Écrire deux romans… en même temps

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En guise de bilan 2013, j’avais envie de vous raconter une partie de la genèse de mon roman, les pirates de l’Escroc-Griffe. D’habitude je n’aime pas trop parler de moi, mais je vais faire une exception en ce qui concerne l’écriture parce que je me suis retrouvé cette année dans une drôle de situation, pas évidente à gérer quand on est un jeune auteur : travailler sur deux romans en même temps.

Le problème remonte en fait à 2010, année où j’ai réalisé que mon pavé roman devait être découpé en trilogie. Cette révélation fut pour moi un choc, pas forcément désagréable d’ailleurs. Je sais que c’est puéril, mais au début, j’étais excité à l’idée de suivre le sacro-saint modèle de Tolkien, modèle qui a tendance à exaspérer les éditeurs, parce qu’ils se demandent (à raison) pourquoi diable les jeunes auteurs se compliquent la vie, alors qu’ils pourraient livrer un « one shot ». Comprendre : un premier roman de taille raisonnable qui se suffit à lui-même. J’étais aussi un peu (beaucoup) consterné : je m’inquiétais moins du fond de mon livre, que de sa forme, tant mon style avait progressé sur le tome 1. À partir du moment où je pensais mon roman en terme de trilogie, j’étais condamné à courir un long marathon.

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C’est en partie à cause de cette problématique que j’ai passé une année 2013 absolument démentielle : après avoir envoyé mon tome 1 aux éditeurs, j’ai commencé écrire à quatre mains un one shot (appelons-le « projet X ») qui n’a rien à voir avec ma trilogie, tout en travaillant sur le tome 2 des Pirates de l’Escroc-Griffe, qui nécessitait des corrections.  Je voulais que ce tome 2 soit aussi abouti que le tome 1, qui lui avait bénéficié du cycle Cocyclics. L’objectif était de terminer ces deux chantiers avant le 31 décembre, à raison de 8h00 d’écriture par jour en moyenne… Rapidement, je me suis retrouvé la tête sous l’eau.

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Je suis parvenu à un constat très simple : je suis incapable de travailler sur deux romans en même temps. En fait j’y arrive, mais pour reprendre l’expression d’un ami, j’ai l’impression d’avancer à la vitesse d’un escargot asthmatique. J’ai donc provisoirement abandonné le projet X pour me concentrer sur les ultimes corrections de mon tome 2.

Cette mésaventure m’a déconcerté, car beaucoup d’écrivains autour de moi mènent sur plusieurs fronts la rédaction de nouvelles et de romans même si, sans mauvaise foi aucune de ma part, je suis convaincu que Cindy Van Wilder dispose de plusieurs clones.

Ces dernières semaines, j’ai suivi avec attention les blogs des copines qui ont participé au NaNo. Pour ceux qui ne connaissent pas ce challenge, chaque année les participants se réunissent pour écrire 50.000 mots en l’espace d’un mois. Beaucoup d’auteurs n’arrivent pas au bout de ce défi, mais au final, cela n’a que peu d’importance, l’essentiel étant de progresser. C’est vraiment à cette occasion que j’ai réalisé qu’il y a autant de façon d’écrire que d’écrivains.

C’est d’ailleurs ce que m’avait dit en substance Pierre Bordage. Lors d’un déjeuner à Epinal aux Imaginales, il affirmait que les romanciers se classaient en deux catégories : les structurants qui travaillent selon un plan, et les scripturants qui écrivent à l’instinct. Pierre Bordage se définit volontiers comme scripturant, car il ne supporte pas de connaître l’histoire d’un récit avant d’avoir écrire la fin. Au cours du repas, il m’a expliqué que j’étais un structurant, ce qui est tout à fait vrai. Mais au final, qui a raison ou tort ? Personne bien évidemment, car le lecteur se fiche de cette catégorisation comme de son premier marque-page. Peu importe si Orson Scott Card est un grand structurant devant l’Éternel, tout ce que veut le lecteur, c’est lire un livre qui en vaille la peine.

Au final, l’écrivain peut emprunter de nombreux chemins. Certains auteurs n’écrivent que des nouvelles, d’autre se concentrent uniquement sur leurs romans, tandis qu’une majorité de romanciers papillonnent entre ces deux formats. Pour ma part, à l’avenir, ça sera un roman à la fois avec la ferme intention de terminer le projet X, le one-shot, en 2014.

Et vous, êtes-vous capable d’écrire plusieurs livres en même temps ?

Published in: on décembre 20, 2013 at 2:08  Comments (41)  
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Adapter, est-ce trahir ? Les 10 meilleures adaptations libres d’un livre au cinéma

Il y a quelques jours, j’ai écrit un article incendiaire sur le dernier film de Peter Jackson. Adapter, est-ce forcément trahir ? J’avais envie de vous livrer un billet un peu plus constructif sur ce qu’on appelle les adaptations libres, celles qui prennent des libertés sans pour autant desservir l’oeuvre originale. Voici ma liste, forcément subjective :

Apocalypse Now

Palme d’Or au Festival de Cannes en 1979, Apocalypse Now a mis d’accord les spectateurs et la critique. Je pourrais consacrer un article entier sur ce film qui me hante depuis une quinzaine d’années. Odyssée hallucinée sur fond de Vietnâm, Apocalypse Now est inspiré d’une nouvelle de Joseph Conrad, Au coeur des ténèbres, l’histoire d’un officier qui remonte le cours d’un fleuve africain à la fin du XIXe siècle. Autant dire que les deux contextes historiques n’ont rien à voir. Impression renforcée en 2001 avec la déclaration d’intention de Coppola, à l’occasion du nouveau montage du film :

« Mon but avec Apocalypse Now Redux est de présenter une expérience plus riche, plus ample, plus texturée du film, qui comme l’original à l’époque donne aux spectateurs la sensation de ce que fut le Viêt Nam ; l’immédiateté, l’insanité, la griserie, l’horreur, la sensualité et le dilemme moral de la guerre la plus surréaliste et la plus cauchemardesque de l’Amérique. Qu’une culture puisse mentir sur ce qui se passe en temps de guerre, que des êtres humains soient brutalisés, torturés, mutilés et tués et que tout cela soit présenté comme moral, voilà ce qui m’horrifie.»

Anecdote amusante, le livre a donné lieu à une adaptation beaucoup plus fidèle très peu connue, Heart of darkness, avec Tim Roth et John Malkovich !

La Communauté de l’Anneau

Succès critique et populaire, le Seigneur des Anneaux est devenu durant les années 2000 le mètre-étalon en matière d’Heroic-Fantasy. À l’époque, Peter Jackson a le feu sacré et réussit l’impossible : porter à l’écran un roman réputé inadaptable sur lequel des générations de scénaristes se sont cassés les dents. L’exploit aura un prix : l’introduction qui se déroule sur près de 17 ans dans le tome 1 est réduite à quelques mois dans le long-métrage, les personnages de Tom Bombadil et Glorfindel sont sacrifiés (argh). À la sortie du film, le public est sous le choc : jamais on avait vu une telle épopée au cinéma.

Le Parrain II

Le Parrain II signe les retrouvailles de l’écrivain Mario Puzzo avec Francis Ford Coppola. Un très grand auteur, un immense réalisateur… la réunion ne pouvait donner que des étincelles ! L’écriture du scénario fut ainsi la source d’une énorme tension, à cause d’une grosse divergence. (ATTENTION, TROIS LIGNES DE SPOILER).

DÉBUT DU SPOILER

Coppola veut que Michael Corleone tue son frère, Puzzo estime que jamais le parrain ne ferait une chose pareille. Coppola finit par avoir le dernier mot.

FIN DU SPOILER

Au final, le Parrain II est l’une des plus belles suites de l’histoire du cinéma, au même titre que l’Empire Contre Attaque.

Shining

L’exemple type de la libre adaptation « extrême » : fou de rage, Stephen King refuse que son nom apparaisse au générique. Pour le romancier, l’alcool est la cause de la folie du personnage joué par Jack Nicholson, alors dans le film de Kubrick, il est évident que Jack Torrance est instable avant son arrivée à l’hôtel. Le labyrinthe, la hache de Nicholson, l’ascenseur sanguinolent… autant d’images fortes qui ont marqué des générations de spectateurs, des images pourtant absentes du roman, celui-ci présentant même une fin totalement différente. La réaction du King est d’autant plus amusante quand on sait combien Shining est adulé par nombre de cinéphiles que le considèrent comme l’un des films les plus effrayants de tous les temps.

Dune

Prenez un livre de science-fiction aussi complexe que celui de Franck Herbert, choisissez un cinéaste bizarre. Tiens, David Lynch. Remuez le tout et vous obtenez la plus étrange des adaptations… et probablement la plus controversée de cette liste. Bien que le film n’ait pas connu le succès commercial escompté lors de sa sortie au cinéma, il a rapidement obtenu le statut d’oeuvre culte pour son ambiance baroque particulièrement sombre. Le réalisateur ajoute dans le long-métrage des objets technologiques absents du roman : le module étrange, la ventouse cardiaque (berk)… autant d’idées qui ont marqué les esprits. Fait incroyable, le film a été renié par son réalisateur, qui le considère comme un échec artistique, alors que Franck Herbert l’a apprécié ! L’écrivain regrettera toutefois que certaines scènes aient été coupées au montages, scènes que l’on retrouve dans la (passionnante) version longue de Dune.

Total Recall (la vraie version de Paul Verhoeven, l’autre est une bouse)

Thriller SF, le film s’écarte sensiblement de l’oeuvre de Philip K Dick, qui se déroule uniquement sur Terre. Les deux histoires sont pourtant, au départ, similaires : pour échapper à son train-train quotidien , Douglas Quaid décide de se faire implanter des souvenirs chez l’agence Rekall. Mais au bout d’une demi-heure de film, Paul Verohen expédie Arnold Schwartzeneger sur Mars et nous livre un blockbuster intelligent, avec une fin ouverte qui continue à faire couler beaucoup d’encre…

Le Prestige

La fin du film est différente de celle du livre de Christopher Priest, qui avoue préférer la sienne ! Qu’importe : Christopher Nolan nous offre un chef d’oeuvre crépusculaire avec ces deux prestidigitateurs prêts à tout pour connaître la gloire. Réflexion sur le réel, l’illusion, la manipulation, fable cruelle, le Prestige est immense.

Adaptation

Le film le moins connu de cette liste, mais aussi celui qui a probablement le meilleur scénario. À la base, le Voleur d’orchidées est un (vrai) roman auto-biographique de Susan Orlean. Le scénariste, Charlie Kaufman, va écrire à partir de ce livre une mise en abîme vertigineuse : le film raconte l’histoire du scénariste Charlie Kaufman (Nicolas Cage, magistral) qui tente d’adapter le Voleur d’orchidées… Si ce n’est pas déjà fait, regardez vite ce film aussi hilarant que poignant, qui a enchanté la vraie Susan Orlean.

Blade Runner

On ne présente plus Blade Runner, inspiré par Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques ? Philip K. Dick estimait que le film était fidèle au roman, tandis que Ridley Scott, qui n’avait pas lu le livre (!), pensait pour sa part que long-métrage était complémentaire… Une situation schizophrénique, mais pouvait-il en être autrement avec une oeuvre de Philipp K. Dick ?

Fight Club

Chaos, confusion, savon. Lorsque j’ai vu la bande-annonce en 1999,  je n’ai strictement rien compris ! Je me suis dit que c’était bon signe et j’ai eu raison : Fight Club n’est pas seulement un excellent roman déjanté de Chuck Palhaniuk, c’est aussi mon film préféré. Drôle, dramatique, profond, ce long-métrage incroyable est doté d’un début et d’une fin très différents de ceux du livre, sans parler de la narration. Pourtant, c’est peut-être le seul long-métrage qui ait réussi à transcendé sa propre adaptation, comme l’expliquait avec humilité Chuck Palahniuk lui-même, très impressionné par le film de David Fincher.

Là encore, Fight Club est la preuve qu’une adaptation libre peut fortement s’éloigner du livre sans trahir son esprit. Il ne reste donc plus à Hollywwood qu’à s’intéresser à l’autre roman de Palahniuk, Survivant, qui est à mon humble avis ce qu’il a écrit de mieux. Une oeuvre à priori… inadaptable.

Et vous, quelle est votre adaptation libre préférée ?

Published in: on décembre 16, 2013 at 9:39  Comments (11)  
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La déception de Smaug

ATTENTION, NOMBREUX SPOILERS DU FILM !

Déception. Tel est le premier mot qui me vient à l’esprit lorsque le générique de fin arrive brutalement. Autant vous prévenir tout de suite : si vous êtes de ceux qui n’ont pas aimé les libertés prises par Peter Jackson dans les Deux Tours (les Elfes qui débarquent dans le gouffre de Helm) ainsi que dans le précédent Hobbit, vous allez être servi… Tout avait pourtant si bien commencé ! J’ai fait partie de ceux qui ont défendu le premier volet. Même si, à l’époque, j’avais déploré l’énorme proportion d’effets spéciaux numériques au détriment des masques et des costumes artisanaux, notamment dans la séquence avec les Gobelins, j’avais adhéré à la vision de Jackson. Lorsque le réalisateur néo-zélandais a révélé aux fans que Bilbo le Hobbit allait être une trilogie, là encore, je me suis montré enthousiaste. Le cinéaste a voulu se servir du conte de Tolkien pour introduire le Seigneur des Anneaux, en exploitant au passage ses appendices, ce qui explique l’apparition de Radagast le Brun (entre autre). Peter Jackson a décidé d’accomplir le grand écart entre le conte pour enfants qu’est Bilbo le Hobbit et la fantasy épique du Seigneur des Anneaux, un grand écart visiblement impossible car Un voyage inattendu a provoqué la colère d’une partie des fans. Un sentiment que je peux comprendre lorsque, dans le premier volet, Bilbo manie son épée au lieu d’utiliser sa ruse… À l’époque, je pensais que Peter Jackson essayait d’assurer une cohérence avec le Seigneur des Anneaux.

Quel gogo naïf je fus…

Une introduction inattendue

Les toutes premières minutes sont révélatrices d’un certain malaise. La séquence s’ouvre avec un flashback sur le village de Bree, et un caméo (prétentieux ?) de Peter Jackson en train de croquer une carotte ! Au Poney Fringuant, Gandalf retrouve Thorin, le roi des nains, pour le persuader de mener une expédition vers la Montagne Solitaire. La première question que je me suis posé c’est : pourquoi Bree ? Peter Jackson abuse tellement des clins d’oeil qu’on a l’impression de visionner une séquence coupée de la Communauté de l’Anneau, lorsqu’Aragorn rencontre Frodon et ses amis. À croire que le réalisateur manque cruellement d’imagination… Pourtant, la suite est bien plus entraînante : Beorn, la forêt de Mirkwood et ses araignées sont franchement réussies, jusqu’au moment où l’on découvre les Elfes de la Forêt Noire.

Et soudain c’est le drame

Peter Jackson voulait-il absolument une nouvelle Arwen ? On est en droit de se poser la question lorsque le réalisateur introduit Legolas et surtout Liv Tyler l’elfe Tauriel, venue de nulle part. Le cinéaste avait clairement annoncé la présence du personnage d’Orlando Bloom, pourquoi pas. Mais là où le bât blesse, c’est quand une grosse intrigue secondaire, totalement absente du conte de Tolkien, apparait. Legolas est secrètement amoureux de Tauriel (!), qui elle-même va nourrir des sentiments pour… le nain Kili(!!). Oui, vous avez bien lu. Bref, un triangle amoureux ridicule, inutile, et surtout, je le répète, absent du livre ! Dès lors, le film est déséquilibré, parce ce que sa romance est aussi crédible que le pique-nique sur l’herbe d’Anakin Skywalker dans l’Attaque des Clones.

Le Seigneur des tonneaux

Lors de la (spectaculaire) évasion des nains dans des tonneaux, Kili est blessé par une flèche empoisonnée, un prétexte scénaristique pour que Tauriel puisse venir le sauver plus tard. Elle rejoint donc la ville d’Esgaroth (magnifique), accompagnée de l’incontournable Legolas qui massacre à tour de bras de l’orc en pleine rue (!), comme s’il fallait impérativement offrir aux spectateurs le plus de péripéties possibles. C’est aussi, à mon sens, un autre point noir du long-métrage : au lieu de s’appuyer sur l’essentiel, à savoir le conte de Tolkien et sa dimension enfantine, naïve, Jackson tombe dans une surenchère adolescente en multipliant les scènes d’action… ce qui affaiblit considérablement l’intrigue principale : l’exploration du donjon du dragon.

Le dragon le plus bête jamais créé

Les passages avec Smaug sont superbes, mais Peter Jackson a cru bon d’alterner avec des séquences sur Esgaroth, triangle amoureux oblige… ce qui est extrêmement frustrant. Du coup, quand Jackson filme ses héros aux prises avec le terrible dragon, il tente de se rattraper en multipliant les péripéties artificielles (qui ne sont pas dans le roman), au point où le monstre se retrouve dans l’incapacité d’attraper le moindre nain alors qu’il connait parfaitement son antre ! L’image de Smaug en prend un sacré coup et par la même occasion, le film perd énormément en tension. Même constat pour la sous-intrigue avec Gandalf et ses aventures dans Dol Guldur, largement dispensables : pourquoi avoir développé cette histoire qui n’apporte rien de plus que ce que l’on savait déjà dans Un voyage inattendu (un nécromancien va reprendre vie, n’importe quel fan aura compris qu’il s’agit de Sauron) ? Vous allez me dire que ces sous-intrigues donnent de la consistance au long-métrage, et approfondissent les personnages. Je pensais la même chose, jusqu’au moment où la fin est arrivée sans crier garde.

Le pire pour la fin

Peter Jackson coupe son film au plus mauvais moment : Smaug le dragon s’apprête à attaquer Esgaroth. Une fin brutale, qui pour moi est l’exemple même de ce qu’un scénariste ne devrait jamais écrire. En décidant de ne pas refermer toutes les portes, non seulement le cinéaste frustre ses spectateurs, mais en plus il se moque ouvertement d’eux. Vous me trouvez trop dur ? Faisons le compte de toutes les séquences ajoutées dans Un voyage inattendu et La Désolation de Smaug. En résumé, nous avons :

– la chute d’Erebor (séquence inspirée par les appendices du Seigneur des Anneaux)
– l’orc Azog (inspiré par les appendices, n’a jamais poursuivi les nains !)
– Radagast le Brun (tiré des appendices)
– la longue séquence avec Galadriel, Saroumane et Elrond à Fondcombe (invention totale EDIT : inspiré par d’autres écrits de Tolkien d’accord, mais une séquence inutile)
– la séquence des géants de pierre (création de Guillermo Del Toro, semble-t-il EDIT : à partir d’une vague séquence dans le roman qui, une fois encore, était très dispensable…)
– la sous-intrigue Tauriel-Legolas
– la sous-intrigue politique avec Bard et le Maître d’Esgaroth
– la sous-intrigue Gandalf-Radagast

On comprend vite pourquoi il fallait une trilogie à la place d’un diptyque…

Si, au final, la Désolation de Smaug n’est pas un mauvais film d’action, on ne peut pas en dire autant de son adaptation. Je suis très déçu par le passage du côté obscur de Peter Jackson qui a sacrifié son intégrité artistique, probablement pour des raisons bassement commerciales. Le constat est d’autant plus amer quand on réalise combien toutes ces séquences supplémentaires sont inutiles, comme si le réalisateur n’a jamais vraiment cru à ce conte pour enfants : en choisissant de favoriser l’action au détriment de la réflexion, Peter Jackson a préféré, comme J.J. Abrams et ses Star Trek, livrer une œuvre grand public, qui ravira certains adolescents, mais qui pour le coup trahit en grande partie la poésie de Tolkien. C’est bien triste…

Published in: on décembre 11, 2013 at 4:41  Comments (65)  
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Carrie, la vengeance

Avant toute chose, je dois avouer que je suis une âme sensible. Lorsqu’il y a un film d’horreur au cinéma, Madame Escrocgriffe me traîne au bout d’une chaîne, car elle est passionnée par ce genre. Je me souviens d’une séance de Saw III qui m’avait fichu la nausée… de son côté, elle jubilait dans son fauteuil. Tiens, d’ailleurs Saw est l’une de ses sagas préférées. Lorsque je lui ai appris que la franchise se terminait avec ChaussetteSaw VII, elle était toute émue.  » On ira le voir, hein ? » m’a-t-elle demandé, les yeux brillants.

Bref, ma femme adore les films d’épouvante.

Et là, vous vous dîtes que je n’aime pas ce cinéma. Hé bien non ! Ca serait idiot de ma part, car certains films cultes ont marqué durablement le Septième Art. J’apprécie des oeuvres aussi viscérales (c’est le cas de le dire) qu’Alien, mais je déteste les scènes de tortures. Je sais, c’est paradoxal, mais c’est comme ça. C’est donc la mort de l’âme que je suis allé voir Carrie, la vengeance, interdit aux moins de seize ans. Au-delà de l’aspect horreur, je me demandais quel était l’intérêt de visionner un remake dont la fin est connue de tous. D’une part, le long-métrage de Brian De Palma me semblait indépassable, d’autre part le roman de Stephen King avait déjà fait l’objet d’une adaptation télévisée…

Bon, alors verdict ?

Une fois de plus, je ne comprends pas les violentes critiques de la presse tant cette œuvre innove : contrairement aux autres versions, c’est la première adaptation dans laquelle la comédienne, la (stupéfiante) Chloë Grace « Kick Ass » Moretz, a enfin l’âge de son personnage ! Brian De Palma a soutenu la réalisatrice, une femme qui amène énormément de sensibilité à ce long-métrage qui n’en demeure pas moins éprouvant. Le film s’ouvre sur une séquence absolument terrifiante : la mère de Carrie (Julianne Moore, phénoménale), accouche d’un bébé qu’elle associe à l’oeuvre du Diable. C’est bien simple, au cinéma j’ai rarement vu un accouchement aussi gore que celui-ci. Par « gore », je n’entends pas forcément sanguinolent. Le film À l’intérieur était beaucoup plus extrême à ce niveau. Mais il y a une dimension tragique et émotionnelle dans cette scène d’ouverture, une façon de prévenir le spectateur qu’il ne sera guère question de manichéisme dans ce long-métrage torturé. Et c’est là où le film est ambitieux : en décidant d’humaniser la mère de Carrie, ainsi que tous les lycéens qui la martyrisent, la cinéaste prend délibérément le partie de ne pas juger les personnages. Au-delà des thèmes propre à l’univers de Stephen King (le sang, symbole ambivalent de vie et de mort), la modernisation du récit est appréciable avec ces adolescentes, véritables bourreaux des temps modernes qui filment avec leurs smartphones leurs humiliations avant de mettre en ligne leurs vidéos sur le Net. Des pratiques qui font malheureusement référence à d’authentiques (et sordides) faits divers. La cruauté de ce film n’est pas sans rappeler le poignant May : tout comme le personnage de Lucky McKee, Carrie n’a rien d’un monstre. C’est la violence inouïe qu’elle subit depuis toujours qui va la rendre si dramatiquement humaine. Fort de cette interprétation magistrale, le long-métrage n’en est que plus émouvant car ce n’est pas seulement l’histoire d’un drame effroyable, mais aussi celui d’un terrible gâchis. Si on peut regretter, comme toujours, l’utilisation massive des effets spéciaux numériques au lieu des trucages à l’ancienne comme pour le sang, le résultat final m’a enthousiasmé.

Plus qu’un remake, Carrie, la vengeance est une relecture qui ne vient en rien altérer la vision du film de Brian De Palma, bien au contraire. Tout comme le Dracula de Coppola était une variation d’un mythe interprété autrefois par Christopher Lee, il faut voir ce Carrie comme un film complémentaire, qui aura le mérite de faire découvrir à une nouvelle génération le premier roman de Stephen King et ses différentes adaptations.

Published in: on décembre 6, 2013 at 4:27  Comments (8)  
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Hunger Games : L’Embrasement

Traumatisée, Katniss Everdeen est rentrée chez elle après avoir remporté la 74e édition des Hunger Games avec son partenaire Peeta Mellark. Lors d’une tournée dans les districts, Katnis doit entretenir les apparences et faire croire qu’elle est en couple avec Peeta. Mais la révolte gronde…

J’avais plutôt aimé le premier opus, mais pas au point de me plonger dans les célèbres romans de Suzanne Collins. Je suis donc allé voir ce second volet sans attente particulière, persuadé de découvrir un film d’action. Je ne pouvais pas plus me tromper !

Dès les premières minutes, le long métrage impressionne au niveau de la narration car le réalisateur n’a plus besoin de présenter l’univers et ses personnages, aussi torturés qu’attachants. J’ai immédiatement été bluffé par la prestation de Jennifer Lawrence, impressionnante : quel bonheur de voir une femme être le protagoniste principal d’un blockbuster ! Un événement suffisamment rare à Hollywood pour être souligné. J’ai vraiment été touché par son interprétation de Katniss , forte, sensible et authentique, un personnage différent  de celui qu’elle jouait dans l’excellent Happiness Therapy. Les clichés sont détournés avec intelligence, notamment l’archétype du chevalier (Katniss) et de la princesse (Peeta). Il fallait un culot monstre pour inverser ces stéréotypes et pourtant le réalisateur s’en sort admirablement, assumant l’idée que la femme soit le guerrier, tant physiquement (l’arc) que moralement (l’esprit de sacrifice). Mais un guerrier meurtri, piégé par une dystopie cruelle qui gagne considérablement en subtilité depuis le premier volet. Le Capitole est la métaphore d’Hollywood, une mise en abîme de notre société du paraître. Le film appuie là où ça fait mal avec ces jeunes idoles contraints de jouer un rôle, une perversion qui rappelle symboliquement les stars de télé-réalité actuelles aux vies sacrifiées sur l’autel de l’audimat. Mais l’image la plus subversive du long-métrage, c’est assurément celle du président (Donald Sutherland) en train de lire un livre en pleine diffusion des Hunger Games. Une scène aussi courte que puissante, véritable climax du film qui se résume à un message : le pouvoir réside dans la connaissance. En tirant le téléspectateur vers le bas, on l’empêche de réfléchir sur sa propre condition, et on tue dans l’oeuf la rébellion.

Même si ce film reste avant tout un divertissement intelligent, on ne peut que se réjouir du succès d’une telle saga, surtout après le nauséabond puritanisme réactionnaire de TwilightHunger Games : L’Embrasement est une bouffée d’air bienvenue dans le monde formaté des blockbusters, vivement la suite ! En attendant, je compte bien me plonger dans les romans de Suzanne Collins.

D’autres avis : Lorhkan, Zakath-Nat

Published in: on décembre 3, 2013 at 12:33  Comments (17)  
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Le numérique, ce pulp d’aujourd’hui

John Carter

 

 

 

 

 

 

 

 

 

On dit parfois que « derrière chaque crise se cache une opportunité ». Alors que la crise frappe de plein fouet le monde de l’édition, jamais une citation n’a aussi bien résumé ce qui se passe en ce moment avec le numérique, trop souvent vecteur de peurs infondées. Si, évidemment, on ne peut se réjouir de la fermeture de nombreuses maisons d’édition, une période de récession n’est pas forcément un frein au développement du livre, bien au contraire.

Pulp recession

En 1893, le système de financement des compagnies américaines de chemin de fer s’effondre, et provoque une récession financière si violente, que le chômage atteint les 40 % dans certains états. La ville de Détroit est particulièrement touchée… Cela ne vous rappelle pas une certaine année 2008 ? C’est durant cette époque qu’un magazine, the Argosy, devient en 1896 le premier pulp à publier de la fiction. Qu’est-ce qu’un pulp ? Le mot pourrait se traduire par « bon marché » : the Argosy est imprimé sur du papier de mauvaise qualité, le woodpulp, sans illustrations ni couverture. Mais le succès de ce format est tel que le tirage mensuel approche rapidement le million d’exemplaires.

Le premier numéro d'Argosy version pulpArgosy Octobre 1896

En haut, le premier numéro d’Argosy version pulp du mois de Février 1896. En bas, le numéro d’Octobre 1896 (d’autres photos ici).

Il est frappant de constater que le bon marché n’exclue pas l’évolution : très vite, le format de the Argosy change, la conjoncture économique aussi. En 1907, l’Amérique traverse une panique bancaire : les faillites se multiplient, le nombre de sans emplois est en hausse. Au même moment, un homme du nom d’Edgar Rice Burroughs alterne chômage et petits boulots. Dans ses périodes de désoeuvrement il lit des pulps et se persuade qu’il peut écrire des histoires bien meilleures. Il commence par les conquérants de Mars dont le héros est un certain John Carter, avant de se lancer dans la rédaction de… Tarzan, œuvre qui connait un important succès.

La crise, toujours la crise… Et les années 20 alors ? Le pulp se portait plutôt pas mal, non ?

Que nenni ! Alors qu’aujourd’hui, on ne cesse de se plaindre de l’influence du cinéma et des jeux-vidéos sur les ventes de livres, durant les Années folles, les pulps sont soumis à la concurrence farouche des comics et de la radio. Le mythique Weird Tales est tellement criblé de dettes que certains mois il n’est pas publié. C’est pourtant ce magazine qui va faire connaître H.P. Lovecraft, Robert E. « Conan le Barbare » Howard, ou Edmond « Capitaine Flam » Hamilton, et ouvrir à ses lecteurs de nouveaux horizons : à l’âge de quinze ans, le jeune Robert Bloch entretient une correspondance régulière avec Lovecraft, qui l’encourage à devenir auteur : sans Weird Tales, Bloch aurait-il pu écrire Psychose et ses épisodes de Star Trek ?

La situation du Weird Tales est loin d’être un cas isolé :  le pulp Black Mask , qui a révélé entre autre Raymond Chandler, se heurte aux mêmes difficultés.  

Merci de nous plomber le moral avec ces crises économiques, mais quel est le rapport entre le pulp et le numérique ?

Les pulps sont la preuve éclatante qu’il n’y a pas de bon ou de mauvais support. Pourtant même si le contexte est différent, on retrouve ce clivage entre les romantiques de l’objet-livre et les pragmatiques du numérique, comme si concilier ces deux sensibilités relevait de l’impossible. S’il est clair que lire des ebooks ne mettra pas le feu à votre belle bibliothèque, en revanche cela vous permettra de partir à la découverte d’un nouveau monde. Si nous avions vécu dans la première moitié du XXe siècle, aurions-nous eu raison de snober Isaac Asimov, Franck Herbert, A.E. van Vogt, Robert Heinlein ou Poul Anderson, sous prétexte que leurs textes paraissaient dans Astounding Science-Fiction ? C’est en partie grâce au format économique du pulp que la SF a connu cet âge d’or. 

Après l’apparition de l’imprimerie, la littérature connait la plus importante mutation de son histoire. L’ebook a accompli des pas de géant avec la naissance du Kindle en 2007, et de l’iPad en 2010, nous offrant des libertés nouvelles : amener dans sa poche des centaines de romans à l’autre bout de monde, mais surtout découvrir quantité de brillants écrivains à prix réduit. Grâce au numérique, des éditeurs prennent des risques en publiant plus de primo-romanciers qu’ils ne le pourraient s’ils se cantonnaient au coûteux format papier. Il y a une effervescence extraordinaire autour des nouvelles : un inconnu sorti de nulle part a auto-publié Silo avec le résultat que l’on sait, mais des auteurs confirmés comme Stephen King participent désormais à l’aventure. La SF, la Fantasy ou le Fantastique n’est plus un phénomène anglo-saxon, surtout quand on découvre des nouvelles aussi excellentes que En Adon je puise mes forces. Les séries sont de nouveau à la mode, il n’y a qu’à voir les succès de Walrus avec Toxic ou Jésus contre Hitler. Jamais nous n’avons disposé d’autant de choix dans la littérature SFFF grâce à Bragelonne, qui après avoir vendu plus de 500.000 titres, ne compte pas s’arrêter en si bon chemin. Je ne parle même pas de cette nouvelle frontière qu’est le livre numérique enrichi, évoqué dans cet article. L’ensemble de cette dématérialisation, ce n’est pas la mondialisation de la connaissance, mais au contraire sa démocratisation, une revanche 2.0 de l’Humanité sur l’incendie de la Bibliothèque d’Alexandrie.

La crise de 2008 a provoqué la disparition de nombreuses maisons d’édition, mais les beaux livres papiers ne mourront jamais. Si en 1896 des gens ont fait preuve d’un peu d’ouverture d’esprit et testé un nouveau format de lecture, pourquoi ne pas donner sa chance au numérique ? Derrière chaque crise se cache une opportunité, que nous soyons lecteurs, auteurs ou éditeurs.

Published in: on novembre 29, 2013 at 5:55  Comments (42)  
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De l’autre côté du mur

Et en plus la couverture est somptueuse !

Sibel a toujours dansé. Sa vie bascule le jour où elle touche involontairement l’une de ses soeurs, brisant ainsi son lien à l’Art. Bannie de sa communauté, elle découvre que les Mères cachent des secrets. Que se passe-t-il de l’autre côté du mur ?

Il y a des livres qui m’ont diverti. Il y en d’autres qui m’ont enthousiasmé. Mais peu m’ont touché comme De l’autre côté du mur.
« Émotion », c’est le premier mot qui me vient à l’esprit en refermant ce livre qui va très loin dans ce registre. Je me prends une sacrée claque tant Agnès Marot maîtrise son premier (!) roman : dès le début, on est complètement avec Sibel, en partie grâce à cette écriture à la première personne, particulièrement immersive. Dans un style simple et fluide, l’auteur nous entraîne dans un ballet des sentiments à travers un univers claustrophobique extrêmement pesant. Lorsque l’histoire commence, on ne sait absolument rien du monde extérieur, le dépaysement est si total qu’à de nombreuses reprises je me suis demandé si l’on était encore sur Terre tant il y a peu d’éléments auxquels ont peut se raccrocher (je regrette d’ailleurs que le quatrième de couverture en dise trop, je vous déconseille de le lire !). Les filles sont isolées dans cet étrange couvent hors du temps dédié à l’Art, un force mystique aussi subtile que puissante. Les personnages sont très attachants (mention spéciale à Aylin) et on a envie de connaître avec eux les secrets de cet univers.

Une dystopie intelligente

C’est difficile d’écrire un tel article sans gâcher de surprises, mais j’ai apprécié la gestion des révélations : à la différence d’Hugh Howey dans Silo, je trouve que l’auteur distille les informations sur l’extérieur sans en dire trop, tout en prenant soin de conserver le point de vue d’une adolescente. J’ai adoré la poésie qui se dégage de ce regard qui ne connait pas les smartphones ou Internet, élevé dans un cadre exclusivement féminin. Sibel me donne parfois l’impression d’être une extra-terrestre, du coup ses questions naïves n’en sont que plus touchantes : comment ne pas s’émouvoir lorsqu’elle rencontre une « panthère », ou bien lorsqu’elle découvre pour la première fois une peinture ? L’auteur est si doué dans les descriptions que j’ai instantanément reconnu le tableau en question.

Coup d’essai, coup de maître

Comme vous l’aurez deviné, il s’agit d’une (première) œuvre atypique qui fonctionne indépendamment de ses twists. Une œuvre qui interpelle sur l’Humanité : sommes-nous uniquement des êtres de raison et de passion, ou bien plus que cette simple addition ? Mais aussi une œuvre parfois cruelle avec la fameuse séquence du fouet, insupportable. Si le roman n’est pas exempt de (petits) défauts (je trouve la résolution finale du dernier tiers un peu trop vite expédié), il n’en demeure pas moins que j’ai adoré accompagner Sibel et ses amis. En tant qu’auteur, j’avoue avoir pris une belle leçon au niveau de l’émotion, j’ai savouré cette écriture viscérale, à mille lieux des dystopies commerciales ciblées « ados ». Si vous aimez voir des personnages prendre vie au fil des pages avec sincérité, alors lisez De l’autre côté du mur, vous ne serez pas déçus du voyage.

Published in: on novembre 28, 2013 at 9:35  Comments (4)  
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Doctor Who pour les nuls

Je profite du cinquantième anniversaire de Doctor Who pour parler de cet OVNI télévisuel qui est tout simplement l’une des plus grandes séries de tous les temps, et pas seulement pour sa longévité exceptionnelle (le premier épisode date de 1963). Le Net fourmille d’articles bien mieux écrits que celui-ci, mais il me tenait à cœur de contribuer à faire découvrir ce chef d’œuvre de la Science-Fiction méconnu en France, chef d’œuvre qui a traversé les décennies sans cesser de se renouveler. Au fil du temps, cette série a bénéficié de l’apport d’écrivains majeurs : Douglas « H2G2 » Adams, Neil Gaiman, ainsi que d’une horde de scénaristes aussi doués que déjantés.

Mais de quoi parle Doctor Who bon sang ?

Créé en 1963, la saga raconte l’histoire d’un alien, un seigneur du temps qui se fait appeler « le Docteur ». Cet extra-terrestre excentrique voyage à travers l’espace et le temps à bord du TARDIS, un vaisseau spatial vivant en forme de cabine de police. Le génie de la série tient à deux choses. Tout d’abord un banal concours de circonstance : William Hartnell, le premier acteur à avoir incarné le Docteur, a quitté le casting à la fin de la première saison. Pour le remplacer, les scénaristes ont eu l’idée (géniale) de prêter au Docteur une faculté surprenante : la régénération. Chaque fois que le seigneur du temps est gravement blessé, il change d’apparence mais conserve, dans une certaine mesure, ses souvenirs. Ceci explique pourquoi pas moins de treize acteurs (!) ont interprété jusqu’à aujourd’hui ce personnage délirant. L’autre idée géniale, c’est d’avoir fait des budgets serrés de la télévision une force. En 1963, une super-production telle que « Game of trones » relevait du fantasme, aussi les créateurs ont inventé le concept kitsch (et totalement assumé) de « technologie non technologique » (!!) qui donne à la série cette atmosphère complètement barrée : le Docteur utilise un tournevis sonique, visite dans le futur la ville de « New New New New New New New New New York », appelée ainsi car elle a été reconstruite… neuf fois, et affronte une galerie d’aliens déviants dont les plus emblématiques sont sans conteste les Daleks et leur célèbre « exterminate » :

Un de mes Daleks

C’est l’une des rares séries qui m’a fait pleurer de rire (et parfois pleurer tout court) grâce à son ambiance décalée qui n’a rien à envier au Guide du voyageur galactique.

Bon, tout cela est bien beau, mais par quoi commencer ?

À la différence de la série télévisée Star Trek, très difficile à rattraper, Doctor Who est beaucoup plus accessible : après une première diffusion de 1963 à 1989, la saga a subi une interruption. En 2005, elle a été relancée sans qu’il soit impératif de regarder les anciens épisodes. Puisque le docteur a subi une nouvelle régénération, ce n’est donc pas un reboot car, cerise sur le gâteau, les scénaristes sont respectueux de tout ce qui a été bâti auparavant. Il s’agit donc d’une vraie saison 1 pour les néophytes… mais du neuvième docteur pour les passionnés de la première heure ! Cette saison 1 est idéale pour découvrir cet univers baroque extrêmement addictif, servi par des acteurs incroyablement doués : Christopher Eccleston, David Tennant, Math Smith, Karen Gillan, pour ne citer que les plus connus. Du coup, chaque régénération est vécue comme un traumatisme par le Docteur, mais aussi pour les fans qui s’attachent bien évidemment à ces incarnations du seigneur du temps. On peut passer très vite du rire aux larmes, avec des épisodes toujours intelligents : comment réagiraient des aliens du futur s’ils écoutaient « Tainted love » et « Toxic » de Britney Spears ? À quoi ressemblera la télé-réalité en l’an 200.000 ? Que faire quand on sympathise avec Van Gogh et qu’il est censé se suicider ?

Au final, cet humble article ne peut pas à lui seul restituer toute la richesse, la poésie, l’inventivité et la folie de cet univers, mais si vous ne le connaissez pas, j’espère qu’il vous donnera l’envie de découvrir ce monument de la SF. Bonus : cette vidéo dans laquelle je demande à un de mes Daleks ce qu’il pense du Docteur.

Published in: on novembre 25, 2013 at 9:13  Comments (15)  
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Snowpiercer, le Transperceneige

Après un réchauffement glaciaire, les derniers membres de l’Humanité ont trouvé refuge dans un train contraint de rouler en permanence. Une dictature organise cette société en classes, jusqu’au jour où une poignée de rebelles menés par Chris « Captain America » Evans tente de remettre en question l’ordre établi…

Suite à la bande-annonce, j’avais un peu peur de voir ce film au pitch séduisant : le scénario n’était-il pas un prétexte pour qu’on tombe dans un marxisme archétypal avec d’un côté les riches, de l’autre les pauvres ? Ma crainte a été désamorcée dès la première demi-heure pour une raison bien simple : Snowpiercer est avant tout l’adaptation d’une bande-dessinée française. De réalisme, il n’en est guère question dans ce délire dystopique orienté action : les personnages se battent à coups de haches (!) car les munitions sont limitées. Les combats n’en sont que plus dantesques, au point où il y a plus d’hémoglobine dans une scène de Snowpiercer que dans toute la saga Twilight bon je sais, c’est pas difficile. Les méchants sont complètement barrés, mention spéciale à l’inénarrable Tilda Swinton qui incarne un croisement de commissaire soviétique et d’officier nazi, sans parler d’une professeur des écoles qui donne froid dans le dos.

Bien que le long-métrage soit violent, le réalisateur coréen Bong Joon Ho (« The Host ») arrive à conserver une certaine légèreté jusqu’à la fin, exploitant au maximum le caractère improbable de cette histoire : les rebelles déambulent dans les compartiments à la manière d’un jeu vidéo linéaire et découvrent progressivement les conditions de vie des classes supérieures. L’absurde est ici poussée à son paroxysme avec une nomenklatura hédoniste déconnectée de la réalité. L’analyse politique, c’est peut-être la limite inhérente à cette œuvre : le fait que révolution et dictature soient les deux revers d’une même pièce est un thème qui a souvent été traité dans les dystopies, tant en littérature qu’au cinéma. Mais si on occulte cet aspect et qu’on accepte les invraisemblances inévitables de cet univers délirant, Snowpiercer est assurément un excellent divertissement.

Published in: on novembre 15, 2013 at 8:36  Comments (12)  
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La Stratégie Ender (roman) vs la Stratégie Ender (film)

Ender's game

Cette semaine, j’avais prévu de lire le monument d’Orson Scott Card juste avant de visionner le long métrage. Résultat : j’ai terminé le roman en deux jours, quelques heures avant d’aller au cinéma !

Un livre que j’ai découvert sur le tard

Pendant des années, j’ai culpabilisé d’être passé à côté de cette référence de la Science-Fiction. Pour prendre un exemple en rapport avec la Fantasy, c’est un peu comme si je n’avais pas lu le Seigneur des Anneaux ! Ignorant volontairement la polémique autour de l’homophobie revendiquée d’Orson Scott Card, j’ai donc commencé avec enthousiasme cette lecture. Et là, j’ai vécu un drame : pendant plus de la moitié du livre, l’auteur raconte un entraînement militaire qui m’a emmerdé laissé de marbre. Si j’ai apprécié la psychologie tordue des personnages (pour info, Ender et ses amis sont des gosses psychotiques de 5 ans qui pensent comme des adultes), j’ai beaucoup moins aimé les simulations de bataille, trop techniques à mon goût. Détail qui n’arrange rien, Ender est un personnage très froid, comme les autres protagonistes, ce qui donne le sentiment qu’on a limite affaire à des robots : pas évident de s’attacher à eux dans ces conditions. Je me suis quand même accroché, jusqu’au moment où quelques stéréotypes ethniques m’ont franchement irrité : les Juifs sont aux postes clefs, les Français ne sont que des « séparatistes arrogants », sans parler du traditionnel « honneur espagnol » et d’une blague raciste aussi drôle qu’un membre du Ku Klux Klan.

Bref, j’ai découvert par moi-même qu’Orson Scott Card était un beauf, rien de nouveau sous le soleil.

Encouragé par mes amis Cocyclics alors que je râlais comme un putois sur Facebook et Twitter, j’ai poursuivi ma lecture. Et je dois dire que je ne l’ai pas regretté : on gagne en tension, en émotion (Ender va-t-il survivre à cet entraînement hors-normes ?) jusqu’à cette révélation finale qui m’a époustouflé… Au-delà de ce twist, j’ai été forcé d’admettre que Card a fait preuve d’un génie visionnaire : en 1985, il a imaginé que ses personnages utilisaient des tablettes tactiles (les fameux « bureaux ») connectées au Net ! Sans parler de la place des réseaux sociaux, largement exploités par le frère et la sœur d’Ender. Si on oublie les références au Pacte de Varsovie et à la Guerre Froide, on a l’impression que le roman a été écrit hier : l’auteur avait déjà eu l’intuition que les jeux vidéos prendraient une place prépondérante dans le futur. Dans la seconde partie, Ender joue quotidiennement à un jeu de stratégie en temps réel pour se préparer à combattre une armée alien, mais les enjeux sont tels, que ses parties n’ont plus rien de ludique ! Le titre anglais, « Ender’s Game » entretient l’ambiguïté à travers son jeu de mot : « Game » signifie bien sûr « le jeu », mais aussi « la stratégie ». « Ender’s game », c’est moins « la Stratégie Ender » que « le dernier jeu », celui qui apportera la victoire totale à l’Humanité, une Humanité face à ses contradictions : peut-on commettre des actes de barbarie pour sauver une civilisation ?

C’est donc avec le cerveau en ébullition que je suis allé voir quelques heures plus tard le long-métrage, en me demandant comment le réalisateur allait bien pouvoir adapter un roman si complexe…

Mission impossible ?

Un film respectueux. Ce sont les premiers mots qui me sont venus à l’esprit quand j’ai découvert cette œuvre. Respectueux ne veut pas dire fidèle : exit la sous-intrigue intrigue Locke et Démosthène, l’histoire de Mazer Rackham est simplifiée… Le cinéaste s’est concentré sur le point de vue d’Ender car il était impossible de restituer la richesse du roman en si peu de temps. C’était le bon choix, mais on se retrouve devant un long-métrage plus lumineux : j’ai trouvé les gosses moins psychotiques que dans le livre, particulièrement sombre à ce niveau. Peut-être parce que le cinéaste a voulu davantage humaniser les personnages du roman ? Si on fait abstraction de ces remarques, le film est fidèle à la trame originale, servi par de magnifiques effets spéciaux. Mon unique regret concerne la motivation des Doryphores, un ennemi qui n’a jamais communiqué avec l’Homme : j’ai trouvé le long-métrage peu clair à ce sujet.

Et le gagnant est…

Orson Scott Card m’a irrité, passionné, intrigué. Je n’arrête pas de penser à ses personnages. Son œuvre, souvent aride, est loin d’être politiquement correcte, mais elle a le défaut de ses qualités et j’ai décidé de la prendre dans sa globalité (même si je me situe aux antipodes des idées de son auteur). Card a beau être un misanthrope au même titre que Howard Philip Lovecraft ou Louis Ferdinand Céline, cela n’enlève rien au fait que ce sont de grands auteurs, tout comme Richard Wagner fut un immense compositeur. Il serait toutefois injuste de réduire Card à sa dimension réactionnaire tant la Stratégie Ender est une œuvre au message intéressant : menace extra-terrestre ou pas, l’Homme est un loup pour l’Homme, une espèce dangereuse qui possède les germes de sa propre destruction.

Le film est plus lisse, les producteurs ont pris soin d’éviter qu’il sombre dans la controverse, mais paradoxalement c’est peut-être cette subversion malsaine qui manque le plus. Il n’en demeure pas moins que le long-métrage reste une passerelle agréable pour découvrir ce bouquin hors normes qui n’a pas pris une ride.

D’autres avis : RSF blog, Anudar, Vert

Published in: on novembre 7, 2013 at 10:25  Comments (27)  
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