Westworld

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C’est bien la première fois qu’une série m’enthousiasme… à partir du dernier épisode. Mais quel épisode !

J’ai commencé à la regarder suite à un article du Monde qui présentait Westworld comme la série qui allait détrôner Game of thrones… Sceptique, je me suis vite rendu compte que la comparaison n’était guère pertinente : excepté le fait d’être deux super-productions HBO, les deux shows n’ont pas grand chose en commun. Westworld est un parc d’attraction dans lequel de riches joueurs s’amusent à jouer aux cow-boys.

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Le drame, c’est que les figurants sont des « hôtes » inconscients d’être des machines, des robots capables de saigner réinitialisés régulièrement. L’idée intéressante de la série, c’est d’avoir fait de ce parc un gigantesque GTA. Comme dans un jeu vidéo à monde ouvert, les « guests » (les invités) peuvent obtenir des quêtes auprès des hôtes pour accomplir des missions, mais aussi « juste » tuer, violer, et ainsi assouvir leurs fantasmes. C’est un peu le point noir des productions HBO, à chaque fois les scénaristes ne peuvent s’empêcher de tomber dans une surenchère de violence et de sexe qui n’apporte pas grand chose au récit. Mais passé ce constat, la série amène doucement des questions philosophiques intrigantes. Y a-t-il d’autres formes de conscience que la nôtre ? Avec les progrès de l’intelligence artificielle, ne sommes-nous pas en train de perdre notre humanité ? Une conscience émergente aura-t-elle tendance à nous considérer comme des dieux ?

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En SF, ces questions ont déjà été abordées depuis longtemps mais la série a l’intelligence de nous faire partager le point de vue des robots, ainsi que leurs angoisses métaphysiques notamment, face à la question du libre-arbitre. Quelles en sont les limites ? C’est une interrogation d’autant plus intrigante que ces robots reviennent sans cesse à la vie et participent à des scénarios redondants, habilement filmés grâce à des points de vue différents. Par un effet de miroir troublant, cette problématique du libre-arbitre concerne également les êtres humains et leur désirs insatiables. Ne sommes-nous pas des machines biologiques ignorantes conditionnées par la colère, la peur et l’attachement, des consommateurs enfermées dans notre propre labyrinthe, celui du divertissement ?

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C’est en substance ce qui rend l’opposition entre les deux scénaristes du parc passionnante. Alors que le vulgaire Lee Sizemore, directeur de la narration, souhaite des scénarios toujours plus violents et outranciers, le Docteur Robert Ford, le fondateur du parc, (Anthony Hopkins) réclame au contraire plus de subtilité, de réalisme et d’émotion dans les intrigues, afin que Westworld devienne pour les joueurs une expérience initiatique inoubliable leur permettant de découvrir leur vraie nature.

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Anthony Hopkins, plus pervers que jamais

Série non dénuée d’un certain humour (le piano bastringue du saloon joue de la musique délicieusement anachronique), Westworld prend enfin son envol dans un dernier épisode glaçant digne de Blade Runner, avec un cliffhanger qui place la barre très haut. En espérant que la saison 2 confirme cette bonne impression et aille encore plus loin.

Published in: on janvier 12, 2017 at 10:39  Comments (7)  

Apologie du synopsis

Ca y est, je suis sur le point de terminer le synopsis de travail de mon prochain roman ! J’ai commencé à l’écrire… cet été. Oui, vous avez bien lu : j’ai consacré près de six mois de ma vie à un synopsis de travail de 60.000 signes*, insipide à lire… comme tous les synopsis d’ailleurs. Est-ce du masochisme ? Dans cet article, je parlais de la différence entre les structurants et les scripturants. Tous les auteurs le savent, le monde se divise en deux catégories : les architectes et les jardiniers. Quand on commence à écrire, la question qui revient immanquablement sur la table est : comment mon cerveau fonctionne ?

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Pour ma part, je suis architecte : avant d’écrire mon roman, j’établis un plan (le fameux syno) avec un début, un milieu et une fin. Je sais déjà quel climax (la « séquence forte ») est susceptible de toucher le lecteur. D’autres écrivains préfèrent travailler différemment, et ne supportent pas de connaître le dénouement. Ils progressent au fil de leur inspiration, coupant les branches qui dépassent : on dit d’eux qu’ils jardinent. Bien sûr, il n’y a pas de bonne ou de mauvaise méthode et, de la même façon, on est jamais complètement l’un ou l’autre de ces archétypes.

Toujours est-il que j’ai constaté que le synopsis de travail est souvent mal aimé. J’ai même des amis écrivains qui le haïssent, parce que le synopsis est capable de vous bouffer le cerveau.

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Un spécimen intéressant de synopsis gigantis, communément appelé synopsis, occupé à chasser une proie. Sa victime, une auteure, n’a malheureusement aucune chance d’échapper à son piège mortel.

J’aimerais pourtant prendre sa défense. Je sais que ça peut étonner, je vous vois déjà venir :  » pourquoi ce type passe six mois sur un synopsis, alors qu’il aurait pu, dans le même laps de temps, écrire le premier jet de son bouquin ? »

C’est vrai, j’aurais largement pu fournir une première version en moins d’un an. Mais une des leçons que j’ai retenues avec ma trilogie, c’est de ne pas se lancer les yeux fermés dans un projet complexe… au risque d’y consacrer douze ans.

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Autant dire une éternité

Certes, ce délais extrêmement long s’explique en partie parce qu’il ne faut jamais commencer par une trilogie, mais honnêtement, si j’avais, au tout début, travaillé sur trois synopsis minutieusement détaillés, cette série aurait été moins difficile à écrire. Pour ce qui est de mon quatrième bouquin, un roman historique fantastique, j’ai complètement changé mon fusil d’épaule. Vu que je devais effectuer des recherches colossales (grosso modo : connaître dans les moindres détails l’Empire romain au IVe siècle après J.-C., la mentalité de ses habitants, mais aussi la vie quotidienne à cette époque, de la cuisine à la mode vestimentaire), j’ai lu quantité de livres sur l’Antiquité tardive avec l’angoisse de me dire que ça allait être plus compliqué et restrictif que de créer un univers imaginaire. Je ne pouvais pas plus me tromper ! Non seulement c’est tout aussi enthousiasmant, mais en plus l’Histoire, la vraie, m’a apporté quantité d’éléments pertinents et originaux que je n’aurais jamais osé imaginer, et qui sont pourtant véridiques. J’aborde ici un point fondamental : c’est parce que j’ai choisi de travailler sur un synopsis que mon intrigue a pris une épaisseur qu’elle n’avait pas à la base. Si j’avais commencé par un premier jet sans trop me prendre la tête, je  me serais retrouvé à coup sûr coincé au milieu de mon intrigue, ne serait-ce qu’à cause des recherches. Au mieux elles m’auraient coupé net dans mon élan, au pire elles m’auraient démontré que mon scénario ne collait pas avec l’Histoire (ce que je voulais éviter à tout prix). Une grosse incohérence ou un problème de structure peut provoquer la réécriture  complète d’un bouquin…

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Un autre point tout aussi essentiel : un synopsis amène du liant à l’histoire. Pendant des mois j’ai travaillé sur l’idée-force de mon intrigue, sa colonne vertébrale, et la tentation était grande de recourir à un maximum d’événements, de personnages, mais aussi de lieux… Le risque, c’est d’aboutir à une histoire brouillonne qui part dans tous les sens. Pour obtenir ce liant, il a fallu se recentrer sur une question essentielle, à savoir : que cherche mon personnage ? En décidant de ne traiter que quelques thèmes, on arrive rapidement à savoir ce qui est important et ce qui ne l’est pas. Un peu comme lorsqu’un réalisateur veut consacrer un film à la Seconde Guerre mondiale : impossible d’avoir une approche globale, car il y a des dizaines de millions de protagonistes éparpillés aux quatre coins du monde ! Ce qui compte ce sont les personnages et l’histoire qu’ils vont vivre. Il faut donc adopter une échelle plus restreinte. Spielberg a consacré un film aux hommes qui ont participé au Débarquement de Normandie en 1944 (Il faut sauver le soldat Ryan), mais par la suite, en qualité de producteur, il a privilégié un autre point de vue sur l’événement : dans l’émouvante série Band of brothers, on suit le destin incroyable mais véridique des membres de la Easy Company, parachutés pendant ce même Débarquement derrière les lignes ennemies. Les deux visions sont complémentaires car les thématiques sont différentes : alors que Ryan renvoie à un dilemme moral (sacrifier plusieurs vies pour en sauver une), Band of brothers a une approche plus documentaliste en essayant de nous faire comprendre comment une profonde camaraderie a permis à des hommes ordinaires de survivre à des événements extraordinaires.

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Band of Brothers, l’une des plus belles séries HBO qu’il m’ait été donné de découvrir, à voir une fois dans sa vie. En plus vous n’avez pas d’excuses, il n’y a qu’une seule saison de 10 épisodes !

Mon synopsis m’a une nouvelle fois rappelé, si je l’avais oublié, combien il est important de savoir changer de point de vue pour rester au niveau de ses personnages, que l’intrigue se déroule au milieu d’une bataille spatiale gigantesque ou dans une cave exiguë. Peu importe la taille du synopsis de travail et sa complexité, on devrait toujours pouvoir le résumer en une phrase, le fameux pitch (mais ceci est une autre histoire). Cela ne veut pas dire que les architectes ont raison et les jardinier tort ! Comme je le disais au début de l’article, on est jamais complètement l’un ou l’autre, et je connais des jardiniers qui travaillent avec des plans relativement détaillés.

Tout ça pour dire que je ne regrette absolument pas d’avoir consacré six mois de ma vie à mon synopsis, car en réalité je me suis épargné plusieurs années de calvaire, et surtout de longues périodes de stagnation. C’est ce qui m’est arrivé à plusieurs reprises sur le tome 2 des Pirates : il n’y a rien de pire que de ne pas savoir comment certains événements capitaux doivent s’enchaîner  entre le début et la fin du bouquin ! Bien sûr, je ne suis pas à l’abri de mauvaises surprises sur mon prochain roman, mais quoi qu’il arrive, l’écriture du premier jet sera moins long, c’est une certitude.

*Pour ceux qui l’ignorent, les auteurs n’évaluent jamais la taille d’un manuscrit en nombre de pages, mais en signes « espaces comprises ». Cet usage tient au fait que le nombre de pages varie en fonction des traitements de texte, de la police choisie, de la mise en page… bref, de la typographie. Vous trouverez le nombre de signes de votre manuscrit dans votre traitement de texte favori.

Published in: on janvier 6, 2017 at 10:49  Comments (38)  

Passengers

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Alors que 5000 personnes endormies voyagent dans l’espace vers une lointaine planète, un passager est accidentellement tiré de son sommeil artificiel 90 ans trop tôt.

Après Arès, Premier Contact et Rogue One, décidément la SF a le vent en poupe !

La bande-annonce laissait entendre qu’on allait assister à une comédie romantique dans l’espace, fort heureusement il n’en est rien ! Enfin, si. Il y a une belle histoire d’amour, mais ce n’est pas le coeur du film. Alors que bien des space opera se concentrent sur l’aventure, Passengers a le mérite de traiter d’un non-voyage. Que se passerait-il si un passager était sûr de mourir seul dans un gigantesque vaisseau spatial ? Peut-on encore avoir un sens moral lorsqu’on est totalement coupé de la civilisation ? Qu’est-ce qui peut motiver un individu à abandonner pour toujours sa famille et ses amis ? Fort de ces questions intéressantes, cette comédie légère façon Un jour sans fin prend progressivement un registre de plus en plus grave qui n’est pas déplaisant, le tout porté par deux acteurs excellents, et une BO de Thomas Newman en grande forme. On regrettera juste certaines facilités au niveau du scénario, on est loin de la hard science… mais c’est un point anecdotique qui ne gâche en rien ce joli conte des étoiles.

Drôle, angoissant et même émouvant, Passengers est une belle fable philosophique sur la solitude, qui vaut le détour. En bonus, cette vidéo dans laquelle Jennifer Lawrence et Chris Pratt se balancent des horreurs…

Published in: on janvier 5, 2017 at 10:16  Comments (6)  

Good year

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Je profite de cet effroyable calembour pour vous présenter mes meilleurs voeux, en vous souhaitant le forfait classique : une bonne santé, un gros coup de bol au Loto et le bonheur d’une famille Kinder.

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De mon côté, 2017 va être une période de transition, partagée entre la promo de l’intégrale de la trilogie et le chantier de mon nouveau roman. Ma résolution d’auteur : parler un peu plus d’écriture.  Les plus observateurs d’entre vous constateront que le blog a changé de nom, Les Pirates de l’Escroc-Griffe devenant tout simplement L’Escroc-Griffe.  « Pourquoi ? » demande avec anxiété la foule. Tout simplement parce que même si l’imaginaire restera le dénominateur commun de mes futurs livres, ceux-ci ne se situeront plus dans l’univers des Mers Turquoise. J’espère que ce nouveau voyage en terra incognita vous plaira.

À bientôt les amis !

Published in: on janvier 1, 2017 at 9:20  Comments (19)  

May the Force be with you. Always.

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Published in: on décembre 28, 2016 at 10:27  Comments (6)  
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Ceci n’est pas un blog

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À ma grande honte, je dois vous avouer qu’il y a quelques mois j’ai oublié l’anniversaire… de mon propre blog (j’espère qu’il ne m’en tient pas rigueur). J’en profite donc pour vous livrer un article-bilan et vous souhaiter au passage de belles fêtes de fin d’année.

De mon côté 2016 fut riche, d’abord en tant que papa, mais aussi en tant qu’auteur… Désolé (encore une fois) de ne plus être trop présent sur la blogosphère.

Cela fait maintenant plus de trois semaines que l’intégrale des pirates de L’Escroc-Griffe figure régulièrement dans le top 100 Fantasy-SF FNAC. Coïncidence amusante, le bouquin est souvent classé à côté de Dragonlance, une saga qui a bercé ma jeunesse, je ne pouvais être plus heureux.

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FNAC d’Aix-en-Provence, le 9 décembre

Que vous commentiez mes billets ou pas, je vous remercie de votre fidélité. Créé le 25 septembre 2013, ce blog vieux de trois ans a dépassé les 60.000 visites. Les articles les plus populaires de 2016 sont Pourquoi il ne faut jamais écrire de trilogie, Créer un univers imaginaire, Hygiène de l’écrivain, Les sciences prodigieuses de l’Empire byzantin, manifeste pour un nouveau steampunk et Le dao de l’écriture… Le moins que l’on puisse dire, c’est que vous aimez quand ça parle d’écriture ! Les billets les plus lus sont également ceux qui évoquent un peu la vraie vie, la matière première dans laquelle un auteur puise pour forger des histoires. J’avoue qu’il m’est de plus en plus difficile de distinguer la réalité de l’écriture, tant l’aventure des Pirates aura bouleversé mon existence. Elle m’aura aussi permis de nouer de belles amitiés, que ce soit dans les salons ou sur ce blog, un espace d’échange privilégié. Plus qu’un blog, c’est un journal de bord qui m’a aidé à ne pas perdre de vue l’essentiel, notamment durant l’année de doute précédant ma première publication. Aujourd’hui, je suis heureux qu’il serve d’autres auteurs dans leurs propres processus de création, pour ne pas dire cheminement intérieur. Si l’histoire de la littérature nous enseigne que des romanciers malheureux ont réussi à accoucher de chefs d’œuvre, je suis bien d’accord avec King sur l’idée qu’un auteur bien dans ses pompes écrit plus facilement… Alors, écriture ou pas, souhaitons-nous plein de bonheur !

À quelques jours des fêtes, je termine cet article tout près d’Edouard, en train de dormir sagement dans son berceau. Le plus beau cadeau que m’ait donné Anne-Lorraine, merci à elle ❤

Bonnes fêtes de fin d’année et prenez soin de vous !

Published in: on décembre 23, 2016 at 10:41  Comments (19)  
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Rogue One

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L’année dernière, j’ai vécu un véritable traumatisme cinématographique avec Star Wars VII. Passé le plaisir éphémère de retrouver Han Solo et Chewbacca, la déception l’a définitivement emporté. Je m’étais juré de ne plus visionner de nouveaux Star Wars, y compris ce Rogue One, un spin-off, véritable OVNI dans l’univers créé par George Lucas. Devant l’insistance d’un ami, j’ai décidé d’accorder une chance à ce long-métrage, le premier Star Wars à ne pas faire partie d’une série. C’est d’autant plus surprenant que le film commence in media res, sans le traditionnel générique ! Passé ce sentiment bizarre de ne pas être devant un Star Wars habituel, s’installe peu à peu une certaine euphorie, avec cette impression de sortir pour de bon des sentiers battus. L’ambiance est beaucoup plus sombre, avec des membres de l’Alliance Rebelle capables… d’assassinats. Oui, vous avez bien lu ! On avait plus vu ça depuis l’épisode IV, avec la scène mythique de Solo et Greedo. Décidément, ce n’est pas un Star Wars habituel… et c’est justement cette originalité qui lui permet de s’affranchir de la saga originelle sans pour autant trahir son esprit. L’auteur de Rogue One a conscience que la génération années 80 a grandi et il en prend acte : en optant pour un film de guerre façon 12 salopards, Gareth Edwards a tout simplement créé les plus beaux personnages qu’on ait vu depuis la trilogie classique, mention spéciale à Chirrut Îmwe, un guerrier aveugle qui croit en la Force.

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Je pense aussi à K2O, le robot volé à l’Empire, d’un cynisme délicieux.

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Aux côtés de ces héros attachants, j’ai retrouvé les parties de jeu de rôle de mon adolescence, quand avec mes amis nous jouions à des scénarios un poil plus matures que ceux imaginés par George Lucas…

Le fan service est présent avec de nombreux clins d’oeil qui donnent le frisson, mais là où J.J. Abrams en abusait dans Star Wars VII, Gareth Edwards fait preuve de parcimonie, prenant bien soin d’introduire doucement mais sûrement l’épisode IV.  À ce titre, les dernières minutes du film sont d’une sauvagerie rarement atteinte dans la saga.

Bien sûr, j’ai regretté la musique de John Williams (même si le célèbre compositeur m’a profondément déçu sur l’épisode VII, vraiment. Mais bon, il s’en remettra), et je trouve le casque de Vader moins beau que dans les autres volets, mais ce ne sont que des broutilles tant la bataille finale m’a transporté, une synthèse épique du Retour du Jedi et de l’Empire Contre Attaque, avec de vraies maquettes ! Et beaucoup d’émotion.

Au final, Rogue One est infiniment plus rafraîchissant, novateur et courageux que le Réveil de la Force, ne serait-ce que pour ces planètes captivantes, au point où j’ai eu envie de partir visiter Jedha. On découvre des aliens vraiment exotiques (la créature ophidienne qui torture psychiquement Bodhi m’a révulsé, berk !) quelques « nouveaux » chasseurs de l’Alliance Rebelle, ainsi que des informations cruciales sur le fonctionnement d’un sabre laser (mais pas que…). Au-delà de ce background extrêmement riche, c’est surtout la philosophie de la Force qui m’a touché : à dix mille années-lumières des midi-chloriens de George Lucas, et des incohérences de J.J. Abrams, Gareth Edwards montre avec subtilité comment l’antique religion Jedi est vécue au quotidien par les habitants de cette galaxie très lointaine.

Lorsque les lumières se sont rallumées dans la salle, je n’ai pas pu m’empêcher de ressentir un peu d’amertume en repensant à ce qu’aurait pu être le Réveil de la Force. La comparaison est d’autant plus cruelle que la nouvelle trilogie, à mon sens partie sur de mauvaises bases, va traîner comme un boulet cet épisode VII qui n’arrive pas à la cheville de l’œuvre jubilatoire de Gareth Edwards.

Rogue One plus fort que le Réveil de la Force, faut-il s’en réjouir ou s’en lamenter ? J’avoue ne pas avoir la réponse et au fond, peu importe…

« Bravo Rogue One » !

Published in: on décembre 21, 2016 at 8:54  Comments (26)  
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Premier Contact (attention, de petites révélations)

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Douze vaisseaux extraterrestres arrivent à différents endroits du globe. L’armée américaine charge la linguiste Louise Banks d’établir dans l’urgence un premier contact avec cette civilisation inconnue. 

J’ai découvert Denis Villeneuve avec Prisoners, un film qui m’avait impressionné de part son scénario labyrinthique, et sa photographie léchée à la David Fincher. Trois ans plus tard, l’auteur de Sicario revient avec un long-métrage extrêmement ambitieux du fait que son thème, la rencontre entre l’Humanité et une civilisation extra-terrestre a été maintes fois racontée au cinéma. Qu’est-ce qu’un jeune cinéaste pouvait bien amener de plus ?

La réponse : intelligence et sensibilité. Intelligence car le réalisateur canadien va à contre-courant de 90% des films de Science-Fiction. Là où Michael Bay livrerait dès les premières minutes des plans spectaculaires d’un véhicule extra-terrestre se posant sur Terre, Villeneuve préfère au contraire donner le point de vue d’une professeur d’université (Amy Adams, parfaite) qui ne réalise pas tout de suite que l’Humanité vit un événement majeur. Ce qui n’empêche pas des images d’une beauté à couper le souffle, mention spéciale aux vaisseaux aliens.

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Sensibilité car le protagoniste féminin apporte un supplément d’âme extraordinaire dans le film, de part son histoire dramatique. Au départ linguiste complètement dépassée par les événements, elle va peu à peu oublier la terreur qu’elle ressent pour tenter de percer le mystère du langage de ces mystérieux visiteurs. Là où le film est tout bonnement révolutionnaire, c’est qu’il n’y a quasiment pas d’action !  Il faut saluer le travail effectué sur la musique, aussi déroutante qu’inquiétante, composée par l’artiste finlandais Jóhann Jóhannsson, ainsi que sur les effets sonores, anxiogènes à souhait. En privilégiant la tension aux explosions, Denis Villeneuve donne une leçon d’écriture à la plupart des réalisateurs actuels avec une ambiance absolument étouffante. Ici l’arme ultime n’est rien d’autre que… le langage. Le langage permet bien entendu de connaître les motivations de ces extra-terrestres, mais il prend également un sens métaphorique tout particulier dans un monde où les pays ne communiquent plus entre eux. À l’heure où les grandes puissances industrialisées sont incapables de ramener la paix en Syrie, et où fleurissent populismes et théories du complot, Premier Contact est un thriller linguistique dans l’air du temps, avec une atmosphère pessimiste, mais aussi un message porteur d’espoir.

Entre le mysticisme du Contact de Robert Zemeckis, l’humanisme du Rencontre du Troisième Type de Steven Spielberg, et la poésie du Monsters de Gareth Edwards, le thriller de Denis Villeneuve n’oublie jamais d’être intimiste, avec une dimension universelle émouvante. À ce titre j’ai apprecié que le film se termine comme il commence, à la façon des grandes histoires. Toujours ce même labyrinthe que le cinéaste canadien affectionne tant, mais avec un twist final bouleversant qui prend aux tripes.

Après une decennie folle parsemée de joyaux SF tels que Avatar, District 9, Gravity et autre Cloud Atlas, on ne peut que rendre les armes devant la classe de ce Premier Contact qui marquera d’une pierre blanche le Septième Art. Du coeur et de l’esprit, cela faisait très longtemps qu’on avait pas vu ça au cinéma, mais que pouvait-on attendre d’autre quand on sait que ce long-métrage, basé sur une nouvelle de Ted Chiang, a été produit par les créateurs de Stranger Things ?

P.S. : Jamais je n’aurais pensé écrire cela, mais pour la toute première fois j’envisage la possibilité que la suite de Blade Runner, la future œuvre de Villeneuve, ne soit pas la catastrophe annoncée. Si le canadien fait preuve d’autant de sincérité que sur Premier Contact, son prochain long-métrage pourrait bien le consacrer comme l’un des plus grands cinéastes des années 2010.

 

Published in: on décembre 10, 2016 at 9:41  Comments (20)  
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Previously on L’Escroc-Griffe…

… Je suis invité à dédicacer au Cultura de Terville, alors que j’ai une grippe carabinée.

La veille Damien, qui travaille au magasin, me demande si je suis sûr de vouloir venir… de 09h00 à 19h00 alors que généralement les auteurs se déplacent seulement pour l’après-midi. J’insiste et pour cause : j’ai prévu de passer la journée en « mode guérilla », comprendre « je mange un sandwich derrière mon stand entre midi et deux et le reste du temps je dédicace ».

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Comment je m’imagine en mode guérilla

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Le mode guérilla

Ma femme Anne-Lorraine me demande si c’est pertinent d’y aller si tôt mais je persiste et signe. Affrontant un temps glacial digne de Game of Thrones les premiers frimas de l’hiver, je me rends au Cultura. Le souci, c’est qu’en fin de matinée j’ai l’estomac qui grogne et je commence à regretter mon idée géniale de sandwich froid en décembre. Tourmenté par le remord, je demande par SMS à Anne-Lorraine si elle ne veut pas se faire un bon gueuleton restaurant , et là, la réponse que je craignais tombe comme un couperet : c’est trop tard. Et c’est à ce moment précis que je réalise que je n’ai pas pris d’argent avec moi. Je me retrouve donc :

– le ventre vide
– seul telle une âme en peine
– le ventre vide
– avec le froid comme mitaine
– le ventre vide

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Je peux vous assurer que la séquence de fin de Platoon, c’est de la gnognote comparé au drame alimentaire que j’ai vécu samedi

Bon, la bonne nouvelle, c’est que dès 09h00… il y avait un monde fou digne d’un salon, Noël approchant à grand pas. Et ça n’a pas arrêté jusqu’à 19h00, à croire que les dieux de la dédicace étaient avec moi ! J’ai donc bu deux litres de café pour me réchauffer, et signé plein d’intégrales comme si j’étais à un festival ! Bien sûr, je suis toujours content quand des proches viennent acheter un livre (d’ailleurs merci Romain, merci Pascaline, merci Mélissa), mais là il s’agissait à 90% d’inconnus, signe que la promo de Bragelonne a bien fonctionné. Au milieu de la journée, j’ai même vécu un moment d’émotion : une personne s’arrête devant mon stand, téléphone à sa copine, et lui dit « le tome 3 des pirates de l’Escroc-Griffe est sorti, tu le veux » ? Il m’explique ensuite qu’elle est fan… J’en avais presque les larmes aux yeux !

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Je sais que ça peut paraître risible comme réaction, mais pourtant il m’arrive souvent de demander à un lecteur « comment avez-vous découvert mon bouquin ? », « vous êtes sûr qu’on ne se connait pas ? ». En fait je suis tellement  incrédule devant le succès des pirates que lors de ma toute première dédicace, je craignais que mes proches ne payent des inconnus pour acheter mes livres… Fort heureusement je suis aujourd’hui moins cinglé beaucoup plus serein qu’à mes débuts d’auteur, d’autant plus que durant cette même journée, j’ai appris que mon intégrale était 39e meilleure vente FNAC SF Fantasy, preuve que la couverture fonctionne (et que tous les exemplaires n’ont pas été uniquement achetés par ma famille et mes amis…).

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Les Pirates dans le classement « Meilleures ventes Fantasy-SF-FNAC » de samedi, en bonne compagnie

Je sais que c’est triste d’en revenir toujours à la couverture, mais dans le monde impitoyable du livre, une illustration pas terrible peut signer l’arrêt de mort d’un ouvrage dès sa sortie, hélas…

Ah oui, j’oubliais. J’ai fait également une rencontre improbable : pendant que je dédicace leur livre, un jeune couple très sympa me demande où j’habite. Je réponds « Hettange-Grande, « . « Ah c’est marrant, nous aussi ! » Je donne le nom de ma rue, stupeur…

– Attendez… C’est vous qui avez un chat blanc perché sur la fenêtre qui passe sa journée à surveiller le quartier ?

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Heidi, le chat persan qui surveille… TOUT

– Oui…
– Et c’est même vous qui nous avez aidé cet été à chasser des Pokémon dans la rue !
Bien sûr, tout était vrai. Ils habitent en face de chez moi ! Incroyable, non ?

Au final, malgré la faim, le froid et la grippe, j’ai passé une magnifique journée, en grande partie grâce à l’équipe attentionnée du Cultura de Terville que je remercie chaleureusement pour son accueil (et son café !). Vivement la prochaine dédicace !

PS : cet article fatigué a été écrit sous caféine, merci pour votre compréhension

Published in: on décembre 4, 2016 at 6:19  Comments (12)  
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Photos de la bête et autres nouvelles

On m’a demandé pourquoi je n’avais pas mis de photos de l’intégrale, je corrige de ce pas cet oubli.

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Je voulais aussi vous dire qu’hier, le livre est entré dans le top 100 FNAC des meilleures ventes SF-Fantasy !

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Une bonne nouvelle qui va m’aider à  me remettre sur pied après avoir été cloué au lit par la grippe jeudi. Je n’ai pas le choix : samedi, je doit être d’attaque pour une séance de dédicace au Cultura Terville, de 09h00 à 19h00. Je vais peut-être mettre un masque japonais pour éviter de contaminer mes lecteurs…

Published in: on décembre 2, 2016 at 12:49  Comments (9)