« P*****, deux ans ! »…

Eh oui, deux années se sont écoulées depuis la création de ce blog. Grâce à vous, le site ne cesse de grandir avec pas moins de 35.000 vues, 20.000 visiteurs, et une affluence record en août (2600 vues… étrange pour un mois d’août !). Quand je relis mon bilan de l’année dernière, j’ai l’impression que 2015 file à la vitesse de la lumière. J’aurais aimé être plus présent sur la blogosphère, mais cette année a été mouvementée. J’ai eu la chance d’avoir deux romans publiés, et de vivre de belles rencontres avec mes lecteurs pendant les dédicaces. J’ai aussi échangé avec des écrivains passionnants aux Imaginales et à Nice Fictions. 2015 aura également été l’année de Seul sur Mars, un roman qui m’a fait vibrer, ainsi que de l’excellent Ex Machina.

Bref, 2015 aura été épique ! L’année prochaine, après la sortie de mon tome 3, je vais souffler un peu, bloguer plus et lire davantage.

Lecteurs, blogueurs et anonymes, merci du fond du coeur pour votre soutien, et à bientôt pour de prochaines aventures !

Published in: on septembre 25, 2015 at 6:56  Comments (15)  
Tags:

Trois raisons d’aimer la Fantasy

Pas évident au pays de Descartes de s’affirmer en tant que lecteur de Fantasy (et d’en écrire). Lorsqu’on reconnait être passionné par ce genre littéraire/cinématographique, on se heurte rapidement au snobisme dont est victime la SFFF* en général. Ce syndrome peut se résumer par ce dialogue-type que vous avez sûrement déjà vécu.

Snob lambda : – T’aime bien ces trucs, toi ?

Geek lambda : – Euh, tu sais que la Science-Fiction a accouché de chefs-d’oeuvre ?

(Regard perplexe du snob lambda) : – Comme quoi ?

Geek lambda : – Ben 2001 l’Odyssée de l’Espace par exemple. C’est un Kubrick, mais tu savais que c’était aussi un bouquin d’Arthur C. Clarke ?

Et là, forcément, le débat devient faussé car vous pouvez être sûr que lorsque vous allez citer Blade Runner, Rencontres du Troisième Type, Alien, l’Empire Contre-Attaque, Starship Troopersla Mouche, Donnie Darko, Solaris, Retour vers le FuturTerminator, V pour Vendetta, Dark City, E.T., The Thing, Cloud Atlas, Akira ou Robocop, le snob vous répondra froidement :

– Oui, mais là ce sont des chefs-d’oeuvre du Septième Art, ce n’est pas de la Science-Fiction, c’est du grand cinéma.

Inutile de dire que face à une telle personne, oser parler de romans fantasy comme le Seigneur des Anneaux, Conan le Barbare ou Game of Thrones revient à avouer que vous êtes un attardé qui croit encore aux dragons. Alors au prochain ricanement, vous n’avez qu’à lui prouver que la Fantasy a autant de légitimité que la littérature blanche. Il vous faut juste trois arguments.

Argument numéro un : la Fantasy est une littérature aussi vieille que l’Humanité

Pour faire simple : l’un des textes les plus anciens de l’Histoire, l’Épopée de Gilgamesh, n’est ni plus ni moins que le récit d’un super-héros sumérien capable de vaincre un géant et un taureau céleste, qui va ensuite partir en quête d’Ut-napishtim, survivant du Déluge, afin d’obtenir la vie éternelle. Au Moyen-Orient, cette épopée a eu à l’époque autant de succès que le Seigneur des Anneaux. Je ne parle même pas des religions de l’Illiade et l’Odyssée, de la mythologie antique et de son bestiaire peuplé de cyclopes, de minotaures, de centaures et de chevaux ailés…

C’est à ce moment précis que le snob lambda vous rétorque :

«  Ça c’est de la mythologie, moi je te parle de grands écrivains. Cite-moi un seul romancier issu de ta chère « fantasy » qui ait marqué la littérature, en dehors de George R.R. Martin et J. R. R. Tolkien« 

Argument numéro deux : depuis longtemps, des écrivains prestigieux écrivent de la Fantasy

Je déteste ce terme de « prestigieux », mais malheureusement dans ce genre de discussion vous êtes parfois obligé de pousser votre adversaire interlocuteur dans les cordes. Commencez avec Lewis Caroll et Les Aventures d’Alice au pays des merveilles (1865), avant d’enchaîner avec L. Frank Baum et son Magicien d’Oz, J. M. Barrie (Peter Pan) et lord Dunsany, auteur de la Fille du roi des Elfes, qui a eu une influence sur, tiens donc ! la dark fantasy de Lovecraft. Poursuivez votre travail de sape avec Robert E. Howard, Terry Pratchett et Stephen « la Tour Sombre » King et enfin terminez avec Michael Moorcock, le punk de la Fantasy : franchement, vous avez déjà vu un héros shakespearien de la trempe d’Elric ? On parle quand même d’un nécromancien drogué qui tue involontairement sa cousine son amante à cause d’une épée buveuse d’âmes ! On pourrait d’ailleurs arriver au même constat avec Glen Cook et la Compagnie Noire, une histoire de mercenaires qui se vendent au plus offrant, sans parler des guerriers de David Gemmel. On est loin du manichéisme supposé propre au genre, non ?

« Bon d’accord il y a des romans fantasy écrits par des romanciers célèbres, J.K Rowling ou Robin Hobb, et même des univers sombres, mais rien ne vaut les grands auteurs classiques et leurs oeuvres réalistes.« 

Après avoir encaissé ce coup bas, pour gagner du temps trollez votre interlocuteur.

Argument numéro trois : le réalisme, ça ne veut rien dire

« Madame Bovary, Salammbo et Germinal ne sont pas plus réalistes que Bilbo le Hobbit, le Monde de Narnia et Harry Potter. »

Pendant que votre adversaire s’étrangle d’indignation, poursuivez tranquillement votre démonstration en assénant le coup de grâce : les trois œuvres citées plus haut sont des fictions. S’il est vrai que Flaubert a étudié l’archéologie avant d’écrire Salambo, ainsi que les effets de l’arsenic pour Madame Bovary, il n’en demeure pas moins qu’une oeuvre de fiction n’est rien d’autre qu’une fenêtre biaisée sur cette chose abstraite qu’on appelle le réel, avec tout ce que cela implique de subjectivité. Si plusieurs photographes peuvent prendre des clichés très variés d’un même paysage avec des appareils différents sans jamais pouvoir restituer toute la richesse perçue par un oeil humain, est-il raisonnable de classer une littérature supposée noble, en genres et sous-genres ? Les impressionnistes et les surréalistes ont depuis longtemps rendu caduque la conception d’un art classique indépassable. De la même façon, les auteurs de Fantasy accèdent à une vérité, l’auteur du Seigneur des Anneaux en est le plus bel exemple.

Tolkien en 1916

Tolkien en 1916

Lorsque l’ancien combattant J. R. R. Tolkien écrit son épopée il est, comme Frodon, un soldat qui a été blessé au front. À l’instar de son personnage, il a survécu aux tranchés tandis que nombre de ses proches n’en sont jamais revenus (Boromir, Théoden/  l’ami d’enfance Rob Gilson, le poète Geoffrey Bache Smith). Pourquoi est-il encore en vie alors que ses frères d’armes, promis à de grandes carrières littéraires, sont morts ? Comment retrouver la banalité du quotidien après une telle épreuve ? La guerre a été une initiation cruelle qui poussera le romancier, comme n’importe quel survivant d’un grand drame collectif, à s’interroger sur le sens de l’existence.

Nombreux sont les vivants qui mériteraient la mort. Et les morts qui mériteraient la vie. Pouvez-vous la leur rendre, Frodon ? Alors, ne soyez pas trop prompt à dispenser la mort en jugement. Même les grands sages ne peuvent connaître toutes les fins.

Gandalf, la Communauté de l’Anneau

Dans le Seigneur des Anneaux, Frodon ne se remettra jamais vraiment de sa vieille blessure qui le fait souffrir, et la mélancolie qui le gagne l’incitera à quitter la Terre du Milieu pour voguer vers Valinor, l’île des Elfes. Une mort symbolique, libératrice, véritable catharsis pour Tolkien. Le Seigneur des Anneaux est moins une fresque guerrière que l’histoire d’une belle amitié telle qu’on pouvait la vivre dans l’enfer des tranchées. Dans l’une de ses lettres, l’écrivain compare les Marais des Morts et la Porte Noire du Mordor « au Nord de la France, après la bataille de la Somme », il a probablement été marqué par l’effroi des chevaux face aux chars d’assaut allemands, véritables monstres d’acier…

D’un certain point de vue, le Seigneur des Anneaux est d’un réalisme saisissant puisque cette trilogie porte les stigmates de la Grande Guerre. L’auteur traumatisé utilise ses personnages pour se livrer à des réflexions universelles : qu’est-ce que l’héroïsme ? Pourquoi un homme ordinaire arrive-t-il à accomplir des actes extraordinaires ? Comment agir avec courage quand le monde lui-même semble dénué d’espoir et que la mort parait inéluctable ? À travers les paroles de Gandalf, Tolkien amène une réponse humaniste à toutes ces questions :

Tout ce que nous avons à décider, c’est ce que nous devons faire du temps qui nous est imparti.

Dong !

La Fantasy n’a pas à être comparée à la littérature blanche parce que catégoriser des livres ou opposer des genres comme je le fais, c’est procéder à une ghettoïsation puérile dont personne ne sortira grandi. Il y a de bons et de mauvais romans de fantasy… comme dans n’importe quelle autre littérature. À l’heure où la mondialisation pousse les lecteurs à acheter massivement les mêmes best-sellers écrits par un nombre restreint d’auteurs à succès, la Fantasy, comme la Science-Fiction, est précieuse, car elle permet d’adopter un autre regard sur le monde. Savoir changer de point de vue n’est pas seulement une preuve d’intelligence, c’est aussi le meilleur moyen de s’évader pour échapper aux affres de la conformité. Imaginer, rêver, c’est se prémunir de tous les fanatismes, ainsi que du nihilisme matérialiste qui guette le monde moderne.

Vive la Fantasy ! Et comme dirait Aragorn…

* SFFF signifie « Science-Fiction Fantastique Fantasy »

Published in: on avril 10, 2015 at 7:28  Comments (46)  
Tags: , ,

No pasarán

Ce jour de deuil sera un peu particulier pour moi. En tant qu’auteur, j’ai réfléchi à ma propre conception de la liberté d’expression. Ironie du sort, j’ai appris juste après l’attentat la fameuse bonne nouvelle que j’attends depuis si longtemps… Inutile de vous dire qu’après ce drame, la bonne nouvelle est devenue bien dérisoire…

Triste coïncidence, mes romans parlent souvent de fanatisme religieux, mais aussi de tolérance… Je pense qu’à mon très humble niveau, le plus beau des hommages, c’est de continuer à écrire coûte que coûte. Parfois, je me demande si les intégristes de mes histoires ne vont pas trop loin dans l’intolérance, et à chaque fois, l’actualité me prouve malheureusement que la bêtise et la haine dépassent en horreur mes fictions. Devant tant de cruauté, faut-il s’arrêter d’écrire ? Certainement pas.

« Traite les sujets graves avec légèreté, et les sujets légers avec gravité » enseigne la voie du samouraï. J’ai la chance de pouvoir, avec ma plume, combattre le fascisme. Continuer d’écrire normalement, c’est la meilleure façon d’honorer ceux qui sont tombés pour la liberté d’expression.

J’ai tout naturellement une pensée émue pour les victimes de Charlie Hebdo, les policiers tués et les familles endeuillées… comme vous.

No pasarán !

Published in: on janvier 7, 2015 at 11:27  Laissez un commentaire  
Tags:

Oui, ce blog est toujours vivant

Je suis vraiment désolé d’être moins présent depuis quelques temps, mais croyez-moi, je n’ai pas procrastiné… et le résultat en vaudra la peine (enfin, j’espère !).

D’ici deux mois, vous en saurez plus sur la bonne nouvelle éditoriale qui concerne les Pirates de l’Escroc-Griffe (et les fameuses surprises dont je vous parle depuis un certain temps déjà).
En attendant, je vous souhaite de joyeuses fêtes de fin d’année ! Prenez soin de vous.

Allez, je me remets au boulot…

Published in: on décembre 26, 2014 at 10:46  Comments (23)  

Un an déjà !

234539-1

Un an d’articles, tempus fugit !

Je suis vraiment heureux de fêter cet anniversaire avec vous, et d’avoir réussi à conserver une certaine régularité avec près d’un billet par semaine. 365 jours, c’est à la fois peu et beaucoup : 55 articles, environ 15.000 vues, un millier de commentaires, avec un pic mensuel de 1500 vues. Ces chiffres feront sourire les blogueurs les plus expérimentés, mais je les prends comme des encouragements.

Je ne vais pas reparler de la joie de découvrir la blogosphère SFFF (« Science-Fiction Fantasy Fantastique »), je l’ai déjà longuement évoquée dans l’article précédent. Cette année aura été très importante pour moi et ce site m’a permis de m’évader lors de mes longues soumissions éditoriales, dans les moments de doute. Ce qui devait être à la base un simple blog sur l’imaginaire est devenu un peu plus que ça, notamment quand je racontais mon quotidien d’auteur curieux, ou plutôt mon curieux quotidien d’auteur. Je suis content que mes articles, éclectiques, aient suscité des réactions (et, parfois, de l’inspiration dixit certaines personnes). Le billet le plus populaire est celui qui traite de mondes parallèles et je suis heureux d’avoir pu contribuer à faire connaître à mon humble niveau le passionnant documentaire du physicien Brian Greene. Détail amusant, je n’ai chroniqué qu’une dizaine de livres, mais les Outrepasseurs et la Voie de la Colère ont rencontré par la suite un énorme succès, mérité. Ce n’est pas le cas du film Cloud Atlas, à mon grand désespoir. Les articles que j’ai eu le plus de plaisir à écrire sont naturellement les « inclassables », notamment de la catégorie « Humeur », qui évoquent le Japonles biopunks, les tardigrades, les univers vivants, les pulps, les Daleks, les dystopies, la Jordanie, ou même la république des lettres… Je vous avoue qu’au début j’avais peur d’être pris pour un fou de vous lasser avec mes élucubrations et j’ai été ravi de constater que je n’étais pas le seul à m’intéresser à des sujets barrés variés… Vous êtes au moins aussi curieux que moi ! J’en profite pour remercier au passage mes habitués ou simples visiteurs : Sardequin, Citarienne, Raven, Earane, Dominique, Fred, Bénédicte Taffin, Misschaussette, PascalblevalFlora, CaroleRxQ, TimetravelerLorhkan, A.C. de HaenneLullabyGuillaume StellaireNicolas B. WulfNarielManiholaVertOlivier SarajaÉlisa, Dorisfac, Loran83Zakath Nath, Sia, Smartmartian, Dionysos, Isabelle Sauvage, XapurA l’ombre des nénupharsGromovarBrize, Faelys, Nicolas, Illiane, E-maginaire, Jae_LouLouisia, Alex Evans, BlackwolfJuneValMalkaVirginie ViviLuce BasseterreLuneLael Chezlaventurierdesreves, Endea, Saile, Elfine NoireJérôme Cigut, pardon pour celles et ceux que je n’ai pas cités. En écrivant ces lignes, je réalise soudain que je n’ai pas souvenir d’avoir été trollé une seule fois, je touche du bois…

Je termine ce billet en vous prévenant que je vous ai concocté des surprises pour le début d’année 2015, j’ai hâte de pouvoir vous en dire plus… En attendant, un immense merci pour votre fidélité aux Pirates de l’Escroc-Griffe !

Published in: on septembre 25, 2014 at 9:42  Comments (36)  
Tags:

Refonte du site, vie en construction

Comme vous l’avez peut-être remarqué, au fil des mois le blog s’est transformé en usine à gaz, il était de plus en plus long à charger. Cela devenait un problème pour héberger la totalité de la bande-originale des Pirates de l’Escroc-Griffe, qui sera en ligne début 2015. Dans mon esprit, le blog devait être facilement consultable depuis un smartphone ou une tablette (vive les sites codés en Ajax !), du coup j’ai procédé à quelques changements.

Bien qu’il me fallait un site plus léger, je n’avais pas envie que ma longue liste de liens soit reléguée au second plan, j’ai donc eu l’idée de créer une page « Voisins« . Je ne voulais pas d’un simple catalogue sans âme, mais au contraire une page conviviale. Je n’ai pas référencé tous les blogs que je connais, j’en suis sincèrement désolé, j’espère que certaines personnes ne m’en tiendront pas rigueur. En fait, pour être franc, cette démarche s’inscrit dans ma quête d’une autre temporalité, avec une blogosphère plus réduite, à échelle humaine. Un peu comme ce que j’ai vécu sur le forum d’écriture Cocyclics, une utopique bulle virtuelle qui m’a permis de nouer des amitiés bien réelles, et qui me manque. J’aimerais y être plus présent, mais depuis quelques mois j’ai des contraintes éditoriales. Ironie du sort, c’est Cocyclics qui m’a fait prendre conscience que l’écriture devait devenir mon activité principale, et voilà que je m’éloigne du forum à cause de… l’écriture. Depuis 2010, je lui consacre plusieurs heures par jour. Un pari fou, très risqué professionnellement, mais aussi une source infinie d’épanouissement au fil des ans. Depuis ce billet, j’ai pris conscience combien le temps était important pour qu’un projet de longue haleine mûrisse, qu’il soit artistique, scientifique, humanitaire ou même pédagogique1.

C’est pour cette raison que je suis moins présent sur Twitter et Facebook. Je ne snobe pas ces réseaux, je les trouve même géniaux. Ils me permettent de communiquer avec des personnes passionnantes que je n’aurais jamais pu rencontrer en vrai, sans parler du fait qu’il est pratique d’avoir des nouvelles de « proches éloignés » (ma famille et mes amis sont malheureusement éparpillés aux quatre coins du monde). Mais quand je ne suis pas sur Cocyclics, je privilégie désormais la blogosphère, car j’apprécie son rythme lent : comme on passe beaucoup de temps à rédiger des articles, et à les lire, la qualité des échanges et de la réflexion s’en ressent, sans parler du fait qu’on garde une trace des billets et des commentaires. Je souhaite éviter cette course au temps qu’on ne rattrape jamais, la déshumanisation qui nous guette, les trolls et la vacuité. À propos de vacuité, j’ai eu l’occasion de regarder la fameuse présentation de la montre Apple. J’adore travailler sur Mac, mais pourtant j’ai été frappé de constater combien cette iDéshumanisation 2.0 est insidieuse, notamment dans ce court extrait :

J’estime que je reçois déjà trop de notifications sur mon iPhone/iPad. Plus j’y réfléchis, plus je trouve ce projet d’Apple aussi vain que les lunettes de Google, tant ces deux multinationales tentent d’uniformiser notre rapport à l’Autre. Si un ami m’apprend le décès d’un de ses proches, quel émoticône sera suffisamment triste pour lui adresser toutes mes condoléances ? Faut-il lui envoyer un cœur ?

Je caricature, mais pas tant que ça. Je confesse qu’il m’arrive d’écrire des ♥ sur Facebook. Je suis geek le premier à utiliser des smileys, y compris dans les commentaires de ce blog, mais pour moi, en dehors d’une rencontre réelle, l’écrit, le vrai, demeurera toujours le moyen de communication le plus noble. Le blog est l’une des dernières armes de résistance qui reste pour échanger sur des sujets qui, j’ose l’espérer, ne sont pas superficiels… à condition « d’avoir le temps », pour reprendre la formule consacrée. Ah, ce temps…je suis désormais persuadé qu’il est une richesse qu’il nous faut préserver. Combien de fois nous sommes-nous plaints de ne pas avoir le temps de lire ou d’aller au musée ? La vie vaut-elle la peine d’être vécue si elle ne devient qu’un matérialisme utilitariste imposé par une pensée unique, pour ne pas dire inique ?

Le temps est une richesse qui appartient à tous, luttons pour ne pas en être dépossédé !

PS : si vous trouvez que je suis incendiaire en ce qui concerne l’Apple Watch, je vous invite à découvrir cet article de Slate particulièrement édifiant. On apprend que chez lui, Steve Jobs limitait les gadgets… comme la plupart des patrons de la Silicon Valley ! Tous ces riches technophiles ont conscience des problèmes qu’ils contribuent à créer, car ils envoient leurs enfants dans une école ultra-traditionnelle façon les Choristes pour les protéger des ordinateurs et du monde moderne… Un constat ironique, qu’il faut mettre en perspective avec la futur Apple Watch, surtout le modèle haut de gamme. Je ne connais pas encore le prix précis de la déclinaison or de cette montre, mais faut-il investir plus de 1000 dollars dans un appareil électronique doté d’une batterie à durée de vie limitée, ou bien dans une montre mécanique que l’on transmettra à ses enfants, et petits-enfants ? En ce qui me concerne, le choix est fait…

1. N’y voyez aucun cynisme de ma part, mais je constate que les médias parlent de la logistique d’une troisième guerre en Irak, mais beaucoup moins du budget qui sera investi là-bas pour construire des écoles et former des enseignants progressistes capables de faire reculer l’intégrisme sur le long terme. Tuer des terroristes est infiniment plus facile que d’éduquer des millions de personnes, car l’éducation nécessite… du temps.

Published in: on septembre 19, 2014 at 9:43  Comments (19)  
Tags: , , ,

Certains livres sont réservés aux riches

La dramaturgie d'Yves Lavandier, vendu il y a un mois

La dramaturgie d’Yves Lavandier, vendu il y a un mois

Vous trouvez le titre de cet article provocateur ? Et pourtant c’est désormais la triste réalité. Je ne parle pas de grimoires du XVe siècle recherchés par des bibliophiles fortunés, mais bien de bouquins récents. Dans cet article, je m’indignais avec naïveté qu’Amazon permette de vendre une petite fortune des ouvrages d’occasion et/ou épuisés. Pour info, la toute dernière édition de la dramaturgie d’Yves Lavandier est disponible sur le site de l’auteur ici, pour 36 euros. Un livre neuf, à comparer avec les 350 euros demandés sur Price Minister… En cherchant d’autres « vieux » titres, je me suis rendu compte que cette pratique est banale sur le Net, que ce soit sur Price Minister ou la Fnac, « agitateur culturel »…

Le même titre sur Google books il y a quelques semaines...

Le même titre sur Google books il y a quelques semaines…

De nombreux livres sont concernés par ce phénomène, et ne sont même pas disponibles en numérique. « Rien de neuf sous le soleil, c’est la loi du marché, la rareté a un prix » diront certains. Certes. Mais on parle quand même de culture, d’un bien qui devrait être accessible au plus grand nombre. Vous allez me répondre que je peux très bien obtenir des livres indisponibles à la bibliothèque et c’est précisément ce que je fais lorsque j’effectue des recherches pour mon futur roman. Je me rends à la bibliothèque à pied, j’emprunte pour un mois deux ouvrages, je photographie avec mon smartphone certains chapitres pour les relire plus tard. J’avoue que c’est un travail agréable : au fil de mes recherches, j’ai découvert des trésors. Mais jusqu’à quand cela sera-t-il possible ? En Angleterre, les bibliothèques ferment par centaines. Les habitués du blog A l’ombre des nénufars savent que la situation des libraires en France n’est pas plus réjouissante. Il faut dépenser beaucoup de temps et d’argent pour accéder à certains livres « rares », alors que nous vivons dans un pays riche qui a donné naissance à la philosophie des Lumières ! Notre société ne devient-elle pas de plus en plus dystopique ? Dans son plaidoyer, Neil Jomunsi défend une autre conception de la rareté, plus humaniste, que je partage sans réserve (l’article et les commentaires sont passionnants). Les artistes, les libraires et les bibliothécaires sont, elles aussi, des personnes rares, les précieuses cellules d’un écosystème fragile qu’il faut à tout prix préserver. S’il disparait, les multinationales comme Amazon auront le champ libre pour nous imposer leur logique commerciale, avec toutes les dérives que cela implique.

PS : Je ne saurais trop recommander aux amoureux du livre le site Abebooks. Pour 350 euros, vous pouvez obtenir non pas un livre récent comme sur Amazon ou Price Minister, mais le Phraseologia generalis, un bel ouvrage datant de 1681. On trouve même sur ce site d’autres livres du XVIIe siècle à moins de 100 euros. De vraies raretés…

Published in: on juillet 4, 2014 at 9:40  Comments (36)  
Tags: , , , , , ,

Les cyberpunks avaient raison

Des activistes de The Counterforce vomissent sur un bus de Yahoo

Des activistes de The Counterforce vomissent sur un bus de Yahoo

 

 

 

 

 

 

 

 

Les « anti-high-tech » se répandent dans la Silicon Valley ! Non, ce n’est pas un scénario de science-fiction, mais le constat du Monde.fr dans cette série d’articles parus il y a un mois. Les activistes du mouvement Counterforce s’en prennent aux bus de Google ainsi que d’autres multinationales et dénoncent… la flambée de l’immobilier. La flambée de l’immobilier ? Mais quel rapport avec les multinationales ? Hé bien San Francisco, devenue la ville la plus chère des Etats-Unis, est victime d’une gentrification : les nouveaux arrivants, plus aisés, s’approprient un espace initialement occupé par des habitants ou usagers moins favorisés. À San Francisco, il existe même une loi permettant aux propriétaires d’expulser des personnes âgées installées depuis longtemps pour louer plus cher les appartements aux cadres de Facebook, Apple, Yahoo ainsi que d’autres compagnies. Les bus de Google, de plus en plus nombreux, sont équipés de matériel high-tech pour que leurs employés continuent de travailler, tandis que les bus publics sont victimes de bouchons interminables. Alors qu’une couteuse chasse aux contrevenants (9,5 millions de dollars par an pour un million de dollars de revenus) a provoqué la mort d’un resquilleur abattu par la police (!), Google échappe à une facture de plusieurs dizaines de millions de dollars.

 

Si je suis d’accord sur l’idée que Google créé des emplois et qu’on doit s’abstenir de toute vision manichéenne, il faut reconnaître que les écrivains cyberpunks étaient des visionnaires : dans les années 80, des romanciers comme William « Neuromancien » Gibson ont décrit un futur cauchemardesque dominé par les multinationales omnipotentes, Internet, et les désastres écologiques. Un monde aseptisé qui a horreur de la contestation.

À l’ère des réseaux sociaux, nous entrons doucement dans un moyen-âge technologique avec des entreprises qui ont plus de pouvoir que les états. C’est ce qu’on constate aujourd’hui avec le « GAFA » constitué par Google, Apple, Facebook et Amazon, des entités dotées de PIB supérieurs à ceux de nombreux pays.

Source : France Télévision

Source : France Télévision

 

Comme pour les problèmes écologiques, nous sommes tous plus ou moins responsables de cette (r)évolution qui modifie en profondeur notre société : les citoyens se transforment peu à peu en consommateurs, et même en adeptes religieux, il n’y a qu’à voir sur les sites web les disputes entre les fans d’iOs et ceux d’Android. Ces liens d’allégeance de followers et de fans, dignes d’un régime féodal, constituent autant de toiles d’araignées tissées par les multinationales : tandis que Google propose toujours plus de services gratuits, il faut désormais un compte Facebook pour se connecter à de nombreux sites. La gratuité de certains services n’est bien sûr qu’une illusion : « si c’est gratuit, c’est vous le produit » a-t-on coutume de dire sur le Net. Vous allez me dire que ces problèmes sont mineurs, mais ce qui se passe actuellement à San Francisco est un nuage qui annonce des tempêtes plus graves pour notre monde réel. Alors qu’Amazon veut peser de tout son poids pour supprimer la loi du prix unique sur les livres français, ce qui aurait des conséquences catastrophiques pour les éditeurs, Google investit massivement dans les voitures autonomes…. gratuites.

 

Dans un futur proche, les utilisateurs du service de géolocalisation Google Now pourront se rendre en Google cars dans des magasins sélectionnés. Les commerçants financeront le service en échange de la publicité. C’est loin d’être de la science-fiction puisque l’année dernière Google a investi 258 millions de dollars dans le leader mondial des VTC, Uber. Il s’agit d’un service permettant, à l’aide d’un smartphone, de réserver une voiture de tourisme avec chauffeur selon le véhicule le plus proche. Et les Google cars fonctionnent déjà au Névada, en Floride, en Californie et dans le Michigan.

Bien évidemment, comme tout un chacun, je suis fasciné par l’innovation technologique, et j’admire l’incroyable bilan écologique de San Francisco. Mais les entreprises commerciales prennent un poids déraisonnable sur notre vie quotidienne. Quand Amazon aura tué définitivement la concurrence grâce à ses livraisons par drone en moins d’une heure, qu’est-ce qui empêchera cette firme d’augmenter ses prix ? De manière générale, si tous(tes) les caissiers(ières) sont remplacé(e)s par des machines, qu’adviendra-t-il des gens sans qualification qui chercheront du travail ? Ou de la grand-mère isolée qui ne pourra plus bavarder avec la caissière (bon ok, la grand-mère qui bavarde avec les caissières, c’est moi) ?

On a beau se réjouir de la suppression des métiers pénibles, je ne peux m’empêcher de penser que les cauchemars des cyberpunks sont en train de se réaliser : dans ce moyen-âge technologique, les serfs que nous sommes obéissent aux multinationales, les véritables seigneurs de ce monde. Et dans ce futur, la contestation est inconcevable.

Vous trouvez que j’exagère ? Cette dystopie se déroule en ce moment même sur nos écrans avec la Coupe du monde : la toute-puissante Fifa a exigé que le Brésil adopte une législation, la Lei Geral da Copa. Grâce à cette loi, la Fifa peut vendre des billets plein tarif sans prendre en compte les étudiants et les retraités. Dans un rayon de 2 kilomètres autour des stades, il est interdit de vendre des produits autres que ceux des partenaires officiels. La vente d’alcool, normalement interdite dans les stades pour réduire la violence, est autorisée pour Budweiser, bière officielle du Mundial. Encore plus ahurissant, en vertu de cette même loi, les citoyens qui portent atteinte à l’image de la Fifa ou des sponsors lors des nombreuses manifestations sont condamnés par des tribunaux d’exception ! Grâce à la magie de la technologie, la Fifa a même censuré l’enfant indien à la banderole du match d’ouverture.

La Fifa impose d’une main de fer sa loi aux états mais, curieusement, lorsque des esclaves népalais exploités par le Qatar meurent en masse sur le chantier de la coupe du monde 2022, cette fédération n’intervient pas… Il y a 30 ans, la génération cyberpunk a tiré la sonnette d’alarme sur les dérives des multinationales. Alors que notre société ne cesse de se déshumaniser, ne serait-il pas grand temps de se recentrer sur l’essentiel ?

Published in: on juin 20, 2014 at 9:40  Comments (36)  

Au revoir les Imaginales…

 

 

Les Imaginales 2014, c’est déjà fini, mais je ne suis pas prêt d’oublier…

La bonne humeur communicative de Joe Abercrombie

 

 

Les cours d’étrusque de JeanPhilippe Jaworski

 

 

La féérie qui régnait au bord de la Moselle

 

 

 

 

 

 

Les yeux de Cindy Van Wilder au moment de recevoir son prix Imaginale Jeunesse pour les Outrepasseurs, roman que j’avais eu le plaisir de chroniquer ici.

 

 

Son discours

 

 

Mes autres amis écrivains qui deviennent au fil des ans des amis tout court, n’est-ce pas Jean Vigne ?

IMG_1097

 

 

Le plaisir de rencontrer mes voisins blogueurs comme Doris, sur le stand d’Elenya éditions

 

 

Sans oublier la gentillesse de Joe Abercrombie…

L’homme qui murmurait à l’oreille des tardigrades

 

 

 

 

 

 

 

La semaine dernière, je vous ai proposé un article assez délirant (mais pas tant que ça) sur la théorie scientifique d’un univers vivant, mais faute de place, je ne vous ai pas parlé d’un animal qui me passionne, le tardigrade. Je suis tellement fan de ce « marcheur lent » (du latin tardigradus) qu’en 2009 j’ai même acheté un microscope pour l’étudier ! Et je n’ai pas pu m’empêcher d’en caser un dans le tome 3 des Pirates de l’Escroc-Griffe… Bon, quel rapport avec mon billet précédent ?

À la fin des années 90, je suis tombé sur un article scientifique hallucinant : des chercheurs ont extrait par hasard de la glace des tardigrades congelés surnommés «oursons d’eau», des animaux à huit pattes qui mesurent jusqu’à 1,5 millimètres de diamètre. Les scientifiques étaient persuadés qu’ils étaient morts, mais à leur grande surprise, les tardigrades ont repris vie après un long sommeil ! En cas de stress physique, ces petites bêtes qui ne vivent habituellement que quelques mois rentrent en cryptobiose : elles rétractent leurs huit pattes pour perdre 99% de leur eau, et la remplacent par un antigel de synthèse. Dans cet état, même avec des capteurs ultra-sophistiqués, il est impossible de déterminer si ces créatures sont vivantes ou mortes !

Les tardigrades sont omniprésents : on les trouve dans les mousses et lichens de nos forêts, au sommet de l’Himalaya, dans les régions polaires, et même dans les océans à 4000 mètres de profondeur ! Il faut dire que ces bestioles disposent de propriétés étonnantes. Elles peuvent encaisser des doses de rayons X mortelles pour l’homme, résister à une température de -272°C (un degré du zéro absolu), ou de  150 ° pendant quelques minutes. Plus incroyable encore, les oursons d’eau peuvent supporter 60.000 mètres de fond ! Étrange quand on sait que la fosse des Mariannes, le point le plus profond de la planète, fait « seulement » 11.000 mètres de profondeur… Pourquoi ces animaux sont-ils suradaptés à notre environnement ? En 2007, je n’étais pas au bout de mes surprises : cette année-là, une fusée russe a emmené dans l’espace des tardigrades pendant 12 jours. À ma grande stupéfaction, la plupart des « marcheurs lents » ont résisté au vide. Malgré les rayonnements ultra-violets, connus pour abimer les chromosomes, les tardigrades survivants ont pu se reproduire à leur retour, ce qui laisse entendre que ces créatures répareraient leur ADN !

Pour résumer, ces animaux sont capables de survivre dans le vide spatial, de supporter des pressions et des températures inconnues sur Terre, ont résisté à cinq extinctions majeures d’espèces sur plusieurs centaines de millions d’années, ainsi qu’à bien d’autres environnements extrêmes… Ces organismes suradaptés ont-ils voyagé dans des météorites avant d’atteindre notre belle planète bleue ? La panspermie est-elle possible ? L’éternel rêveur que je suis n’a pu s’empêcher de songer à ces questions, sans imaginer un seul instant que des biologistes américains et russes allaient se pencher dessus également ! Le but de la mission LIFE (Living Interplanetary Flight Experiment) était d’envoyer durant trois ans dans l’espace des organismes extremophiles tels que des bactéries, des mousses, et des tardigrades. Le voyage devait les amener jusqu’à la lune martienne de Phobos, avant leur retour sur Terre. Malheureusement, le module s’est écrasé dans l’océan Pacifique.

Il y a fort à parier que dans les années à venir, d’autres tardigrades seront envoyés dans l’espace. Peut-être qu’un jour les scientifiques arriveront à prouver que la vie dans l’univers est un phénomène courant, sinon banal…

EDIT : il y a peut-être des milliers de tardigrades en vie sur la Lune