal, courageux, qu’il faut absolument saluer. Cette édition de l’Appel de Cthulhu est un OVNI littéraire d’une très grande qualité, un chef d’œuvre d’1h30 à ne rater sous aucun prétexte, indispensable pour tout fan de HPL qui se respecte. Iä, Iä, Cthulhu fhtagn !

Published in: on mars 6, 2015 at 10:41  Comments (11)  
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Une chasse au trésor pour les Pirates de l’Escroc-Griffe

Le trésor est dans la barre...

Le trésor est dans la barre…

Comme nous sommes à moins d’un mois de la sortie des Pirates de l’Escroc-Griffe  il est temps de vous offrir un vrai cadeau, fidèles lecteurs. Pourquoi un cadeau ? Hé bien avant de devenir un blog en 2013, escroc-griffe.com était un simple site qui me permettait de présenter sommairement ce qui n’était encore qu’un projet (fou) d’écriture. Les plus anciens se rappelleront peut-être qu’il y avait même des appendices et des annexes concernant l’histoire des Mers Turquoises1… Au fil des années, vous m’avez soutenu, ce qui s’est révélé très important quand j’attendais désespérément une réponse éditoriale. Du coup, j’ai envie de partager avec vous une surprise qui ne sera officiellement dévoilée que le 18 mars.

Si vous cherchez bien, il y a un trésor caché sur le blog ! Ce n’est pas une blague, il est assez précieux pour que j’en parle à la dernière page de mon tome 1, j’explique même comment le déterrer. Bien sûr, nous ne sommes pas encore le 18 mars, mais si le cœur vous en dit vous pouvez déjà vous lancer à la recherche de ce butin sur les Mers Turquoises et le découvrir en exclusivité plusieurs semaines avant les premiers lecteurs du livre.

Pour vous aider dans cette quête, je donne deux indices :

– J’ai déjà parlé de la nature de ce trésor dans un article.
– Le billet en question a été édité et actualisé, dedans vous trouverez un troisième et dernier indice crucial pour comprendre ce qu’est le trésor.

N’hésitez pas à utiliser les commentaires du blog, mon Twitter ainsi que ma page Facebook pour tenter de me corrompre me faire part de vos avancées, me questionner et, peut-être, me prévenir quand vous aurez découvert le trésor. Je dis volontairement « peut-être » : en tant que pirate, je comprendrais tout à fait que la personne qui trouvera ce bien précieux veuille en profiter égoïstement… du moins, jusqu’à la sortie du livre !

Bon vent, et prenez garde. Comme le dit le vieux proverbe des Mers Turquoises, « tout finit dans le Maelström »…

1. Ces appendices ont été retirées car au fil des années l’univers n’a cessé de s’enrichir. Cela dit, vous les retrouverez cette année…

Published in: on février 20, 2015 at 10:39  Comments (12)  
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Les Nouveaux héros

 

Un petit génie de la robotique nommé Hiro Hamada découvre qu’un complot criminel menace de détruire la ville de San Fransokyo. Avec l’aide de son plus proche ami, Baymax le robot infirmier, et de ses compagnons qu’il va transformer en une bande de superhéros high-tech, Hiro va tout faire pour sauver la ville et sa population de l’infâme Yokai…

Vous allez peut-être vous dire « Encore un film de super-héros ? ». À mon humble avis, rater cette sortie événement serait une grossière erreur et pour cause : pour la première fois, Disney adapte un comics Marvel ! Et pas n’importe lequel : il s’agit de Big Hero 6, l’histoire de super-héros officiant au Japon. À la base, ce projet d’adaptation était loin d’être évident : pour des raisons de droits, il n’était pas possible de reprendre certains des personnages originaux. Disney a donc supprimé le Samouraï d’argent qui apparait dans Wolverine : Le Combat de l’immortel, et pris une décision qui pour moi est absolument géniale : situer l’action dans la (sublime) ville imaginaire de San Fransokyo. Jamais dans le film l’histoire de San Fransokyo n’est abordée, mais on comprend très vite qu’il s’agit d’une ville uchronique, impression confirmée par Scott Watanabe, le directeur artistique : selon lui, le long-métrage se déroule dans un futur alternatif. Après le terrible tremblement de terre de 1906, San Francisco a été reconstruite par les Japonais, très expérimentés dans la gestion des séismes. Passée la surprise des premières images, on est complètement ébahis par la richesse de cet univers : les cerisiers en fleurs, le Golden Gate Bridge à l’architecture shintoïste… Les détails sont hallucinants et donnent presque envie de se balader dans cette ville fictive, synthèse idéale de deux cultures pourtant radicalement opposées. San Fransokyo est si crédible qu’elle est fait d’ores et déjà partie des cités imaginaires les plus marquantes du Septième Art, au même titre que la Los Angeles de Blade Runner et la Dark City d’Alex Proyas.

Bien que les images soient splendides, Les Nouveaux héros bénéficie également de personnages intéressants et d’un scénario assez sombre pour un Disney, puisque le jeune Hiro est confronté au deuil. Un deuil particulièrement douloureux, qu’il affrontera avec un robot aussi maladroit qu’attachant : Baymax.

 

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

J’ai à nouveau eu le sentiment que les scénaristes anticonformistes ont pris le pouvoir chez Disney : parier sur l’intelligence du spectateur, proposer des histoires à plusieurs niveaux de lecture, sans oublier l’émotion. Ce qui explique peut-être pourquoi les Disney sont de moins en moins manichéens : Hiro est hanté par la vengeance, tandis que le super-méchant a ses raisons…

Si vous allez voir Les Nouveaux héros, surtout restez juste après le générique, il y a un beau clin d’œil aux fans de Marvel. Anecdote incroyable, les auteurs du film ont réalisé deux mois avant la sortie qu’ils avaient oublié de tourner cette séquence pourtant incontournable dans tout Marvel qui se respecte !

D’autres avis : Bouddica, Lorhkan, A.C. de Haenne