Rogue One

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L’année dernière, j’ai vécu un véritable traumatisme cinématographique avec Star Wars VII. Passé le plaisir éphémère de retrouver Han Solo et Chewbacca, la déception l’a définitivement emporté. Je m’étais juré de ne plus visionner de nouveaux Star Wars, y compris ce Rogue One, un spin-off, véritable OVNI dans l’univers créé par George Lucas. Devant l’insistance d’un ami, j’ai décidé d’accorder une chance à ce long-métrage, le premier Star Wars à ne pas faire partie d’une série. C’est d’autant plus surprenant que le film commence in media res, sans le traditionnel générique ! Passé ce sentiment bizarre de ne pas être devant un Star Wars habituel, s’installe peu à peu une certaine euphorie, avec cette impression de sortir pour de bon des sentiers battus. L’ambiance est beaucoup plus sombre, avec des membres de l’Alliance Rebelle capables… d’assassinats. Oui, vous avez bien lu ! On avait plus vu ça depuis l’épisode IV, avec la scène mythique de Solo et Greedo. Décidément, ce n’est pas un Star Wars habituel… et c’est justement cette originalité qui lui permet de s’affranchir de la saga originelle sans pour autant trahir son esprit. L’auteur de Rogue One a conscience que la génération années 80 a grandi et il en prend acte : en optant pour un film de guerre façon 12 salopards, Gareth Edwards a tout simplement créé les plus beaux personnages qu’on ait vu depuis la trilogie classique, mention spéciale à Chirrut Îmwe, un guerrier aveugle qui croit en la Force.

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Je pense aussi à K2O, le robot volé à l’Empire, d’un cynisme délicieux.

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Aux côtés de ces héros attachants, j’ai retrouvé les parties de jeu de rôle de mon adolescence, quand avec mes amis nous jouions à des scénarios un poil plus matures que ceux imaginés par George Lucas…

Le fan service est présent avec de nombreux clins d’oeil qui donnent le frisson, mais là où J.J. Abrams en abusait dans Star Wars VII, Gareth Edwards fait preuve de parcimonie, prenant bien soin d’introduire doucement mais sûrement l’épisode IV.  À ce titre, les dernières minutes du film sont d’une sauvagerie rarement atteinte dans la saga.

Bien sûr, j’ai regretté la musique de John Williams (même si le célèbre compositeur m’a profondément déçu sur l’épisode VII, vraiment. Mais bon, il s’en remettra), et je trouve le casque de Vader moins beau que dans les autres volets, mais ce ne sont que des broutilles tant la bataille finale m’a transporté, une synthèse épique du Retour du Jedi et de l’Empire Contre Attaque, avec de vraies maquettes ! Et beaucoup d’émotion.

Au final, Rogue One est infiniment plus rafraîchissant, novateur et courageux que le Réveil de la Force, ne serait-ce que pour ces planètes captivantes, au point où j’ai eu envie de partir visiter Jedha. On découvre des aliens vraiment exotiques (la créature ophidienne qui torture psychiquement Bodhi m’a révulsé, berk !) quelques « nouveaux » chasseurs de l’Alliance Rebelle, ainsi que des informations cruciales sur le fonctionnement d’un sabre laser (mais pas que…). Au-delà de ce background extrêmement riche, c’est surtout la philosophie de la Force qui m’a touché : à dix mille années-lumières des midi-chloriens de George Lucas, et des incohérences de J.J. Abrams, Gareth Edwards montre avec subtilité comment l’antique religion Jedi est vécue au quotidien par les habitants de cette galaxie très lointaine.

Lorsque les lumières se sont rallumées dans la salle, je n’ai pas pu m’empêcher de ressentir un peu d’amertume en repensant à ce qu’aurait pu être le Réveil de la Force. La comparaison est d’autant plus cruelle que la nouvelle trilogie, à mon sens partie sur de mauvaises bases, va traîner comme un boulet cet épisode VII qui n’arrive pas à la cheville de l’œuvre jubilatoire de Gareth Edwards.

Rogue One plus fort que le Réveil de la Force, faut-il s’en réjouir ou s’en lamenter ? J’avoue ne pas avoir la réponse et au fond, peu importe…

« Bravo Rogue One » !

Published in: on décembre 21, 2016 at 8:54  Comments (26)  
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Premier Contact (attention, de petites révélations)

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Douze vaisseaux extraterrestres arrivent à différents endroits du globe. L’armée américaine charge la linguiste Louise Banks d’établir dans l’urgence un premier contact avec cette civilisation inconnue. 

J’ai découvert Denis Villeneuve avec Prisoners, un film qui m’avait impressionné de part son scénario labyrinthique, et sa photographie léchée à la David Fincher. Trois ans plus tard, l’auteur de Sicario revient avec un long-métrage extrêmement ambitieux du fait que son thème, la rencontre entre l’Humanité et une civilisation extra-terrestre a été maintes fois racontée au cinéma. Qu’est-ce qu’un jeune cinéaste pouvait bien amener de plus ?

La réponse : intelligence et sensibilité. Intelligence car le réalisateur canadien va à contre-courant de 90% des films de Science-Fiction. Là où Michael Bay livrerait dès les premières minutes des plans spectaculaires d’un véhicule extra-terrestre se posant sur Terre, Villeneuve préfère au contraire donner le point de vue d’une professeur d’université (Amy Adams, parfaite) qui ne réalise pas tout de suite que l’Humanité vit un événement majeur. Ce qui n’empêche pas des images d’une beauté à couper le souffle, mention spéciale aux vaisseaux aliens.

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Sensibilité car le protagoniste féminin apporte un supplément d’âme extraordinaire dans le film, de part son histoire dramatique. Au départ linguiste complètement dépassée par les événements, elle va peu à peu oublier la terreur qu’elle ressent pour tenter de percer le mystère du langage de ces mystérieux visiteurs. Là où le film est tout bonnement révolutionnaire, c’est qu’il n’y a quasiment pas d’action !  Il faut saluer le travail effectué sur la musique, aussi déroutante qu’inquiétante, composée par l’artiste finlandais Jóhann Jóhannsson, ainsi que sur les effets sonores, anxiogènes à souhait. En privilégiant la tension aux explosions, Denis Villeneuve donne une leçon d’écriture à la plupart des réalisateurs actuels avec une ambiance absolument étouffante. Ici l’arme ultime n’est rien d’autre que… le langage. Le langage permet bien entendu de connaître les motivations de ces extra-terrestres, mais il prend également un sens métaphorique tout particulier dans un monde où les pays ne communiquent plus entre eux. À l’heure où les grandes puissances industrialisées sont incapables de ramener la paix en Syrie, et où fleurissent populismes et théories du complot, Premier Contact est un thriller linguistique dans l’air du temps, avec une atmosphère pessimiste, mais aussi un message porteur d’espoir.

Entre le mysticisme du Contact de Robert Zemeckis, l’humanisme du Rencontre du Troisième Type de Steven Spielberg, et la poésie du Monsters de Gareth Edwards, le thriller de Denis Villeneuve n’oublie jamais d’être intimiste, avec une dimension universelle émouvante. À ce titre j’ai apprecié que le film se termine comme il commence, à la façon des grandes histoires. Toujours ce même labyrinthe que le cinéaste canadien affectionne tant, mais avec un twist final bouleversant qui prend aux tripes.

Après une decennie folle parsemée de joyaux SF tels que Avatar, District 9Gravity et autre Cloud Atlas, on ne peut que rendre les armes devant la classe de ce Premier Contact qui marquera d’une pierre blanche le Septième Art. Du coeur et de l’esprit, cela faisait très longtemps qu’on avait pas vu ça au cinéma, mais que pouvait-on attendre d’autre quand on sait que ce long-métrage, basé sur une nouvelle de Ted Chiang, a été produit par les créateurs de Stranger Things ?

P.S. : Jamais je n’aurais pensé écrire cela, mais pour la toute première fois j’envisage la possibilité que la suite de Blade Runner, la future œuvre de Villeneuve, ne soit pas la catastrophe annoncée. Si le canadien fait preuve d’autant de sincérité que sur Premier Contact, son prochain long-métrage pourrait bien le consacrer comme l’un des plus grands cinéastes des années 2010.

 

Published in: on décembre 10, 2016 at 9:41  Comments (20)  
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Previously on L’Escroc-Griffe…

… Je suis invité à dédicacer au Cultura de Terville, alors que j’ai une grippe carabinée.

La veille Damien, qui travaille au magasin, me demande si je suis sûr de vouloir venir… de 09h00 à 19h00 alors que généralement les auteurs se déplacent seulement pour l’après-midi. J’insiste et pour cause : j’ai prévu de passer la journée en « mode guérilla », comprendre « je mange un sandwich derrière mon stand entre midi et deux et le reste du temps je dédicace ».

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Comment je m’imagine en mode guérilla

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Le mode guérilla

Ma femme Anne-Lorraine me demande si c’est pertinent d’y aller si tôt mais je persiste et signe. Affrontant un temps glacial digne de Game of Thrones les premiers frimas de l’hiver, je me rends au Cultura. Le souci, c’est qu’en fin de matinée j’ai l’estomac qui grogne et je commence à regretter mon idée géniale de sandwich froid en décembre. Tourmenté par le remord, je demande par SMS à Anne-Lorraine si elle ne veut pas se faire un bon gueuleton restaurant , et là, la réponse que je craignais tombe comme un couperet : c’est trop tard. Et c’est à ce moment précis que je réalise que je n’ai pas pris d’argent avec moi. Je me retrouve donc :

– le ventre vide
– seul telle une âme en peine
– le ventre vide
– avec le froid comme mitaine
– le ventre vide

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Je peux vous assurer que la séquence de fin de Platoon, c’est de la gnognote comparé au drame alimentaire que j’ai vécu samedi

Bon, la bonne nouvelle, c’est que dès 09h00… il y avait un monde fou digne d’un salon, Noël approchant à grand pas. Et ça n’a pas arrêté jusqu’à 19h00, à croire que les dieux de la dédicace étaient avec moi ! J’ai donc bu deux litres de café pour me réchauffer, et signé plein d’intégrales comme si j’étais à un festival ! Bien sûr, je suis toujours content quand des proches viennent acheter un livre (d’ailleurs merci Romain, merci Pascaline, merci Mélissa), mais là il s’agissait à 90% d’inconnus, signe que la promo de Bragelonne a bien fonctionné. Au milieu de la journée, j’ai même vécu un moment d’émotion : une personne s’arrête devant mon stand, téléphone à sa copine, et lui dit « le tome 3 des pirates de l’Escroc-Griffe est sorti, tu le veux » ? Il m’explique ensuite qu’elle est fan… J’en avais presque les larmes aux yeux !

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Je sais que ça peut paraître risible comme réaction, mais pourtant il m’arrive souvent de demander à un lecteur « comment avez-vous découvert mon bouquin ? », « vous êtes sûr qu’on ne se connait pas ? ». En fait je suis tellement  incrédule devant le succès des pirates que lors de ma toute première dédicace, je craignais que mes proches ne payent des inconnus pour acheter mes livres… Fort heureusement je suis aujourd’hui moins cinglé beaucoup plus serein qu’à mes débuts d’auteur, d’autant plus que durant cette même journée, j’ai appris que mon intégrale était 39e meilleure vente FNAC SF Fantasy, preuve que la couverture fonctionne (et que tous les exemplaires n’ont pas été uniquement achetés par ma famille et mes amis…).

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Les Pirates dans le classement « Meilleures ventes Fantasy-SF-FNAC » de samedi, en bonne compagnie

Je sais que c’est triste d’en revenir toujours à la couverture, mais dans le monde impitoyable du livre, une illustration pas terrible peut signer l’arrêt de mort d’un ouvrage dès sa sortie, hélas…

Ah oui, j’oubliais. J’ai fait également une rencontre improbable : pendant que je dédicace leur livre, un jeune couple très sympa me demande où j’habite. Je réponds « Hettange-Grande, « . « Ah c’est marrant, nous aussi ! » Je donne le nom de ma rue, stupeur…

– Attendez… C’est vous qui avez un chat blanc perché sur la fenêtre qui passe sa journée à surveiller le quartier ?

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Heidi, le chat persan qui surveille… TOUT

– Oui…
– Et c’est même vous qui nous avez aidé cet été à chasser des Pokémon dans la rue !
Bien sûr, tout était vrai. Ils habitent en face de chez moi ! Incroyable, non ?

Au final, malgré la faim, le froid et la grippe, j’ai passé une magnifique journée, en grande partie grâce à l’équipe attentionnée du Cultura de Terville que je remercie chaleureusement pour son accueil (et son café !). Vivement la prochaine dédicace !

PS : cet article fatigué a été écrit sous caféine, merci pour votre compréhension

Published in: on décembre 4, 2016 at 6:19  Comments (12)  
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Photos de la bête et autres nouvelles

On m’a demandé pourquoi je n’avais pas mis de photos de l’intégrale, je corrige de ce pas cet oubli.

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Je voulais aussi vous dire qu’hier, le livre est entré dans le top 100 FNAC des meilleures ventes SF-Fantasy !

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Une bonne nouvelle qui va m’aider à  me remettre sur pied après avoir été cloué au lit par la grippe jeudi. Je n’ai pas le choix : samedi, je doit être d’attaque pour une séance de dédicace au Cultura Terville, de 09h00 à 19h00. Je vais peut-être mettre un masque japonais pour éviter de contaminer mes lecteurs…

Published in: on décembre 2, 2016 at 12:49  Comments (9)  

Joie intégrale

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Ça y est, le jour J est arrivé !

Même si les trois tomes ont déjà été publiés, c’est presque une nouvelle aventure qui commence pour cette édition intégrale des pirates de l’Escroc-Griffe. Pour la petite histoire, je l’ai reçue dans ma boite aux lettres hier, la couverture est encore plus jolie en vrai. À l’heure où j’écris ces lignes, le livre est en rayon dans de nombreuses FNAC de la région parisienne (les Ternes, Montparnasse, Saint-Lazare, la Défense…), Bordeaux, Lyon, Clermont-Ferrand, Montpellier, Grenoble… ainsi que dans la quasi-totalité des Cultura de l’Hexagone, sans parler bien sûr des librairies traditionnelles. Cela me touche énormément de savoir que mon bouquin est désormais facilement disponible aux quatre coins de la France, quel privilège… De quoi me motiver pour écrire mon nouveau roman !

Un immense merci à tous les lecteurs qui ont embarqué sur L’Escroc-Griffe dès la publication dans la collection Snark. Sans vous, jamais il n’y aurait eu d’intégrale…

Merci du fond du cœur les amis !

Published in: on décembre 1, 2016 at 8:57  Comments (12)  
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Joe Dever nous a quitté

 

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Ce soir je suis très triste, et je ne pouvais me coucher sans rendre un dernier hommage à Joe Dever.

Pour les plus jeunes d’entre vous, ce nom ne dira sans doute rien, mais pour ma part c’est un écrivain qui a beaucoup compté. Enfant, l’un des premiers romans que j’ai lus était les Grottes de Kalte, un bouquin de la collection Loup Solitaire. Dans les années 80, les consoles de jeux n’avaient pas la place qu’elles occupaient dans les années 90, et le Web n’existait pas, du coup on s’évadait dans des univers imaginaires avec les fameux livres dont vous êtes le héros. Bien plus tard, les Grottes de Kalte ont largement inspiré les paysages glacés de mon tome 3.

Adieu Joe, et merci de nous avoir fait tant rêver.

Published in: on novembre 30, 2016 at 6:49  Comments (12)  

Arès

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Dans un futur proche, l’ordre mondial a changé. Avec ses 10 millions de chômeurs, la France fait désormais partie des pays pauvres. La population oscille entre révolte et résignation et trouve un exutoire dans des combats télévisés ultra violents où les participants sont dopés en toute légalité et où tous les coups sont permis. Reda, dit Arès, est un ancien combattant qui vit de petits boulots de gros bras pour la police. Tout va changer lorsque sa soeur se fait arrêter et qu’il doit tout mettre en oeuvre pour les sauver : elle et ses filles.

Pour de stupides raisons culturelles, produire un film de SF en France est habituellement un pari quasi-impossible, il n’y a qu’à voir depuis (l’excellent) le Prix du danger combien les échecs commerciaux et/ou artistiques sont légion. C’est donc avec une grande curiosité, et un peu d’espoir, que je suis allé voir cet OVNI cinématographique. OVNI car Arès relève plus de l’anticipation que de la Science-Fiction, l’action se déroulant dans une France dominée par les multinationales. Un sujet dans l’ère du temps tant j’ai l’impression que le Parti Socialiste et les Républicains nous proposent de choisir entre un projet de société libéral… ou ultra-libéral. Fort de ce constat déprimant, le réalisateur pousse cette logique à l’extrême et imagine un futur sombre. Chaque citoyen est libre de disposer de son corps et de servir de cobaye, avec toutes les dérives que cela comporte. Le cinéaste distille tout au long de son film un humour noir qui n’est pas sans rappeler celui de Robocop. Ainsi, dans l’émission trash 1000 euros pour un chômeur, des demandeurs d’emploi gagnent de l’argent s’ils arrivent à vaincre des boxeurs professionnels !

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Le dopage est complètement rentré dans les moeurs, ainsi que les combats no limit et la télé-réalité la plus crasse, conférant à cet univers désespéré un parfum cyberpunk qui évoque le RanXerox de mon enfance, la cybernétique en moins, mais les personnages déjantés en plus.

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Crise oblige, ce monde low tech est d’une laideur sans nom, ce qui le rend d’autant plus crédible. Il faut saluer à ce niveau l’incroyable photographie et les effets spéciaux numériques, qui transforment Paris en un gigantesque squat qui donne froid dans le dos. Imaginez la jungle de Calais autour de la Tour Eiffel.

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L’équipe de tournage n’a pas hésité à partir en Chine ainsi qu’à Kiev pour effectuer des prises de rue et créer une capitale cauchemardesque, le tout pour un budget total de seulement 4 millions d’euros. C’est d’autant plus hallucinant que le film n’a pas été tourné, comme tant d’autres, en Europe de l’Est. Le résultat à l’écran est vraiment impressionnant, avec notamment des tours d’ivoire qui contrastent avec le Paris misérable au cœur d’Arès.

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Le casting n’est pas en reste, les comédiens sont excellents. Mention spéciale au personnage de Myosotis, artiste transformiste du Net !

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Faux film d’action, mais vraie satire au vitriol du libéralisme dans ce qu’il a de plus outrancier, Arès est une oeuvre inclassable qui aurait mérité une durée plus longue histoire de développer son propos. Une oeuvre imparfaite mais généreuse, qui prouve qu’en France aussi, des cinéastes de talent savent réaliser de la bonne SF façon Paul Verhoeven. En espérant que le film soit bien accueilli, et qu’il permette l’émergence d’un authentique cinéma de genre, qui plus est engagé. Avec les sinistres élections présidentielles qui s’annoncent, on en a cruellement besoin.

PS : à signaler, Info 34, le (délirant) site officiel du film.

« Le dernier média d’information et d’actualité encore libre et indépendant en France. »
Où l’on apprend que le tour de France 2036 passera par… Vilnius, en Ukraine !

Et le compte Twitter, tout aussi drôle : @Info34France

Published in: on novembre 29, 2016 at 7:25  Comments (8)  
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Les Animaux Fantastiques

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Avant de donner sa chance à ce film, je ne me faisais guère d’illusions sur les Animaux Fantastiques car, d’une part, je ne suis pas trop fan de David Yates. Je trouve que les meilleurs Harry Potter sont les trois premiers, surtout Azkaban, un vrai petit bijou d’Alfonso Cuarón. Passé ce troisième chapitre, pour moi la mise en scène des derniers volets s’appauvrit. D’autre part, je redoutais ce que j’appelle le syndrome Star Wars, à savoir la pratique qui consiste à gagner le plus d’argent possible en usant jusqu’à la corde une franchise mythique.

C’est pour cette raison que je suis allé voir les Animaux Fantastiques l’esprit vierge, sans visionner auparavant la bande-annonce, le fléau du XXI siècle. J’avoue avoir de suite frissonné en entendant les premières notes du fameux thème musical de John Williams. Passé des scènes d’exposition assez lentes, j’ai peu à peu été happé par ce long-métrage, je n’avais jamais vu ça sur un grand écran. Imaginez un film historique qui se situe en 1926, avec énormément de costumes et de décors réalistes, puis ajoutez un univers parallèle avec un bestiaire délirant d’une extrême richesse (ah, le niffleur !).

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Niffleur for ever

Vous obtenez de l’urban fantasy assez jouissive, un background absolument incroyable, mais aussi une mise en abyme vertigineuse quand on sait que l’action se déroule dans le même univers que celui d’Harry Potter ! Les clins d’oeil n’en sont que plus savoureux.

Avec une telle recette, le film aurait déjà été une sympathique réussite, mais c’était sans compter les personnages qui m’ont touché, mention spéciale à l’ordinaire Jacob Kowalski, qui m’a ému aux larmes. En choisissant une nouvelle génération d’acteurs bourrée de talents, David Yates a donné une autre dimension au monde d’Harry Potter, comme si le film s’adressait à des jeunes adultes désenchantés… les anciens lecteurs de J.K. Rowling qui ont grandi ? De part son physique androgyne, le génial Eddie « Danish Girl » Redmayne constituait le choix idéal pour incarner ce personnage d’écologiste naïf au coeur meurtri, confronté à un monde sur le point de connaître la pire crise économique de l’Histoire… et les affres du fascisme. L’ambiance du film est à ce titre lourd de sens avec les discours populistes et autres chasses aux sorcières perpétrés dans les rues de New York. Les personnages féminins ne sont pas en reste avec notamment une Katherine Waterston méconnaissable. Une protagoniste extrêmement moderne, fragile, et mal dans ses pompes, limite « vieille fille », qui ne manque pas de ressources… et qui m’a bouleversé. Comme ça fait du bien de voir un si beau portrait de femme au cinéma !  Vous l’aurez compris, on est face à un film surprenant, mélancolique, peuplé de sorciers capables de réparer les dégâts causés sur la ville et la population : comment ne pas rêver à de tels pouvoirs quand on pense à notre triste actualité ? Avec cette fin résolument douce-amère, crépusculaire, mais aussi pleine d’espoir, David Yates m’a plus impressionné qu’avec ses quatre derniers Harry Potter. Au risque de passer pour un hérétique, j’ai même été d’avantage séduit par ce film que par la Chambre des Secrets.

Vivement la suite !

Published in: on novembre 25, 2016 at 2:53  Comments (16)  
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Le dao de l’écriture

J’avais envie de parler d’écriture suite au visionnage d’un documentaire Arte émouvant : le katana, sabre des samouraïs.

Dans ce film que je vous recommande chaudement, on partage la vie du dernier forgeur de sabres du Japon, et des hommes qui l’accompagnent, de la fonderie au polissage. C’est un témoignage exceptionnel à plus d’un titre car on découvre la somme d’efforts fournie par des artisans qui ont l’amour du travail bien fait… et c’est un euphémisme. Pour concevoir un sabre, les fondeurs doivent pelleter à la main pas moins de 23 tonnes de sable et de charbon de bois, ainsi que 8 tonnes de sable ferrugineux afin d’obtenir un acier qui ne doit pas rouiller : c’est le fameux acier tamahagane, considéré par le maître fondeur comme son « propre enfant ». Ces artisans aux techniques ancestrales vont jusqu’à réciter des mantras et méditer, conférant à ce très long travail (parfois dangereux), un caractère spirituel, pour ne pas dire religieux, qui m’interpelle. Ces hommes sacralisent quelque chose d’essentiel : le temps. Voilà (en partie) pourquoi un vrai sabre japonais est inestimable.

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J’avais déjà écrit un article sur le lien entre le temps et la création artistique. En tant qu’auteur, je me suis toujours considéré comme un simple artisan, au milieu de nombreux (et talentueux) camarades écrivains. Certains d’entre nous deviennent des artistes, c’est le cas notamment de Jean-Philippe Jaworski qui écrit de la Fantasy avec une plume digne d’un romancier du XIXe siècle, mais pour ma part être artisan, c’est déjà beaucoup. Je me sens privilégié car j’ai la possibilité de consacrer plusieurs heures par jour à cette activité, une chance quand on sait combien le temps est nécessaire dans la création littéraire. J’en suis de plus en plus convaincu, la preuve avec cette anecdote.

Vous allez dire que je ne pense qu’avec mon estomac, mais il y a quelques mois, je suis tombé par hasard sur un camion pizza pas loin de chez moi, en Lorraine. Je l’ai testé… et j’ai réalisé que n’avais jamais mangé d’aussi bonne pizza de toute ma vie. Comment était-ce possible, si loin de ma Méditerranée chérie ? J’en ai commandé à nouveau, j’ai étudié les ingrédients, qui étaient vraiment de qualité (le vinaigre balsamique venait d’Italie, comme tous le reste d’ailleurs), jusqu’au moment où j’ai sympathisé avec mon dieu vivant le pizzaïolo, que j’ai félicité.

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« La 7 fromages », la meilleure pizza de l’univers, se mange à Hettange-Grande, en Lorraine.

Devant ma mine intriguée, il m’a spontanément dévoilé son secret… « qui n’en est pas un », a-t-il prévenu en riant. Alors que la plupart des cuisiniers préparent la pâte quelques heures avant de réaliser la pizza (ce qui peut donner des maux d’estomac), lui la laisse reposer plusieurs jours dans d’énormes réfrigérateurs. « Comme souvent, on en revient toujours au temps » m’a-t-il confié avec un grand sourire. Ce pizzaïolo est tellement demandé que son camion ne s’arrête dans ma ville que le dimanche, et il faut commander sa pizza à 17h30 pour être sûr de l’obtenir le soir ! Le fait qu’il prenne son temps est la raison d’être de son artisanat.

Au Japon, pays que je connais un peu, il y a un art (un dao, « la Voie » ), et donc un temps, pour tout : l’art de faire du thé (le cha dao, dont la cérémonie peut durer cinq heures), l’art de dégainer un sabre (l’iaido, que l’on peut pratiquer toute une vie), l’art de la main vide (karate-do), l’art de la composition florale (le… kado, ça ne s’invente pas)*. Et si il existait un dao pour écrire ? Un dao de l’écrivain (en japonais 作家道, « sakado« ). Un art qui prendrait son temps ? Comme son nom l’indique, le dao, « la Voie », est un concept philosophique inspiré du tao chinois. Dans les arts cités plus hauts, il y a la notion d’art de vivre, d’harmonie. S’il existe un art de l’écriture, celui-ci ne peut que respecter le temps, c’est à dire suivre le tao, la force fondamentale de l’univers, l’essence même de la réalité. Cet art de l’écriture, un non-agir, serait donc à l’opposé des contraintes éditoriales d’aujourd’hui.

Attention, je ne suis pas en train de vous dire que les auteurs qui publient trois romans par an ne sont pas de vrais artistes. J’admire les amis écrivains capables d’être si productifs, ils font preuve d’organisation, de discipline et d’enthousiasme. Après, qu’ils me corrigent si je me trompe, je pense que ce n’est pas un rythme qu’on peut tenir sur toute une vie, qualitativement parlant. C’est déjà terriblement difficile de livrer un roman en temps et en heure à son éditeur… j’en sais quelque chose. Quand mon tome 1 a été publié, mon tome 3, les Corsaires de l’Ecosphère, n’était qu’un premier jet. Je l’avais écrit avant même de savoir si ma trilogie allait trouver une maison d’édition, pour m’enlever de la pression en cas de publication, mais aussi pour rassurer un futur éditeur sur le sérieux de mon projet. Ce tome 3 n’était donc qu’une ébauche, assumé comme telle. De plus, si mes tomes 1 et 2 étaient chamboulés par des corrections éditoriales, ça ne servait à rien de me concentrer sur ce tome 3… et encore moins si le tome 1 n’était pas publié**.

À la base, il devait sortir en février 2016, jusqu’au moment où des amis bêta-lecteurs, ainsi que ma correctrice, Marie, ont lu une version préliminaire et m’ont dit solennellement « tu peux aller beaucoup plus loin ».

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Je m’étais obstiné à écrire un tome 3 relativement court… et ce format n’était pas possible. Ils avaient raison, j’avais trop de choses à raconter.

J’ai demandé à Bragelonne six mois supplémentaires, qui m’ont été généreusement accordés. Le bouquin a doublé de volume, a gagné en profondeur… et je ne le regrette pas. Un auteur n’est jamais complètement satisfait de son travail, mais en ce qui me concerne , sans ce délais supplémentaire je n’aurai pas pu donner à mes lecteurs une fin convenable. Pour tout vous dire, je me suis fait un peu peur et je me suis juré de ne plus jamais écrire de trilogie et, surtout, de flirter avec une deadline.

Cela ne veut pas dire que je vais consacrer cinq ans à mon prochain roman. D’une part, écrire est de plus en plus facile. D’autre part, mon éditeur a raison, il est clair qu’il n’est jamais bon d’être oublié de ses lecteurs. Cependant, écrire n’est pas seulement mon métier, c’est aussi à mes yeux un « plaisir sacré », mon dao en quelque sorte. Si j’ai la chance d’atteindre un âge avancé, je veux pouvoir être fier de chacun de mes enfants de papier, et non me dire « celui-ci est mauvais, car j’avais une deadline/besoin d’argent/plus la flamme ». Je n’ai pas l’intention d’accoucher d’une centaine d’œuvres.

C’est pour toutes ces raisons que l’année 2017 sera dédiée à la rédaction de mon quatrième ouvrage, un roman historique fantastique. Pour savoir si mon intrigue est plausible, j’ai passé de longs mois à effectuer des recherches dans des livres d’histoire, au point où je n’en suis encore qu’au synopsis de travail ! J’ai eu l’impression de reprendre mes études, sans le stress qui va avec. Cela peut paraître long, mais paradoxalement, poser des fondations solides me permettra de gagner du temps lors de l’écriture, car je n’aurai pas à réécrire dix versions du même bouquin… ce qui s’est produit avec ma trilogie. Plus les années passent, plus je réalise que le temps est la ressource la plus précieuse à notre disposition, une ressource irremplaçable. Si un auteur fait preuve de patience et de ténacité, le temps devient son meilleur allié.

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* Si vous voulez en savoir plus sur le sens de cette philosophie, je vous recommande l’excellent blog d’un passionné d’Aïkido, la cartographie des arts martiaux.

** C’est un cauchemar qui m’a longtemps hanté, me dire que j’avais peut-être consacré une dizaine d’années à des suites qui ne verraient jamais le jour… sans parler du tome 1.

Published in: on novembre 4, 2016 at 10:41  Comments (43)  

Doctor Strange

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Le Docteur Stephen Strange est un brillant neurochirurgien imbu de sa personne. Sa vie bascule après un grave accident qui lui laisse d’irrémédiables séquelles physiques. Son seul espoir : partir à Katmandou en quête d’un gourou qui pourra le soigner…

Belle surprise que ce Doctor Strange, un peu à part dans l’univers Marvel. Plus je regarde de films super-héros, et plus je réalise que les seuls protagonistes qui m’intéressent vraiment sont les personnages vulnérables : le Docteur Strange est de ceux-là. Odieux, matérialiste, égocentrique, le médecin joué par l’excellent Benedict Cumberbatch est aussi un être brisé, ce qui rend son évolution d’autant plus intéressante. À l’image d’un Batman Begins, il y a une dimension spirituelle pertinente lorsque le héros s’en va au Népal, à la recherche de lui-même. J’ai également  aimé l’idée d’un multivers, un concept encore plus fou que celui des Gardiens de la Galaxie. Le réalisateur a eu recours à beaucoup d’images fractales pour représenter une magnifique dimension-miroir, qui n’est pas sans rappeler l’esthétique sublime d’Inception. Il est rare de voir à l’écran des blockbusters méditatifs, et le Doctor Strange a l’intelligence de concilier la culture pulp-new age (le mythe de Shamballa, le  voyage astral, les univers parallèles) avec une imagerie qui renvoie aux théories physiques les plus folles. Si on peut déplorer le côté un peu classique du scénario, on aurait tort de bouder ce voyage initiatique du lâcher-prise, illuminé par une Tilda Swinton au charisme dingue.

Bien joué, Marvel !

Published in: on novembre 1, 2016 at 7:52  Comments (8)  
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