Arès

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Dans un futur proche, l’ordre mondial a changé. Avec ses 10 millions de chômeurs, la France fait désormais partie des pays pauvres. La population oscille entre révolte et résignation et trouve un exutoire dans des combats télévisés ultra violents où les participants sont dopés en toute légalité et où tous les coups sont permis. Reda, dit Arès, est un ancien combattant qui vit de petits boulots de gros bras pour la police. Tout va changer lorsque sa soeur se fait arrêter et qu’il doit tout mettre en oeuvre pour les sauver : elle et ses filles.

Pour de stupides raisons culturelles, produire un film de SF en France est habituellement un pari quasi-impossible, il n’y a qu’à voir depuis (l’excellent) le Prix du danger combien les échecs commerciaux et/ou artistiques sont légion. C’est donc avec une grande curiosité, et un peu d’espoir, que je suis allé voir cet OVNI cinématographique. OVNI car Arès relève plus de l’anticipation que de la Science-Fiction, l’action se déroulant dans une France dominée par les multinationales. Un sujet dans l’ère du temps tant j’ai l’impression que le Parti Socialiste et les Républicains nous proposent de choisir entre un projet de société libéral… ou ultra-libéral. Fort de ce constat déprimant, le réalisateur pousse cette logique à l’extrême et imagine un futur sombre. Chaque citoyen est libre de disposer de son corps et de servir de cobaye, avec toutes les dérives que cela comporte. Le cinéaste distille tout au long de son film un humour noir qui n’est pas sans rappeler celui de Robocop. Ainsi, dans l’émission trash 1000 euros pour un chômeur, des demandeurs d’emploi gagnent de l’argent s’ils arrivent à vaincre des boxeurs professionnels !

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Le dopage est complètement rentré dans les moeurs, ainsi que les combats no limit et la télé-réalité la plus crasse, conférant à cet univers désespéré un parfum cyberpunk qui évoque le RanXerox de mon enfance, la cybernétique en moins, mais les personnages déjantés en plus.

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Crise oblige, ce monde low tech est d’une laideur sans nom, ce qui le rend d’autant plus crédible. Il faut saluer à ce niveau l’incroyable photographie et les effets spéciaux numériques, qui transforment Paris en un gigantesque squat qui donne froid dans le dos. Imaginez la jungle de Calais autour de la Tour Eiffel.

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L’équipe de tournage n’a pas hésité à partir en Chine ainsi qu’à Kiev pour effectuer des prises de rue et créer une capitale cauchemardesque, le tout pour un budget total de seulement 4 millions d’euros. C’est d’autant plus hallucinant que le film n’a pas été tourné, comme tant d’autres, en Europe de l’Est. Le résultat à l’écran est vraiment impressionnant, avec notamment des tours d’ivoire qui contrastent avec le Paris misérable au cœur d’Arès.

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Le casting n’est pas en reste, les comédiens sont excellents. Mention spéciale au personnage de Myosotis, artiste transformiste du Net !

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Faux film d’action, mais vraie satire au vitriol du libéralisme dans ce qu’il a de plus outrancier, Arès est une oeuvre inclassable qui aurait mérité une durée plus longue histoire de développer son propos. Une oeuvre imparfaite mais généreuse, qui prouve qu’en France aussi, des cinéastes de talent savent réaliser de la bonne SF façon Paul Verhoeven. En espérant que le film soit bien accueilli, et qu’il permette l’émergence d’un authentique cinéma de genre, qui plus est engagé. Avec les sinistres élections présidentielles qui s’annoncent, on en a cruellement besoin.

PS : à signaler, Info 34, le (délirant) site officiel du film.

« Le dernier média d’information et d’actualité encore libre et indépendant en France. »
Où l’on apprend que le tour de France 2036 passera par… Vilnius, en Ukraine !

Et le compte Twitter, tout aussi drôle : @Info34France

Published in: on novembre 29, 2016 at 7:25  Comments (8)  
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Les Animaux Fantastiques

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Avant de donner sa chance à ce film, je ne me faisais guère d’illusions sur les Animaux Fantastiques car, d’une part, je ne suis pas trop fan de David Yates. Je trouve que les meilleurs Harry Potter sont les trois premiers, surtout Azkaban, un vrai petit bijou d’Alfonso Cuarón. Passé ce troisième chapitre, pour moi la mise en scène des derniers volets s’appauvrit. D’autre part, je redoutais ce que j’appelle le syndrome Star Wars, à savoir la pratique qui consiste à gagner le plus d’argent possible en usant jusqu’à la corde une franchise mythique.

C’est pour cette raison que je suis allé voir les Animaux Fantastiques l’esprit vierge, sans visionner auparavant la bande-annonce, le fléau du XXI siècle. J’avoue avoir de suite frissonné en entendant les premières notes du fameux thème musical de John Williams. Passé des scènes d’exposition assez lentes, j’ai peu à peu été happé par ce long-métrage, je n’avais jamais vu ça sur un grand écran. Imaginez un film historique qui se situe en 1926, avec énormément de costumes et de décors réalistes, puis ajoutez un univers parallèle avec un bestiaire délirant d’une extrême richesse (ah, le niffleur !).

niffleur

Niffleur for ever

Vous obtenez de l’urban fantasy assez jouissive, un background absolument incroyable, mais aussi une mise en abyme vertigineuse quand on sait que l’action se déroule dans le même univers que celui d’Harry Potter ! Les clins d’oeil n’en sont que plus savoureux.

Avec une telle recette, le film aurait déjà été une sympathique réussite, mais c’était sans compter les personnages qui m’ont touché, mention spéciale à l’ordinaire Jacob Kowalski, qui m’a ému aux larmes. En choisissant une nouvelle génération d’acteurs bourrée de talents, David Yates a donné une autre dimension au monde d’Harry Potter, comme si le film s’adressait à des jeunes adultes désenchantés… les anciens lecteurs de J.K. Rowling qui ont grandi ? De part son physique androgyne, le génial Eddie « Danish Girl » Redmayne constituait le choix idéal pour incarner ce personnage d’écologiste naïf au coeur meurtri, confronté à un monde sur le point de connaître la pire crise économique de l’Histoire… et les affres du fascisme. L’ambiance du film est à ce titre lourd de sens avec les discours populistes et autres chasses aux sorcières perpétrés dans les rues de New York. Les personnages féminins ne sont pas en reste avec notamment une Katherine Waterston méconnaissable. Une protagoniste extrêmement moderne, fragile, et mal dans ses pompes, limite « vieille fille », qui ne manque pas de ressources… et qui m’a bouleversé. Comme ça fait du bien de voir un si beau portrait de femme au cinéma !  Vous l’aurez compris, on est face à un film surprenant, mélancolique, peuplé de sorciers capables de réparer les dégâts causés sur la ville et la population : comment ne pas rêver à de tels pouvoirs quand on pense à notre triste actualité ? Avec cette fin résolument douce-amère, crépusculaire, mais aussi pleine d’espoir, David Yates m’a plus impressionné qu’avec ses quatre derniers Harry Potter. Au risque de passer pour un hérétique, j’ai même été d’avantage séduit par ce film que par la Chambre des Secrets.

Vivement la suite !

Published in: on novembre 25, 2016 at 2:53  Comments (16)  
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Doctor Strange

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Le Docteur Stephen Strange est un brillant neurochirurgien imbu de sa personne. Sa vie bascule après un grave accident qui lui laisse d’irrémédiables séquelles physiques. Son seul espoir : partir à Katmandou en quête d’un gourou qui pourra le soigner…

Belle surprise que ce Doctor Strange, un peu à part dans l’univers Marvel. Plus je regarde de films super-héros, et plus je réalise que les seuls protagonistes qui m’intéressent vraiment sont les personnages vulnérables : le Docteur Strange est de ceux-là. Odieux, matérialiste, égocentrique, le médecin joué par l’excellent Benedict Cumberbatch est aussi un être brisé, ce qui rend son évolution d’autant plus intéressante. À l’image d’un Batman Begins, il y a une dimension spirituelle pertinente lorsque le héros s’en va au Népal, à la recherche de lui-même. J’ai également  aimé l’idée d’un multivers, un concept encore plus fou que celui des Gardiens de la Galaxie. Le réalisateur a eu recours à beaucoup d’images fractales pour représenter une magnifique dimension-miroir, qui n’est pas sans rappeler l’esthétique sublime d’Inception. Il est rare de voir à l’écran des blockbusters méditatifs, et le Doctor Strange a l’intelligence de concilier la culture pulp-new age (le mythe de Shamballa, le  voyage astral, les univers parallèles) avec une imagerie qui renvoie aux théories physiques les plus folles. Si on peut déplorer le côté un peu classique du scénario, on aurait tort de bouder ce voyage initiatique du lâcher-prise, illuminé par une Tilda Swinton au charisme dingue.

Bien joué, Marvel !

Published in: on novembre 1, 2016 at 7:52  Comments (8)  
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Dernier train pour Busan

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Avec tous ces festivals, je n’ai pas eu le temps de vous parler DU film qu’il fallait absolument voir en septembre : Dernier train pour Busan.

Une oeuvre que j’ai du mal à oublier. Une fois encore, il s’agit d’une perle du cinéma sud-coréen qui ne cesse de surprendre depuis une quinzaine d’années avec des longs métrages aussi radicaux que Old Boy,  J’ai rencontré le Diable, Le bon, la brute et le cinglé, Snowpiercer, The Host, 3 extrêmes, sans oublier le chef d’oeuvre contemplatif (et injustement méconnu) Printemps, été, automne, hiver… et printemps. Autant vous prévenir tout de suite, Dernier train pour Busan est un film de zombies. Attendez, ne partez pas ! Dernier train pour Busan n’est pas qu’un film de morts-vivants, puisqu’il s’agit également d’une satire au vitriol de la société sud-coréenne, devenue de plus en plus individualiste, mondialisation oblige. Après avoir découvert une galerie de personnages attachants et souvent drôles (les acteurs sont phénoménaux), on bascule lentement mais sûrement dans le drame. Réflexion sociologique, thriller haletant bourré d’action mais aussi film d’horreur intelligent, Dernier train pour Busan est un peu tout cela à la fois, avec des zombies véloces qui ne sont pas sans rappeler les créatures de 28 jours plus tard. À l’image du réalisateur britannique, Yeon Sang-ho privilégie l’émotion avec un dernier quart d’heure d’anthologie, riche en rebondissements, qui m’a ému aux larmes (sans parler de la scène du tunnel). Un film d’horreur bouleversant, ce n’est pas si courant au cinéma, alors hangug manse* !

*Vive la Corée !

Published in: on octobre 25, 2016 at 9:08  Comments (2)  
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10 Cloverfield Lane (attention spoilers)

Je n’aime pas le cinéma de « Jar Jar » Abrams pour de nombreuses raisons. Je sais que ça peut surprendre : on parle quand même de l’auteur de Lost, une série qui possédait au début un potentiel incroyable, sans parler du fait que ce cinéaste, au même titre que Quentino Tarantino, Christopher Nolan et Martin Scorsese, est un défenseur de l’argentique, ce que je respecte. Alors pourquoi suis-je si sévère avec Abrams ?

D’une part, ce réalisateur n’a pas compris ce qui faisait l’âme de Star Wars et Star Trek, deux franchises mythiques extrêmement différentes, qu’il a massacrées pour des raisons similaires (rythme hystérique, fan service stérile, deus ex machina, facilités scénaristiques catastrophiques à la Lost, incohérences majeures, désintérêt pour des univers développés sur plusieurs décennies, humour lourdingue embarrassant, personnages caricaturaux et/ou ridicules, manque d’originalité…).

kilo renD’autre part, Abrams manque cruellement de personnalité. Il tente maladivement (à ce niveau c’est de la névrose) d’imiter Steven Spielberg comme le prouve Super Huit. C’est un film émouvant, je le reconnais, mais les références à E.T., aux Goonies, à Rencontres du troisième type et au Amblin des années 80 sont nombreuses. Abrams est plus un fan qu’un visionnaire.

Cela dit, j’adore Cloverfield, qu’il a produit en 2009, une oeuvre réalisée par son ami Drew Goddard, le réalisateur de l’excellent La Cabane dans les bois (et le scénariste du non moins excellent Seul sur Mars). Autant le dire, Abrams n’est jamais meilleur que lorsqu’il est cadré producteur, quand son obsession pour les scénarios à mystères est canalisée. Bien qu’imparfaite, la série Fringe en est la preuve éclatante.

Du coup, je ne savais pas trop quoi penser avant de visionner 10 Cloverfield Lane, je redoutais une suite/remake/reboot sans saveur dans la lignée de l’insipide Star Wars : le Réveil de la Farce.

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Ah, ces ados…

Contre toute attente, 10 Cloverfield Lane est une excellente surprise, un huit clos magistral qui tient ses promesses. Cerise sur le gâteau, le film est littéralement porté par un trio d’acteurs génial : John Goodman bien sûr, mais aussi Mary Elizabeth Winstead qui crève l’écran façon Helen Ripley dans Alien, et l’étoile montante John Gallagher Jr.

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Film oppressant non dénué d’humour noir, 10 Cloverfield Lane est une oeuvre intelligente qui s’inscrit dans la lignée des films paranoïaques tels que Signes. Et Cloverfield dans tout ça ?  En fait, ce long-métrage se déroule dans le même univers, dixit J.J. Abrams lui-même. 10 Cloverfield Lane est moins une suite qu’un film « dans l’esprit » de Cloverfield (des personnages banals confrontés à une menace extraordinaire dans un milieu claustrophobique), même si son budget n’est que de… 5 millions de dollars. Paradoxalement, ce sont ces moyens réduits qui donnent tant de charme à ce film. Alors certes, J.J. Abrams se comporte une nouvelle fois en copy cat avec la séquence finale qui rappelle furieusement la Guerre des Mondes de – devinez qui ? – Steven Spielberg, mais on aurait tort de s’arrêter à cette faiblesse. Dans ce genre de film, la fin est toujours casse-gueule car il arrive que le spectateur n’obtienne pas de réponse satisfaisante à la question qu’il se pose : les événements qui se déroulent à l’écran sont-ils d’ordre surnaturel ? Ce n’est pas le cas ici. 10 Cloverfield Lane est vraiment la preuve qu’en matière de science-fiction, il y a une vie après les blockbusters sans âmes qu’on nous propose régulièrement au cinéma.

Published in: on avril 3, 2016 at 12:56  Comments (6)  
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Deadpool

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Deadpool. Le film que j’attendais avec un mélange d’impatience et d’effroi.

Impatience, parce que Deadpool est l’un des personnages de comics les plus déjantés de l’univers Marvel, doté d’un super pouvoir absolument génial : il est capable de briser le quatrième mur, c’est-à-dire de parler au lecteur !

Effroi, parce qu’une fois encore, Deadpool est… l’un des anti-héros les plus déjantés de l’univers Marvel. Comment proposer une histoire de super-héros trash interdit aux moins de douze ans ? Le budget de « seulement » 50 millions de dollars pouvait faire craindre le pire, comparé aux coûts faramineux des autres productions Marvel.

Une fois n’est pas coutume, il faut saluer le courage de la Fox qui a entendu les fans. Dès les premières minutes, les concessions sont mises au placard avec une séquence d’action d’anthologie aussi drôle que violente. Deadpool nous raconte son quotidien tout en massacrant des méchants avec créativité, mention spéciale à la scène de l’allume-cigare. Difficile de retenir une ligne de dialogue plutôt qu’une autre tant les punchlines abondent, on est emportés dans des montagnes russes qui ne s’arrêtent jamais et des mises en abyme au dixième degré.

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Deapool est une plongée improbable dans la pop culture, entre Fight Club pour son montage frénétique et Kick Ass pour son humour noir. Le réalisateur n’épargne rien ni personne, le personnage de Deapool se permet d’égratigner au passage les films X-Men, et même son interprète, Ryan Reynolds !

Long-métrage complètement fou, seulement limité par la structure d’un scénario classique, une histoire de vengeance, Deapool ne fera pas l’unanimité. Film what the fuck un peu vain pour les uns, expérience cinématographique subversive pour les autres, en ce qui me concerne Deadpool est une oeuvre jubilatoire immédiatement sympathique, à des années-lumières des (trop) sages Avengers. Quel pied !

Published in: on février 17, 2016 at 1:16  Comments (7)  

Star Wars VII : le Réveil de la Force (attention, nombreuses révélations)

Par souci d’honnêteté, je voudrais clarifier brièvement mon rapport à Star Wars. Fan absolu de la saga pendant les années 80, j’ai été moins enthousiasmé par les épisodes I, II et III. Je m’attendais à ce que George Lucas commence directement sa « nouvelle trilogie » avec un Anakin adulte, et donc des films plus sombres. Attention, je n’ai pas détesté la Menace Fantôme (j’adore Darth Maul, Ewan McGregor et Liam Neeson), je trouve même qu’entre 1999 et 2005 la prélogie a monté en puissance (si on oublie l’histoire d’amour champêtre de l’Attaque des Clones, franchement ridicule).

Des années plus tard, j’ai été surpris par le rachat de Disney, et consterné par la mise en chantier d’un nouveau Star Wars. Pourquoi réaliser un septième chapitre alors que Darth Vader est mort à la fin du Retour du Jedi ? Pour une grande histoire, il faut un grand méchant. Par la suite, je me suis montré peu emballé par le premier trailer avec le sabre laser couteau suisse et…

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… refroidi par l’annonce de la suppression de l’univers étendu, univers dans lequel j’ai joué des parties de jeu de rôle mémorables.

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Et puis est venu LA bande-annonce, celle avec Solo et Chewbacca, qui vendait du rêve.

Du coup, j’ai décidé de me rendre au cinéma sans attente particulière, même si secrètement l’espoir de voir un bon Star Wars grandissait en moi. J.J. Abrams a-t-il réussi son pari ? Ma réponse va être compliquée.

Si on considère que le metteur en scène devait absolument revenir à la source de la trilogie et respecter la continuité des épisodes IV, V, VI, alors dans un premier temps on peut répondre que oui. Tout y est : une planète désertique, un droïd recherché par des stormtroopers, un adepte du Côté Obscur masqué, le Faucon Millenium, une étoile de la mort, les scènes de QG de l’Alliance Rebelle la Nouvelle République… Nombreux sont les éléments qui rappellent la Guerre des Etoiles : un nouvel espoir. Et inutile de dire que la moindre apparition d’Harrison Ford à l’écran donne le sourire. Mais après une première partie rondement menée, doucement s’installe l’impression qu’on est en train de visionner un remake de l’épisode IV, un peu comme si Abrams avait été écrasé par la responsabilité de donner une suite à la trilogie mythique de George Lucas. Ce qui était jugé comme une force se transforme en faiblesse tant Abrams, dans la seconde partie, peine à se détacher de ces monumentales références pour construire sa propre histoire. À vouloir être trop respectueux, Abrams ne prend aucun risque dans son récit fan service, véritable relecture de l’épisode IV : donc une planète désertique, un droïd recherché par des stormtroopers, un adepte du Côté Obscur masqué, le Faucon Millenium, une étoile de la mort… et un sacrifice héroïque comparable à celui d’Obi Wan Kenobi, mais tout bonnement incompréhensible : BON SANG, MAIS POURQUOI TUER SOLO ? Dans l’épisode IV, le vieux Kenobi mourrait pour mieux accompagner Luke dans son apprentissage de la Force (« si tu me terrasse, je deviendrais bien plus puissant que tu ne pourrais jamais l’imaginer »).

Dans l’épisode VII, ce suicide programmé ne présente pas d’intérêt, car Solo n’est pas un Jedi. Certes, le contrebandier désirait sauver son fils, mais cette mort constitue  un aveu de faiblesse de la part de scénaristes en quête d’émotion, conscients qu’une troisième attaque d’une deathstar n’est guère originale… Le réalisateur de Star Trek le sait pertinemment, et se trouve dans l’obligation de se livrer à de la surenchère : un Stormtrooper se bat avec l’équivalent d’un sabre laser… ce qui ôte pas mal de prestige et d’utilité à l’arme mythique des Jedi. Pire : n’importe quel débutant peut le manier sans difficultés comme le montre le duel final. De la même façon, fallait-il à nouveau faire exploser une étoile noire encore plus dévastatrice que les précédentes ? C’est d’autant plus étrange que l’Empire était moribond à la fin du Retour du Jedi. J.J. Abrams semble vouloir impressionner à tout prix le spectateur, au risque de tomber dans des incohérences : un apprenti Jedi a besoin d’un maître pour réellement dompter la Force, comme le prouve le lent apprentissage de Luke dans les épisodes IV et V. Ici, cette initiation se déroule en l’espace d’un film, sans l’aide d’un mentor, comme l’illustre ce fameux duel final franchement surréaliste.

 Le rythme est très rapide, au point où les protagonistes se retrouvent presque toujours facilement… alors que l’univers est vaste ! Toute cette surenchère est inutile car l’émotion est présente : revoir Han Solo, Chewbacca, la princesse Léïa ou l’amiral Akbar est un régal, et les jeunes acteurs sont vraiment bons, mention spéciale à Daisy Ridley, très naturelle, et John Boyega. Il est également agréable de découvrir que certains éléments de l’univers étendu sont réutilisés, notamment Ben Skywalker et son passage au Côté Obscur. Hélas, dans une bonne histoire il faut obligatoirement un antagoniste de haut niveau. Et là, ce que je craignais s’est réalisé : personne ne peut faire oublier un méchant de l’envergure de Darth Vader. Ironie du sort, je suis fan d’Adam Driver, assurément un grand comédien. Malheureusement, malgré tout son talent, il ne dispose pas d’un personnage suffisamment bien écrit pour imposer son charisme.

Reste un épilogue émouvant, qui donne le sentiment que Star Wars VII est un bon film… ni pire ni meilleur que les épisodes I, II et III. Je ne ressens pas de déception car à la fin de la Revanche des Sith, j’ai compris qu’il était parfaitement impossible de dépasser l’Empire Contre Attaque, un chef d’oeuvre de Cinéma. Capitaine Achab des temps modernes, George Lucas a été lynché pour son désir obsessionnel de s’éloigner des épisodes IV, V et VI au point de les mutiler, et il y a fort à parier que J.J. Abrams sera à son tour détesté pour avoir singé son maître.

Tout ça pour dire que ce n’est pas une raison pour bouder son plaisir… à condition d’accomplir le deuil nécessaire. Aujourd’hui j’ai passé un bon moment, mais rien ne remplacera jamais LA trilogie originelle. Lucas peut dormir sur ses deux oreilles…

 

EDIT : j’ai oublié de parler de bande-originale, ce qui n’est guère étonnant étant donné qu’elle ne m’a pas marqué… C’est très rare que je sois déçu par John Williams, qui s’est surtout contenté d’utiliser d’anciens thèmes, alors qu’il avait composé des partitions magnifiques pour la Menace Fantôme (« Duel of the fate ») et les épisodes II et III. À croire que ce septième opus ne l’a pas spécialement inspiré…

 

Published in: on décembre 16, 2015 at 4:35  Comments (41)  
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Seul sur Mars – le film

Ca y est, je l’ai enfin vu ! Ceux qui me connaissent un peu le savent, je voue un véritable culte au roman d’Andy Weir. Aux Imaginales, Stéphane Marsan m’avait dit que le livre était tellement génial que Ridley Scott ne pouvait pas se planter. La question ne cessait de me hanter ces derniers mois : était-ce le Ridley Scott inspiré de Blade Runner, Alien et Gladiator qu’on allait retrouver aux commandes de cette adaptation, ou bien le cinéaste décevant de Prometheus et Cartel ? Qui pour interpréter le rôle de Mark Watney ?

C’est avec un mélange de crainte et d’impatience que j’ai découvert les premières images de Seul sur Mars. Dès les premières minutes, mon appréhension s’est envolée : la photographie est tout simplement splendide, grâce au magnifique travail de Dariusz Wolski (The Crow, Dark City). Bien sûr, on ne peut occulter quelques petites erreurs : oui, une tempête martienne devrait être dix fois plus puissante que sur Terre pour amener la même énergie, oui la pesanteur devrait être un tiers de celle de la Terre… mais on aurait tort de bouder son plaisir, tant Matt Damon est parfait : il n’est pas seulement un bon choix de casting, il porte littéralement le long-métrage sur ses épaules. Pour ceux qui avaient lu ma critique du bouquin, j’avais écrit à l’époque :

Seul bémol, j’ai regretté que le protagoniste principal ne confie pas plus ses sentiments dans son journal de bord, notamment dans les moments de découragement. À mon sens, un peu de mélo n’aurait pas fait de mal, même si un astronaute est par définition un surhomme peu enclin à se plaindre.

Eh bien Matt Damon EST ce supplément d’âme ! Sans tomber dans le larmoyant, il amène énormément de sensibilité à cette fabuleuse odyssée, tout en conservant l’humour de son personnage. Ridley Scott se permet même de rajouter un épilogue absent du livre qui est bienvenu (je trouve la fin du roman un peu abrupte). Bien sûr, qui dit adaptation dit coupures nécessaires : la sous-intrigue avec la tempête de sable est absente, et parfois l’histoire est un peu simplifiée. Mais ce que l’on perd en subtilité, on le gagne indéniablement en émotion avec notamment l’exploration des magnifiques paysages jordaniens, pardon, martiens, et la musique de Harry Gregson-Williams. Les passages contemplatifs sont mes préférés : comme l’explique Mark Watney, il est le premier être humain à gravir la moindre colline… Ce qui m’a également plu, c’est le fait que la base et le véhicule deviennent des lieux de vie dont il est difficile de se détacher, affectivement parlant.

Si la lecture du best-seller est incontournable, pour ne pas dire indispensable, on ne peut que se réjouir de la réussite de cette adaptation, qui amène beaucoup de fraicheur à la Science-Fiction. Après tant de dystopies sinistres, cela fait un bien fou de découvrir un film aussi positif, entre Mac GyverSeul au Monde et Apollo 13.

En espérant que ce succès relance la carrière de Ridley Scott pour de bon…

Published in: on octobre 24, 2015 at 8:53  Comments (17)  
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Ex Machina

Cette année, j’ai failli passer à côté d’un film hors normes. « Hors normes », parce qu’un fan de Science-Fiction n’a pas tous les jours la chance de découvrir un tel bijou. Réalisé par le scénariste et écrivain Alex Garland, auteur de la Plage, 28 jours plus tard, SunshineNever let me go et DreadEx Machina intrigue dès les premières minutes grâce à un pitch accrocheur.

Un jeune informaticien gagne lors d’une loterie électronique le droit de se rendre en Alaska pour travailler sur un projet top secret avec Nathan, le patron de Bluebook, une multinationale transhumaniste qui ressemble fortement à Google.

En quelques plans hallucinants, le cinéaste impose une narration visuelle parfaitement maitrisée : la blancheur du glacier survolé en hélicoptère, la pâleur du héros… L’idée de pureté est suggérée avec élégance à travers le point de vue de Caleb (Domhnall Gleeson, virginal), un informaticien candide du XXIe siècle. Dans ce film, rien n’est laissé au hasard, preuve en est avec la rencontre entre Caleb et Nathan, joué par un Oscar Isaac impressionnant, en train de boxer un punching-ball. Dans cette séquence, le réalisateur dynamite complètement le film de genre avec deux personnalités que tout oppose. Fini l’informaticien boutonneux asocial, place au démiurge : Nathan est moins un scientifique qu’une sorte de colonel Kurtz échappé d’Apocalypse Now. Un être complexe, dionysiaque, terrifiant, qui règne en maître sur un Eden cybernétique aussi aseptisé qu’oppressant.

« On a passé dans ces murs assez de câbles et de fibres optiques pour atteindre la Lune et la prendre au lasso »

Pour renforcer cette impression, le réalisateur filme le laboratoire en utilisant de lents travellings qui ne sont pas sans rappeler Alien.

Mais dire que la photographie de Ex-Machina a l’élégance de l’oeuvre de Ridley Scott est presque insultant pour Ex Machina, tant ce film se détache sensiblement de cette référence pour imposer sa propre iconographie et une mise en scène vertigineuse. Pratiquement chaque plan est une claque visuelle à couper le souffle ! Ainsi, au début du film, Caleb discute avec Ava (Alicia Vikander, charismatique), une intelligence artificielle. Ils sont séparés par une vitre, ce qui donne l’impression qu’Ava est la créature d’un zoo. Mais à mesure que l’intrigue progresse, le point de vue de la caméra change jusqu’à donner l’impression inverse : c’est Caleb qui est désormais sur la défensive. Qui est manipulé ? Cette question est le coeur de l’intrigue. Avec une maestria digne d’un Brian De Palma, le réalisateur joue avec les points de vue. Il transforme le spectateur en voyeur tout en faisant voler en éclats le cliché du triangle amoureux. C’est une partie d’échecs à trois qui se joue, dans une ambiance épurée, lourde… avec des dialogues parfois décalés entre Nathan et Caleb pour évacuer un peu de tension.

– « Qui c’est qu’on appelle ? »
– Euh, je sais pas. Personne en fait.
– « Ghostbuster ».
– Pardon ?
– « Qui c’est qu’on appelle, Ghostbuster »… C’est… c’est un film, mon vieux. Tu connais pas ce film ? Il y a un fantôme qui fait une gâterie à Dan Akroyd.

En se reposant sur deux protagonistes ordinaires, le réalisateur ne tombe jamais dans le manichéisme inhérent à la question de l’Intelligence Artificielle. Comme dans Her, l’Homme contre la machine devient une thématique secondaire. Alex Garland évite habilement ce cliché pour aborder frontalement des questions fascinantes. Le langage, l’inné, l’acquis, la conscience, l’Art, le libre arbitre, l’humour, le sexe, la réalité, l’éthique, l’empathie… Le test de Turing qui se déroule dans le film nourrit des débats philosophiques qui donnent le vertige. Ce malaise est renforcé par l’interprétation remarquable d’Alicia Vikander, ainsi qu’une bande originale désenchantée. En essayant d’imaginer une intelligence forte, le réalisateur dépeint une conscience différente de la nôtre, emprisonnée dans un corps de silicium. Le deus ex machina, le dieu dans la machine, est aussi celui qui s’affranchit de l’Homme dans cette (cyber) controverse de Valladolid : après les Indiens d’Amérique, les robots ont-ils une âme ?

On assiste à une relecture de l’allégorie de la caverne de Platon : si une I.A. accédait à de vraies perceptions, à des sensations, pourrait-elle devenir consciente ? « Si la machine que tu as créée a une conscience, ce n’est plus l’histoire de l’Homme, là c’est l’Histoire des dieux ! » s’exclame Caleb. Viennent alors des questions encore plus complexes : parler de Bien et de Mal a-t-il encore un sens lorsqu’on parle de singularité technologique ? Ces concepts moraux ne sont-ils pas relatifs, voir caduques, à l’échelle de l’Évolution ? Il y a un peu de Ghost in the shell dans Ex Machina, une révolution copernicienne qui désacralise l’Homme. Et si c’était l’Humanité qui échouait au test de Turing ?

« Viendra le temps où les I.A nous considérerons comme nous regardons les squelettes fossiles des plaines de l’Afrique. Des singes se tenant debout, vivants dans la poussière, au langage et aux outils sommaires, fins prêts pour l’extinction. »

En choisissant de tourner un huit clos anti-spectaculaire, le réalisateur se repose sur un scénario brillant qui n’a guère besoin de scènes d’action effrénées. Si Cloud Atlas était une référence en matière d’émotion, le nouveau de film d’Alex Garland possède la froideur intellectuelle d’un Kubrick, avec ce que cela implique de génie, et rentre dans le cercle très fermé des chefs d’oeuvre de la SF. Réflexion transhumaniste sur l’intelligence artificielle, ce long-métrage est l’incroyable synthèse de cinquante ans de cinéma de genre, dans la lignée de 2001, Tron, War Games et I.A.

Les années 80 ont été marquées par la noirceur esthétique de Blade Runner, les années 2010 seront illuminées par l’éclat d’un nouveau diamant.

Un diamant appellé Ex Machina.

PS : une fois encore, la bande-annonce qui révèle tout est à éviter…

Published in: on août 27, 2015 at 12:44  Comments (12)  
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Pourquoi je n’aime pas Mad Max Fury Road

« Joe le taxi, c’est sa vie »

Il est rare que j’écrive des articles à charge contre un film. J’ai déjà laissé pas mal de commentaires sur ce long-métrage que la plupart d’entre vous ont adoré. Après avoir pris un peu de recul, je ne réalise seulement que maintenant à quel point George Miller m’a déçu. J’ai beaucoup réfléchi avant de rédiger ce billet. Je voulais éviter de troller sous le coup de l’émotion, être le plus pertinent possible, surtout après un succès critique aussi dithyrambique : à ma grande surprise, les journalistes ont encensé cette oeuvre dans des articles tous plus élogieux les uns que les autres. Je suis peut-être sûrement à côté de la plaque, mais comme toujours, ce billet cathartique n’engage que moi.

Je reconnais volontiers que cette oeuvre a des qualités esthétiques : les poursuites en voitures sont rythmées, la chorégraphie des combats est travaillée, les véhicules sont impressionnants… Pourtant, jamais je n’ai réussi à rentrer dans ce film, moi, l’enfant des années 80 qui a grandi avec George Miller, un comble. Après le succès de Braveheart, j’ai vainement espéré un quatrième opus avec Mel Gibson. Quand j’ai appris qu’un reboot de Mad Max allait voir le jour avec un nouvel acteur, j’avoue avoir été un peu consterné, jusqu’au moment où la bande-annonce m’a paru prometteuse. Impatient, je suis allé au cinéma…

Les vingt premières minutes furent une douche froide.

Vingt minutes, c’est le temps qu’a mis George Miller pour tuer son propre mythe. Premier crime capital : avoir choisi une voix off lourdingue pour raconter le passé de Max, au lieu de faire vivre ce drame crucial au spectateur, l’impliquer. Le réalisateur australien utilise par la suite de misérables flashbacks dans un montage épileptique hideux… et c’est tout. On n’en saura pas plus sur le trauma de l’ancien policier. Du coup, jamais Tom Hardy n’est en mesure de transmettre de l’émotion, la faute à des scénaristes incapables de caractériser son personnage et ses enjeux. Second crime capital, encore plus grave : ridiculiser Max. Attaché au capot d’une voiture, cette image pathétique flingue complètement son charisme et sa crédibilité.

« Em-me-nez-moi, au bout de la terre, emmenez-moi au pays des merveilles, Il me semble que la misère, serait moins pénible au soleil »

Pendant le reste de l’intrigue, il demeure un personnage secondaire, burlesque au possible, dont je me désintéresse totalement. Les défenseurs du long-métrage diront que le vrai protagoniste principal est Furiosa…. et ils auront raison. Je suis prêt à le reconnaître, l’interprétation de Charlize Theron est une réussite. Hélas, le film n’en est que plus déséquilibré. Quitte à se reposer sur un personnage charismatique, pourquoi ne pas avoir lancé une nouvelle franchise basée sur cette rebelle et assumer jusqu’au bout un discours qui se veut féministe ? Dans une oeuvre bicéphale telle que Fury Road, difficile de s’attacher à Max ou Furiosa, des personnages aux objectifs flous qui se cannibalisent constamment : l’intrigue est si mince qu’il n’y a pas de place pour deux antihéros. En choisissant de ne pas choisir, le cinéaste australien les affaiblit. Plus le film avance, plus la comparaison avec la trilogie originelle devient cruelle.

Le premier Mad Max est l’histoire d’une vengeance, un drame aux antipodes du manichéisme de Fury Road, suscitant le malaise. Dans ce volet, on assiste à la descente aux enfers d’un policier qui se métamorphose en ange exterminateur. Comment oublier le regard bouleversant de Mel Gibson ? La mort de sa femme et de son fils ?

La femme de Max tente de fuir une bande de motards…


… Le meurtre se déroule hors champ. On ne voit que les chaussures du bébé rouler sur le bitume. Ce qui rend la séquence d’autant plus dérangeante.

Dans une scène qui a marqué au fer rouge toute une génération de cinéphiles, Max attache l’un des meurtriers à une voiture sur le point d’exploser. L’assassin a le choix entre tenter de scier la paire de menottes en acier en dix minutes, ou se sectionner rapidement la cheville…

La force de ce grand moment de cinéma, c’est de laisser la violence hors champ. On entend juste une explosion, il n’y a pas une seule goutte de sang. On ne saura jamais quel a été le choix de l’assassin, mais en imaginant ses derniers moments, le malaise est décuplé. La victime qu’est Max se transforme en bourreau psychotique. Dans Fury Road, jamais je n’ai été choqué par une séquence, un climax, ou impressionné par la mise en scène.

Le deuxième volet, outrancier, est a priori radicalement différent. Une ambiance post-apocalyptique, des combats épiques… En dépit des apparences, cette suite est pourtant bien plus qu’un film d’action, elle est dans la continuité de l’opus précédent. Max n’est plus qu’une loque humaine, un chien sauvage qui se méfie des hommes qui l’ont meurtri.

Mad Max II et son épilogue surprenant

Le convoi qu’il escorte constituera sa rédemption. Dans un final absolument incroyable, on découvre que le camion citerne transporte non pas de l’essence, mais du sable. Des personnages aux spectateurs, tout le monde a été mené en bateau, le convoi n’était qu’un prétexte pour rassembler les derniers représentants de la civilisation. La conclusion de Mad Max II est une belle leçon d’écriture, avec un climax hallucinant de vacuité, assumé comme tel. Dans Fury Road, la fin ne m’inspire aucune émotion, aucune surprise. J’ai assisté au périple de personnages qui vont d’un point A à un point B, avant de revenir à leur position initiale sans avoir changé.

Le troisième volet est le moins populaire parce qu’il s’agit d’un film d’aventure familial. En aidant les enfants sauvages d’une tribu pratiquant le culte du cargo, Max sauve son humanité, mais se retrouve condamné à errer dans le désert, tel un Moïse des temps modernes. L’épilogue, mélancolique, laisse entendre qu’il finira sa vie en ermite. Les enfants qu’il a sauvés bâtiront un monde nouveau et leurs descendants célébreront, bien après la mort de Max, sa mémoire.

La fin de Mad Max III

La fin biblique de Mad Max III

Qu’on aime ou qu’on déteste cette conclusion, force est de constater que tout au long de cette trilogie le personnage principal est émouvant, grâce à un Mel Gibson extraordinaire de justesse. Les êtres grotesques que rencontre Max sont surtout là pour alimenter son conflit moral : comment ne pas devenir un monstre quand on doit survivre dans un univers où règne la loi du plus fort ? Dans Fury Road, les antagonistes ne sont pas seulement grotesques, ils sont également ridicules. Si le guitariste au lance-flammes est une idée décalée que j’apprécie, que dire d’Immortam Joe ?

Le Hellfest, ça devient vraiment n’importe quoi

Difficile de prendre au sérieux son masque de Skeletor en plastique, tout droit sorti d’un mauvais épisode des Maître de l’Univers. Il est clairement un Darth Vader du pauvre qui n’inspire aucune crainte. Pour tout vous dire, ce papy me fait de la peine quand il tente de courir avec son armure sur le dos… Alors que les punks de Mad Max II violent des innocents avant de les assassiner à l’arbalète et manient l’humour noir (cf. la mythique scène du boomerang), les stupides warboys et warlords de Fury Road font rire à leurs dépens, constamment trahis par des dialogues involontairement drôles. On ignore si on est dans une série Z ou un épisode mal doublé de Ken le Survivant. Sans méchants à la hauteur, ce long-métrage vain tombe complètement à plat : le fils d’Immortam Joe boit du lait maternel dans une séquence parodique digne d’une publicité TF1 pour les produits laitiers.

Du coup, on ne sait comment prendre les moments censés être graves, lorsque le cinéaste enfonce les portes ouvertes dans des messages politico-philosophiques d’une platitude extrême : l’esclavage sexuel, c’est pas bien, détruire la nature, c’est mal. Euh… on parle bien d’un film subversif éloigné des clichés manichéens ? Parce que là, je ne vois rien absolument rien de féroce de la part de ce réalisateur qui a saccagé le désert namibien. Pire, si j’étais une femme, je me sentirais insultée par ce film qui exploite des sujets sérieux (« our babies will not be warlords », « who kill the world ? », « we are not things » clament des graffitis) pour se donner bonne conscience, un porno soft fétichiste qui fait jouir les amateurs de grosses cylindrées bruyantes. Ce Mad Max est au mieux un plaisir coupable inoffensif, consensuel (héroïsme, culte de la vitesse, jolies filles dénudées, tout y est), qui caresse dans le sens du poil le spectateur, le MacDonald’s du post apocalyptique : on bouffe de la merde en sachant très bien que ces jeux du cirque à la gloire du courant futuriste sont à des années lumières d’oeuvres comme la Route, les Fils de l’Homme ou même le méconnu Livre d’Eli.

Fury Road est un long-métrage que j’aurais vraiment aimé adorer. Malheureusement, il est la synthèse de tout ce qui m’irrite dans Hollywood, à savoir l’obsession du remake/reboot/suite ad nauseam. Au lieu de consacrer un film à Furiosa, George Miller a choisi la facilité et le compromis pour rentrer dans le rang, comme Peter Jackson avant lui. Pour obtenir 100 millions de budget, le cinéaste a sacrifié sur l’autel du divertissement l’émotion et la subversion, tout ce qui faisait l’âme de la trilogje.

En 1985, on visionnait un Mad Max avec un gout de sang et de bitume dans la bouche. En 2015, Fury Road n’est à mes yeux qu’un blockbuster de plus, qui ne m’inspire rien…

Mel Gibson for ever !

EDIT : en bonus, le trailer honnête de Mad Max Fury Road…

Published in: on août 21, 2015 at 9:50  Comments (34)  
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